Remed an amourus klañv

Le remède de l'amoureux malade

Texte recueilli par François-Marie Luzel
auprès de Catherine Renaud, à Keranborgne-Pleyben,

Publié dans "Sonioù Breizh-Izel" en 1890

Mélodie
"La Basse-Bretagne à ses enfants émigrés"
Tirée de "La paroisse bretonne de Paris", avril 1900
recueillie auprès de F. Falquerho, par l'Abbé F. Cadic

Arrangement Christian Souchon (c) 2012
Source: PUF Rennes - Dastum - CRBC "Chansons populaires de Bretagne"



REMED AN AMOUROUS CLANV

Clewet hoc’h euz gant an dud fur (div w.)
Eo mad corrija an natur; (teir gw.)

Eo mad corrija an natur,
Rei an amitié dre vuzur.

Biscoaz glao n’eus grêt na dawje,
Awel grenv na diminuje ;

Amitié domm entre daou den
Gant an amzer a nem gav ién.

Gwell eo amitié leiz an dorn,
’Wit na eo madô leiz ar forn ;

Gant amitié ’zo plijadur,
Ha gant madô tammaladur.

Genet ma mestrès a zo braz ;
Eun diou-jod ru, daoulagad glaz,

Hac eur geno ken dereat (*)
Ma ra mil vad d’in hi gwelet.

Eun daoulagad a zo ’n he fenn,
Ken sclezr ha dour en eur werenn ;

He zâl ’zo ’vel eun hanter loar ;
En creiz ma c’halon me hi c’har.

Evel eur graouen muscadès
Ez eo calonic ma mestrès ;

Gant eur graouen a zo c’houez mad,
Carante merc’h ’zo dereat. (*)

Pa vin clanv fall war ma guele,
Digasset ma dous ma bete,

Ha mar na ro d’in ar iec’het
N’am euz ezom a gen remed ;

Ma mestrès coant, pa arrio,
A bewar zra ma zoulajo,

Ma lemo a boan, a anvoui,
A chagrin hac a velconi.

Keranborn. — 1848.

"dereat": "convenable" à la fois dans
le sens de "décent" et d'"adéquat" (ici,
de "propre à guérir")
"dereat": "proper", both "seemly" and "suitable"
(here "apt to cure")
Rapprochement avec "Ar c'hakous" du Barzhaz

On peut rapprocher les 2
strophes suivantes tirées du poème
du Barzhaz Breizh des 4 derniers
couplets du présent chant.



4. Ma lakafe beg he genou
War bordig skudell va louzoù,
Da evañ goude pa yefen
Gwellaet raktal e vijen.

2. Me zo war va gwele chomet,
Dalc'het, siwazh ! gant ar c'hleñved ;
Mar ve va dousig a zeufe,
E berr-amzer am frealzfe.
LE REMÈDE DE L’AMOUREUX MALADE

Vous avez entendu (dire) aux gens sages (bis)
Qu’il est bon de corriger la nature ; (ter)

Qu’il est bon de corriger la nature,
De ne donner sa tendresse qu’avec mesure.

Jamais il n’a fait de pluie qui ne cessât,
De vent violent qui ne diminuât.

Tendresse chaude entre deux êtres
Avec le temps se refroidit.

Mieux vaut tendresse plein la main,
Que des biens plein le four ;

Avec la tendresse il y a plaisir,
Et avec les biens (il n’y a que) reproches.

La beauté de ma maîtresse est grande :
Deux joues roses, deux yeux bleus,

Et une bouche si séduisante
Que cela me fait mille biens de la voir.

Une paire d’yeux sont dans sa tête
Aussi clairs que de l’eau dans un verre ;

Son front est comme une moitié de lune :
Du fond de mon cœur je l’aime.

Comme une noix de muscade
Est le petit cœur de ma maîtresse ;

Avec la noix il y a bonne odeur,
Amour de fille est chose exquise.

Quand je serai gravement malade, sur mon lit,
Conduisez ma douce jusqu’à moi,

Et si elle ne me rend la santé,
Je n’ai pas besoin de (chercher) autre remède ;

Ma maîtresse jolie, quand elle arrivera,
De quatre choses me soulagera,

Me tirera de peine, d’ennui,
De chagrin et de mélancolie.

Keramborgne. — 1848. Trad. de Luzel
LE REMÈDE DE L’AMOUREUX MALADE

Plus d'un homme sage l'assure:(bis)
On doit corriger la nature; (ter)

On doit corriger la nature
Et être tendre avec mesure.

Il n'est de pluie qui ne cessât,
Ni de vent qui ne s'apaisât.

Et la passion de deux amants
Se refroidit avec le temps.

Pourtant une pincée d'amour,
Vaut mieux que de l'or plein le four;

L'amour procure des plaisirs.
L'or est source de repentirs.

Ma bien-aimée! Comme elle est belle!
Ses joues roses et ses prunelles

Et ses lèvres! Un vrai régal!
La voir me guérit de tout mal:

Les yeux bleus dans ce beau visage
Sont la source du pur breuvage!

Son front est un croissant de lune...
Non, comme elle il n'en est aucune!

Tout comme la noix de muscade,
Son coeur sait guérir le malade.

La noix répand sa douce odeur:
L'amour féminin parle au coeur.

Si je suis souffrant sur ma couche,
Je veux l'aumone de sa bouche,

Elle me rendra la santé,
Mieux qu'aucun remède ne fait.

Libère-moi, jolie maîtresse,
De ces quatre maux qui m'oppressent:

Douleur et dégoût de la vie,
Noir chagrin et mélancolie.

Trad. Ch. Souchon (c) 2012

(Luzel revendiquait le côté fruste de ses
traductions. En l'occurence, il ne rend
justice ni à ce joli texte, ni à la langue
bretonne. Les traductions de La Villemarqué
ne tombent jamais, comme celle-ci, dans la
caricature).

English Translation: "A remedy for a sick lover"

It's not good, so wise people say (two times)
To let nature sway her own way; (three times)

It is wise to control nature:
Be not tender beyond measure!

No rain ever that did not cease,
No wind that time did not appease;

Tenderness may unite two fools:
As time goes by, tenderness cools.

And yet a handful of fondness,
Is more worth than wealth, quite doubtless!

While fondness brings your heart comfort,
Riches have double-edged import.

My girl's beauty I highly prize:
With her pink cheeks, with her blue eyes,

With her mouth fair beyond compare,
About her, aye, she has an air!

Her eyes illuminate her face,
They are limpid and full of grace,

Her brow, a half-moon as it were...
With all my heart I do love her.

Like nutmeg is her darling heart:
The highest delight, for my part;


Nutmeg is a treat of fragrance.
Love holds the pain in abeyance.

If I lie sick upon my bed,
Let come my sweetheart near my head,

Is health not restored presently?
No use of any remedy!

Whenever she passes my door,
These four things bother me no more:

World-weariness, despondency,
Aching pain and melancholy.

Transl. Chr. Souchon (c) 2012



François-Marie Luzel (1821 -1895)



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