Chanson pour l'Auvergnat

Song for the man of Auvergne

Georges Brassens (1954)

1. Elle est à toi cette chanson, Toi l'Auvergnat qui, sans façon, (4) M'a donné quatre bouts de bois Quand dans ma vie il faisait froid. Toi qui m'a donné du feu quand Les croquantes et les croquants Tous les gens bien intentionnés M'avaient fermé la porte au nez. Ce n'était rien qu'un feu de bois Mais il m'avait chauffé le corps Et dans mon âme, il brûle encor À la manière d'un feu de joie... Toi, l'Auvergnat quand tu mourras, Quand le croque-mort t'emportera, Qu'il te conduise à travers ciel Au père éternel! 2. Elle est à toi cette chanson, Toi l'hôtesse qui, sans façon, (3) M'as donné quatre bouts de pain, Quand dans ma vie il faisait faim. Toi qui m'ouvris ta huche quand Les croquantes et les croquants, Tous les gens bien intentionnés S'amusaient à me voir jeûner. Ce n'était rien qu'un peu de pain Mais il m'avait chauffé le corps Et dans mon âme, il brûle encor À la manière d'un grand festin... Toi, l'hôtesse quand tu mourras, Quand le croque-mort t'emportera, Qu'il te conduise à travers ciel Au père éternel! 3. Elle est à toi cette chanson, Toi l'étranger qui, sans façon, D'un air malheureux m'as souri Lorsque les gendarmes m'ont pris. (2) Toi qui n'as pas applaudi quand Les croquantes et les croquants, Tous les gens bien intentionnés Riaient de me voir emmené. Ce n'était rien qu'un peu de miel, Mais il m'avait chauffé le corps Et dans mon âme, il brûle encor À la manière d'un grand soleil... Toi, l'étranger quand tu mourras Quand le croque-mort t'emportera, Qu'il te conduise à travers ciel Au père éternel!

1. It is for you this little song Auvergne man who did not find wrong, (4) To give me once four bits of wood When there was cold in my boyhood: You who gave fire when all the fussed Staid members of the upper crust, All the good people of the place Had slammed their doors shut in my face. It merely was a fire of sticks But it had warmed my body through, In the way a bonfire would do, In a kiln of mortar and bricks. You Auvergne man, the day you die, When undertakers heave you high, To Heaven may you find your way, There with God to stay! 2. It is for you this little song Hostess who did not find it wrong, (3) To give me once four bits of bread When I was left to starve and dread. Opening your larder when the fussed Staid members of the upper crust, All the good people on the spot Enjoyed seeing me fasting non-stop. It merely was a bit of bread But it had warmed my body through, In the way a great feast would do, And in my soul, it burns ahead. You, hostess dear, the day you die, When undertakers heave you high, To Heaven may you find your way, There with God to stay! 3. It is for you this little song, Stranger, who did not find it wrong, With a sad look at me to smile, When the police took me to jail. (2) You who did not cheer when the fussed Staid members of the upper crust, All people full of good intent Laughed at me who to prison went. It was of honey but a touch But it had warmed my body through. In the way bright sunshine would do My soul still rejoices so much. You, stranger dear, the day you die, When undertakers heave you high, To Heaven may you find your way, There with God to stay! Transl. Christian Souchon (c) 2018

NOTES
(1) Comme pour la plupart des chansons de Brassens sur ce site, cette traduction chantable s'inspire de la traduction en prose publiée sur son blog par David Yendley (http://dbarf.blogspot.fr/2011/01/).
Les notes qui suivent ont la même origine.

(2) Pendant sa jeunesse, Brassens vécut un épisode qui devait le marquer pour longtemps: il se déconsidéra, lui-même et sa famille lorsqu’il fut poursuivi pour un petit larcin. Une strophe de ce poème se rapporte, semble-t-il, à cet événement. Cependant il sera immensément reconnaissant toute sa vie à d’autres bienfaiteurs dont il fera plus tard la connaissance : Marcel Planche et son épouse, Jeanne. Ils prirent l’énorme risque de le cacher et de s’occuper de lui, alors qu’il venait de s’évader d’un camp de travail obligatoire en Allemagne en 1944. Marcel Planche était originaire d’Auvergne.

(3) En mars 43 Brassens avait été envoyé en Allemagne, à Basdorf, au titre du STO. Il profita d’une permission à Paris en mars 1944 pour disparaître. Il alla se cacher chez un couple marié, Marcel et Jeanne Planche [l’hôtesse], qui habitaient un appartement insalubre à Paris. Ceux-ci joueraient un rôle déterminant dans sa carrière. Il prolongea son séjour dans ce taudis jusqu’en 1966.

(4) L’Auvergnat a qui s’adresse ce témoignage de gratitude est Marcel Planche et l’hôtesse nourricière est Jeanne, sa femme. Brassens écrivit d’autres chants pour Jeanne dont les plus fameux sont « Jeanne » et « La cane de Jeanne »…
Jeanne était amoureuse de Georges et était jalouse de ses conquêtes. Marcel s’en moquait ou ne s’en rendait pas compte en raison de l’état d’ébriété où il plongeait dès huit heures du matin. »
(1) As for most of the Brassens songs at this site, this singable translation is based on the prose translation posted by David Yendley on his blog (http://dbarf.blogspot.fr/2012/05/alphabetical-list-of-my-brassens-songs.html).
The following notes also are borrowed from this site.

(2) "During his youth, Brassens had a traumatic experience, when he brought disgrace on himself and his family after being convicted of petty theft. There are references in this poem that seem to reflect these events. However the most immense debt of gratitude of Brassens life was due to a couple whom he met later, Marcel Planche and his wife, Jeanne. At great risk to themselves, they hid him and looked after him after Brassens had absconded from a forced labour camp in Germany in 1944. Marcel Planche came originally from the Auvergne.

(3) In March 1943, Brassens was conscripted to a German work camp at Basdorf. When he returned to Paris on leave in March 1944, he went into hiding, sheltered by a married couple, Marcel and Jeanne Planche [the hostess], who lived in a slum house in Paris. They were to play a big part in his life. Brassens' temporary stay in this insalubrious quartier extended until 1966.

(4) The Auvergnat who is thanked in this song is Marcel Planche and the hostess who served him his food is Jeanne. He wrote other songs for Jeanne, the most famous are "Jeanne" and “La cane de Jeanne”...
Jeanne was in love with Georges and was jealous about him. Marcel was either indifferent or unaware, as his habit was to start to get drunk from eight in the morning."





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