Le vingt-deux de septembre

The twenty-second of September

Georges Brassens (1964)

1. Un vingt-deux de septembre au diable vous partîtes, Et, depuis, chaque année, à la date susdite, Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous... Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre, Plus une seule larme à me mettre aux paupières: Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous. 2. On ne reverra plus au temps des feuilles mortes, Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous... Que le brave Prévert (1) et ses escargots veuillent Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles: Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous. 3. Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d'ailes, Je montais jusqu'au ciel pour suivre l'hirondelle Et me rompais les os en souvenir de vous... Le complexe d'Icare à présent m'abandonne, L'hirondelle en partant ne fera plus l'automne: Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous. 4. Pieusement noué d'un bout de vos dentelles, J'avais, sur ma fenêtre, un bouquet d'immortelles Que j'arrosais de pleurs en souvenir de vous... Je m'en vais les offrir au premier mort qui passe, Les regrets éternels à présent me dépassent: Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous. 5. Désormais, le petit bout de cœur qui me reste Ne traversera plus l'équinoxe funeste En battant la breloque en souvenir de vous... Il a craché sa flamme et ses cendres s'éteignent, A peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes: Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous. Et c'est triste de n'être plus triste sans vous (3)

1. On a twenty-second Of September you left me And since then, every year, On that anniversary, I wet my handkerchief In memory of you ... Now, here we are again, However I am placid, With not a single tear To drench my parched eyelid: At that twenty-second Day I scoff. Yes I do. 2. No more shall we see at The time of falling leaves, This soul in pain which re- -sembles me and whom grieves The decay of each leaf In memory of you ... Dear Prévert, you must go (1) With your snails into mourning, Without my assistance Do the dead leaves burying At that twenty-second Day I scoff. Yes I do. 3. In former times my arms, Like a pair of wings, opened: I went up to the sky, Birdlike, and would have broken My neck and all my bones In memory of you ... The complex of Icarus Is fully forgotten And the leaving swallows No more usher in autumn At that twenty-second Day I scoff. Yes I do. 4. Piously knotted were With a piece of your laces, Hanging on my window, Some everlasting flowers Which I watered with tears In memory of you ... Now I will lay them on The first grave in the churchyard, Regrets lasting forever From now on I discard: At that twenty-second Day I scoff. Yes I do. 5. From now on, the little bit of Heart that’s left to me Will not celebrate The fateful equinox, nor be On the blink, on that day, In memory of you ... It spat out its flame and Is no more glowing ember; It’s hardly hot enough For making warm a fender: At that twenty-second Day I scoff. Yes I do. It's sad not to be sad Anymore without you! (2) Transl. Christian Souchon (c) 2017

(1) Jacques Prévert wrote a poem “Burial of a dead leaf”: “Two snails went to the burial of a dead leaf. They had black shells with crêpe on the horns. They left in the evening, a beautiful evening in autumn…”

(2) Michel Galiana wrote something similar: Les funérailles de l'amour

(3) Michel Galiana a aussi parlé de l'amour qui s'éteint: Les funérailles de l'amour




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