Auprès de mon arbre

Beneath my tree

Georges Brassens (1956)

1. J'ai plaqué mon chêne (1) Comme un saligaud, Mon copain le chêne, Mon alter ego, On était du même bois Un peu rustique, un peu brut, Dont on fait n'importe quoi Sauf naturellement les flûtes... J'ai maintenant des frênes, Des arbres de Judée, Tous de bonne graine, De haute futaie... Mais, toi, tu manques à l'appel, Ma vieille branche de campagne, Mon seul arbre de Noël, Mon mât de cocagne ! Auprès de mon arbre, Je vivais heureux, J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre... Auprès de mon arbre, Je vivais heureux, J'aurais jamais dû le quitter des yeux... 2. Je suis un pauvr' type, J'aurais plus de joie : J'ai jeté ma pipe, Ma vieille pipe en bois, Qui avait fumé sans se fâcher, Sans jamais me brûler la lippe, Le tabac de la vache enragée Dans sa bonne vieille tête de pipe... J'ai des pipes d'écume Ornées de fleurons, De ces pipes qu'on fume En levant le front, Mais je retrouverai plus, ma foi, Dans mon cœur ni sur ma lippe, Le goût de ma vieille pipe en bois, Sacré nom d'une pipe ! Auprès de mon arbre, Je vivais heureux, J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre... Auprès de mon arbre, Je vivais heureux, J'aurais jamais dû le quitter des yeux... 3. Le surnom d'infâme Me va comme un gant: D'avecque ma femme J'ai foutu le camp, Parce que, depuis tant d'années, Ce n'était pas une sinecure De lui voir tout le temps le nez Au milieu de la figure. Je bats la campagne Pour dénicher la Nouvelle compagne Valant celle-là Qui, bien sûr, laissait beaucoup Trop de pierres dans les lentilles, Mais se pendait à mon cou Quand je perdais mes billes. Auprès de mon arbre, Je vivais heureux, J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre... Auprès de mon arbre, Je vivais heureux, J'aurais jamais dû le quitter des yeux... 4. J'avais une mansarde Pour tout logement, Avec des lézardes Sur le firmament, Je le savais par cœur depuis Et, pour un baiser la course, J'emmenais mes belles de nuit Faire un tour sur la grande Ourse... Je n'habite plus de mansarde, Il peut désormais Tomber des hallebardes, Je m'en bats l'œil mais, Mais si quelqu'un monte aux cieux Moins que moi, j'y paie des prunes : Y a cent sept ans qui dit mieux, Que je n'ai pas vu la lune! Auprès de mon arbre, Je vivais heureux, J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre... Auprès de mon arbre, Je vivais heureux, J'aurais jamais dû le quitter des yeux... (2)

1. My oak tree I ditched (1) Like a heartless guy. The oak tree, my old friend Was my other I We were both of the same wood: A bit rustic, a bit coarse And to make anything used, Anything but flutes, of course I have now got ash trees, Trees of Judea, And the best stock are these In the area, But you, your absence is felt, My old branch of the country, My mast of Cocagne, my best And dear Christmas tree! O, close beside my tree, I lived blissfully! Never from my tree should I have gone away! O, close beside my tree, I lived happily. How could I have left it alone to stay? 2. I am just a poor guy, I’d have no more joy I have thrown out my pipe My old wooden toy, That without trouble had smoked Without turning into coal Tobacco that I had scrounged In its good, well-aged pipe bowl. Now I own meerschaum pipes Adorned with flowerlets Some of those select types For rich baronets , But I won’t never find again In my heart nor on my lip, The old taste, hearty and plain, Sacré nom d'une pipe! O, close beside my tree, I lived blissfully! Never from my tree should I have gone away! O, close beside my tree, I lived happily. How could I have left it alone to stay? 3. The label "vile traitor" Fits me like a glove: When I have left my wife, I simply cleared off, Because for so many years It had been no sinecure To see all the time, her face, A dismal, reproachful figure. I frantically searched To discover as Good a new lady friend As the former was Who, I admit, would oft wreck The most succulent of dishes But threw her arms round my neck It was delicious! O, close beside my tree, I lived blissfully! Never from my tree should I have gone away! O, close beside my tree, I lived happily. How could I have left it alone to stay? 4. An attic room I had For my sole lodgings To the dark firmament It had cracks opening I got t' know it by heart since: Charging a kiss for the trip there I would take my night beauties On a tour over the Great Bear. This attic I foregot, So it can henceforth Pour down cats and dogs, but That concerns me not But if anyone scales heaven Less than I, I'd eat my hat: It’s a hundred years, since I last Saw the moon, beat that! O, close beside my tree, I lived blissfully! Never from my tree should I have gone away! O, close beside my tree, I lived happily. How could I have left it alone to stay? (2) Transl. Christian Souchon (c) 2017

NOTES
(1) Après que Georges Brassens eut réussi à se faire un nom et à devenir riche, il put vivre dans un environnement des plus confortables. Cependant, quand il regarde en arrière, il lui arrive de regretter amèrement la Bohème de ses jeunes années, quand il était pauvre et vivait dans un dénument incroyable.

(2) Comme pour la plupart des chansons de Brassens sur ce site, cette note est tirée du blog de David Yendley (http://dbarf.blogspot.fr/2011/01/).
La traduction chantable anglaise est basée sur sa traduction en prose.
(1) After Georges Brassens had achieved world-wide success, he was a wealthy man, living in the greatest of comfort. However, when he looks back, he strongly misses the happy relaxation of the early years when he was very poor and lived in conditions of incredible deprivation.

(2) Like for most of the Brassens songs at this site, this note is borrowed from David Yendley's blog (http://dbarf.blogspot.fr/2012/05/alphabetical-list-of-my-brassens-songs.html).
This singable translation is based on his prose translation.



Je me suis fait tout petit Index Celui qui a mal tourné