Renea Ar Glaz (Trede stumm)

Renée Le Glas (3ème version)

et rapprochement avec "Azénor la Pâle" du "Barzhaz Breizh"

Texte recueilli par H. Laterre (Bodlan) et Francis Gourvil (Barr-Ilio)

Publié dans "Kanaouennoù Breiz Izel" (Mélodies d'Armorique), en 1911



Mélodie
Chantée par Pauline Le Mouel de Carhaix

Arrangement Christian Souchon (c) 2012
Source: le site de M.Quentel, "Son ha ton" (voir "Liens")
VERSION "KANAOUENNOU"

I
Selaouet holl 'ta, selaouet
Ur werz zo nevez gompozet!
Selaouet holl 'ta, selaouet
Ur werz zo nevez gompozet!
Da Reneadig ez eo graet
A zo er bloaz-mañ dimezet.
Da Reneadig ez eo graet
A zo er bloaz-mañ dimezet.

A zo er bloaz-mañ dimezet,
Mez nompas dimeziñ karet.
Reneadig c'hlas a c'houlenne
Digant he mamm un deiz a oe:

- Petra zo nevez en ti-mañ
Pa 'mañ an tri bofer war an tan,
Ur berr krenn zo ruz a welan
Un bras ivez hag un bihan?

- Ma merc'h, soue'et on ho klevet:
Warc'hoazh kentañ 'mañ hoc'h eured!
- Mar 'mañ m' eured warc'hoazh kentañ
Ma ya dont d'am gwele bremañ.

Me ya d'am gwele da gouskat
'Vit sevel warc'hoazh mintin mat.
'Vit sevel warc'hoazh d'ar beure
Da fichañ ma dilhad nevez. -

Reneadig c'hlas a lavare
D'he matezh vihan an deiz-se:
- Matezh vihan, din-me laret,
C'hwi rafe plijadur em andret ?

Mont da gas lizher d'am c'hloareg
A zo din o ouelañ dourek
- Evel un ael, mestrez yaouank,
Me zo vont bremañ prontamant. -

Ar vatezh vihan a lare
En Kervalbret pa errue:
- De-bonjour deoc'h, tud an ti-mañ,
Ar mab henañ, pelec'h emañ?

- Emañ 'barzh e wele klañv-bras,
'Baoe eo dime'et Reneadig C'hlas.
'Mañ du-se e kambr ar studi
Matezh vihan, it d'e gaout di! -

- De-bonjour deoc'h, kloareg yaouank!
- Ha deoc'h ivez, matezhig koant!
- Setu ul lizher, lennet-han:
Gout a refot pezh zo warnañ.

- Mar bez gwir 'lar al lizher-mañ,
Hi n'he deus ket pell da vevañ.
Me 'm eus nebeutoc'h, siwazh din!
Ha prestik amañ e varvin. -

II
Reneadig C'hlas a lavare
Barzh prenestr he c'hambr un deiz oe:
- Me a wel ar gompagnunezh
Prest d'antren 'barzh koad an Diez.

Youenn Sellar er penn kentañ
Na ma mallozh me ro gantañ!
Gant ma mamm ha ma zad ivez
Gant kement a vag bugale.

Gant kement a vag tud yaouank
Defaot n'o lezint dont d'o c'hoant... -
Pa oa gant an hent o vonet
Sone ar glas d'he dous karet...

Teir gwech d'an douar hi zo koue'et.
Youenn Sellar 'n eus hi savet.
Reneadig C'hlas a lavare
D'an Aotrou Person en deiz-se:

- Hastit laret ho ofern-bred
Peotramant n'hi c'hlevin ket. -

III
Reneadig C'hlas a lavare
Ti he mamm-gaer pa arrue:

- Mard on ar verc'h-kaer en ti-mañ
Tapet din ur bank d'azezañ!
- Ma merc'h, soue'et on d'ho klevet
War inkane mat oc'h deuet.

- Gwell vije din bout deut war droad,
Mar vijen deut gant va gras vat.
Mard on ar verc'h-kaer en ti-mañ
Pelec'h 'mañ 'r gwele 'c'h an ennañ?

- 'Mañ du-se e kampr ar studi.
Va mab Youenn, it daveti!
'N anv Doue, konsolet-hi!
Tamm boued ebet ken n'hall debriñ.

- De-bonjour deoc'h ma mestrez koant.
- Ha deoc'h ivez, intañv yaouank.
'Vit intañv n'ho kemeran ket.
Mez padal, kredit e viet! -

Ur gador hi he deus tapet,
Un all d'he fried 'deus roet.
- Ma fried paour, mar am c'haret,
Dont d'ar veilh emberr vin leusket.

Dont d'ar veilh emberr vin leusket.
- D'ar veilh emberr na n'iet ket
'Balamour 'mañ noz hoc'h eured.
D'an interamant laran ket.

- Ma fried paour, mard oc'h kontant,
Me ya d'ober ma zestamant:
E-barzh godell ma brozh-eured
A zo ur som a bemp kant skoed:

Ar re-se roan deoc'h, ma fried,
'Vit ar goustamant ho peus bet.
E-barzh ma zavañjer eured,
Zo ur som a hanter-kant skoed:

Roit an'e d'am matezh vihan
He deus bet ganin kalz a boan
O tougen lizheroù kollet
'Tre maner Glas ha Kervalbret.

E-barzh ma c'hotilhon eured
Zo ur som a dri-ugent skoed:
Lod a roit d'ar beorien.
Hep ankoue'añ ar veleien,

Evit lakaat ganeomp pedenn
Pa vimp kousket en douar yen. -
Hi souch he benn war he barlenn
Hag eno e varvas souden.

Doue a bardon an Anaon:
Emañ o c'horf war ar var-skaoñ
D'an neñv eo nijet o ene
Aet int d'eureujiñ dirak Doue.

Aet int o-daou en ur poullad
Pa n'int ket aet 'n ur gwelead.
D'an neñv eo nijet o ene
Aet int d'eureujiñ dirak Doue.

Kanet gant Paolina Ar Moual euzh Karaez.
TRADUCTION FRANCAISE

I
Ecoutez tous, écoutez donc:
On vient de faire une chanson.
Ecoutez tous, écoutez donc:
On vient de faire une chanson.
Et le sujet en est Renée
Qui cette année s'est mariée.
Et le sujet en est Renée
Qui cette année s'est mariée.

Dont l'union fut célébrée
Sans qu'elle ne l'eût désirée.
Renée la Pâle demanda
Donc à sa mère ce jour-là:

- Mais que se passe-t-il ici,
Pour qu'au feu trois chaudrons soient mis?
J'y vois rougeoyer le moyen,
Le petit, le grand aussi bien.

- Ma fille, vos mots me surprennent:
Vos noces ont lieu demain même.
- Si demain me marier je dois,
Je vais me coucher de ce pas.

Je vais me coucher, car demain
Je me lève de bon matin,
Pour préparer, sitôt levée,
Ma belle robe de mariée.

Renée la Pâle demanda
A sa servante ce jour-la:
- Faites preuve, encore une fois,
De dévouement à mon endroit,

Portez à mon clerc cette lettre,
Désolé comme on ne peut l'être.
- De vous servir je suis avide:
Un ange n'est pas plus rapide. -

La jeune servante disait
En arrivant à Kervalbret:
- Bonjour, à vous tous, sous ce toît!
L'aîné de vos fils est-il là?

- Il est malade et alité.
Renée s'est mariée, comme on sait.
C'est dans le bureau qu'on l'a mis.
Vous l'y trouverez. Allez-y!

- Jeune clerc, je vous dis bonjour.
- Je vous dis bonjour, à mon tour.
- Tenez, cette lettre est pour vous.
Lisez-la donc. Vous saurez tout.

- Si cette lettre l'on en croit,
Dans peu de temps elle mourra.
Et il me reste à vivre encor
Bien moins. Bientôt je serai mort. -

II
Renée la Pâle s'écria
A sa fenêtre, ce jour-là:
"Je vois un groupe pénétrer
Là-bas dans le Bois de Diez.

Yves sellar vient en premier
Maudit soit le jeune marié!
Maudits soient mon père et ma mère,
Et ceux qui comme eux élevèrent

Et nourrirent leurs enfants pour
Contrarier, plus tard, leurs amours. -
Et quand ils se mettent en route,
Pour le clerc, le glas sonne. Ecoute!

Trois fois à terre elle tomba.
Yves la releva trois fois.
Renée la Pâle confia
A Monsieur l'Abbé ce jour-là:

- Hâtez-vous de dire la messe,
Avant qu'en moi la vie ne cesse. -

III
Renée disait en arrivant,
Ce jour-là, chez ses beaux-parents:

- On a pour sa bru plus d'égards:
Qu'on me donne un banc pour m'asseoir.
- Ma fille, que dites-vous là?
Vous qu'un si beau cheval porta!

- J'eus préféré venir à pied,
Si c'eût été de mon plein gré.
Mais si je suis la bru céans,
Montrez-moi mon lit à présent.

- On l'a dressé dans le bureau.
- Yves, allez la voir tantôt!
Et, au nom de Dieu, calmez-la!
Elle n'a rien mangé, je crois. -

- Bonjour, ma jolie bien-aimée!
- Ah! jeune veuf, bonne journée!
Non que pour un veuf je vous prenne,
Mais bientôt le serez, quand-même. -

Elle prend une chaise, puis
En donne une autre à son mari.
- Mon pauvre ami, si vous m'aimez,
Ce soir, laissez-moi donc aller

A sa veillée funèbre. - Non
Vous n'irez pas. Il n'est pas bon
Qu'ainsi sa nuit de noce on passe.
Allez aux obsèques, de grâce!

- Mon pauvre ami, je voudrais tant
Faire à présent mon testament:
Dans la robe que je portais
Cinq cents écus vous trouverez.

Prenez-les donc: ils sont pour vous
Qui gâchâtes un argent fou.
Mon tablier contient encor
Au total cinquante écus d'or.

Remettez-les à ma servante
Qui fut avec moi si patiente,
Portant des plis sans rechigner
De mon manoir à Kervalbret.

Dans mon cotillon de mariage
Soixante écus: qu'on les partage
Entre les pauvres du pays
Sans oublier les prêtres qui

Diront pour moi quelque prière
Le jour qu'ils me mettront en terre.
Elle attira vers son giron
Sa tête et mourut pour de bon.

Que Dieu pardonne aux trépassés
Pour qui les tréteaux sont dressés:
Leurs âmes montent vers les cieux
Pour être unies devant Dieu.

On les mit dans la même tombe,
Leur lit nuptial en ce bas monde.
Leurs âmes sont montées aux cieux...
Qu'elles soient unies devant Dieu!

Traduction: Christian Souchon (c) 2012
ENGLISH TRANSLATION

I
O listen all attentively
I'll sing you a new melody!
O listen all attentively
I'll sing you a new melody!
A song about little Renée
Whom her parents married away
A song about little Renée
Whom her parents married away

This year Renée the Pale was wed
But loved another one, instead.
Everything started when Renée
Has asked her mother one day:

- Pray, what is in our house afoot,
Hearth fire and three caldrons to boot?
One of them red-hot already,
The big and the small, presently?

- I am surprised by your question:
It's to celebrate your union!
- If tomorrow I'm to marry
I'll go to bed immediately.

I'll go immediately to bed
And I'll rise at daybreak, she said.
I'll rise at daybreak tomorrow:
My wedding dress I must narrow. -

Renée the Pale then has addressed
Her little maid with a request:
- My friend, concerning my lover,
Would you do me a small favour?

To my clerk's with this letter go!
His eyes with tears must overflow.
- O my young mistress, this moment
For you I shall go on errand. -

At Kervalbrey's the little maid-
Servant arrived soon and she said:
- My greeting to all everyone!
Tell me where is your eldest son?

- He is in bed, sick and aching
Since he heard of Renée's wedding.
His bed is in the library.
Go, you won't miss him, certainly! -

- Young Clerk, I wish you good morning!
- Good morning, maid who's so charming!
- Here is a note for you to read:
You should peruse it. Go ahead!

- This letter, if it tells the truth,
My anxious mind never will soothe
She has but three days to live! Still
I'll die before. I am so ill! -

II
Renée the Pale said, one morning
At her bedroom's window leaning:
- Over there I see a party
That will cross Diez Wood presently.

Yves Sellar rides ahead of all:
A special curse on him I call!
And on my father and mother,
And all such as raised a daughter

And all such as a daughter raised
Just to decide all in her stead. -
To the church when they all did stroll
They heared the bell for the clerk toll...

Three times the poor girl swooned and fell.
Yves helped her up. Ominous bell!
Renée the Pale told the parson
Who celebrated the union:

- Quick, hurry up! Or I shall pass
Away before you said the mass. -

III
Renée said on entering the house
Where lived the mother of her spouse:

- To your daughter-in-law don't frown,
But show her a bench to sit down!
- I am surprised you should be tired.
Had you not a fine horse to ride?.

- I would have come on foot, for sure,
If this had been a pleasant tour.
If I am your daughter-in-law,
Show me my bed. I will withdraw.

- Over there: in the library.
- My son Yves keep her company!
And in God's name, cheer her up, please!
She did not eat. Make her at ease!

- My beloved one, good day to you.
- Young widower, I greet you, too.
I do not mistake you for such
But soon the word won't be too much! -

She arranged for herself a chair,
And for him, with the greatest care.
- My poor husband, if you love me,
Let me go to the wake, briefly.

To the wake, briefly, let me go.
- To the funeral wake? Oh no!
Since tonight is your wedding night.
But to the interment you might.

- My friend, I'd like, with your consent,
To make my will and testament:
In the pouch of my wedding gown
There's a sum of five hundred crowns:

This will be for you, my husband,
For the expense you had to stand.
The same with the apron I did:
Another fifty crowns are hid.

Please, give them to the little maid:
I bothered her to get her aid
And aimless letters to convey
From Manor Glas to Kervalbrey.

Further, within my cotillion
Are sixty crowns in addition:
Part of it should be for the poor.
But for the priests you'll keep a score,

That they may once for us both pray
Whom in the cold glebe they will lay. -
Upon her lap his head she bent.
Now her life had come to an end.

O God, grant pardon to the dead!
Upon the trestles they were laid.
Their souls to heaven they took flight
They wed before God the same night.

They did not sleep in the same bed,
In the same grave they lie instead
By one another they took stand
To be united by God's hand.

Translated by Christian Souchon (c) 2012



Retour à "Azenor La Pâle"