Les miroirs d'argent

The Silver Mirrors

Dialecte de Bas-Vannes (*)

  • Première publication dans l'édition du Barzhaz de 1839.
  • "Les miroirs d'argent: chanté devant moi en 1780 par Marie Tanguy [née en 1725 à Kerlan en Névez- décédée en 1803, épouse Le Bourhis] de Lustuminy en Nizon. Cette femme aurait 124 ans à présent".
    Cette indication écrite de la main de Mme de La Villemarqué figure dans la "Table A". Elle permettrait de dater cette table de l'année 1849, si ce n'est que la Dame de Nizon décéda en 1847. Elle est confirme l'indication de la table B (établie, semble-t-il, pour préparer l'édition de 1845, et antérieure à la table A): "Les miroirs d'argent: Chanté par Marie Tanguy de Kerlan" [en Nevez].
    C'était la bonne de la jeune Mme de La Villemarqué à qui elle avait également appris le chant Le clerc de Rohan. Cette attribution du présent chant n'apparaît, cependant, dans aucune édition du Barzhaz.
  • Pas de chant correspondant dans les cahiers de Keransquer.
  • Egalement collecté:
    - sous forme manuscrite
    . par de Penguern: Tome 90 (et publié par "Dastum" en 1983, p.53), "Ar kloarek marv", 1851, Taulé.
    - publié dans un recueil
    . par H. Guillerm, "Chants populaires bretons du Pays de Cornouailles", 1905, "Ar plac'h yaouank glac'haret": version 1 (Kernével, Finistère) et version 2 (Ergué -Armel).
    - publié dans une revue
    . par Yann Kerhlen, alias Père Jean-Mathurin Cadic, dans "Revue de Bretagne et de Vendée", tome V de 1891: "Jeannett er Vraw"
  • Girls piercing a saint's statue at Sainte Anne d'Auray cloister
    Jeunes filles plantant des épingles
    au cloître de Sainte Anne d'Auray
  • First published in the 1839 edition of the Barzhaz.
  • "The silver mirrors" were sung to me in 1780, by Marie Tanguy [born in 1725 at Kerlan near Névez - died 1803, wife of Le Bourhis], from Lustiminy near Nizon. She would be 124 by now."
    This information is given by Mme de La Villemarqué in the "Table A". (The inference would be that table A might be dated to 1849, if the Lady of Nizon had not died in 1847). It is confirmed by a statement in table B (set up to prepare the 1845 release of the Barzhaz and, in fact, older than table A): "The silver mirrors: sung by Marie Tanguy from Kerlan" [near Névez].
    Marie was maid to young Mme de La Villemarqué who learnt from her singing, beside the present piece, the song The clerk of Rohan. However the ascription of the present song does not appear in any of the three editions of the Barzhaz.
  • No corresponding song in the Keransquer MS.
  • Also collected:
    - in MS form
    . by de Penguern: Tome 90 (and published by "Dastum" in 1983, p.53), "Ar kloarek marv", 1851, Taulé.
    - and published within a collection
    . by Abbé H. Guillerm, "Chants populaires bretons du Pays de Cornouailles", 1905, "Ar plac'h yaouank glac'haret": version 1 (Kernével, Finistère) and version 2 (Ergué -Armel).
    - published in a periodical
    . by Yann Kerhlen, alias Reverend Jean-Mathurin Cadic, in "Revue de Bretagne et de Vendée", book V, year 1891, as "Jeannett er Vraw."

  • Les Miroirs d'argent sont l'un
    des chants de "tombeaux indignes"
    étudiés dans
    CANNIBALES, TOMBEAUX ET PENDUS
    un essai au format
    LIVRE DE POCHE



    de Christian Souchon

    "Silver Mirrors"is one of the
    "indecorous grave songs"
    presented, in French, in
    CANNIBALES, TOMBEAUX ET PENDUS
    (Cannibals, graves and gallows)
    as a PAPERBACK BOOK



    by Christian Souchon


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    Mélodie - Tune
    (Mode hypodorien)

    (Arrangement: Chr. Souchon)

    Français English
    1. Ecoutez tous, Oh écoutez, O gué
    Ecoutez tous, Oh écoutez!
    Le chant qu'on vient de composer!
    Tira la la tira la la (bis)

    2. Sur Margoton de Kerglujar,
    Fille charmante à tous égards,

    3. A qui sa mère répétait:
    - Margot, grande est votre beauté!

    4. - Mais être belle à quoi sert-il
    A qui l'on refuse un mari?

    5. Quand le fruit se met à rougir,
    Sans retard il faut le cueillir!

    6. La pomme qu'on n'a pas cueillie
    Tombe et bientôt elle est pourrie.

    7. - Ma fille, il faut vous consoler.
    Dans un an, je vous marierai!

    8. - Et si je meurs avant un an?...
    Ne serait-ce pas affligeant?

    9. Avant un an, si je succombe
    Je veux qu'on me creuse une tombe.

    10. Et vous y mettrez trois bouquets,
    Un de roses, deux de lauriers,

    11. Qu'emporteront du cimetière,
    Chacun le sien, trois clercs, j'espère.

    12. L'un à l'autre ils iront disant:
    "Voici la tombe d'une enfant

    13. Qui mourut du désir ardent
    De porter les miroirs d'argent!"-

    14. Non, près du chemin qu'on m'enterre!
    Dites aux cloches de se taire!

    15. Point de cloche au mort, ici-bas,
    Qu'un prêtre n'accompagne pas.

    Traduction Christian Souchon (c) 2008
    1. O listen all attentively, O gay
    O listen all attentively!
    This song was composed recently!
    Tira la la tira la la (twice)

    2. On Margaret of Kerglujar
    The prettiest girl on earth, by far.

    3. To whom her mother kept saying:
    - Dear Margaret, so good looking!

    4. - What is the use of being pretty,
    As long as I do not marry?

    5. When the apple turns red, they say,
    It must be picked and straight away.

    6. If you don't pick it, it will fall
    Off and stay there, a rotting ball.

    7. - No need to worry, not a bit:
    In a year we will see to it!

    8. - How, if I die before a year?
    Oh! It will be too late, I fear...

    9. Should I die before, I would crave
    Permission to have a new grave.

    10. On the tombstone lay three posies
    Two of laurels, one of roses.

    11. Each of them is for a young clerk
    Who takes it when leaving at dark.

    12. And I can guess what will be said:
    - Here is the grave of a young maid

    13. Who died of her vain endeavour
    To wear the mirrors of silver.-

    14. No, by the road let my grave be!
    Do not let a bell ring for me!

    15. No bell for me! On earth, never!
    And no priest to take me over!

    Transl. Christian Souchon (c) 2008


    brezhoneg

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    Miroirs et dialectes
    "C'était l'usage, en Basse-Bretagne [dans son ensemble], de consteller de petits miroirs encadrés d'argent les coiffes des mariées."
    C'est du moins La Villemarqué qui l'affirme en 1867, dans la 3ème édition du Barzhaz. En réalité, selon R.Y. Creston, dans "Le costume Breton" (Tchou, 1974, p.98), cet usage était propre à la région de Quimper (Cornouaille: Pays "glazig") et a fleuri au XIXème siècle. Les coiffes de mariage étaient parsemées d'autant de petits miroirs que celle qui les portait avait reçu de milliers de francs en dot!
    En présentant ce chant comme vannetais, La Villemarqué sous-entend que cette tradition avait également cours dans l'évêché de Vannes.
    On a vu que sa mère tenait ce chant de sa bonne, Marie Tanguy, qui le lui avait enseigné en 1780. Or cette dernière, dont toute l'existence se déroula entre Nizon et le village voisin de Névez, parlait certainement le (Bas)-Cornouaillais. C'est, semble-t-il, dans ce dialecte qu'est rédigée la source du Clerc de Rohan du Barzhaz, ce "débris de chanson bretonne" chanté par Marie Tanguy à Madame de La Villemarqué et que celle-ci avait noté sur une feuille insérée dans son cahier de recettes.
    Le jeune barde aurait-il commis une nouvelle indélicatesse et transcrit en vannetais le chant cornouaillais de Marie Tanguy, absent des manuscrits de Keransquer, afin de remplir le programme annoncé à la page précédente: présenter des chants de clercs dans les quatre dialectes de Basse-Bretagne? (N'avait-il pas opéré une telle substitution à propos du chant Les chouans?)
    Peut-être pas: la version authentiquement vannetaise collectée par Yann Kerhlen qu'on trouvera ci-après et qui est très proche de celle du Barzhaz était peut-être connue de la Villemarqué et ce serait alors un équivalent de ce texte vannetais qu'il aurait retravaillé.
    Cependant, Yann Kerhlen, dans la présentation qu'il fait du texte en 1891 est formel:
    "Il ne peut être ici question "de petits miroirs encadrés d'argent qui ornent les coiffes des jeunes mariées", car cet usage, je le crois du moins, n'a jamais existé dans le pays de Vannes."

    La malédiction du célibat
    Les guerres napoléoniennes avaient considérablement réduit la population masculine (700.000 soldats français sur un total de trois millions de victimes en Europe) et augmenté le nombre de femmes non mariées.
    Remarquons, cependant, qu'il ressort de la remarque de la Table A qui donne comme informatrice la nourrice de Madame de La Villemarqué, Marie Tanguy, née en 1725 et décédée en 1803, que le présent chant est sans doute plus ancien. Les chants similaires recueillis par De Penguern et l'Abbé Guillerm ne parlent pas de ces fameux miroirs.
    Quoi qu'il en soit, ne pas trouver de mari était une situation d'autant plus pénible pour les jeunes Bretonnes qu'elles préparaient leur trousseau dès l'âge de treize ou quatorze ans. Heureusement certains saints avaient une solide réputation d'auxiliaires matrimoniaux, réputation dont leurs statues avaient fort à pâtir: les jeunes filles accompagnaient leurs demandes d'intercession de la plantation d'épingles dans lesdites statues, dans le cou de Sainte Barbe de Guimiliau, le nez de Saint Guirec à Ploumanac'h, même après que l'effigie de bois fut remplacée par une statue de pierre.
    Moins destructrice du patrimoine, une autre coutume consistait à jeter dans l'eau de certaines fontaines "spécialisées" une épingle qui, si elle surnageait, annonçait un mariage avant la fin de l'année. Elle coulait si l'échéance était plus lointaine. Incollables sur le chapitre de la capillarité des matériaux, certaines consultantes graissaient l'aiguille! (Source: Almanach de la mémoire et des Coutumes de Claire Thiévant - Hachette 1981)

  • Voici le même thème chanté par Catherine Le Borgne, une des informatrices de de Penguern à Taulé: "La mort du clerc".
  • Un chant semblable, collecté par H. Guillerm en 1905, "La jeune fille chagrinée" suggère, comme le poème de La Villemarqué, qu'une jeune fille qui meurt sans être mariée risque fort d'aller en enfer!
  • Il existe une variante de ce chant également collectée par H. Guillerm.
  • Une variante en dialecte de Vannes, intitulée Er meloerieu argant a été recueillie par Loeiz Herrieu et Maurice Duhamel. En dépit du pluriel "meloerieu" (miroirs), sans doute adopté sous l'influence du Barzhaz, il n'y est question que d'un miroir où la jeune fille se regarde.
  • Il en est de même dans Plac'hig yaouank deus Pluzulian, un chant de "kan ha diskan" collecté par Fañch Danno.

    Chansons apparentées à la guerz
  • La fin de la gwerz est un emprunt à un chant fameux en langue française (ci-après en parler du Bas-Dauphiné), la Pernette.

    La Pernette se lève,
    tra lala lala lala lala la lalala
    La Pernette se lève,
    tres ores d'avant jor,
    tres ores d'avant jor,
    tres ores d'avant jor,

    Y prend sa quenouillette avec son petit tour
    A chacun tor qu'elle vire, fait un sospir d'amor
    Sa mare li vient dire : "Pernette, qu'arrès vos ?"
    Av'os lo mau de teste, o bien lo mau d'amor ?"
    "N'ai pas lo mau de taste, mais bien lo mau d'amor"
    "No ploras pas Pernete, nos vos maridaron.
    Vos donnaron un prince, o lo fi d'un baron."
    "Jo no vuolh pas un prince, ni lo fi d'un baron.
    Jo vuolh mon ami Piere, qu'est dedans la prison."
    "Tu n'auras pas mie Piere, nos lo pendolaron!"
    "Se vos pendolas Piere, pendolas mei itot.

    Au chemin de Saint-Jacques, enteras nos tos dos.
    Cuvrés Piere de roses e mei de mile flors;
    Los pelerins que passent en prendront quauque brot.
    Diront : Dio aye l'ame dous povres amoros!
    L'un per l'amor de l'autre, ils sont morts tos los dos ."

  • Tant "Les miroirs d'argent" que "La Pernette" évoquent un autre chant, occitan celui-là, dont l'un et l'autre s'inspirent peut-être: "Quand le bouvier vient du labour".

    1. Quand lou bouié ben de laura (bis)
    Planto soun agulhado, A, E, I, O, U, Planto soun agulhado.
    2. Trobo sa fenno al ped del foc, Tristo, descounsoulado.
    3. - Se sios malauto, dit-nous-lou, Te farai un poutajo.
    4. Am' uno rabo, am un' caulet, Une lauzeto magre.
    5. - Quand sarei morto , enterro-me, Al pu foun de la cabo.
    6. Lou pès virats a la parèt, Lou cab' sous la canèlo!
    7. E li roumieou que passaran, Pendran d'aigo senhado.
    8. E diran: "Qualo est mort' eici, Aco 's la pauro Jano.
    9. Que s'es anado en Paradis, Au ceu ambe sus cabros".

    1. Quand le bouvier rentre du labour (bis)
    Plante son aiguillon, A, E, I, O, U, Plante son aiguillon.
    2. Trouve sa femme au coin du feu, Triste et inconsolable.
    3. - Si tu es malade dis-le moi, Te ferai un potage.
    4. Avec une rave, avec un chou, Une alouette maigre.
    5. - Quand je serai morte, enterre-moi Tout au fond de la cave,
    6. Les pieds tournés vers la paroi, La tête sous la cannelle (le robinet)!
    7. Et les pèlerins qui passeront Prendront de l'eau bénite.
    8. Et diront: "Celle qui gît ici, C'est la pauvre Jehanne.
    9. Qui s'en est allée au Paradis, Au ciel avec ses chèvres."

  • Le caractère "bachique" du "bouvier" semble évident.
    Les strophes 5 et 6 existent sous cette forme dans la beaucoup de versions, ce qui semblerait exclure qu'elles se soient greffées tardivement sur un chant original qui ne les comportait pas. La "traduction" française qu'on rencontre parfois ne correspond pas aux leçons les plus répandues:

    5. - Quand je serai morte, enterrez-moi (bis)
    Tout au fond de la mare (bis)

    6. Les pieds tournés vers l'abreuvoir,(bis)
    La tête sous la source (bis)

    7. - Les pèlerins qui passeront (bis)
    Boiront l 'eau de la source.(bis)

    Le thème de l'ivrognesse se rencontre dans plusieurs chansons dès le 16ème siècle. La "Femme ivrogne", notée en 1812 dans le "Chansonnier de Société", contient cette strophe que l'on retrouve dans la fameuse chanson à boire "Chevaliers de la Table ronde":

    Si je meure, que l'on m'enterre
    Dans la cave où est le vin,
    Les pieds contre la muraille,
    La tête sous le robin.

    Un chant d'origine cathare?
    Bien que la plupart des versions se refèrent explicitement à la religion catholique:

    Lous pelerins que passaron...
    Diron un Pater, un Ave,
    Per la pauro Bernardo..

    un site Internet propose une interprétation selon laquelle, la pauvre Jeanne serait la malheureuse église cathare; la rave, le chou, l'alouette décharnée les symboles héraldiques de familles converties à cette religion (curieux blasons!); le bouvier un "Parfait", sans doute venu administrer le sacrement cathare appelé "consolamentum" à la mourante, d'où le mot "desconsolado" dans la deuxième strophe.
    On y affirme, que l'"AEIOU" qui ponctue chaque strophe, n'est pas la simple énonciation des voyelles de l'alphabet, utilisée pour appeler les chèvres. Ce serait la devise des rois d'Aragon (?) et non, comme chacun sait, celle imaginée par Frédéric III de Habsbourg au XVème siècle à la gloire de l'Autriche (alors que la prise du dernier bastion cathare, Montségur, date du 14 mars 1244) et qu'en intervertissant ces lettres, les Cathares pouvaient délivrer jusqu'à 32 messages cryptés (en réalité le nombre d'arrangements possibles est de 120!)...
    Il n'y a que les chèvres qui montent au ciel qui restent inexpliquées. La raison de cette digression c'est sans doute que, dans certaines versions, il est dit que le bouvier, dont l'épouse Margot est malade, pleure aussi la mort de sa chèvre Bernarde!
    Par ailleurs, les chèvres sont parfois appelées, une par une, par leur nom, à la fin de chaque couplet: "Ha, Griso! Ha, Bruno!, Ha, Blanco! Ha, Faubeto!... " Ha, la Grise! Ha, la Brune! Ha, la Blanche! Ha, la Fauve!..." et d'autres noms qui sont sans doute d'autres noms de couleurs: "Monjo, Calholo, Maruelo, Prado".
    On aurait là le renouvellement de l'image évangélique du Bon Berger rassemblant ses brebis, si ce n'est que la chèvre y est réputée animal diabolique (parabole des moutons et des chèvres, Matthieu 25. 31-33).
    L'auteur de cette interprétation mystique peut invoquer à l'appui de sa thèse que le caractère solennel de la mélodie, assez proche de celle de la "Pernelle", a également conduit nos modernes faiseurs de cantiques à s'en saisir pour nous infliger un de ces textes dont l'indigence fait honte autant à la religion, qu'à notre idiome national.
    Un autre site "cathariste" affirme que "desconsolado" doit être compris comme "violée" (dans "Chansons du Pays d'Oc, Rouergue", 1996, le bouvier trouve sa femme près du feu, "descourdelada", "décorcelée", son corsage délacée); que "cavo" peut vouloir dire "grotte", "canèlo" signifier "fontaine"; qu'"aigo senhado" serait de "l'eau sanglante" et "roumieros" des "catholiques romains" (c'est effectivement le grec "rômaios" désignant les étrangers venus vers Byzance depuis l'empire romain d'occident qui est à l'origine des mots hispanique et occitan signifiant "pèlerin": "romero", "roumi-eio").
    Il est de fait que l'on trouve sur Internet des versions isolées qui justifieraient ces interprétations:
    Pyrénées (mais encore?):
    "Al pus fons de la crôta ... la testa a la rajada": "Tout au fond se la grotte, la tête vers le filet d'eau."
    Le Puy-en-Velais: "Els potz pres de la mara, la testa sos l'anada": "Les pieds près de la mare, la tête sous l'allée", où l'emploi du mot "mara" dans ce sens semble rarissime!

    L'expiation de la "marginalité"
    Nous retiendrons, plus prosaïquement, que les dernières strophes du "Bouvier" sur les pèlerins (de Saint-Jacques comme dans "La Pernelle"?) qui évoqueront la défunte en s'inclinant sur sa tombe - à l'air libre ou dans la cave -, se retrouvent dans le chant français "Pernelle" et le chant breton du Barzhaz.
    Le fil rouge qui semble relier ces chants traditionnels pourrait être le suivant: une femme expie une marginalité assumée (ivrognerie, liaison avec un repris de justice de Pernelle) ou subie (viol, célibat des jeunes bretonnes) en se faisant enterrer non pas en terre chrétienne mais sur un lieu de passage de pèlerins dont elle compte que les prières pourront lui valoir l'absolution de ses fautes.
  • The mirror and dialect issue
    "According to an old custom observed in [all parts of] Lower Brittany, lots of little silver mirrors were hung all over the wedding headdress of the bride."
    This explanation appears in the third edition of the Barzhaz, in 1867. In fact, R.Y. Creston, in "The Breton dress" (Tchou, 1974, p.98) considers this habit as specific to the Quimper area and to the 19th century.
    The wedding headdresses were adorned with as many mirrors as were thousands of francs in the bride's dowry!
    By presenting this song as a Vannes dialect piece, La Villemarqué implies that this tradition also applied to the Vannes bishopric.
    As stated before, his mother had learned this song from the singing of her nurse, Marie Tanguy, in 1780. Now, Marie Tanguy who spent the whole of her life between Nizon and the nearby village Névez was sure to speak the (Lower)-Cornouaille dialect. It is the language used for the source of the Clerk Rohan Barzhaz song, this "fragment of Breton lament" sung by Marie Tanguy to Madame de La Villemarqué which the latter had recorded on a leaf inserted into her recipe book.
    Had the young bard indulged in a new forgery and given of Marie Tanguy's Cornouaille song -one would look in vain for in the Keransquer MS- a Vannes dialect transcription, in order to complete the purpose, set forth on the foregoing page, of publishing songs of clerks in all four dialects of Lower Brittany? (Did he not make the same change with the song The Chouans)?
    Maybe he had not: the truly Vannes originated version collected by Yann Kerhlen, one will read below, is very like the Barzhaz song. Maybe it was known of La Villemarqué and it was this Vannes dialect piece that he worked out.
    However, Yann Kerhlen, in his introduction to the text in 1891 is definite:
    "It is impossible that the present song should refer to "little silver mirrors hung all over the wedding headdress of the bride", since this wont, to the best of my knowledge, never applied to the Vannes country."


    The accursed celibacy
    As a consequence of the Napoleonic wars the male population had considerably shrunk in France (700,000 French soldiers and an overall total amounting to 3 millions victims in all Europe) and many women were left unmarried.
    However, as stated in Table A, Madame de La Villemarqué learned this song from the singing of Marie Tanguy, who was born in 1725 and died in 1803, so that it might be older. Similar songs gathered by De Penguern and the Reverend Guillerm do not mention those famous mirrors.
    Anyway, being unmarried was a dreadful plight for Breton young girls to be in! They were used to preparing their trousseau when they were thirteen or fourteen.
    Fortunately some Saints were reputed as trustful helpers in matrimonial issues, a repute that put their statues in jeopardy: the girls used to pierce them with needles to emphasize their requests (the neck of Saint Barbara in Guimiliau, the nose of Saint Guirec in Ploumanac'h, even after his wooden statue was replaced by a stone one!)
    Less destructive of Brittany's heritage was another tradition: throwing a needle on the surface of some consecrated fountains. If it floated the girl was to marry before year's end. If not, a longer term was to be considered. Some clever girls, very proficient in capillarity problems, used to grease the needles! (Source: Almanach de la mémoire et des Coutumes de Claire Thiévant - Hachette 1981)

  • The poem sung by Catherine Le Borgne, one of de Penguern's informers in Taulé has the same topic: "The Dead Clerk".
  • A similar song, collected by H. Guillerm in 1905, "The Afflicted Girl" suggests, as does La Villemarqué's poem, that there is for a girl who dies in celibacy a risk of eternal damnation!
  • There is a variant to this song, also collected by H. Guillerm.
  • A variant in Vannes dialect, titled Er meloerieu argant was collected by Loeiz Herrieu and Maurice Duhamel. In spite of the plural "meloerieu" (mirrors), very likely imitated from the Barzhaz, it mentions only one mirror, where the girl considers herself.
  • So does Plac'hig yaouank deus Pluzulian a "kan ha diskan" song collected by Fañch Danno.

    Songs related to the gwerz
  • The conclusion of the gwerz is borrowed from a famous song in French language (hereafter in Lower-Dauphiné dialect), La Pernette.

    Pernette gets up,
    tra lala lala lala lala la lalala
    Pernette gets up,
    three hours before sunrise,
    three hours before sunrises,
    three hours before sunrises,

    She takes her distaff and her little spool.
    Every time she turns her spool, she gives a sigh of love.
    Her mother comes and says: "Pernette, what is amiss with you?"
    Is it headache or pain of love?"
    "I have no headache, but I feel the pain of love"
    "Don't weep, Pernette, we will marry you.
    We'll marry you to a prince, or a baron's son."
    "I don't care for a prince or a baron's son.
    I want my friend Pierre who is in jail."
    "You won't have your Pierre, we shall hang him!"
    "If you hang Pierre, hang me along with him!

    Near the road of Saint-James, bury the both of us.
    Cover Pierre with roses and me with a thousand flowers;
    The passing by pilgrims will browse some of them
    They will say: God save the soul of these two lovers!
    Out of love to one another, both died."

  • Both "Silver mirrors" and "Pernette" echo another song in the Southern Oc language, on which they possibly draw in some way or other: "When the ploughman comes home from work".

    1. Quand lou bouié ben de laura (bis)
    2. Planto soun agulhado, A, E, I, O, U, Planto soun agulhado.
    3. Trobo sa fenno al ped del foc, Tristo, descounsoulado.
    4. - Se sios malauto, dit-nous-lou, Te farai un poutajo.
    5. Am' uno rabo, am un' caulet, Une lauzeto magre.
    6. - Quand sarei morto , enterro-me, Al pu foun de la cabo.
    7. Lou pès virats a la parèt, Lou cab' sous la canèlo!
    8. E li roumieou que passaran, Pendran d'aigo senhado.
    9. E diron: "Qualo est mort' eici, Aco 's la pauro Jano.
    Que s'es anado en Paradis, Au ceu ambe sus cabros".

    1. When the ploughman comes home from work (bis)
    He drives his goad into the ground, A, E, I, O, U, He drives his goad into the ground.
    2. He sees his wife sitting by the hearth, Sad and despondent.
    3. - If you are sick, tell me, I'll make you a soup.
    4. With some rape and cabbage and lean lark pie .
    5. - After my death, bury me In the cellar,
    6. With my feet near the inner wall, And my head under the barrel's tap!
    7. And pilgrims on their way Will dip their hand in holy water.
    8. And say: "The one who rests here in God, Is poor dear Jean.
    9. Who went to paradise, Up to heaven along with her goats."

  • It seems self-evident that the "Ploughman" is a "bacchanalian" song.
    Stanzas 5 and 6 appear in this form in many versions, which should exclude that they were grafted at a later stage onto a song that did not include them originally. The following French "translation" one may come across, does not match the most circulated versions:

    5. - After my death, bury me (bis)
    At the very bottom of the pool (bis)

    6. With my feet towards the drinking trough,(bis)
    And my head under the water spring (bis)

    7. - The pilgrims who will pass by (bis)
    Will drink the water from the spring.(bis)

    The theme of the drunkard woman appears in many songs as early as in the 16th century. The "Female drunkard", as recorded in 1812 in the "Chansonnier de Société" (Party Songbook), has this stanza which also belongs to the well-known bacchanalian song "Chevaliers de la Table ronde" (Ye knights of the Round Table):

    If I die, let them bury me
    In the cellar where wine is kept,
    My feet against the wall shall be,
    And my head right under the tap.

    A Cathar origin for this song?
    Though most versions of the "Bouié" explicitly refer to the Catholic faith:

    The pilgrims when passing by...
    Will say a 'Pater noster' and 'Ave Maria',
    For poor Bernarda...

    an Internet site promotes a more sophisticated interpretation: poor Jean were the cathar Church, the cabbage, the lean skylark, blazon of arms symbols of prominent Cathar families (strange blazons, indeed!), the Ploughman were a Cathar "Goodman", possibly in charge of giving the last sacrament known as "Consolament" to the woman in expectation of death, hence the word "desconsolado" in the second stanza.
    This essay claims that the burden "AEIOU" concluding each stanza, does not only enunciate the vowels in the alphabet to call the goats. This were, in fact, the motto of the Aragon royal house (?) and not, as everybody knows, a watchword devised by Frederick III of Habsburg in the 15th century to proclaim the supremacy of Austria over the rest of the world (whereas the capture of the last Cathar stronghold, Montségur, dates to 14th March 1244). By interverting these letters, the Cathars could convey up to 32 cryptic messages (in fact there are 120 possible arrangements of a 5 piece array!)...
    Only the goats going up to heaven are not accounted for in this theory. The reason for this disgression relates possibly to the fact, as stated in some versions, that the ploughman is afflicted not only by his wife Maggie's sickness, but also by the death of his goat Bernarda!
    On the other hand, some versions are like a muster-roll, each individual goat being called by its name after each stanza: "Ha, Griso! Ha, Bruno!, Ha, Blanco! Ha, Faubeto!... " Ha, the Grey one! Ha, the Brown one! Ha, the White one! Ha, the Fawn one!..." and other names which may also refer to colours: "Monjo, Calholo, Maruelo, Prado".
    This could be a renewed image of the Good Shepherd gathering his ewes and lambs in the Gospel, though goats are usually linked to the devil (Parable of the Sheep and the Goats, Matthew 25. 31-33)!
    The inventor of this mystical interpretation may argue, to prop up his view of the song, that its solemn tune, fairly similar to that of "Pernelle", also prompted our modern hymn makers to grasp it for some of their insipid lyrics that are a shame for both faith and French language.
    Another "Catharist" site maintains that "desconsolado" should be understood as "raped" (in "Chansons du Pays d'Oc, Rouergue", 1996, the ploughman finds his wife by the hearth, "descourdelada", with unlaced or undone bodice); that "cavo" could mean "a grotto"; "canèlo" "a fountain"; "aigo senhado" "bleeding water", and "roumieros" "Roman catholic foes" (the Hispanic and Languedoc words for "pilgrim": "romero", "roumi-eio" were, really, originated by the Greek word "rômaios" applying to foreigners who came to Byzantium from the Western Roman Empire).
    In fact, when browsing the Internet, you may come across some rare versions in support of these readings:
    Pyrenees (where, more precisely?):
    "Al pus fons de la crôta ... la testa a la rajada": "At the back of the grotto, with my head towards the stream."
    Le Puy-en-Velais: "Els potz pres de la mara, la testa sos l'anada": "With my feet near the pool, my head under the lane",, whereby the use of "mara" for "pool" seems to be an oddity!

    Atonement for marginality
    More prosaically let us retain that the concluding stanzas of the "Ploughman", featuring pilgrims (to Santiago de Compostela like in "Pernelle"?) who shall acknowledge the passing of the unfortunate woman by inclining their heads over her grave - either in the open air, or deep in a cellar -, have their counterparts in the French song "Pernelle" and the aforementioned Breton songs .
    The red thread throughout this series of folk songs could be described as follows: a woman atones for her marginality which may be deliberate (drunkenness, Pernelle in love with an outlaw) or imposed on her (rape, celibacy of the young Breton girls) by a burial place located outside a churchyard, where pilgrims pass by daily whose prayers may earn her pardon for her faults.


  • JANET ER VRAV

    Une authentique version vannetaise du chant précédent

    Mélodie
    (source du texte et de la mélodie: Yann Kerhlen, in "Revue de Bretagne et de Vendée", tome V de 1891. Arrangement: Chr. Souchon)

    JEANNETT ER VRAW

    1. Er plahig ont a Gerdrumell, O gé (teir w.)
    Honnéh hum gav bras hag ihuel.

    2. Honnéh hum gav braw ha puissant
    Hum sel én ur miloeér argant.

    3. Ha sel muian ma hum selé
    Brawoh pé braw en hum gavé.

    4. Ha hé mam e laré dehi:
    - Ma merh Jannett brawèt oh hui!

    5. - Petra e chervij t'ein bout braw
    Ke ne ziméein ket ataw?

    6. - Tawet, me merh, ne chiffet ket
    'Ben er blai hui vou diméet.

    7. 'Ben er blai hui vou dimeet
    D'er brawan pautr e zou ér bed.

    8. - Ne pas, me mam, ne gredet ket
    E vein mé jamez diméet,

    9. Rak me halon e lavar dein
    E raug ur blai sur é varwein.

    10. Maez mar marwan é raug ur blai
    Laket me en ur bé néhué.

    11. Lakeit me én ur bé néhué
    Ha tri bokèt kaër ar mem bé.

    12. Ha tri bokèt kaër ar mem bé,
    Deu a ré roz, unan loré.

    13. Kaset mé ar hent-pras Guéned
    Léh ma pasou er hloareged

    14. Ma kemereint beb a vokèt
    Ma lareint beb a chapelèd.

    15. Ind e larou dré ou halon
    Amen éma'r plah Janeton.

    16. Amen éma'r plahig Janet
    Plah maleurus, mar en dès bet. -
    LA BELLE JEANNETTE

    1. La jeune fille de Kerdrumell, O gué (3 fois)
    Se montre bien fière et hautaine!

    2. Elle se voit belle et puissante (?),
    Se mirant dans un miroir d'argent.

    3. Et plus elle se regardait,
    Plus elle se trouvait belle.

    4. Et sa mère lui répétait:
    - Chère fille, que vous êtes jolie.

    5. - A quoi me sert d'être jolie
    Puis que je ne dois pas me marier?

    6. - Ma fille, cessez de vous désoler:
    Dans un an, vous serez mariée!

    7. Dans un an vous serez mariée
    Au plus beau garçon du monde.

    8. - Non, ma mère, n'en croyez rien
    Jamais je ne marierai.

    9. Mon cœur me dit qu'assurément
    Je serai morte dans un an.

    10. Avant un an, si je succombe
    Je veux que neuve soit ma tombe.

    11. Mettez-moi dans une tombe neuve
    Et plantez sur ma tombe trois belles fleurs;

    12. Oui, vous y mettrez trois bouquets,
    Deux de roses, un de lauriers,

    13. Faites-moi enterrer sur la grand route de Vannes,
    Là où passent les clercs.

    14. Afin qu'ils prennent chacun un bouquet
    Et que chacun dise un chapelet.

    15. Du fond du cœur, ils diront
    "Ci-gît la belle Jeanneton

    16. Ci-gît la si belle Jeannette
    Une fille malheureuse, s'il en fût!"-
    PRETTY JENNY

    1. There was lass at Kerdrumell, O gay (thrice)
    Who used to act important.

    2. It was because of her good looks
    That she checked in her silver mirror.

    3. The more she looked at it
    The prettier she found herself.

    4. And her mother kept repeating:
    - Dear Jenny you're so good looking!

    5. - What's the use of being so pretty
    If I am never to marry?

    6. - Be quiet daughter, do not worry!
    Before year's end you'll be married.

    7. Before year's end you'll be married
    To the handsomest lad in the world.

    8. - I won't, mother! O believe me!
    Never, alas, shall I marry,

    9. 'Cause I know it, deep in my heart:
    I'll die before a new year starts.

    10. But if I die before New Year
    Lay me into a new grave, dear.

    11. Lay me into a new grave
    With three bunches of flowers on it.

    12. With three bunches of flowers on it,
    Two of roses, one of laurels.

    13. Be it by the side of Vannes highway,
    Where the wandering students are sure to pass.

    14. Let them take each a flower
    And pray their beads for my soul.

    15. And they will say in their prayers:
    Here is the grave of spinster Jane.

    16. Here is the grave of spinster Jane
    The most unfortunate lass that ever lived. -




    Le pauvre clerc La croix du chemin