Légende de la Nonne

Legend of the Nun

Victor Hugo : Odes et Ballades (1828)

Georges Brassens (1955)

1. Venez, vous dont l'œil étincelle,( 1) Pour entendre une histoire encor’ Approchez, je vous dirai celle De Doña Padilla del Flor. Elle était d'Alanje, où s'entassent Les collines et les halliers. Enfants, voici des bœufs (2) qui passent, Cachez vos rouges tabliers. 2. Il est des filles à Grenade, Il en est à Séville aussi, Qui, pour la moindre sérénade, À l'amour demandent merci; Il en est que parfois embrassent, Le soir, de hardis cavaliers. Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers. 3. Ce n'est pas sur ce ton frivole Qu'il faut parler de Padilla, Car jamais prunelle espagnole D'un feu plus chaste ne brilla; Elle fuyait ceux qui pourchassent Les filles sous les peupliers. Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers. 4. Rien ne touchait ce cœur farouche, Ni doux soins, ni propos joyeux ; Pour un mot d’une belle bouche, Pour un signe de deux beaux yeux, On sait qu’il n’est rien que ne fassent Les seigneurs et les bacheliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 5. Elle prit le voile à Tolède, Au grand soupir des gens du lieu, Comme si, quand on n'est pas laide, On n’avait droit d'épouser Dieu.(5) Peu s'en fallut que ne pleurassent Les soudards et les écoliers. Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers. 6. Mais elle disait : « Loin du monde, Vivre et prier pour les méchants ! Quel bonheur ! quelle paix profonde Dans la prière et dans les chants ! Là, si les démons nous menacent, Les anges sont nos boucliers ! » - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 7. Or, la belle à peine cloîtrée, Amour en son cœur s'installa. Un fier brigand de la contrée Vint alors et dit : "Me voilà !" Quelquefois les brigands surpassent En audace les chevaliers Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers. 8. Il était laid: les traits austères, La main plus rude que le gant ; Mais l'amour a bien des mystères, Et la nonne aima le brigand. On voit des biches qui remplacent Leurs beaux cerfs par des sangliers.(6) Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers. 9. Pour franchir la sainte limite, Pour approcher du saint couvent, Souvent le brigand d’un ermite Prenait le cilice et souvent La cotte de maille où s’enchâssent Les croix noires des Templiers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 10. La nonne osa, dit la chronique, Au brigand par l'enfer conduit, Aux pieds de Sainte Véronique (7) Donner un rendez-vous la nuit, À l'heure où les corbeaux croassent, Volant dans l'ombre par milliers. Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers. 11. Padilla voulait, anathème ! Oubliant sa vie en un jour, Se livrer, dans l’église même, Sainte à l’enfer, vierge à l’amour, Jusqu’à l’heure pâle où s’effacent Les cierges sur les chandeliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 12. Or quand, dans la nef descendue, La nonne appela le bandit, Au lieu de la voix attendue, C'est la foudre qui répondit. Dieu voulut que ses coups frappassent Les amants par Satan liés. Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers. 13. Aujourd’hui, des fureurs divines Le pâtre enflammant ses récits, Vous montre au penchant des ravines Quelques tronçons de murs noircis, Deux clochers que les ans crevassent, Dont l’abri tuerait ses béliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 14. Quand la nuit, du cloître gothique Brunissant les portails béants, Change à l’horizon fantastique Les deux clochers en deux géants ; À l’heure où les corbeaux croassent, Volant dans l’ombre par milliers... - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 15. Une nonne, avec une lampe, Sort d’une cellule à minuit ; Le long des murs le spectre rampe, Un autre fantôme le suit ; Des chaînes sur leurs pieds s’amassent, De lourds carcans sont leurs colliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 16. La lampe vient, s’éclipse, brille, Sous les arceaux court se cacher, Puis tremble derrière une grille, Puis scintille au bout d’un clocher ; Et ses rayons dans l’ombre tracent Des fantômes multipliés. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 17. Les deux spectres qu’un feu dévore, Traînant leur suaire en lambeaux, Se cherchent pour s’unir encore, En trébuchant sur des tombeaux ; Leurs pas aveugles s’embarrassent Dans les marches des escaliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 18. Mais ce sont des escaliers fées, Qui sous eux s’embrouillent toujours ; L’un est aux caves étouffées, Quand l’autre marche au front des tours ; Sous leurs pieds, sans fin se déplacent Les étages et les paliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 19. Élevant leurs voix sépulcrales, Se cherchant les bras étendus, Ils vont... Les magiques spirales Mêlent leurs pas toujours perdus ; Ils s’épuisent et se harassent En détours, sans cesse oubliés. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 20. La pluie alors, à larges gouttes, Bat les vitraux frêles et froids ; Le vent siffle aux brèches des voûtes ; Une plainte sort des beffrois ; On entend des soupirs qui glacent, Des rires d’esprits familiers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 21. Une voix faible, une voix haute, Disent : « Quand finiront les jours ? Ah ! nous souffrons par notre faute ; Mais l’éternité, c’est toujours ! Là, les mains des heures se lassent À retourner les sabliers... » - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 22. L’enfer, hélas ! ne peut s’éteindre. Toutes les nuits, dans ce manoir, Se cherchent sans jamais s’atteindre Une ombre blanche, un spectre noir, Jusqu’à l’heure pâle où s’effacent Les cierges sur les chandeliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 23. Si, tremblant à ces bruits étranges, Quelque nocturne voyageur, En se signant demande aux anges Sur qui sévit le Dieu vengeur, Des serpents de feu qui s’enlacent Tracent deux noms sur les piliers. - Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers ! 24. Cette histoire de la novice, Saint Ildefonse, abbé, voulut (8) Qu'afin de préserver du vice Les vierges qui font leur salut, Les prieures la racontassent Dans tous les couvents réguliers. Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers. (9)

1. Now come near, you whose eyes bright sparkle: I’ll tell you a story once more, Gather round, I’ll tell, not a fable, The tale of Padilla del Flor. She came from Alanje, where mountains And brushland are spread on display. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! (3) 2. There are many girls in Grenada, There are some in Seville as well, Who at the slightest serenade are Sure their soul to betray and sell, In trade of fond kisses given By bold suitors, at close of day.(4) Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 3. But it is not in such light manner That we should speak of Padilla. With so chaste a fire had never Shone, believe me, a Spanish eye. She fled from men importuning Girls in parks, wherever they may. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 4. No merry chat and no kindnesses, Nothing could touch this steady heart. For a word a fair mouth expresses, For a sign two lovely eyes spark, There's no treasure that a yeoman Or nobleman would shun to pay. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 5. Now she took the veil in Toledo To shocked sighs from all local men, As if it were right to get wedded To God for a girl who’s not plain! All men were close to tears, even Rough soldiers in battle array. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 6. For she used to say: ”What deep peace is In the praying and in the chants! There, all the attempts of the devils, Angels fend off with shield and lance! Far from the world, for the wicked What happiness to live and pray!” Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 7. Now, scarcely was the maid in cloister, Love for a man has seized her heart: From thereabouts a proud marauder Has come and said: « I won’t depart ». Oft marauders go far beyond Noble knights in that daring fray. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 8. This man was ugly altogether. His hand was rougher than a glove. But the nun fell for the marauder: No greater riddle than such love! Sometimes are female deer ousting Bucks: they choose with wild boar to stay. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 9. So as to cross the holy limit And force the holy convent’s doors, Oft would the brigand from a hermit Borrow the cassock or, still worse, Don the coat of a Knight Templar, With a black cross as an inlay. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 10. The nun, an old chronicle tells you, With the brigand, under hell’s lead, Beneath Saint Veronica’s statue On a night appointment agreed, At the hour when crow and raven Caw flying, as the day grows grey. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 11. For the nun wanted - anathema!- Forgetting her life in one night, To offer herself, pure Padilla, To hell and love, virginal wight, Till on candlesticks the candles, Burnt out, would herald a new day. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 12. When down the nave the nun had walked And when she called out for the thief, Instead of the voice she expected, Thunderbolt replied, to her grief. Lovers, by Satan conjoined, God wished you thus to gainsay. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 13. Nowadays, with true, divine fury Shepherds, impassioning their tale, Point out on the slope of the gully Blackened remains of a church aisle, Steeples that the years have eaten Whose shelter sheep and ram would slay. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 14. When night, upon the gothic cloister, Burnishing the broad gaping gates, Changes, on the eerie horizon, The steeples to two giant mates, At time of day when in darkness The crows loud cawing fly astray. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away!- 15. A nun, holding a lamp, approaches, Coming from a cell on midnight, Along the walls there creeps, atrocious, Another phantom, hideous sight! Chains upon their ankles stacked, Each bears a yoke, a heavy tray, Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 16. The lamp first hides, then again glimmers, For cover to archways it runs, Then behind some railings it shimmers, Then on top a steeple it comes. The beams of the lamp in darkness Multiply phantoms they display. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 17. Both spectres devoured by fire Trailing their shrouds in tatters pass, They seek once more to be together, Staggering over tombstones, alas! Their footsteps are caught in shackles Upon the stairs, try as they may! Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 18. Because these are fairy staircases Entangling beneath them for hours! One is in suffocating cellars, But the other atop the towers. Beneath their feet a constant shifting Of the levels which makes them stray. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 19. Raising loud their sepulchral voices They go... Magic spirals unfold. They seek each other, arms outstretched, Their steps are merged, forever lost: In detours, always forgotten They exhaust themselves, grow weary, Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 20. Now, the rain in big drops is falling, Beating the stained panes and the stone: Through gaps in vaults hissing wind comes in As well as, from the heights, a moan. You hear sighs which make blood run cold And laughter of ghosts, I daresay. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 21. One voice weak, one voice loud imploring “What’s the use of time passing fast? Our sin was but short-lived and fleeting: Eternities forever last! There the hands grow weary turning Over the sandglasses of days... Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 22. Hell alas is burning forever. All the nights they seek in this dark, Dilapidated house each other: A shadow white, a spectre black, Till, on its own, burns the last candle, Till the pale dawning of the day. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 23. If at these strange sounds, with fear trembling, A passer-by asks, on this path Crossing himself, angels in heaven ‘Against whom avenging God’s wrath?’ Some close-writhing fire serpents Trace two names upon the archway. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! 24. Ildefons, abbot and saint, wanted That this frightful tale of the nun, To keep from vice all the novices Cloistered who seek their salvation, By prioresses be related In all convents without delay. Here are bullocks passing by, children, Hide your red pinafores away! (9) Transl. Christian Souchon (c) 2018

NOTES
(1) Comme pour la plupart des chansons de Brassens sur ce site, cette traduction chantable s'inspire de la traduction en prose publiée sur son blog par David Yendley (http://dbarf.blogspot.fr/2011/01/).
Les notes qui suivent ont la même origine.

(2) "Des bœufs qui passent"
"On sait qu'il ne faut pas "agiter un chiffon rouge devant un taureau", d'où la frayeur de la mère préceptrice. Cependant ces deux vers qui constituent le refrain qui conclut chaque strophe sans avoir pour autant de lien logique avec elle, a une autre signification. Ladite préceptrice veut inculquer à ses élèves sans défense des phobies irraisonnées et la strophe finale du poème explique qu'elle le fait à dessein pour des motifs de discipline religieuse.

(3) “Vos rouges tabliers”
Les élèves portent des tabliers rouges pour protéger leurs effets pendant la classe.

(4) "Qu'embrassent le soir de hardis cavaliers"
Ces précisions aussi complaisantes qu'oiseuses donnent une idée de la frustration sexuelle qui préside au célibat des nonnes.

(5) "Epouser Dieu"
Quand une novice prononce ses voeux, le rituel est celui d'un mariage avec Jésus Christ et l'on passe même un anneau au doigt de la religieuse.

(6) "On voit des biches qui remplacent leurs beaux cerfs par des sangliers"
Pour une nonne, l'amour humain équivaut à l'accouplement contre nature chez les animaux.

(7) "Aux pieds de Sainte Véronique"
Au pied d'une statue de Sainte Véronique.

(8) "Cette histoire de la novice, Saint Ildefonse, abbé, voulut"
Cette dernière strophe chez Brassens est aussi la dernière chez Hugo qui nous révèle ici le nom du prélat à l'origine de cette fantasmagorie [Saint Ildefonse, évêque de Tolède en 657, auteur d'un ouvrage sur "La virginité de sainte Marie"] ainsi que ses motifs qui visent à effrayer les religieuses qui seraient tentées de rompre leurs voeux.
Est-ce à dire que le grand humaniste et défenseur ses opprimés que fut Hugo voulait seulement dénoncer cet usage abusif de leur ascendant par des adultes sur des enfants innocents? Cette volonté est indéniable, mais il ne faut pas pour autant voir en Hugo un rationaliste pur et dur. C'était un mystique, persuadé qu'il pouvait s'entretenir avec Virgile, Shakespeare et même Jésus Christ, mais peut-être pas le Christ selon Saint Ildefonse!

(9) On tient ce poème pour l'un des plus beaux qu'Hugo ait écrits. Il est dommage que les meilleures strophes ne soient pas celles retenues par Brassens. Il est vrai qu'il ne fallait pas que la chanson soit trop longue! [Chez Brassens il n'y a que 9 strophess: 1, 2, 3, 5, 7, 8, 10, 12, 24]
C'est dans les strophes laissées de côté que le grand homme de la littérature française lâche la bride à son imagination poétique, quand il décrit les épreuves cauchemardesques auxquelles les amants maudits sont soumis: chaque nuit ils émergent de l'enfer et cherchent à se rejoindre, mais en vain. Outre une horreur épique, ce poème exprime avec un lyrisme pathétique la tragédie de deux êtres dont le crime fatal fut de s'aimer."

[10] Remarque complémentaire
Comme Gastibelza, ce poème est composé de strophes qui se terminent toutes par deux vers identiques qui appellent des rimes en "iers" (ou "iés") d'une part et "assent" ("âssent" ou acent") d'autre part. Le défi est relevé tout au long des 24 strophes que compte ce long poème (à 3 reprises, en recourant à d'impressionnants subjonctifs passés!). En traduction il s'avère bien difficile de s'y tenir!
(1) As for most of the Brassens songs at this site, this singable translation is based on the prose translation posted by David Yendley on his blog (http://dbarf.blogspot.fr/2012/05/alphabetical-list-of-my-brassens-songs.html).
The following notes also are borrowed from this site.

(2) "Des bœufs qui passent"
"- 'Boeufs' is the word for cattle, but the word is often used for 'bullocks' - Larousse tells me.
We all know about "a red rag to a bull” and hence the teacher nun's anxiety. However the use of these two lines as a final refrain to each verse, when they have no link with actual tale, gives us another message. Their teacher is deliberately filling the defenceless minds with exaggerated fears and the final verse of the poem explains that this is deliberate in order to exert religious discipline.

(3) “Vos rouges tabliers”
The children would wear smocks to protect their clothes during the school day.

(4) "Qu'embrassent le soir de hardis cavaliers"
The inappropriate, excited detail suggests the sexual repression of the celibate nuns.

(5) "Epouser Dieu"
When a novice nun made her vows, the ritual was of marriage to Jesus Christ and a ring was put on her finger.

(6) "On voit des biches qui remplacent leurs beaux cerfs par des sangliers"
The nuns equate human love with unnatural animal mating.

(7) "Sainte Véronique"
They are to meet under the statue of Saint Veronica.

(8) "Cette histoire de la novice, Saint Ildefonse, abbé, voulut"
This last verse is also the last verse of Hugo’s poem. Here Hugo gives the name of the church dignitary [ Saint Ildefons, bishop of Toledo in 657, who wrote a book on "Holy Mary's virginity"] from whom this story originated and gives his motive: to frighten any nuns tempted to break their vows.
We should expect Hugo, the great humanitarian defender of downtrodden people to be hostile to this abuse of the innocence of children. We should be wary, however, of associating Hugo too closely with pure rationalism. Hugo was mystic who believed he was able to converse with Virgil, Shakespeare and Jesus Christ - but perhaps not with the Christ of Saint Ildefonse's depiction!

(9) This text is regarded as one of Hugo’s most beautiful poems. Unfortunately the best verses are the ones that Brassens did not include. We can understand that it would have been a very long song if he had! [Brassens sings only 9 stanzas: 1, 2, 3, 5, 7, 8, 10, 12, 24]
In these omitted verses the poetic imagination of the great man of French literature is given full scope as he describes the nightmarish ordeals undergone by the tortured lovers as they emerge from the jaws of hell each night, in their frustrated quest to meet together. As well as the epic horror there is also the lyrical pathos of the tragedy of two human beings, whose fatal crime was to fall in love."

[10] Additional note
Like Gastibelza, this poem consists in stanzas ending with the same two lines for which rhymes in "iers" (or "iés") and "assent" ("âssent" or acent") must be found. The challenge is kept throughout the 24 stanzas of the long poem, which proves an uneasy, if not impossible chore in translation.

La Légende de la nonne chantée par Georges Brassens



Les croquants Index Gastibelza