CHANT DE LA SIRENE 2 La mer mieux que moi connaissait le chemin. Mes doigts, filez, car je suis le passé, l'aveugle. La navette, la faux et la doloire Connaît la toile, l'épi tapi Et quel dieu guète sous la gangue. Fidèle à la douleur, docile au silence, J'écoute battre au fond de mes artères Les cohortes d'un monde en marche. Que je sois la coupe où verser le vin. Et qu'importe si l'ivresse est au buveur Puisque je suis le pont. Que je sois le bronze sur le foyer Où gazouille la noce du feu et de l'eau. Et l'arc qui en lui même contient Le bois, le dard et la cime étoilée. Que je sois l'au-delà de mon bonheur Les brebis dorment au soleil d'Ithaque. L'ombre des nuages tigre la mer impassible. Et voilà qu'un envol de mouettes vacille sur la mer. Sous le clapotis des vagues et des crabes Retentissent les promesses de départs. Michel Galiana, 24 mai 1978 . . .

MERMAID'S SONG 2 Better than I did, the sea knew the route. Fingers, spin for me: I am the blind past. Thus shuttle, scythe, adze know better about Weft and crouching corn, gods hiding in casks. I'm prone to silence and faithful to grief, Listening to cohorts of onmarching worlds Whose trample resounds in my arteries, I shall be the cup where the wine is poured. The drinker may be intoxicated : Since I bridge a gap, what does it matter? I shall be the bronze urn over the hearth Where, wedded to fire, the water babbles. I shall be the bow where have merged to one Tautened wood and shaft and starlit summit. And I shall be my blithe world's otherworld: The yews slumbering in Ithaca's sun, Streaked with shades of clouds, the sea impassive Till a flight of gulls over it wavers. Among lapping waves and teeming crabs are Sounding promises of near departures. 24th March 1978 Transl. Christian Souchon, 2015 Photo: Dominique Borderie, 2015

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