Le lépreux

The Leper

Dialecte de Tréguier

  • Première publication dans l'édition du Barzhaz de 1839
  • Les "Tables" n'indiquent pas l'origine de ce chant. Dans le Barzhaz on trouve l'information "Dialecte de Tréguier/ Yez Treger" qui renvoit à la région où Luzel a collecté sa propre version; d'autre part la strophe 13 du texte de La Villemarqué nous apprend que le narrateur est un "pauvre clerc, fils de Jean Caour et qu'il est étudiant depuis trois ans." La variante au crayon p.6 du 1er carnet de Keransquer ("Krouer an neñv hag an douar") s'achève sur ce vers interrompu: "ar son-mañ a zo bet savet" (ce chant a été composé). Mais le nom de Caour n'apparaît ni dans ce chant , ni dans celui noté aux pp. 126 et 127 (incipit "Em gwele me zo kousket")
  • Deux chants correspondants dans les carnets de Keransquer, comme il vient d'être dit
  • Collecté également par Luzel à Plouaret, en 1848 et publié dans les "Sonioù", tome 1, p.190, sous le titre "Remed an amourus klañv".
  • First published in the first edition of the Barzhaz, in 1839.
  • This song is listed in neither of the "Tables". In the Barzhaz, we find the hint "Tréguier dialect/ Yez Treger" pointing at the area where Luzel collected his own version. Besides, stanza 13 in La Villemarqué's composition informs us that the speaker is a "poor clerk, the son of Jean Caour and that he has been studying for three years." The pencilled variant on p.6 of the 1st Keransquer copybook ("Krouer an neñv hag an douar") ends up with this unfinished line: "ar son-mañ a zo bet savet" (This song was composed by). But the name "Caour" appears neither in this song, nor in the song noted on pp. 126 and 127 (begining with: "Em gwele me zo kousket")
  • Two corresponding songs in the 1rst Keransquer copybook, as already mentioned
  • Also collected by Luzel at Plouaret, in 1848 and published in the "Sonioù", book 1, p.190, under the title "Remed an amourus klañv".


  • Mélodie - Tune
    (Mode hypodorien)

    Français Français English
    LE JEUNE HOMME
    1. Toi qui fis le ciel et la terre,
    Tu vois mon cœur dans la misère,
    Lorsque je songe, nuit et jour,
    A ma douce, à mon bel amour.

    2. La maladie me tient, hélas,
    Prisonnier de mon grabat.
    Si ma belle venait me voir,
    Vite, elle me rendrait l'espoir.

    3. Comme l'étoile du matin
    Après une nuit de chagrin,
    Si ma belle chez moi venait,
    Vite, elle me consolerait.

    4. Elle effleurerait avec grâce
    Du bout de ses lèvres ma tasse.
    Je boirais aussitôt après
    Et, dans l'instant, je guérirais.

    5. Le cœur que tu m'avais donné,
    Ma bien-aimée, pour le garder,
    Je ne l'ai distrait, ni perdu,
    Ni mis hors d'usage non plus.

    6. Ce cœur tu m'en avais fait don
    Pour qu'il soit sous ma protection.
    Je l'ai mêlé avec le mien.
    Quel est le mien? Quel est le tien?

    LA JEUNE FILLE
    7. S'adresse-t-il, ce chant si beau,
    A moi, noire comme un corbeau?

    LE JEUNE HOMME
    Même noire comme l'ébène,
    On est blanche pour qui vous aime.

    LA JEUNE FILLE
    8. Ami, vous en avez menti:
    Mon cœur ne vous est pas acquis.
    Et je n'ai que faire de vous.
    Vous êtes lépreux. Voilà tout.

    LE JEUNE HOMME
    9. A la pomme sur le pommier
    Cette femme me fait penser.
    A regarder, elle est jolie,
    Mais au cœur le ver l'a pourrie.

    10. Des feuilles à l'arbre attachées
    Sont la jeunesse et la beauté.
    La feuille un beau jour tombera;
    De même la beauté déchoit.

    11. Tels les nénuphars de l'étang
    Sont les amours de cette enfant.
    Car la fleur, parfois, fait des tours,
    Des tours, la fleur, et des détours.

    12. Si la fleur, parfois, fait des tours,
    cœur féminin en fait toujours.
    La fleur s'abandonne au courant
    Tout comme à l'oubli l'inconstant.

    13. Je suis un clerc, un pauvre hère
    Maître Jean Cahour est mon père.
    L'école où j'ai passé trois ans
    Ne me verra plus à présent.

    14. Dans quelque temps je partirai
    Pour quitter ces lieux à jamais.
    La mort terminera l'histoire
    En m'envoyant au purgatoire.

    Trad. Christian Souchon (c) 2008
    LE JEUNE HOMME
    1. Seigneur Dieu, créateur du ciel et de la terre,
    La souffrance m'accable et me suit, nuit et jour
    Avec le souvenir de celle qui m'est chère,
    De [celle qui m'abuse et rit de] mon amour.

    2. Sur mon lit solitaire un mal affreux m'enchaine,
    Il est là, toujours là, qui veille à mon côté;
    Ma douce me pourrait seule tirer de peine,
    En la voyant, j'aurais recouvré la santé.

    3. Comme l'étoile d'or, l'étoile qui console
    Après les longues nuits d'angoisse et de douleur,
    Son air vif et joyeux, et sa douce parole,
    Ramènerait bientôt le calme dans mon cœur.

    4. Si seulement le bout de sa gentille lèvre
    De cette coupe amère effleurait le contour,
    Je verrais à l'instant s'enfuir frissons et fièvre
    Quand j'en approcherais mes lèvres à mon tour.

    5. Le cœur que dans notre jeune âge,
    A garder tu m'avais donné,
    Ne l'ai point mis à fol usage
    Ne l'ai perdu ni détourné.

    6. Ton cœur, ce cher et tendre gage
    Je l'ai mêlé, ma douce, au mien
    Et maintenant, dis-moi volage,
    Quel est le mien? Quel est le tien?

    LA JEUNE FILLE
    7. Qui donc ainsi me parle, à moi dont la figure,
    Est plus noire que n'est un corbeau, par ma foi?

    LE JEUNE HOMME
    Quand vous seriez encor plus noire qu'une mûre,
    Vous seriez assez blanche, Ô ma belle! pour moi.

    LA JEUNE FILLE
    8. Malgré votre air candide et votre beau langage,
    Vous en avez menti, je ne suis point à vous.
    Allez quérir ailleurs gens de votre lignage;
    Pour moi, je ne veux point épouser un "kakous".

    LE JEUNE HOMME
    9. Avez-vous vu jamais, rayonnant sur sa tige,
    Un fruit doré qu'un ver a rongé jusqu'au cœur;
    La femme en a l'éclat et le riant prestige,,
    Mais son âme, elle aussi, nourrit un ver rongeur.

    10. Avez-vous vu jamais, une feuille de lierre
    Sur la branche du chêne ou de l'ormeau trembler?
    La feuille se détache et roule en la poussière:
    La beauté de la femme ainsi doit s'envoler.

    11. Avez-vous vu jamais, sur le bord de la grève
    Ou des eaux de l'étang une petite fleur;
    La fleur tourne et retourne à tout vent qui se lève:
    Des femmes ainsi tourne à tout propos le cœur.

    12. Mais comme l'onde emporte, en une nuit d'orage,
    Et les sables du bord et la petite fleur,
    Le temps emportera la mémoire et l'image
    De celle qui me trompe et rit de mon malheur.

    13. Hélas, triste et souffrant je passe sur la terre!
    Mon père est le lépreux [?] qu'on appelle Kahour;
    J'avais depuis trois ans quitté notre chaumière
    Pour aller à l'école et faire un prêtre un jour.

    14. Bientôt je vais quitter encor, je dois le croire,
    Je vais quitter ces lieux pour n'y plus revenir;
    Bientôt je vais aller brûler en purgatoire;
    Pour avoir trop aimé, bientôt je vais mourir!

    Trad. La Villemarqué, Edition Delloye de 1840
    THE YOUNG MAN
    1. Creator of heaven and earth,
    My heart is deserted by mirth
    And I brood day and night sadly
    Over the wrong sweetheart does me.

    2. I am, alas, confined to bed
    By disease as though I were dead.
    If my beloved vouchsafed to come
    That's a thing I had comfort from.

    3. It would be like the morning star
    After a night that dread did mar.
    If my beloved visited me,
    I would feel relieved presently.

    4. If she did but touch with her lip
    The bowl from which my tea I sip,
    Drinking after her, I am sure,
    Would my illness instantly cure.

    5. The heart you have given me once,
    Putting in me your confidence,
    I never lost or diverted
    Nor did I ever misuse it.

    6. The heart you once have given me,
    Dear, that its guardian I would be,
    This heart I have mingled with mine
    And bound unto mine with a twine.

    THE YOUNG GIRL
    7. Whoever says that does not know
    That I am as black as a crow.

    THE YOUNG MAN
    Though you were black as blackberry,
    To whom loves you, white you would be.

    THE YOUNG GIRL
    8. In these lies I will take no part:
    Since I never gave you my heart.
    I won't see you again. Never!
    I know that you are a leper!

    THE YOUNG MAN
    9. Like an apple atop a tree
    Is a woman's heart, as I see.
    The apple is fine to look at,
    But is worm-eaten for all that.

    10. Like the leaves that in the wind swirl
    Are the good looks of a young girl.
    Like the leaves that the trees display,
    Shall the girl's beauty once decay.

    11. A water lily on the pond
    Is the girl of whom you are fond.
    The flower may happen to turn,
    May happen to turn and return.

    12. The lily may once be turning:
    The girl's love turns without stopping.
    Flowers drift with the flow away.
    As the traitor's memory may.

    13. I am a poor, young bachelor.
    I am the son of John Cahour.
    I have spent three years in study
    But I have stopped definitely.

    14. After a short time I shall go,
    I'll leave the countries here below.
    Yes, I shall be dead presently
    And repair to purgatory.

    Transl. Christian Souchon (c) 2008

    .
    TRADUCTION DU MANUSCRIT


    p.6 du premier carnet 1834 - 1840
    1. Créateur du ciel et de la terre, Mon cœur est navré de chagrin, en considérant jour et nuit, Ma bien-aimée, mon seul amour.

    1 bis. Mon amour pour ma douce est (si) grand, Et ses joues (si) fraîches et ses yeux (si) bleus, Que ses deux lèvres sur le verre, Me feraient mille bien, si je les voyais.

    2. Quand je serai au lit malade, Si elle ne me guérit point, A quoi bon chercher d'autres remèdes?

    2 bis. Si ma bien-aimée venait, elle me réconforterait de tout, Elle m'ôterait la peine et le chagrin et le remords aussi et la mélancolie.

    p.149
    3 ter. Comme la noix de muscade, ou la pomme d'orange. L'orange sent bon. La jeunesse aussi.

    9. Comme la pomme sur la branche Est le cœur de la jeune fille: La pomme tombe à terre et la fille mariée décline.

    9 bis. Comme une pomme sur un arbre, Elle est belle et rouge d'aspect. Mais quand on a cueilli la pomme, On trouve un ver au milieu.

    11. Comme la fleur au bord de l'étang Est l'amour du jeune homme: la fleur tourne et se retourne. Le bon amour demeure toujours.

    11 bis. La fleur ira au fil de l'eau: Le cœur du garçon est trompeur.

    13. Cette chanson a été composée...

    ******************


    p.126
    2. Dans mon lit je suis couché. Dites à ma maîtresse de venir me voir, Et si elle ne m'apporte pas la santé Il est inutile de me chercher un remède.

    2 bis. Ma bien-aimée est fâchée. Je ne sais ce que je lui ai fait. Je ne sais en quoi j'ai failli. Oui failli à son égard.

    7. - Qui a besoin de moi, Qui suis noire comme une corneille? -Quand vous seriez noire comme la mûre, vous êtes magnifique Pour qui vous aime.

    7 bis. J'attendrai l'année nouvelle: J'aurai ma part de mes biens. - Et vous le prêtre en surplis, allez me chercher ma femme!

    Si elle refuse ma demande, Apportez-moi l'extrème-onction.

    p.127
    7 ter. J'ai une maison aux vitres de cristal Surmontée de dix-huit tours. Quand bien même j'aurais une mine d'or, Pour une jolie fille je suis pauvre.

    7 quater. J'ai un grand cheval à l'écurie Quand il en sort, la terre tremble sous lui. Quand je lui mets la selle sur le dos, Tremblent la terre et les pierres.

    J'ai une fontaine au coin de la cour, si...

    ******************

    Variante notée p. 126
    7 ter. J'ai dix-huit chambres et dix-huit salles, Pour qu'y dansent jeunes et vieux.

    En revenant par la grand-route J'entendis qu'on sonnait le glas.

    7 quater. J'ai une haquenée verte, Jamais herbe ne brouta, Sinon fougère de Bretagne, et fougère verte. Je ferai monter ma douce sur son dos.

    Quand je fus arrivée sur le pont-levis, J'entendis le... Ainsi qu'un prêtre en surplis.

    THE MS IN ENGLISH TRANSLATION


    P. 6 of the first copybook 1834 - 1840
    1. Creator of heaven and earth, My heart is deserted by mirth And I brood day and night sadly Over the wrong sweetheart does me.

    1 bis. My love for my sweetheart is so strong. Her cheeks so fresh, her eyes so blue, that if she were here and her lips did but touch the glass, I would instantly recover.

    2. When I am sick and she does not cure me, what the use of looking for another remedy?

    2 bis. If my beloved came, she would comfort me in all my grieves: pain, sorrow, remorse and melancholy.

    p. 149
    3 ter. Like nutmeg or orange, youth is fragrant, aye, as fragrant as orange blossom.

    9. Like the apple on the tree Is a young girl's heart: the apple falls onto the ground and the married girl decays.

    9 bis. Like an apple on a tree. It is pretty and bright red. But if you open the apple, look! a worm is hiding within it.

    11. Like the waterrose on the pond is a young man's love: it turns to and fro. But true love, true love does not sink.

    11 bis. No the water rose will go with the tide. A boy's heart is not trustworthy.

    13. This song was set by...

    ******************


    p.126
    2. I lie in my bed. Tell sweetheart to come and see me. If she doesn't bring me comfort, it's no use going for remedies.

    2 bis. My beloved is cross with me. I don't know what I did to her. I don't know what is amiss or how I failed to please her.

    7. Who needs me? I am as black as a crow! - Though you were as black as blackberry, you would look splendid To whom loves you.

    7 bis. I shall wait till next year, when I get my inheritance shared out. - As for you, the priest in surplice, do go and fetch my bride!

    If she doesn't want to come, bring me the Extreme Unction.

    p.127
    7 ter. I have a house with crystal window panes and eighteen towers atop. Even if a hoard of gold were mine, in the eyes of a pretty girl I am a poor man.

    7 quater. I have a big horse in my stable. When it rushes off it makes the earth quake. When I saddle it up, earth and stones shudder.

    There is a fountain in a corner of my yard, if...

    ******************

    Variant on p.126
    7 ter. I've got eighteen chambers, eighteen halls, where all may dance, young and old alike.

    When I came back on the highway, I heard the bell tolling.

    7 quater. I have a green palfrey that never browsed grass, but fern from Brittany, but green fern. I'll make my beloved mount it.

    When I reached the drawbridge, I heard the... And a priest in surplice.


    Brezhoneg
    Cliquer ici pour lire le texte breton (imprimé et sténotypes).
    For Breton texts (printed and handwritten records), click here.


    Résumé et généralités
  • Un pauvre "kloarek" atteint de la lèpre est abandonné par la jeune fille qu'il aime.
  • Le mot "kakous" utilisé dans le texte breton est un mot béarnais passé en français sous la forme "cagou" ou "cagot". Outre le lépreux, il désigne le gueux et, par attraction homonymique, le "bigot". En Provence il désigne aujourd'hui un voyou ou un frimeur.
  • A la strophe 4 il est fait allusion à l'herboristerie traditionnelle: Herboristerie Bretonne. (La lèpre étant une infection bactérienne, on peut imaginer que les "louzoù" -simples- de la tisane étaient des antibiotiques tels que la Patience sauvage, le Trèfle rouge ou la Menthe des puces).

    Conceptions anciennes
    Il est peut-être intéressant, pour la compréhension du chant, de citer les commentaires faits par le Capucin Grégoire de Rostronen dans son Dictionnaire Français-Breton datant de 1732 dans les articles consacrés à la lèpre (en italiques, mes propres remarques).

    LADRE: malade atteint de lèpre. "lovr", "lor", autrefois "kakoz" ( Les 2 premiers mots, tout comme le français "ladre" semblent venir de "Lazare", nom de pauvre couvert d'ulcères de la parabole de Saint Luc. Le troisième est celui qu'on trouve dans le chant (kakous) que l'on est peut croire, de ce fait, antérieur à 1732.)
    Ladre blanc: lépreux qui n'a au dehors aucun signe de la lèpre qu'il a au dedans.:"lovr, lor, -eien, malord, -ed".
    Ladre vert ou ladre confirmé. Lépreux qui a au dehors plusieurs boutons blancs et durs dont la base est verte, ou même une grosse galle en forme d'écailles: "lovr pezel" (pezel=jarre), "lovr skantenneg" (skant=écaille), "lor brein" (brein=pourriture), "kakous", "klañv-lor". (De ce dernier mot on a fait "klañvour", qui veut dire malade depuis longtemps. ) Voyez "cordier".
    Les ladres verts sont insensibles: "Al lovreien pezel a zo disant".
    Devenir ladres: "lovrañ, lovriñ" .

    LADRERIE: "lovrentezh, lornezh". La ladrerie était commune en Bretagne et en Gascogne, il y a environ deux cents ans. "Breman ez-eus e tro daou c'hant vloaz edo paot meurbed al lovrentezh e Breizh hag e Gwaskogn" ( le chant daterait alors du 16ème siècle.).

    Les explications de La Villemarqué
    Dans l'"argument" qui précède le chant, La Villemarqué rappelle comment ces malheureux étaient traités en Bretagne et ailleurs.
    On se contentait de mesures prophylactiques qui constituaient un épouvantable apartheid.
    Au début, les lépreux étaient confinés à des ghettos ayant leurs propres églises et leurs propres prêtres. Puis quand la maladie commença à reculer, ils se virent assigner des maisons à l'entrée des villes et purent exercer certains métiers (commerce du fil et du chanvre, cordiers).
    Celui qui était reconnu atteint du mal devait se rendre à son enterrement symbolique à l'église où un prêtre en surplis et en étole lui remettait un manteau noir à capuchon portant une croix rouge sur l'épaule, une crécelle pour avertir les passants de son approche et une baguette de bouleau pour toucher les denrées sur les étals. On lui lisait solennellement les obligations et interdictions qu'il devait respecter. L'accès des principaux lieux publics lui était interdit, en particulier les églises, les cabarets, les moulins, les pardons. Il ne devait pas laver son linge dans les fontaines, toucher les enfants, ni même leur parler...
    Selon La Villemarqué, tous les chants sur les lépreux sont antérieurs au 15ème siècle, époque à laquelle le fléau disparut de Bretagne.

    Le manuscrit de Keransquer
    On remarque que le mot "lépreux" (kakous) n'apparaît qu'une seule fois dans le texte imprimé et nulle part dans les deux chants manuscrits conservés au manoir de Keransquer dont Donatien Laurent indique qu'ils sont la source du poème du Barzhaz. Dans sa traduction en alexandrins, La Villemarqué nous apprend que le père du héros était aussi lépreux, mais cela ne figure aucunement dans son texte breton. Comme on le voit, il a repris pour l'essentiel le premier chant, mais n'a retenu, du second que la phrase "Je suis noire comme un corbeau" et la réponse "Même noire comme la mûre, vous êtes la plus belle pour qui vous aime".
    Il a éliminé les indications qui font du malade l'héritier d'une grande fortune. Il réutilisera cette énumération de richesses, ainsi que la description du cheval qui va chercher la jeune fille et des cloches qui sonnent le glas, dans un autre chant: "Le Baron de Jauioz".
    On appréciera l'élégance du résultat, même si le chant correspondant dans les "Sonioù Breiz Izel", tome 1, collecté à Plouaret en 1848, porte chez Luzel un titre qui convient bien mieux à la teneur du poème: "Remed an amouruz klañv", le "Remède de l'amoureux malade".
    Il est, au demeurant, remarquable que ce chant soit rangé parmi les "sonioù" chez Luzel, et étonnant qu'il le soit, malgré son caractère tragique, parmi les "sounennoù", traduits par "chants d'amour" (édition de 1839, les titres des chapitres ne sont donnés qu'en français dans les éditions suivantes), chez La Villemarqué.

    Les strophes 5 et 6
    Outre cette référence à l'implacable maladie, le jeune La Villemarqué a ajouté au poème populaire noté dans ses carnets un emprunt à la poésie occitane qu'il ne signale nulle part. Il s'agit d'un poème publié par un professeur de l'Université de Strasbourg, le pasteur Jérémie Jacques Oberlin, dans son "Essai sur le patois lorrain des environs du Comté du Ban de la Roche", en 1775. Celui cite des échantillons de parlers régionaux de toute la France et, en particulier, cet élégant madrigal gascon dont il donne la traduction:

    Lou cor que tu m'abios dounat,
    Genti pastour en gatge
    L'ay pas perdut, l'ay pas cambiat
    N'ay fait un autre usatge
    L'ay pres, l'ay mesclat au lou miou
    Sabi pas pus qual es lou tiou.
    Le cœur que tu m'avais donné,
    Gentil pasteur, en gage,
    Je ne l'ai perdu ni changé,
    N'en ai fait d'autre usage.
    Je l'ai pris, l'ai mêlé au mien;
    Je ne sais plus quel est le tien!

    Une traduction bretonne de ce poème apparaît 4 ans plus tard, dans une brochure de Jacques Le Brigant (1749 - 1804), avocat au Parlement de Bretagne, venu s'installer à Strasbourg en 1770 où il s'était lié d'amitié avec le Pasteur Oberlin. Ce dernier participe à la rédaction de l'ouvrage intitulé "Eléments succincts de la langue des Celto-Gomérites ou Bretons". Les auteurs cherchent à y démontrer que le celte est la langue originelle, matrice de toutes les autres, en particulier, le chinois, le sanscrit et le haïtien (caraïbe). A l'appui de leur théorie audacieuse, ils donnent une traduction bretonne du poème gascon:
    Version Le Brigant
    Ar galon as poa din roet,
    Ma dousig couant, da viret,
    N' emmeus collet na distroet,
    Na d'usach fall lakaet.



    Mesket emmeus a gent hini.
    N'oun ken pini et da hini.
    Version La Villemarqué
    5. Ar galon az poa din roet,
    Va muiañ-karet, da vired,
    N'em eus kollet na distroet,
    Na lakaet da uz fall ebet.

    6. Ar galon az poa din roet,
    O va dousig koant, da vired,
    Em eus mesket gant va hini
    Pini da hini? va hini?

    Les pérégrinations de ce poème occitan ne s'arrêtent pas là:
  • L'écrivain rennais Hippolyte Lucas (1807-1878) en fit une chanson en trois couplets intitulée "Les deux cœurs" dont il affirmait, dans une chronique du "Siècle", qu'il la tenait d'un paysan de Combourg, lequel la chantait "sur un mode lent et primitif".
  • Le fait fut signalé par L. Tiercelin dans le N° du 20 juin 1894 de la revue "l'Hermine" (dont il était le directeur), pp. 183-184, dans un article intitulé "Une vieille chanson bretonne". Il est d'avis que "La Villemarqué a intercalé la chanson dans le Lépreux après l'avoir prise dans le livre de Le Brigant et qu'Hippolyte Lucas qui ne l'a pas entendue à Combourg, l'a prise à son tour dans le Barzhaz-Breizh".
  • Puis par Joseph Loth, en 1906, dans la "Revue celtique", dans un article "Deux nouveaux documents pour l'étude du Barzaz-Breiz (II): Un emprunt de M. de La Villemarqué à la littérature provençale."
  • On peut tout aussi bien supposer que la version de Le Brigant ait circulé dès 1779; que, 100 ans plus tard, Lucas ait cru de bonne foi qu'elle était bretonne; et que La Villemarqué ait considéré qu'elle était un élément naturel de l'ensemble harmonieux qu'il essayait de constituer, fidèle à ses conceptions esthétiques.
    Ce n'est bien sûr pas l'avis de Francis Gourvil tel qu'il s'exprime dans l'ouvrage critique consacré à "Th. de La Villemarqué et le Barzaz-Breiz", pp. 490 et 491.

    La théorie de Gourvil
    Gourvil après avoir rapporté ce qui précède, selon son habitude, en profite pour tremper sa plume dans l'acide et ajouter:
    :
    "Ce qui prouve qu'au hasard de ses lectures, l'interpolateur devait... mettre en réserve des passages trouvés à son goût, en attendant d'en tirer parti, avec le secret espoir que personne ne s'aviserait un jour de faire des rapprochements indiscrets entre les chants du recueil et d'autres n'ayant avec la Bretagne aucune espèce de rapport".
    Ces propos sont insérés dans un chapitre intitulé "A qui sont dus les textes du Barzaz-Breiz?" où Gourvil s'évertue à contredire les dénégations du Barde qui se disait victime de ses informateurs, par exemple, lorsqu'il déclarait à Tiercelin en 1892:

    "Des prêtres m'ont envoyé des poèmes qu'ils me disaient anciens; je les ai crus..."
    Pour prouver que La Villemarqué commettait sciemment des falsifications systématiques, Gourvil invoque, outre cette citation inavouée d'un poème occitan dans l'édition de 1839, des passages de Pérédur, d'Ossian, de l'Hymne des Hussites, du chant basque d'Altabiscar que l'on retrouve, selon lui dans l'édition de 1845: les nouveaux chapitres de Lez-Breizh, la Marche d'Arthur, la Bataille des Trente et le Cygne.
    En se reportant aux chants en question, on voit que ces rapprochements sont tous plus ou moins arbitraires et n'autorisent pas ce censeur à affirmer qu'ils faisaient de La Villemarqué
    "Non plus la victime, mais l'instigateur d'une série d'abus".
  • Plus évidents et plus répréhensibles semblent être les changements et les ajouts arbitraires, benoîtement présentés par le Barde dans ses commentaires, comme des preuves de ses théories antiquisantes:
    - la dernière strophe de Gwenc'hlan qui cite Dom Grégoire (1839);
    - la deuxième strophe des "Nains" ("la guerre au Français et leur roi") (1839);
    - le début de la "Submersion d'Is" imité des anciens "épigrammes de l'ouïe" (Englynion y clyweit) du Pays de Galles (1845);
    - le remplacement de "Pont-Gwenn", qu'il a noté son carnet d'enquêtes, par "Langolen", dans la première strophe de "La peste d'Elliant" (1839); puis l'ajout, en 1845, d'un troisième vers contenant le nom de "Ratian" qu'il savait cité dans l'antique cartulaire de Landévennec...
    La liste des exemples de ce procédé cavalier ne s'arrête certainement pas là!

    Une autre source?
    La Villemarqué disposait-il d'une autre source, où il était question de lépreux? Y a-t-il trouvé les détails des strophes 13 et 14? S'est-il inspiré de la chanson que lui a procurée le poète et chansonnier de langue bretonne Prosper Proux (1811 - 1873), comme il l'indique dans l'"argument" de 1845 et qu'il regrette de ne pouvoir publier, faute d'avoir
    "pu en contrôler le texte par aucune version différente de la sienne".
    On peut se demander si la vraie raison de ce silence n'est pas le caractère "choquant" (dans les années 1830-1850) de cette histoire de lépreuse qui, se voyant chassée par le père de son bien-aimé, se venge en se fendant un doigt et, avec son sang, en donnant
    "la lèpre à quatorze personnes de la famille qui l'a repoussée et son jeune amoureux en meurt". Cette Marie aurait pu inspirer à Maupassant, l'idée de sa patriotique Irma qui, dans sa nouvelle "Le lit 29", se venge des Prussiens de 1870 à sa manière: Elle refuse de se faire soigner de la syphilis qu'elle avait contractée le jour où elle fut violée par l'un d'entre eux et essaye de contaminer tous les soldats prussiens qu'elle rencontre. Une sorte de guerre biologique!
    Toujours est-il que l'auteur du Barzhaz rapproche les deux dernières strophes du présent poème,
    "pleines de mélancolie profonde et de résignation [de la fin de "Marie" qui] fait tenir au jeune homme atteint du fléau un langage peu différent de celui qu'on vient d'entendre.
    « Le pauvre lépreux sur la terre n'a plus ni amis ni parents... Elevez-moi une cabane au milieu de la grande lande; percez-y dans le mur une fenêtre que je puisse voir la procession passer, croix et bannière en tête : hélas ! je ne les porterai plus.»

    Embellissement ou trahison
    Dans le cas présent, même si dans une des variantes ce n'est pas le jeune homme qui a le beau rôle, il est d'avantage probable que c'est la mention d'un "prêtre en surplis" (belek gwisket e gwenn), dans le deuxième chant et sa variante qui a incité le jeune barde à faire le rapprochement avec le traitement inhumain infligé à ces pauvres malades autrefois, à savoir,
    "[avant le] quinzième siècle, époque où le fléau cessa de régner en Bretagne" . On connaît son désir de rattacher ses chants à l'histoire ancienne et de ne pas présenter à ses lecteurs "...au lieu d'un bouquet...une botte d'herbes malsaines dont un âne ne voudrait pas!", comme il le note en marge d'un rapport consacré par Lasteyrie à l'ouvrage de Luzel en novembre 1869. Ce souci l'aurait-il conduit ici à ajouter à un texte populaire un trait essentiel qui ne figure pas dans l'original? S'agit-il d'embellissement ou de trahison?
  • Résumé and general points
  • A poor "kloarek" (theology student) suffering from leprosy is abandoned by the girl he loves.
  • The Breton word for leper, "kakous" is originated from Southern France (Béarn). The French form is "cagou" or "cagot" which also applies to a beggar (and a bigot because of the homonymy) and in Provence to a rogue or a braggart.
  • Verse 4 alludes to the traditional Breton herb medicine: Breton herbalist. (Since leprosy is a bacterial infection, it may be assumed that the "louzoù" -herbs- in the tea were natural antibiotics such as Yellow dock, Red clover or Pennyroyal.)

    Old beliefs
    Maybe it is not irrelevant, for a better comprehension of the song, to quote here the comments made by the Capucin Gregory of Rostronen in his French-Breton dictionary dating to the year 1732, to the words "leper" and "leprosy":(in italics, my own remarks)


    LEPER: a person affected with leprosy. Breton: "lovr" or "lor" (which, like the old French word "ladre" seems to be derived from "Lazarus", the pauper covered with ulcers of the parable in Saint Luke's gospel), formerly "Kakoz" (the word used in the song, which therefore may be considered older than the dictionary).
    White Leper: leper who has outwardly no sign of his malady: "lovr, lor" (pl "-eien"), "malord" (pl. "-ed").

    Green leper or confirmed leper: Leper who has outwardly white and hard pimples on a green base or even scabies resembling fish scales: "lor pezel" (pezel= jar), "lor skantenneg" (skant=scale), "lor-brein"(brein=rot), "kakous", "klañv-lour" which became "klañvour", an inveterate sick man in general.
    See also "rope maker".
    The white lepers are insensible: "Al lovreien pezel a zo disant".
    To become a leper: "lovrañ, lovriñ" .

    LEPROSY: "lovrentezh, lornezh". Leprosy was frequent in Brittany and Gascony two centuries ago. "Breman ez-eus e tro daou c'hant vloaz edo paot meurbed al lovrentezh e Breizh hag e Gwaskogn" (The inference is that the song dates back to the 16th century, at the latest.)

    La Villemarqué's explanations
    In the "argument" introducing the song, La Villemarqué, evokes the way the unfortunate lepers were treated in Brittany and elsewhere.
    Only prophylactic measures were taken, consisting in a sort of terrible apartheid.
    At first, the lepers had to live in ghettos with their own churches and their own priests. Then when leprosy began to subside, lepers were allowed to live near the town gates in houses assigned to them, and to carry out a limited number of trades such as hemp and thread traders and rope makers.
    When anyone was proved to be affected by leprosy, his symbolic burial was held in a church and, on that occasion, he was given by a priest in surplice a black coat with a hood and a red cross on the shoulder, a rattle to warn passers-by of his approach and a birch stick to touch the food on the market stalls. He was solemnly informed of all duties and the banning he was to observe. He was not allowed to enter any place of public gathering, whatsoever, including churches, pubs, mills, fairs; to wash his hands or his clothes in fountains; to touch children, even to speak to them...
    According to La Villemarqué, all the songs on leprosy are anterior to the 15th century, since by then this scourge disappeared from Brittany.

    The Keransquer MS
    It is noticeable that the word "leper" appears only once in the printed lyrics and nowhere in the two MSs kept at Keransquer Manor, which were traced as the source of the Barzhaz poem by Donatien Laurent.
    In his verse translation, La Villemarqué states that the young man's father was a leper, too, though there is no such sentence in the Breton original.
    It appears that he roughly paraphrases the whole of the first song, whereas he quotes, from the second one, only the sentence "I am as black as a crow" and the answer "Even if you were as black as blackberry, you would be dazzling white in the eyes of whoever loves you".
    He discarded the hints at the sick young heir's riches (but he will re-use this list, along with the episode of the horse coming to fetch the young bride and of the tolling bells, in another song, "The Baron of Jauioz".
    The result is a strikingly handsome poem, even if the song in Luzel's "Sonioù Breiz Izel", book 1, collected at Plouaret in 1848 is more accurately titled as "Remed an amouruz klañv", "Remedy for a sick boy in love".
    Besides, it is remarkable that this song should be classified among the playful "sonioù" by Luzel, and astonishing that, in spite of its tragical atmosphere, it should be included by La Villemarqué under the heading "so(u)nennoù", translated as "love songs" (in the 1839 edition; in the ensuing releases the chapters have only French titles).

    Stanzas 5 and 6
    Beside the mention of this implacable disease, young La Villemarqué inserted into the folk song recorded in his notebooks an Occitan poem, which he did not acknowledge anywhere. This piece had been published by the Reverend Jérémie Jacques Oberlin, a professor at Strasbourg University, in his "Essay on the Lorraine dialect spoken in the County Ban de la Roche", in 1775. The author quoted samples of dialects from all parts of France, in particular, this lovely Gascon madrigal (original and translation):

    Lou cor que tu m'abios dounat,
    Genti pastour en gatge
    L'ay pas perdut, l'ay pas cambiat
    N'ay fait un autre usatge
    L'ay pres, l'ay mesclat au lou miou
    Sabi pas pus qual es lou tiou.
    The heart you had pledged to me,
    Gentle shepherd,
    I never lost or exchanged,
    Or diverted otherwise.
    I took it, mingled it with mine;
    I don't know now which is yours!

    A Breton translation of this poem was published four years later in a pamphlet by Jacques Le Brigant, an advocate at the Parliament of Brittany, who settled in Strasbourg in 1770 where he stroke up a friendship with the Rev. Oberlin . The latter took part in composing the essay titled "Succinct elements of the language of the Gomerite Celts or Bretons". In this book the authors endeavour to prove that Celt is the first language spoken by man whence all other languages are derived, in particular Chinese, Sanskrit and Haitian (Caribbean). In support of this audacious theory, they give a translation of the Gascon poem:
    Le Brigant's version
    Ar galon as poa din roet,
    Ma dousig couant, da viret,
    N' emmeus collet na distroet,
    Na d'usach fall lakaet.



    Mesket emmeus a gent hini.
    N'oun ken pini et da hini.
    La Villemarqué's version
    5. Ar galon az poa din roet,
    Va muiañ-karet, da vired,
    N'em eus kollet na distroet,
    Na lakaet da uz fall ebet.

    6. Ar galon az poa din roet,
    O va dousig koant, da vired,
    Em eus mesket gant va hini
    Pini da hini? va hini?

    This Occitan poem's wandering does not stop here:
  • The Rennes writer Hippolyte Lucas (1807-1878) turned it into a three verse ditty titled "Two hearts" which, so he wrote in a chronicle published by the journal "Siècle", he had learnt from the singing of a Combourg peasant, who delivered it in "a slow and primitive mode."
  • The fact was gone into by L. Tiercelin in the 20th June 1894 release of his own periodical "l'Hermine", on pages 183 - 184, in an article titled "an old Breton song", to the effect that: "La Villemarqué inserted the song in The Leper, after he had borrowed it from Le Brigant's book and Hippolyte Lucas who never heard it in Combourg, borrowed it in turn from the Barzhaz".
  • Then by Joseph Loth, in 1906, in "Revue celtique", in his essay "Two new documents to investigate the Barzaz-Breiz (II): M. de La Villemarqué borrowed from Provençal literature."
  • We may as well surmise that Le Brigant's translation circulated as from 1779 and that, a hundred years later, Lucas did really believe that it was a genuine Breton song. So did La Villemarqué who deemed it worthy of figuring as part of a poem attuned to his aesthetic conceptions.
    These were by no means the views taken by Francis Gourvil in his censorious book dedicated to "Th. de La Villemarqué and the Barzaz-Breiz" on pages 490 and 491.

    Gourvil's theory
    After reporting the above developments, Gourvil, as is his wont, dips his pen into the acid of his embittered spirit and adds:
    :
    "This proves that, just as he came across them, the interpolator used to ... store up passages he would find convenient, until he might aptly avail himself of them, in the secret hope that nobody ever would take it into their heads to make uncalled for comparisons between the songs in his collection and others utterly unrelated to Brittany".
    This was an excerpt from the chapter titled "To whom are we indebted for the Barzhaz-Breizh lyrics?", where Gourvil endeavours to refute the Bard's denials who claimed to have been betrayed by his informers, for instance, when he told Tiercelin in 1892:

    "Clergymen contributed poems that they considered old; I believed them..."
    To demonstrate that La Villemarqué purposely and systematically performed fraudulent alterations, Gourvil invokes, in addition to this not acknowledged quotation of an Occitan poem in the 1839 edition, passages of Peredur (a Mabinogion tale), Ossian's poetry, the Czech Hussite Hymn and the Basque Altabiscar song, which he claims to have discovered in the 1845 edition of the Barzhaz: in the new chapters of Lez-Breizh, in the March of Arthur, the Combat of the Thirty and the Swan.
    But, if you report to these songs, you will find that all these parallels are more or less arbitrary and that they don't justify the biased statement that La Villemarqué
    "Far from being the victim of repeated fraud, was its instigator".
  • More evident and less forgivable than this alleged plagiarism are the arbitrary changes and additions, hypocritically presented by the Bard in his comments, as evidence in support of his antiquating views:
    - Last stanza of Gwenc'hlan which is a quotation of Dom Grégoire (1839);
    - Second stanza of the "Dwarves" ("the war against the French and their king") (1839);
    - The first words of the "Submersion of Is" which are an imitation of the Welsh "Hearing epigrams" (Englynion y Clyweid) (1845);
    - The replacement of "Pont-Gwenn", which was recorded in his notebook, with "Langolen", in the first verse of "The plague of Elliant" (1839); then the addition, in 1845, of a third line including the name of "Ratian" quoted, as far as he knew, in the ancient charter book of Landévennec Abbey...
    This, to be sure, doesn't exhaust the list of occurrences of this impertinent process!

    Is there another source?
    Maybe La Villemarqué could refer to another song involving a leper in its plot. Maybe he found in it the particulars of stanzas 13 and 14. Maybe he availed himself of a song contributed to him by the Breton speaking poet and song writer Prosper Proux (1811 - 1873). He first mentions it in the 1845 edition of the Barzhaz but he is sorry for not quoting it from end to end, as he explains in his "argument", since he could not, allegedly,
    "check the text by collating it with another existing version".
    There are reasonable grounds to assume the real reason of his attitude in certain aspects of the story that could have shocked people, at least the prude early 19th century readers. It is about a leper girl who was turned out and reviled by her sweetheart's father on account of her disease. She revenges herself on her offender, by gashing her hand on purpose and using her pouring blood to infect with leprosy fourteen members of the family who had expelled her, including her lover who eventually dies." This girl, Marie, possibly inspired Maupassant with the main character in his short story "Hospital bed N°29". Irma is a patriot in her way: she takes revenge on the Prussian army rabble in 1870, after she was raped by a soldier and became syphilitic, in refusing to be cured and doing her best to contaminate as many Germans as possible. Sort of biological war!
    Anyway, the author of the Barzhaz Breizh parallels the last two stanzas of the present poem, that are
    "full of deep melancholy and resignation, [with the end of "Marie"] when the young man, who suffers now from the same malady as his lover, speaks as follows:
    "A poor leper has no more friends, no more relatives on earth... Erect a hut for me amidst the wide heath, with a small window, so that I may look out and see the processions marching, at their head cross and banner, that, unfortunately, I shall carry nevermore."

    Did La Villemarqué embellish or betray the original folk song?
    In the present case, even if in one of the versions the young lad plays the bad part, like in Proux' story, it is more likely that La villemarqué was prompted to turn a commonplace love song into a lament on lepers and leprosy by the words "priest in surplice" (belek gwisket e gwenn) he found in the second MS song and its variant. They reminded him of the ill-treatment inflicted on those unfortunate people in former times, i.e. "before the 15th century, when leprosy disappeared from Brittany". He was equally fond of ancient history and of formal beauty, and was eager to present his audience with
    "... something better than a sheaf of poisonous weed that even an ass would dislike!", as he expresses it in a note he made in the margin of a report written by Lasteyrie on Luzel's collections of songs, in November 1869. Has this liking of his induced him to bestow on a text collected from oral tradition an essential feature, you would look for in vain in the original? In other words, was he embellishing or betraying his model?





  • "La prière d'Aliette", tirée de "la Lépreuse" de Sylvio Lazzari, d'après la tragédie d'Henry Bataille (1872 - 1922).
    Chanté par Madeleine Sibille.

    On a là un exemple de "naturalisme musical" ("vérisme" à la française) où sont cités textuellement, mais non sous forme de chansons, des malédictions proférées dans les chants collectés en 1845 par Luzel: "Ervoanik Le Lintier" et "Renée Le Glaz". En revanche lorsque des motifs musicaux traditionnels bretons sont cités, ils sont uniquement esquissés et complètement intégrés au discours mélodique.
    Comme il l'indique dans la préface de la pièce, l'intrigue fut inspirée à Henry Bataille, alors âgé de vingt ans, par le commentaire du chant "Le lépreux" du Barzhaz Breizh dont il a été question plus haut. Il avait entendu chanter la complainte d'"Ervoanik", par un enfant dans la forêt de Huelgoat et s'était renseigné à son sujet auprès de Luzel qui avait publié une gwerz où l'on voit une lépreuse contaminer son amoureux, Yannik Kantek (sic). Plus exactement, il s'agit de la complainte "Iannik Coquard" dont on trouve deux versions et une variante dans le tome I des "Gwerzioù", de la page 252 à la page 265.
    Cet opéra injustement méconnu, composé de 1899 à 1901, est caractérisé par son recours aux leitmotive wagnériens (on remarquera dans la vidéo ci-après, les 6 premières notes du "Yannik Skolan" noté par La Villemarqué), son lyrisme intense et par la noirceur tant des coloris musicaux que du sujet "naturaliste".
    "Aliette's Prayer", from "The Leper girl" an opera composed by Sylvio Lazzari, after a tragedy by Henry Bataille (1872 - 1922).
    Sung by Madeleine Sibille.

    This is an instance of "Naturalism in musical theatre" ("Verismo alla francese") featuring exact quotations, never in arias, of the curses found in the songs collected by Luzel in 1845: "Ervoanik Le Lintier" and "Renée Le Glaz". However these quotations of traditional motifs are just sketched in and perfectly attuned to the melodic discourse.
    As stated in the preface to the play, the plot was inspired to the then twenty year old Henry Bataille by the aforementioned comments to the Barzhaz song "The leper". He had heard the ballad "Ervoanik" sung by a boy in Huelgoat Forest and had asked for information Luzel, who had edited a gwerz featuring a leper girl who contaminates her lover, Yannik Kantek (sic). In fact he means the ballad "Yannik Kokard" two versions and a variant of which are printed on pages 252 with 265 of the "Gwerzioù".
    This unfairly ignored opera, was composed between 1899 and 1901. Its characteristics are the use of recurring Wagnerian leitmotive (for instance in the video below, the first 6 notes of the tune "Yannik Skolan" as noted by La Villemarqué), its intense lyrism and the darkness of musical colours and "naturalistic topic" alike.


    Source: Article de David Le Marrec, "La Lépreuse- un autre vérisme."
    http://operacritiques.free.fr/css/tb.php?id=1689




    An Eginane Milinerez Pontaro