Pa dremenan biou ho jardin

Quand je passe près de votre jardin

As I walked past your garden

Chant collecté par Théodore Hersart de La Villemarqué
dans le 1er Carnet de Keransquer (p. 292-293).


Mélodie 1 * Mélodie 2

Arrangement Christian Souchon (c) 2015

A propos des mélodies
Elles sont tirées de "Musiques bretonnes/ Gwerziou ha soniou Breiz Izel" de Maurice Duhamel, Paris, 1913. Dans cet ouvrage elles sont présentées comme accompagnant deux "sonioù" du recueil de F-M. Luzel, "Sonioù Breiz Izel, tome 1", dont le texte est assez proche de la pièce notée par La Villemarqué:
  • "Pa dremenan dor ho jardin", "Quand je passe près de votre jardin", ("Sonioù I", page 144), n° 269, p. 139, noté par l'Abbé Besco à Guimiliau, communiqué par F. Vallée.
  • "Evel ur vagig war ar stang", "Comme un batelet sur l'étang", ("Sonioù I", page 120), n° 259, p. 134, chanté par Maria Raoul à Port-Blanc.

    A propos du texte
    Si la parenté du texte de La Villemarqué et des deux textes de Luzel ne fait aucun doute, le message délivré par ces trois "chants de clerc" n'est pas le même:
  • Le chant du manuscrit de Keransquer recoupe à peu près le début des deux autres. L'ambiguïté des études au séminaire conduit le clerc à la croisée des chemins: renoncera-t-il au monde et à sa bien-aimée? C'est un choix que celle-ci redoute. Dans ce cas elle se fera religieuse.
  • Dans "Comme un batelet" de Sonioù I, la décision de la jeune fille n'est pas motivée par le chagrin de se voir abandonnée par son bien-aimé, qui est bien décidé à l'épouser, mais parce qu'elle redoute les conséquences fâcheuses du mariage.
  • Dans "Quand je passe..." de Sonioù I, la décision de la jeune fille de devenir religieuse est prise en premier. Elle détermine celle du garçon de se faire prêtre à son tour... mais dans le même couvent! Ce chant diffère en cela d'une autre pièce, Sonig amourousted, recueillie par L.F. Sauvé, et publiée par Luzel dans Sonioù I, où les deux religieux communiqueront depuis leurs couvents respectifs par sonneries de cloches interposées!

    Le thème de la vocation religieuse plus ou moins sincère qui fait obstacle à l'amour apparaît dans d'autres chants de clercs ou apparentés:
  • Le chant de l'armoire" du Barzhaz,
  • dans son archétype La veuve du premier Carnet;
  • ou dans le Marie recueilli par J-M. de Penguern;
  • ou encore dans La religieuse collectée par H. Guillerm.
    Tous ces chants font d'avantage penser à la "Religieuse" de Diderot qu'au "Dialogue des Carmélites" de Bernanos.
  • About the tunes
    They are drawn from "Musiques bretonnes/ Gwerziou ha soniou Breiz Izel" by Maurice Duhamel, Paris, 1913. In this book they are presented as the vehicles for two "sonioù" from F-M. Luzel's collection "Sonioù Breiz Izel, Part 1", whose lyrics are not remote from the piece recorded by La Villemarqué:
  • "Pa dremenan dor ho jardin", "When I walk past your garden", ("Sonioù I", page 144), n° 269, p. 139, recorded by the Rev. Besco at Guimiliau, contributed by F. Vallée.
  • "Evel ur vagig war ar stang", "Like a boat on a pond", ("Sonioù I", page 120), n° 259, p. 134, as sung by Maria Raoul at Port-Blanc.

    About the lyrics
    Though there is little doubt that La Villemarqué's piece is related with the two songs collected by Luzel, the import of these three "Clerk's songs" is not the same:
  • The song in the Keransquer MS matches up rather accurately the inception of the other two. The ambiguous priests' college study has led the clerk to the parting of the ways: shall he give up the world and the girl he loves? That is a choice which the latter dreads. If he does choose to be a priest, she will be a nun.
  • In "Like a little boat" of Sonioù I, the girl has decided to become a nun, not because she deplores being abandoned by the loved one, who, on the contrary, is determined to marry her, but in consideration of the formidable consequences of marriage.
  • In "When I walk past..." in Sonioù I, the young girl's decision to become a nun was made previously. It brings about that of the young man to be ordained too... but in the same convent! In that this song differs from another piece, Sonig amourousted, gathered by L.F. Sauvé, and published by Luzel in Sonioù I, featuring a monk and a nun exchanging thoughts from their respective convents by means of bell pealing!

    The topic of more or less genuine religious vocation versus love appears in other clerk songs, proper or similar to them:
  • The song of the Cupboard" in the Barzhaz,
  • in its archetype The Widow in the first Copybook;
  • or in the song Mary collected by J-M. de Penguern;
  • or else in The nun collected by H. Guillerm.
    As many songs as remind us of Diderot's novel "The nun", rather than of Bernanos' drama, "the Dialogue of the Carmelites".

  • BREZHONEK

    Pa dremenan biou ho jardin


    p. 292

    1. - Pa dremenan 'biou ho jardin,
    Me a zant c'hwez al louzoù fin.
    C'hwez ar tin hag ar violet,
    Ma dous, roit din-me ur bouked!

    2. - Me a roy deoc'h-c'hwi ur bouked
    Na vo na tin, na violet.
    Ur c'himiad leun a c'hlac'har,
    Ur chadenn aour betek an douar.

    p. 293

    3. Ma dousik paour, mar am karet,
    Na studi e velek na yet ket.
    Ma yet da studi e velek,
    Me a yelo da leanez... -

    KLT gant Christian Souchon.
    - o O o -

    Tennet deus "Sonioù I", pajenn 120:
    Stumm kentañ a-heul


    A. Guell e ganen mont er gouent,
    Eget er bed caout tourment ;

    B. Eno ’m bezo va liberte ;
    Ganeoc’h ’vin tourmantet ’pad va buhe.

    C. — Me a bromet d’eoc’h, va mestres,
    ’Wit ganen n’ veot ket diès.

    D. — Tech ar voazed ’zo d’ lavaret
    Na vent ket rust euz ho groaged ;

    E. Mès pa vent dimêt, êt en boutic,
    Darn anezhe ’ve kizidic :

    F. Neuze ’ve toliou treid ha fassadou,
    Hag alièz boudennadou.

    G. Evel eur vagic var ar stanc,
    E ve calon ar plac’h iaouanc ;

    H. Honnès a ve joaüs ha gê,
    Calon plac’h iaouanc ’ve ive.

    I. Evel eur vag var ar mor braz,
    E ve eur vaouès gant he goaz ;

    J. Honnès ’zo riscl coll he buhe,
    Eur plac’h gant eur goaz ’ve ive

    Dastumet gant Fañch-Vari an Uhel
    - o O o -

    Tennet deus "Sonioù I", pajenn 144:
    Eilved stumm a-heul


    a. — Na mar et-hu ’ma mestrezic, d’ar gouant,
    Me ec’h aïo eno da vêlec iaouanc.

    b. — O clewet ho mouez, me a vezo ravisset,
    ’Vel p’am bije, p’am bije hoc’h eureujet.

    c. Na piou bennac hac a zo war an douar
    A gement n’ê laket evit caout he bar,

    d. N’eus ken d’ober nemet evel a re-ze,
    A vo eun de curunet ebars an env !

    Kanet gant Jannik Morvan, e Rospez.
    TRADUCTION FRANCAISE

    Quand je passe près de votre jardin


    p. 292

    1.- Passant près de votre jardin,
    Je sens arômes et parfums.
    L'odeur de thym et de violettes
    Faites-moi, ma douce, un bouquet!

    2. - Ce bouquet il ne sera point
    De violettes, ni de thym:
    En cadeau d'adieu, ma chainette
    D'or qui va jusqu'au sol. Prenez!

    p. 293

    3. Mon pauvre ami, si vous m'aimez,
    Renoncez-donc au séminaire!
    Si vous refusez de le faire,
    C'est nonne que je me ferai... -

    Traduit par Christian Souchon (c) 2015

    - o O o -

    Tiré de "Sonioù I", page 120:
    Première suite


    A. J’aime mieux aller au couvent,
    Que, dans ce monde, avoir tourment.

    B. Là, j’aurai ma liberté ;
    Avec vous, je n’aurai que tourment, toute ma vie

    C. — Je vous le promets, ma maîtresse,
    Pour avec moi vous n’aurez pas à souffrir.

    D. — La manie des hommes est d’affirmer
    Qu’ils ne sont pas rudes pour leurs femmes ;

    E. Mais quand ils sont mariés, établis en boutique,
    Il en est qui sont exigeants ;

    F. Alors, pleuvant coups de pieds, et gifles,
    Et, souvent, caresses de fagot.

    G. Comme un batelet sur l’étang,
    Est le cœur de la jeune fille :

    H. Le batelet est joyeux et gai,
    Le cœur de la jeune fille l’est aussi.

    I. Comme une barque sur la mer grande,
    Est une femme avec son homme ;

    J. La barque est en danger de perdre la vie,
    Une fille avec un homme l’est aussi. -

    Traduit par François-Marie Luzel
    - o O o -

    Tiré de "Sonioù I", page 144:
    Deuxième suite


    a. — Si vous allez, ma maîtresse, au couvent,
    Moi, j’irai là me faire jeune prêtre.

    b. D’entendre votre voix je serai ravi,
    Comme si je vous avais, vous avais épousée.

    c. Quiconque est sur la terre,
    Et n’est destiné à trouver sa compagne,

    d. Il ne lui reste plus qu’à imiter ces gens-là,
    Et il sera un jour couronné dans le ciel. -

    Kanet gant Jannik Morvan, e Rospez.
    ENGLISH TRANSLATION

    As I walked past your garden


    p. 292

    1. - As I walked past your garden fair,
    There were fragrances in the air .
    Of sweet violet and of thyme,
    Make me a posy, dear, it's time!

    2. - To make a posy I decline:
    Neither of violet, nor of thyme.
    This parting gift I wish you wore:
    A gold chain hanging to the floor.

    p. 293

    3. My darling boy, if you love me,
    To be a priest do not study!
    If you study to be a priest,
    I shall become a nun at least... -

    Translated by Christian Souchon (c) 2015

    - o O o -

    From "Sonioù I", page 120:
    First continuation


    A. I'd rather be in a convent,
    Than in the world, suffering torment;

    B. There I would live at liberty;
    With you I would be unhappy.

    C. — But I swear you, my darling,
    That you'll never be unhappy with me.

    D. — Men have a habit of saying
    They will never be rough towards their wives;

    E. But once they've married, or opened a business,
    Most of them grow hard to please:

    F. They kick their wives, slap them in the face,
    And often beat them with a stick.

    G. Like a little boat on a pond,
    Is a young girl's heart:

    H. The boat is joyful and merry;
    So is the girl's heart.

    I. But like a ship on the ocean
    Is a woman with a husband;

    J. At the risk of losing her life
    Is a girl who gets a husband, as well. -

    Collected by François-Marie Luzel

    - o O o -

    From "Sonioù I", page 144:
    Second continuation


    a. — Now, if you go, sweetheart, to a convent,
    I'll follow you there as a young priest.

    b. — I'll be very much pleased to hear your voice,
    Much the same, as if I had married you.

    c. Whoever was upon the earth
    And did not encounter a soul mate,

    d. Just has to do like these two,
    Some day they will be crowned in Heaven! -

    Sung by Johnny Morvan, at Rospez.


    Léon Morin prêtre, J-P. Melville, 1961, J-P. Belmondo, Em. Riva

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