Après la défaite des Turcs à Mohàcs en 1526, la Croatie qui s'est choisi pour maîtres les Habsbourg, pensant ainsi mieux défendre son identité vis à vis de la Hongrie, ressemble à un accordéon:
-au 16ème siècle, elle est réduite aux "reliquiae reliquiarum olim incliti Regni Croatiae" (le reste des restes de ce qui fut jadis le glorieux royaume de Croatie: Zagreb et Rijeka).
- au 17ème siècle, après l'échec de la conspiration des nobles, le ban Petar Zrinski et Fran Krsto Frankopan (1671), la défaite des Turcs devant Vienne en 1683 et la libération du territoire croate au début du 18ème siècle, la Croatie s'est agrandie vers l'est (Confins militaires) et jusqu'à Zadar. Elle se tourne vers les Habsbourg, face à la montée en puissance de Budapest et donne son soutien à la "Pragmatique sanction".

La "Pragmatique Sanction" et la Croatie (1713)


Marie Thérèse Imre Esterhazy Empereur François
Image 1: Marie-Thérèse d'Autriche-Lorraine, par Martin von Meytens, Vienne, 1743, huile sur toile. Reine de Croatie-Hongrie. Elle accorda un nouveau statut à toutes les villes royales libres de Croatie. Il s'étendait à Gradec. Elle engagea des réformes militaires, administratives, scolaires, judiciaires, économiques et religieuses. Lors de la réforme de 1755, elle déplaça le siège du Banat de Croatie à Varaždin, où il resta jusqu'au grand incendie de 1776, date à laquelle il revint à Zagreb.
Son père, l' empereur Charles VI de Habsbourg-Lorraine, (1685-1740, qui fut le IIIème roi de Hongrie-Croatie de 1711 à 1740, avait confirmé le 1er juillet 1712, par une chartre solennelle, le statut de ville libre acoordé à Zagreb en 1609. Par la "Pragmatique sanction" de 1713, il avait fait en sorte en sorte que la succession au trône impérial et royal aille à sa fille Marie-Thérèse.

Image 2: Le prélat hongrois Imre (Emmerich) Esterhàzy (1663-1745) fut, nous apprend ce tableau, religieux de l'ordre de St François de Paule et prieur général à la chapelle vaticane; puis évêque de Zagreb et archevêque d'Esztergom, ainsi qu'un savant fameux. A Zagreb il défendit la Pragmatique sanction devant le parlement (Sabor) ce qui assura définitivement la légitimité de l'Impératrice.

Image 3: L'empereur Joseph II de Habsbourg-Lorraine, par un élève de Martin van Meytens, Vienne, vers 1780, huile sur toile.
Il fut roi de Hongrie-Croatie de 1780 à 1790. Il rendit visite à Zagreb à deux occasions. En 1775, alors qu'il était encore co-régent avec sa mère, il fut accueilli avec enthousiasme et on donna son nom à une rue "Josipova cesta", appelée aujourd'hui "Petrinskaja ulica".
Lors de sa visite de 1783, il fut reçu plus froidement à cause de réformes qu'il imposa par la force. L'une faisait de la langue allemande la seule langue administrative de l'Empire. L'autre entraînait la suppression de nombreux monastères et ordres religieux qui se consacraient à l'enseignement et à la science en cette époque des lumières.

Les corporations


Beaucoup d'artisans venus de tout l'Empire austro-hongrois s'établirent à Zagreb où ils firent souche. Si bien qu'au 18ème siècle les artisans constituaient l'essentiel de la population de Gradec où plus de 70 corporations différentes étaient enregistrées. Elles donnaient leurs noms aux rues de la localité et des faubourgs. Elles allaient du fabricant d'épées et de lances, déperons et d'aiguilles aux armuriers et horlogers. Cette dernière activité devint d'ailleurs florissante.
Le 19ème siècle fut celui des orfèvres et du travail de l'argent: les poinçons de Zagreb étaient accompagnés d'une marque générique reproduisant les armes de Kaptol et de Gradec.
Les fonderies de cloches étaient une des spécialités de Zagreb les plus prestigieuses.
En 1792, l'Inspection royale des Ecoles fit paraître un règlement obligeant les apprentis à suivre des cours de dessin. C'est à cette Ecole de dessin que Zagreb doit l'exceptionnelle qualité de son artisanat.
Enseigne  de tonnelier Girouette Diplome d'apprenti Porte de maison Choppe géante
Objets illustrant les corporations de Zagreb

Image 2: Girouette en fer blanc, Zagreb 18ème siècle.

Bourgeois et religieux


Deux bourgeois Deux autres bourgeois Religieux Religieuses
Image 2: Georges et Antoinette Eisenhuth. La feuille de papier et le compas dans la main droite du mari symbolisent son grade de maître dans sa profession. Dans cette famille on est ébéniste de père en fils. Son atelier se trouvait dans l'hôtel particulier du 13 de la rue de Pierre qui se signale par les arcades du rez de chaussée où étaient aménagées des boutiques (vers 1845, huiles sur carton).

Images 3 et 4: Elles illustrent les innombrables ordres religieux qui étaient établis à Zagreb au 18ème siècle, jusqu'à ce que l'empereur Joseph II ordonne la suppression d'un certains nombre d'entre eux qui se consacraient à l'enseignement.

La haute société zagréboise


Les séances du Parlement, le va-et-vient des députés, de la noblesse et des aristocrates firent de Gradec la résidence des classes supérieures.
Sur la place centrale se dressèrent les nobles demeures du Ban Petar Zrinski et du Ban Nikola Erdödy. Ces demeures aristocratiques ou bourgeoises étaient au début assez modestes. Ce n'est qu'au milieu du XVIIIe siècle que ces notables ont commencé à construire leurs palais sur les grandes parcelles à la périphérie, modifiant complètement l'aspect de la Haute-Ville.
De la guerre qui avait mobilisé toute l’Europe, les notables étaient revenus avec des promotions bien méritées, de nouvelles idées et un nouveau style de vie. Pendant qu’ils vaquaient à leurs occupations à la cour, auprès du Ban et au Parlement, leurs femmes géraient le ménage et leurs fils faisaient leurs études au Theresianum. On apprenait les bonnes manières en lisant (en kaikavien) l'"Ecole du Christ", le catéchisme de l'abbé Juraj Mulih, auquel l'auteur avait ajouté quelques règles de bienséance.
La grande nouveauté en matière de vie en société, c'était les bals et les divertissements, en particulier pendant le carnaval, ainsi que les intrigues autour des mariages qui unissaient les familles Sermage, Oršić, Rauch et Kulmer. Le chanoine Krčelić a raconté tous ces événements, sans épargner ses critiques, dans une chronique qui porte sur les années 1748 à 1767.
Entré dans les milieux aristocratiques grâce à l’achat d'un titre de comte, Žigmund Vojković construisit en 1764 le palais le plus luxueux de Gradec. C'était le rendez-vous de toute la haute société. On y donnait des représentations théâtrales où les acteurs étant des membres des familles distinguées.
Ces représentations théâtrales attirèrent à Zagreb des troupes allemandes ambulantes. En 1797 fut créé le premier Théâtre municipal public Pendant près de quatre décennies, de nombreuses représentations ont eu lieu dans cette grande salle louée par le propriétaire du palais, le comte Amadeo.
Arbre généalogique Deux nobles Demoiselle noble Noble croate Deux autres nobles

Généalogie du Baron Levin Rauch

Images 1, 2 et 5: arbre généalogique remontant à 1343 et portraits d'ancêtres Image 3: Barbara Rauch, fille du Sous-Ban Ivan Rauch. 1745, huile sur toile
Les portraits de la famille du Sous-Ban Ivan Rauch (1743-1756) ont été peints à l'occasion de sa prise de fonction. Peu avant, en 1742, il était devenu propriétaire du Palais, 2 Place Saint-Marc, en plein centre de Gradec, palais qui appartenait jusque là à Nicolas Erdödy.

Image 4: Tenue d'apparat du grand " Župan" de Zagreb, Milorad Cuculić (Budapest, début 19ème siècle, velours, soie, passementerie).
La noblesse croate s'habillait en prenant modèle sur celle de Hongrie. Ces nobles, lors des galas en grande tenue, portaient également le sabre. Ce costume a été revêtu par tous les Bans de Croatie et tous les dignitaires de l'Etat à partir de 1868. Pour aller avec la tenue d'apparat, il fallait acheter une parure complète en argent doré.