Son Anaik Rozmar hag Ivon Gwilho

Chanson d'Annick Rosmar et Yves Guillou - Song of Ann Rosmar and Yves Guillou

Texte recueilli par H. Guillerm

Auprès de Marguerite Philippe, de Pluzunet (Côtes-du-Nord)
pendant le congrès de Gourin, le 27 septembre 1904, à l'Hôtel de France [1]
Extrait de "Chants populaires bretons du Pays de Cornouailles"
Recueil de 25 chansons avec partitions et notes de H. Guillerm,
publié à Rennes chez Francis Simon en 1905


Mélodie
"Son Anaik Rozmar hag Ivon Gwilho" de "Chants populaire du Pays de Cornouailles"

Arrangement par Christian Souchon (c) 2011
Source: le site de M.Quentel (voir liens)



TEXTE BRETON

Son Anaik Rozmar hag Ivon Gwilho

1. Mar plij ganeoc'h e selaouet
Ur chanson nevez kompozet
Trei, trei, ladira, lalala
Trei, trei, ladira, ladira, lala

2. Ur chanson nevez kompozet
Da Annaig Rozmar eo eo graet

3. Ar Rozmar kozh a lavare
D'e verc'h Anna, un deiz e oe :

4. "Ma merc'h Annaig, mar am c'haret,
Da Brad-Frajil nan efet ket

5. 'N aotrou Richo a vo eno
Gwashañ denjentil zo er vro"

6. Annaig Rozmar a respontas
D'ar Rozmar kozh 'vel m'her c'hlevas :

7. "Droug ha mad ganin neb gomzo
Da Brad-Frajil me a yelo

8. Ma ve sonerien e tañsin-me
Ma ne ve ket me gano d'hê

9. Me ret mont fete da Brad-Frajil
Da son ar bal d'an dudjentil

10. Da son ar bal ha 'ont dre dañs
D'an dudjentil ha d'an noblañs

11. Pa oa gant an hent o vonet
Yvon Gwilho 'deus rekontret

12. "'Vonig, ma evezhafe-te
Me ho c'hemero goude-se

13. - Me n'on ket 'ont riskl ma buhez
Evit gounit un tok nevez

14. - 'Vonig ma evezha bepred
Me mo deoc'h un tok ha boned"

15. 'N aotrou Richo a lavare
D'Ivon Gwilho 'ar leur nevez :

16. "Ivon Gwilho, mar am c'haret,
Ho tañserez din-me prestfet

17. - Ma dañserez din n'ho po ket
Na c'hwi, na den all ebet

18. Kar digant he zad 'm eus hi bet
Har d'ar gêr dezhañ vo rentet

19. - Klev, eme'añ, ar c'hokin mihiek
Ha nan eus ket pemp kwenneg

20. - Ha ven ur c'hokin mihiek-me
'Vit lipat da blas me n'on ket

21. O lipat da blas me n'on ket
Na plas a blac'hetaer ebet"

22. 'N aotrou Richo a respontas
Da Ivon Gwilho p'her c'hlevas :

23. "A-barzh na vezo noz fete
Ho paeo-te ar c'homzoù-se"

24. 'N aotrou Richo a lavare
D'e sonerien hag en deiz-se :

25. "Pa gomañso an noz troublañ,
Ma sonerien, son't ar bravañ

26. Ma c'houvein piv vo ar sotañ
Da chom amañ da ziwe'añ"

27. Ivon Gwilho a respontas
D'an aotrou Richo p'her c'hlevas :

28. "Tol't pled aotrou, c'hwi ve 'r sotañ
Da chom amañ da ziwe'añ"

29. Annaig Rozmar a ouele
Yvon Gwilho he c'honsole

30. Annaig Rozmar a lavare
Da 'von Gwilho el leur nevez :

31. "Ivonig-me em evesavete
Me ho c'hemero goude-se"

32. Yvon Gwilho a lavare
Da Naig Rozmar el leur nevez :

33. "Tapet krog barzh-barzh ma chupenn
Ma c'hoariin bazh an daou-benn

34. Kriz a galon neb na ouelje
'N Prad-Frajil neb a vije [2]

35. O welet ar yeot o ruziañ
Gant gwad 'n dudjentil o skuilhañ

36. Gant gwad 'n dudjentil o skuilhañ
Ivon Gwilho oc'h o lazhañ

37. Ivon Gwilho a lavare
Ti Rozmar kozh pa arrue :

38. "Setu aze ho merc'h Annaig
Panevedon-me ne va ket"

39.Ar Rozmar kozh a lavare
D'e verc'h Annaig un deiz oe :

40. "Laret-hu din ma merc'h e gwir
'M eus klevet oc'h disenoret ?

41. - O, sur ma zad, me ne n'on ket
Ivon Gwilho 'neus empechet"

42. Ar Rozmar kozh a lavare
D'e verc'h Annaig un deiz oe :

43. "Dal ma merc'h Annaig an alc'houez
Rey de'añ ar gwerzh un tog nevez

44. Annaig Rozmar a respontas
Da Rozmar kozh pa her c'hlevas :

45. "Gwerzh un tog nevez, 'me'i, ne vo ket
Me mo de'añ tog ha boned

46. Me mo de'añ tog ha boned
Me e gemero da bried

47. - O sur, ma merc'h, na refet ket
C'hwi zo perc'henn da bemp mil skoed [3]

48. C'hwi zo perc'henn da bemp mil skoed
Hag eñ n'en deus ket pemp kwenneg

49. - Ha pa 'n efe ket ur gwenneg
Me hen c'hemero bepred"

50. Ivon Gwilho en deus goune'et
E Prad-Frajil e ve'añ bet

51. Perc'henn pemp mil skoed leve
Ha eñ n'en doa netra ebet
TRADUCTION

Chanson d'Annick Rosmar et d'Yves Guillou

1. S'il vous plait, vous écouterez
Un chant qu'on vient de composer
Trei, trei,ladira, lalala
Trei, trei,ladira, ladira, lala.

2. Composé, hier au plus tard
Au sujet d'Annaïk Rosmar.

3. Le vieux Rosmar un jour disait,
A sa fille Anne, fort inquiet:

4. - Annick, vous m'aimez, paraît-il:
N'allez-donc pas â Prat-Fragil.

5. Sire Richaud s'y rend aussi,
Le pire noble du pays.-

6. A quoi sa fille lui répond
Sans qu'il puisse en dire plus long:

7. - Mais laissez-donc les gens jaser!
A Prat-Fragil je veux aller,
:
8. S'il y a des sonneurs, pour danser
Et sinon, moi, je chanterai.

9. C'est comme une mission en somme:
Donner l'aubade aux gentilshommes:

10. Sonner et les faire danser
Ces nobles et tous leurs quartiers. -

11. Voilà qu'elle rencontre en rou-
Te un soupirant, Yves Guillou.

12. - Cher Yves, me défendrez-vous
Si je fais de vous mon époux?

13. - Bien sûr, à qui risque sa peau,
L'on doit donner plus qu'un chapeau.

14. - Toute la vie, défendez-moi:
Le bonnet sera de surcroît. -

15. A l'aire neuve Sieur Richaud
S'adresse à Guillou par ces mots:

16. - Yves Guillou, faisons affaire:
Cédez-moi votre cavalière!

17. - Ma danseuse n'est ni pour vous,
Ni pour personne et voilà tout.

18. Car son père me l'a confiée
Jusqu'à ce qu'elle soit rentrée.

19. - Mais, écoutez-le ce morveux,
Ce sans-le-sou, ce prétentieux!

20. - J'aime bien mieux être un morveux,
Qu'être à votre place, Monsieur.

21. Être à votre place, ça non!
Je hais les coureurs de jupons. -

22. Richaud aussitôt répondit
En le provoquant comme suit:

23. - Quand il fera nuit, mon garçon
Vous m'en aurez rendu raison -

24. Le sieur Richaud, plein de rancœur
Se tourne alors vers les sonneurs:

25. - Vous jouerez vos airs les plus beaux
Quand il fera nuit, pas plus tôt,

26. Qu'on voie s'il en est d'assez fous
Pour être encor là, malgré tout. -

27. Notre Yves s'avance aussitôt
Et tient ce langage à Richaud:

28. - Espérons que vous ne serez
Pas parmi ceux qui vont rester. -

29. Annick pleurait à chaudes larmes,
Notre Yves calmait ses alarmes.

30. A l'aire neuve, elle a promis
D'en faire, à nouveau, son mari:

31. - Mon Yvon chéri, défends-moi,
Je n'aurai d'autre époux que toi. -

32. A l'aire neuve, Yves Guillou
Se comportait en digne époux:

33. - Annick, gardez-moi mon gilet
Je vais jouer du bâton ferré. -

34. Quel cœur endurci n'aurait-il
Versé de pleurs au Prat-Fragil, [2]

35. En voyant l'herbe s'empourprer
Du sang que les nobles versaient,

36. Du sang que les nobles versaient
Tandis qu'Yves les massacrait.

37. Yves Guillou disait tout fier
En entrant chez le vieux Rosmar:

38. - Que votre bien vous soit rendu!
Mais sans moi vous ne l'aviez plus! -

39. Le vieux Rosmar disait tout bas
A sa fille Annick ce jour-là:

40. - La rumeur est-elle fondée,
Revenez-vous déshonorée?

41. - Certes non, père, pas du tout,
Grâce à ce cher Yves Guillou! -

42. C'est alors que Rosmar a dit
S'adressant à sa fille Annick:

43. - De mon coffre voilà la clef:
Ce chapeau neuf, cours l'acheter! -

44. Ce qu'entendant Annick bondit
Et son père répondit:

45. - Un chapeau? Pourquoi pas, ma foi,
Avec un bonnet de surcroît!

46. Chapeau, bonnet... Ce n'est pas tout.
Je vais le prendre pour époux!

47. - Voyons, Annick, n'y pensez plus!
Vous possédez cinq mille écus: [3]

48. Cinq mille écus qui sont à vous,
Tandis que lui n'a pas cinq sous.

49. - Il n'aurait pas un sou vaillant,
Je l'épouserais tout autant.

50. A Prat-Fragil notre Guillot
Comme on le voit, a gagné gros:

51. Cinq mille écus de revenus
A qui n'avait rien sont échus.

Traduction: Christian Souchon (c) 2011
RESUME

Song of Ann Rosmar and Yves Guillou

Contre l'avis de son père, Annick Rosmar a envie
d'aller danser à l'aire neuve de Prat-Fragil, où se
trouvera toute la noblesse du pays. En chemin,
elle rencontre Yvon Guillou, et lui demande de
la protéger ; en échange, elle le prendra pour
époux. Yvon se laisse convaincre.

Ils arrivent à la fête, et le seigneur Richaud
demande à Yvon de lui prêter sa jolie cavalière.
Yvon refuse, ce qui met en colère le seigneur,
qui jure de se venger.

A la fin de la soirée, un combat s'engage. Yvon
Guillou en sort vainqueur, et ramène Annick chez
son père, saine et sauve.

Le père craint que sa fille n'ait été déshonorée,
mais elle raconte que non, parce qu'Yvon l'a
protégée et qu'elle souhaite le prendre pour époux.
Le père refuse d'abord de donner sa fille, avec
une rente de cinq mille écus, à un garçon qui
n'en a pas cinq. Mais il finit par céder.

Rédigé par M. Pierre Quentel (cf.liens)















Song of Ann Rosmar and Yves Guillou

Against his father's wish, Nancy Rosmar decides that
she will go to the new threshing floor dance at Prat
Fragil, where all the nobs of the district will gather.
On her way she encounters Yves Guillou and asks
him for protection. Against her promise to marry
him, she talks him into accepting.

When they arrive, Sir Richaud summons Yves to
lend him his fair partner. Yves refuses. Sir Richaud
gets angry and swears to take his revenge.

At nightfall a struggle begins. Yves Guillou is the
victor and takes home Nancy safe and sound.

The father fears lest his daughter would have been
dishonoured, but she says she was not thanks to
Yves who protected her and whom she has chosen for
her husband. Her father is at first reluctant to
give his daughter with a 5 thousand crown income to
a lad who has not 5 crowns to spare, but eventually
he surrenders.

Synopsis by M. Pierre Quentel (see links)


NOTE:

[1] Marguerite Philippe (Marc'harid Fulup, 1837 - 1909), principale informatrice de François-Marie Luzel, a été enregistrée par François Vallée en 1905: voir Le siège de Guingamp.

[2] Formule usuelle de lamentation. Cf. La Peste d'Elliant, commentaire, "L'authenticité de la gwerz" (Bien que cette pièce soit présentée comme une "chanson" (breton "son"), le sujet dramatique en fait plutôt une "gwerz" (complainte).

[3] Note de H. Guillerm: "Skoet": c.-à-d. 3 fr., donc cinq mille écus, soit 15.000 frs [de 1905].
[1] Marguerite Philippe (Marc'harid Fulup, 1837 - 1909), main informer of François-Marie Luzel, was recorded when singing by François Vallée in 1905: cf. The siege of Guingamp.

[2] An usual lamenting phrase. Cf. the Plague in Elliant, comments, "A genuine old gwerzgwerz" (In spite of its being presented as a "chanson" (Breton "son") in the 1st verse, the dramatic plot of the story makes of it, in fact, a "gwerz" (a lament).

[3] Note by H. Guillerm: "Skoed": i.e. 3 francs. Consequently 5.000 skoeds were equivalent to 15.000 frs [in 1905].




Table des chants de Guillerm

Markiz Gwerand ("Le Marquis de Guérand" du Barzhaz Breizh)