Yannick Scolan

I. Le Crime - II. La Merci de l'âme

I. The Crime - II. The Pardon to the Soul

I. Dialecte du Bas-Vannes - II. Dialecte de Cornouaille

La Villemarqué a réuni deux chants différents sous le même titre:

LE CRIME
  • Première publication dans la première édition du Barzhaz en 1839, pp 117-138, sous le titre: "Iannik Skolan: Darn genta" (1ère partie) en dialecte de Vannes. Dans l'édition de 1839, il est dit que cette partie de la ballade qui raconte l'assassinat de Mauricette par Yannick Scolan "se chante dans la paroisse de Melrand, au pays de Vannes, où l'événement a eu lieu à la fin du [XVIIIème siècle], et où on a élevé une croix de pierre sur les lieux [du crime, comme il est dit à la strophe 22]. La seconde, populaire en Tréguier est inconnue en Vannes".
  • Alors que dans la (selon table A), Mme de La Villemarqué a noté "Ianic Scolan : inconnue", qui semble désigner une femme, l'"argument" de 1839 indique "Un seul paysan qui habite sur la frontière de ce dernier pays (le Vannetais) et de la Basse Cornouaille a pu nous les chanter réunies; c'est sa version que nous avons suivie".
  • A partir de 1867, également, le dialecte de la première partie qui était qualifié jusqu'ici de "vannetais" (yezh Gwened), devient "Dialecte du Bas-Vannes" (yezh Gwened-Izel). Cependant à part des différences de graphie (la première ligne s'écrivait "Trou maré a charré ann dé" en 1839; en 1846 elle devient "Trou mare a sarre ann de"; et en 1867 "Tro mare e sarre en de"), le texte de cette première partie reste pratiquement le même d'une version à l'autre.
  • Dans le premier carnet de Keransquer, on trouve, sous le titre "Daontes" (=Dañvadez, la brebis), un chant qui rappelle le complainte de la brebis que chante Mauricette. Il n'y est question ni de celle-ci, ni de crime, ni de Yannick Scolan.
  • Ce chant se retrouve:
    - sous forme manuscrite:
    . Dans la collection de Penguern, t. 91 ff. 16 -170: "Morisetta Tafetaou".
    - dans 3 recueils:
    . Chez Luzel, "Sonioù", 1er tome, "An dañvad Penngornik", collecté à Duault: c'est la complainte du mouton chantée par Mauricette; "Gwerzioù" Tome II, p. 289, 1874, "Morisetta Tefetaoù"
    . Chez Narcisse Quellien, "Chansons et danses des Bretons": "Kaon" (fragment).
    . Chez le Chanoine Le Méné, "Histoire des Paroisses du Diocèse de Vannes", t. I, p.520.
    - dans des revues:
    . Chez l'Abbé François Cadic, dans "La paroisse bretonne de Paris", août 1907, "Mauricette"; dans la même revue, en juin-juillet 1927, un long article sur ce fait divers et le culte auquel il donna lieu.
    . En outre, dans la "Revue Morbihannaise (1894, pp. 91 à 104), l'abbé Cadic, recteur de Bieuzy, a publié sous le titre de "La complainte de Mauricette", une reconstitution de la gwerz originale vannetaise qui comprend 34 couplets.

    LA MERCI DE L'ÂME
    Les indications ci-après ont sans doute trait à la deuxième partie désignée ainsi en breton, "Eil Darn", dans l'édition 1839, puis intitulée "Truez an Ene" (La merci de l'âme) dans les suivantes. C'est en effet la seule où on remarque des ajouts ou des changements importants.
  • A partir de 1846, La Villemarqué corrige comme suit l'indication des ses sources:
    "C'est la version [de mon informateur "polyglotte"] que j'ai suivie dans les premières éditions de ce recueil. J'en donne une autre aujourd'hui que je dois en partie à M.de Penguern et en partie à un fermier de M. du Laz de Pratulo.
    En 1867, cette référence se complique encore par l'ajout "et en partie à une mendiante de Loqueffret". Il doit s'agir de cette Marie Koateffer à qui La Villemarqué était déjà redevable du "Marquis de Guérand" et du chant III de "Lez-Breiz", le "Chevalier du roi". Pour faire bonne mesure, la Barde précise qu'il a "également profité d'une variante curieuse publiée en 1864 par M. Gabriel Milin dans le "Bulletin de la Société académique de Brest"!
    En 1846, la strophe 28 est remaniée et la strophe 30 est ajoutée.
    En 1867, les strophes 29, 34, 35, 51 et 52 sont ajoutées.
  • Dans le 1er carnet de Keransquer, cette partie se trouve, sous le titre "Iannik Skolan" et occupe les pages 170 à 174. C'est le second texte, "Yannik Scolant" du fonds de Penguern. Elle comporte une variante dont sont tirées les strophes 47 à 50.
    Dans le second carnet, pages 117-19, figure également un texte intitulé "Skolan" (selon la thèse d'Eva Guillorel).
  • Ce chant a été collecté plusieurs fois:
    - Sous forme manuscrite
    . par de Penguern, t. 89, ff.149-152: "Iannic Skouldrin" (à Henvic, en 1851); t. 93, ff. 38-39: "Yannic Scolant ag e baeron"; t. 93, ff. 82-84: "Yannik Scolant" (cf. ci-dessus).
    . par Mme de Saint-Prix. Quatre feuillets manuscrits, texte et traduction (communiqués par M. de La Jaille): "Iannic Scolant".
    . par Luzel, Ms. 960 de la bibliothèque de Rennes, "Iannik Skolan" (Plouguiel, 1869), publié dans "Ethnologie française, I (1971 3-4).
    - Publié dans un recueil
    . par Luzel, "Gwerzioù" tome 1, "Iannik Skolan", pp. 150-152 (Pluzunet, 1867).
    - Publié dans des périodiques
    . par Gabriel Milin dans "Gwerin", 1: "Iann Eskolmwenn" (Brest, 1856) (et dans le "Bulletin de la Société académique de Brest", tome III, pp. 390-393, (1862-1863). Utilisé par La Villemarqué.
    . par Ernault dans "Mélusine" VIII (1896): "Yannik Skolan" (Trévérec) (fragment).
    . par l'Abbé Pérennès dans "Annales de Bretagne" XLV (1938): Gwerz Golvennik (Quimper, 1937).
    . par Donatien Laurent, dans "Ethnologie française": "Gwerz Skoulvanig (Langonnet, 1963); "Gwerz Skolvant" (Canihuel, 1959); "Gwerz Skolvan" (Carhaix, 1967); "Buhez Skolvan" (Plounévézel, 1969); "Gwerz Ian Skolan" (Plougonver, fragment recueilli par Ernault en 1889).
  • Le premier chant d'Yscolan du Livre Noir de Carmarthen

    The first song of Yscolan in the Black Book of Carmarthen


    Le premier chant d'Yscolan du Livre Noir de Carmarthen

    Du dy varch, du dy capan, Du dy
    pen, du du hunan. Ia du! Ae ti Ys
    colan? - Mi Iscolan, yscolheic Us
    cawin y puill iscodic Guae ny bauth a
    gauth Guledic! -O losci ecluis a llath bu
    ch iscol A llyvir rod y voti. Vy penhid
    ys trum kYnhi. Creaudir y creaduriv
    pthidev muyaw. Kyrraw de i mi vy
    gev! Ath vraddafte am thuyllaf ynheu.
    Bluytin llaun ym rydoded Ym
    bangor ar paul cored. Edrich de po
    en imy gan mor pryved. Bei ys
    cuypun ar un mor amluc guint
    Y vlaen bric guit fallum. Arav
    uvneuthum e bith nys gunaun!

    Traduction ci-après
    Translation below

    La Villemarqué put together two different songs under the same title.

    THE CRIME
  • First published in the first edition of the Barzhaz in 1839, pp 117-138, under the title: "Iannik Skolan: Darn genta" (1st part) in the Vannes dialect. As stated in the 1839 edition, this part of the ballad that recounts how Mauricette was killed by the weaver Yannick Scolan "is sung in the parish Melrand, in the Vannes bishopric, where the event took place, in the late [XVIIIth century], and a stone crucifix was erected to mark the place [of the crime, as mentioned in stanza 22]. The second song, widely spread in Tréguier, is unknown in the Vannes area".
  • While (in table A), Mme de La Villemarqué noted concerning the informer for "Ianic Scolan : "unknown", apparently referring to a woman, the "argument" to the song in the 1839 edition mentions "Only one peasant living in the borderland between the Vannes area and Lower Cornouaille was able to sing both songs in succession. We have adopted his version".
  • Similarly, as from 1867, the dialect used in the first part, which was called hitherto "Vannes dialect" (yezh Gwened), now becomes "Lower Vannes dialect" (yezh Gwened-Izel). However, in spite of differences in spelling (the first line read "Trou maré a charré ann dé" in 1839; in 1846 it becomes "Trou mare a sarre ann de"; and in 1867 "Tro mare e sarre en de"), the text for this first part remains practically unchanged in all versions.
  • In the first Keransquer copybook, we find, titled as "Daontes" (=Dañvadez, the ewe), a song that remembers us of the lament for the ewe sung by Mauricette. It mentions neither her name nor a crime or Yannick Scolan.
  • This song will be found:
    - As a manuscript:
    In the De Penguern collection, B. 91, ff.16 -170: "Morisetta Tafetaou".
    - in 3 collections:
    . in Luzel's "Sonioù", 1st book, "An dañvad Penngornik", recorded at Duault: it is the lament on the sheep sung by Mauricette; "Gwerzioù" Book II, p. 289, 1874, "Morisetta Tefetaoù"

    . in Narcisse Quellien's "Chansons et danses des Bretons": "Kaon" (a fragment).
    . in Canon Le Méné's "History of the Vannes diocese parishes", 1st book, p.520.
    - in periodicals:
    . in Abbé François Cadic's "Paroisse bretonne de Paris", August 1907, "Mauricette"; in the same periodical, in June-July 1927, a long article on this dramatic event and the cult that arose from it.
    . in "Revue Morbihannaise (1894, pp. 91 to 104), the Reverend Cadic, vicar at Bieuzy, published under the title "The Lament of Mauricette" a reconstruction of the original gwerz, in Vannes dialect, made up of 34 stanzas.

    THE PARDON TO THE SOUL
    The information below applies, very likely, to the second part which is titled "Eil Darn" (=second part) in the 1839 edition, then "Truez an Ene" (Pardon to the Soul) in the ensuing editions, since only in this part are there significant changes in the text or additions to it.
  • As from 1846, La Villemarqué amends as follows the mention he made of his sources:
    "I had published the version [of my bilingual informer] in the previous edition. Today I give another version for which I am endebted partly to M.de Penguern and partly to a tenant-farmer of M. du Laz de Pratulo's.
    In 1867, this reference becomes still more complex, as he adds "and partly to a beggar woman from Loqueffret". The latter must be Marie Koateffer from whose singing La Villemarqué had learnt the "Marquis de Guérand" and the song III in "Lez-Breiz", i.e. the "King's Knight". And to make it more intricate the Barde states that he "also availed himself of a curious variant published in 1864 by M. Gabriel Milin in the "Bulletin de la Société académique de Brest"!
    In 1846, stanza 28 is rewritten, and stanza 30 added.
    In 1867, stanzas 29, 34, 35, 51 et 52 are added.
  • In the first Keransquer copybook, this part is to be found, under the title "Iannik Skolan", on pages 170 to 174. It is identical with the song "Yannik Scolant" in the Penguern MS collection. Next to it is a variant that is the source for stanzas 47 to 50.
    In the second copybook, on pages 117-19, is also a text titled "Skolan" (as stated in the doctoral thesis of Eva Guillorel).
  • This song was often collected:
    - In handwritten form
    . by de Penguern, B. 89, ff.149- 152: "Iannic Skouldrin" (at Henvic, in 1851); B. 93, ff. 38-39: "Yannic Scolant ag e baeron"; B. 93, ff. 82-84: "Yannik Scolant" (see above).
    . by Madame de Saint-Prix. Four handwritten leaves with text and translation (sent in by M. de La Jaille): "Iannic Scolant".
    . by Luzel, Ms. 960 kept in the Rennes library, "Iannik Skolan" (Plouguiel, 1869), published in "Ethnologie française", I (1971 3-4).
    - Published in a collection
    . by Luzel, "Gwerzioù" part 1, pp. 150-152: "Iannik Skolan" (Pluzunet, 1867).
    - Published in periodicals
    . by Gabriel Milin in "Gwerin", 1: "Iann Eskolmwenn" (Brest, 1856) (and in the "Bulletin de la Société académique de Brest", 1862, 3rd quarter). Used as material by La Villemarqué.
    . by Ernault in "Mélusine" VIII (1896): "Yannik Skolan" (Trévérec) (a fragment).
    . by Abbé Henri Pérennès in "Annales de Bretagne" XLV (1938): Gwerz Golvennik (Quimper, 1937).
    . by Donatien Laurent, in "Ethnologie française": "Gwerz Skoulvanig (Langonnet, 1963); "Gwerz Skolvant" (Canihuel, 1959); "Gwerz Skolvan" (Carhaix, 1967); "Buhez Skolvan" (Plounévézel, 1969); "Gwerz Ian Skolan" (Plougonver, a fragment collected by Ernault in 1889).

  • Mélodie -Tune
    (Mode hypodorien)

    Français English
    I
    LE CRIME

    I

    1. On était entre chien et loup
    Quand la mendiante vint chez nous.
    Quand elle entre en notre logis
    A tout le monde elle sourit.

    2. - Dieu bénisse ce bâtiment!
    Vous, la mère et vous les enfants.
    Une fois de plus, me voici.
    Tous se portent-ils bien ici?

    3. - Ma foi, commère, rien à dire,
    Sauf que l'état du maître empire.
    Si sa maladie dure encor,
    Il me faudra mendier dehors.

    4. Approchez l'escabeau du fond,
    Commère, et asseyez-vous donc!
    Approchez donc cette escabelle:
    Contez les dernières nouvelles!

    5. - Des choses, il s'en est passé.
    Et vous en avez ouï parler.
    Ne savez-vous pas, l'autre jour,
    Ce qui s'est passé près du bourg? -

    6. Le cher maître de maison dit:
    - Cherchez du lait. Donnez-le-lui.
    Un peu de lait et une crêpe.
    Pour ses genoux, une serviette!

    7. - Yannick Scolan est arrêté.
    Maintenant il pend au gibet.
    Court pendu sur la place à Vannes,
    Expiant ses crimes infâmes.

    8. - Commère, j'ignorais ceci.
    Je ne peux m'éloigner d'ici.
    Nulle part je ne peux aller,
    Car j'ai mes enfants à soigner.

    9. - Des forfaits, il en a commis
    En ce monde jusqu'aujourd'hui,
    Le dernier crime qu'il commette
    Fut d'assassiner Mauricette.

    II

    10. Gardant les bêtes de son père
    Elle ne songeait qu'à bien faire.
    Le seul être qu'elle pleurât
    C'est l'agneau qu'un loup emporta.

    11. N'ayant donc qu'une fois pleuré,
    Ce seront deux fois, désormais.
    Elle avait fait une chanson
    Qu'on chante par tout le canton:

    12. "Hélas, mouton aux cornes blanches!
    Hélas, pauvre bête innocente!
    Hélas, mon cher petit mouton,
    Qui fut un animal si bon!" -

    13. Yannick Scolan rentrait chez lui,
    Son bâton en main et la vit:
    - Mauricette, vous qui chantez,
    Me donnerez-vous un baiser?

    14. - De baiser, vous n'en aurez point:
    On vous connaît comme un gredin. -
    Et elle s'enfuit en courant.
    Mais, hélas, c'était en plein champ.

    15. Et le voilà qui la poursuit,
    Qui la frappe trois fois et qui
    La fait dans son sang s'écrouler
    Inanimée, les yeux fermés.

    III

    16. Sept ou huit jours avaient passé
    Sans que son père soit rentré.
    Vers les onze heures ou midi
    Son père est revenu chez lui.

    17. - Mes pauvres enfants, dites-moi.
    Vous êtes si tristes. Pourquoi?
    Votre sœur n'est point là. Pourquoi?
    - Mieux vaudrait qu'on n'en parle pas!

    18. Oui, vous saurez bien assez tôt
    Que notre sœur, sur le coteau,
    Là-bas, gît par terre, nageant,
    Pauvre victime, dans son sang.

    19. C'est le tisserand qui l'a tuée:
    Elle était par lui harcelée.
    Dès que vous vous êtes absenté,
    Yannick Scolan s'est déchaîné!

    20. Il voulait la faire faillir
    Mais il ne put y parvenir.
    Elle résistait à l'infâme,
    Plutôt que de perdre son âme.

    IV

    21. On porte en terre Mauricette
    Le sang coule de la charrette.
    On voit pleurer jeunes et vieux.
    Son père en larmes derrière eux.

    22. Si l'on veut la voir à présent
    C'est sur le chemin de Melrand,
    Et une croix neuve publie
    Que c'est là que finit sa vie.

    *********************

    II LA MERCI DE L'ÂME

    23. Yannick Scolan et son parrain
    S'en vinrent avant le matin,
    Demander le "pardon des âmes"
    Pour toutes ses fautes infâmes.

    24. Yannick Scolan un soir entra
    Chez sa mère qu'il salua:
    - Bonsoir à tous en ce logis.
    Tout le monde dort-il ici?

    25. - Par où donc êtes-vous entré?
    Moi qui pensais avoir fermé
    A clef mes portes de partout,
    Et mes fenêtres au verrou.

    26. - Il y a longtemps que je sais
    Ouvrir ce que l'on a fermé.
    Une bougie! Soufflez le feu!
    Et vous verrez: nous sommes deux. -

    27. Quand la bougie fut allumée,
    L'épouvante s'est emparée
    D'elle voyant, passé minuit,
    Deux personnes dans son logis.

    28. - Oh, ma mère, n'ayez pas peur
    Je suis votre fils. Le malheur
    Me conduit vers vous, car j'espère
    La bénédiction de ma mère!


    29. - Lui mon fils? Dites-moi comment,
    Il a quitté son linceul blanc,
    Et revient, tout vêtu de noir,
    Bien contrit, semble-t-il, me voir.


    30. Noir ton cheval, - toi tout autant-,
    Et son crin est rêche et piquant.
    Cette odeur de sabot brûlé!
    Je t'ai maudit, Scolan, c'est vrai.


    31. - Mon cheval est celui du diable
    C'est en enfer qu'est son étable.
    C'est la que je m'en vais brûler
    Si ne voulez me pardonner.

    32. - Comment donc t'offrir le pardon?
    Tu t'es conduit comme un démon,
    Toi qui mis à mon four le feu
    Et brûlas dix huit de mes bœufs!

    33. - Mère, je sais que je l'ai fait
    Par malheur et méchanceté.
    Mais puisque Dieu me pardonne,
    Fais en donc autant et sois bonne!

    34. - Comment donc t'offrir le pardon?
    Tu t'es conduit comme un démon.
    Toi qui brûlas sept tas de blé
    Et sept églises, sept curés.


    35. - Mère, je sais que je l'ai fait.
    Par malheur, par méchanceté.
    Mais puisque Dieu me pardonne,
    Fais en donc autant et sois bonne!


    36. - Comment donc t'offrir le pardon?
    Tu t'es conduit comme un démon.
    Toi qui violas tes trois sœurettes
    Et tuas ma nièce Mauricette.

    37. - Mère, je sais que je l'ai fait.
    Par malheur, par méchanceté.
    Mais puisque Dieu me pardonne,
    Fais en donc autant, oui, sois bonne!

    38. - Comment donc t'offrir le pardon?
    Tu t'es conduit comme un démon.
    Tu m'as perdu mon petit livre
    Qui de tout chagrin me délivre.

    39. - Je ne le nierai pas non plus.
    Mais ce livre n'est pas perdu.
    Car à trente brasses au fond
    De la mer le garde un poisson.

    40. Un poisson d'or. Trois de ses feuilles
    Furent arrachées au recueil.
    L'une par l'eau, l'autre le sang,
    L'autre mes pleurs qui vont coulant. -

    41. Le parrain qui l'accompagnait,
    Prenant sa défense, disait:
    - Mais quel cœur de pierre as-tu donc
    Pour laisser ton fils sans pardon?

    42. Comment, mère dénaturée,
    A ton fils ne point pardonner?
    Si ton enfant part en enfer,
    Tu devras l'y suivre, os et chair.

    43. - Je ne te pardonnerai pas,
    A toi qui viens de l'au-delà,
    Sans que tu ne m'aies révélé
    De l'au-delà quelque secret.

    44. - Ma mère, si vous m'en croyez,
    Vous ne ferez point la buée
    Le vendredi, car c'est le sang
    Du Seigneur qu'on cuit, ce faisant.

    45. N'enlevez ni coq à la poule,
    Ni rouge-gorge qui roucoule:
    Le coq chante vers le ciel quand
    Les apôtres en font autant.

    46. Lorsque le coq chante à minuit,
    Un ange chante au paradis.
    Et s'il chante à la prime aurore,
    Anges et saints chantent encore.

    47. Mais avant tout, il faut qu'on veille,
    - Avec soin, je vous le conseille -,
    A museler le porc, sans quoi,
    Votre seigle il ravagera;

    48. A bander les yeux du poulain
    Pour se prémunir du chagrin;
    A bien entraver le pur-sang
    Pour qu'il ne se noie dans l'étang. -

    49. Le lendemain, à son lever,
    Elle vit le seuil du foyer
    Qui portait en son centre un trou
    Qu'avaient imprimé ses genoux.

    50. Et des caillots de sang parmi
    Les charbons, répandus par lui
    En pleurant sur cendres et feu
    Qu'ils avaient étouffés sous eux.

    51. - Cette odeur de thym, de laurier.
    Signifie qu'il est pardonné.
    Son cheval est blanc comme lui.
    Vois, sa crinière resplendit!

    52. Mais dis-moi donc, Scolan, mon fils,
    Où ton parrain te mène-t-il?
    - Il me conduit au paradis
    Que ta bénédiction m'ouvrit.


    Traduction Chr. Souchon (c) 2007

    NOTE; Les strophes en gras n'ont pas de correspondantes dans le manuscrit.
    La strophe en bleu a été ajoutée en 1845.
    Les strophess en vert ont été ajoutées en 1867


    I
    THE CRIME

    I

    1. About the close of the day
    The beggar woman went this way.
    Wherever she obtains entry
    She smiles to everybody.

    2. - God's blessing be on everyone,
    On you, woman, on you children!
    Here I am again in your house.
    How are you all, man and mouse?

    3. - Alas, I can't complain, Granny.
    But my poor man is unhealthy
    And should his disease last longer
    I would be forced to turn beggar.

    4. But take a stool from this corner,
    Granny, sit down, come nearer!
    Do come and sit you down, Granny.
    Have you some news from the country?

    5. - Of news I have more than a bit;
    But, to be sure, you heard of it...
    Or did you really not hear
    Of what has happened around here?

    6. - Now, so said the good house master,
    Let bring a drop of milk for her.
    A drop of milk and a pancake,
    And upon her lap lay a plate.

    7. - Yannick Scolan was arrested
    And to the gallows was condemned.
    Hung on the market place in Vannes
    To expiate all his horrid crimes.

    8. - Granny, I never heard of that
    I never leave from here in fact.
    In fact I can't go anywhere.
    I have my kids to look after.

    9. - Enough infamy he's done
    Since the accursed day he was born.
    Crimes enough he had committed
    Before he killed poor Morised.

    II

    10. She was guarding her father's flock,
    Morally as strong as a rock
    And known to have cried only once:
    When a wolf on her lamb did pounce.

    11. Had she cried once in her lifetime,
    Now she will have cried one more time.
    She had cried and had made a song
    That is sung throughout the canton.

    12. - Alas, my little white-horned lamb!
    Alas, little white-headed ram!
    Alas, alas, dear little pet,
    I never, never will forget! -

    13. Now Yannick Scolan came that way
    His staff in his hand and did say:
    - Morised, you sing merrily!
    Just a little kiss you give me!

    14. A kiss I never shall give you!
    As naughty men, as you, are few. -
    And she takes screaming to her heels
    But nobody hears her appeals.

    15. He chases her, in high dudgeon,
    And strikes her thrice with his bludgeon.
    Knocks her down in a pool of blood
    With her soft eyes forever closed.

    III

    16. Seven, maybe eight days were gone
    Without her father coming home.
    When, about noon or eleven,
    Her father to his house returned.

    17. - O my poor children, tell me, say,
    Why are you all filled with dismay?
    As to your sister, where is she?
    - You shall hear of her presently.

    18. You shall hear presently enough
    Of Morised's fate, hard and tough!
    She lies yonder near the meadows
    And she has shed her blood in flows.

    19. She was killed by the weaver.
    Since you have been absent from here,
    He's been trying to seduce her.
    Yannick Scolan was her murder.

    20. He tried to induce her to sin
    And yet she refused to give in.
    The seal of her virtue is whole.
    She did not want to damn her soul.

    IV

    21. When she was carried to churchyard
    Her blood was pouring from the cart
    Everyone cried, young and old
    And her father, moaning, followed.

    22. If you want to remember her,
    To the Melrand road you repair.
    There, a new cross was erected
    Where from this world she departed.

    ******************************************

    II THE PARDON TO THE SOUL

    23. Yannick Scolan and his "patron"
    Came, both of them, to ask pardon
    To ask the "pardon to the soul",
    For all his sins, so base and foul.

    24. Yannick Scolan, he did alight
    At his mother's house one night:
    - Good night and joy, all people here
    Who're asleep. There's no ground for fear!

    25. - How you could come in puzzles me.
    My doors were shut with lock and key.
    My doors were shut with key and lock
    And my windows were under bolt.

    26. - They may be carefully locked, though,
    It's been a long time since I know
    How to open. A taper light!
    Two visitors have come tonight. -

    27. When the candle was lit she saw
    With great astonishment and awe
    Two men who were in her chamber.
    It was midnight, maybe later.

    28. - Don't cry, Mother! Don't fear or scorn!
    I am the son that you have born.
    I came to see you once again,
    And my mother's blessing to gain.

    29. - How could you be my son so proud?:
    I had wrapped him in a white shroud
    And here you are, all clad in black.
    What heartbreak brought you to me back?


    30. Black is your horse, - and black are you -,
    Its hair stings as thistle prickle do.
    I smell an odour of burnt horn.
    My curse be on the son I've born!


    31. - It's the devil's horse that I ride
    I'm nearer to hell with each stride.
    And my punishment you harden,
    If you refuse me your pardon.

    32. - To pardon you! How could that be?
    Much wrong, indeed, you did to me!
    You 've put on fire my bakery,
    Burnt eighteen cows with savagery!

    33. - Mother, I admit I did it.
    I was ill-judged and ill-fated.
    But since God has forgiven me
    I beg you to show clemency!

    34. - To pardon you! How could that be?
    Much wrong, indeed, you did to me!
    You burnt seven sheaves wheat, you beast!
    Seven churches, each with its priest!


    35. - Mother, I admit I did it,
    Alas, ill-judged and ill-fated.
    But since God has forgiven me,
    Mother, be good and pardon me!


    36. - Pardon you! How could that be?
    Great is the wrong you did to me!
    Three of your sisters you raped,
    And you killed my niece, Morised!

    37. - Mother, I admit I did it,
    For sure, ill-judged and ill-fated.
    But since God has forgiven me
    I beg you to show clemency!

    38. - Pardon you! How could that be?
    Great is the wrong you did to me!
    You have mislaid my little book,
    My only solace, in some nook.

    39. - Poor Mother, you must pardon me!
    Thirty fathoms deep in the sea,
    Your book is kept in safety,
    In a fish of gold's custody.

    40. Every harm to it has been foiled
    Except three pages that were spoiled:
    One by water, and one by blood,
    And one by my salted tears' flood! -

    41. Then the patron who was with him
    Advocated him. He was grim:
    - A more cruel mother is none
    Than you who don't pardon your son!

    42. Cruel in the past and cruel afresh,
    Would you not pardon your own flesh?
    If your own son to hell must go,
    Flesh and bone, you, too, go below!

    43. - If you want me to pardon you,
    Tell me first some things, one or two,
    That before your eyes were unfurled,
    Since you've been in the other world. -

    44. Mother, Mother, take my advice,
    Never wash laundry on Fridays.
    You would be, with such behaviour,
    Cooking the blod of Our Saviour!

    45. Never set apart cock and hen,
    Robin redbreast and his female:
    The cock's crows rise to the welkin.
    Robin chants when apostles sing.

    46. When rooster's crows at midnight rise,
    The angels sing in paradise.
    When Robin sings, when soars the day
    Saints and angels sing in array.

    47. Above all I commend to you
    - And mind that you observe it, too -:
    Muzzle the swine, or otherwise
    It will dig all your field of ryes.

    48. To spare you toil with the young colt
    Don't forget its eyes to blindfold.
    And fetter well, lest he be drowned,
    Your stallion grazing near the pond. -

    49. Early on next day, when she rose,
    She found, in the hearth sill, hollows.
    After a while she found that these
    Were dug by the caps of his knees.

    50. She found clots of blood on the coals
    That came with his tears in their shoals,
    Shed on the cinders and the fire
    Which they had caused to expire.

    51. - Of thyme and laurel I smell scents:
    It's my blessing that hell prevents.
    White is his horse, - he's himself white-
    Its mane is dazzling like sunlight!

    52. My son Scolan, please tell me now,
    With your patron, where do you go?
    - To paradise I am going,
    Opened by my mother's blessing.


    Transl. Chr. Souchon (c) 2007

    The stanzas in bold characters have no counterparts in the MS.
    The stanza in blue was added in 1845.
    The stanzas in green were added in 1867




    TRADUCTION DU MANUSCRIT


    (Remark: since the MS text hardly differs from the printed stanzas, no addtitional English translation is needed, except for stanza (a) meaning: "All have gone to bed. Only I was staying here to put out the fire").

    p. 170
    Iannik Skolan


    (23) Yannik Scolan et son parrain
    Sont allés tous deux demander le pardon,
    Demander le pardon des âmes,
    Et rémission de leurs forfaits.

    (24) Yannik Scolan demandait
    En arrivant chez sa mère:
    - Bonheur et joie à tous en ce logis!
    Tout le monde est-il allé se coucher ici?

    (a) - Tous sont allés dormir,
    Moi seule je suis restée.
    Moi seule je suis restée
    Ici pour éteindre le feu.

    (25) Dites, par où êtes-vous entrés,
    Mes portes étaient fermées à clé?
    J'avais fermé à clé mes portes
    Et verrouillé mes fenêtres!

    (26.1)- Quand vous auriez fermé à clé vos portes
    Et verrouillé vos fenêtres,
    Et verrouillé vos fenêtres,
    (26.2) Je sais bien comment les ouvrir!

    (25.3) Et verrouillé vos fenêtres,
    (26.2) Je sais bien comment les ouvrir!
    (26.3) Allumez une bougie, attisez le feu:
    (26.4) Vous verrez deux hommes au lieu d'un. -
    TRADUCTION DU MANUSCRIT


    p. 171

    (27) Quand elle eut ravivé la flamme,
    Quel ne fut pas son étonnement,
    De voir deux hommes chez elle,
    A minuit en train de lui parler.

    (28) - Pas un mot, ma mère, n'ayez pas peur!
    C'est moi, le fils que vous avez mis au monde.
    C'est moi, le fils que vous avez mis au monde.
    Qui est revenu vous voir encore une fois.

    (31) Je suis venu ici sur le cheval du Diable,
    Avec lui c'est en enfer que je vais.
    Je m'en vais brûler en enfer,
    Si vous ne daignez pas me pardonner!

    (32) - Comment saurais-je te pardonner?
    Grande est l'offense que tu m'as faite:
    Tu as mis le feu à mon four
    Et brûlé 18 bêtes à cornes.

    p. 172

    (33) - Ma mère, je sais bien que j'ai fait cela,
    Hélas, par haine et par rage
    Mais puisque Dieu m'a pardonné,
    Ma mère, pardonnez-moi aussi!

    (36) - Comment saurais-je te pardonner?
    Grande est l'offense que tu m'as faite:
    Tu as violé trois de tes soeurs
    Et assassiné leurs bébés.
    (...and killed their babies)

    TRADUCTION DU MANUSCRIT


    (37) - Ma mère, je sais bien que j'ai fait cela,
    Hélas, par haine et par rage
    Mais puisque Dieu m'a pardonné,
    Ma mère, pardonnez-moi aussi!

    (38) - Comment saurais-je te pardonner?
    Grande est l'offense que tu m'as faite:
    Tu m'as fait perdre mon petit livre
    Mon seul plaisir en ce monde.

    (39) - Ma chère mère, pardonnez-moi:
    Votre petit livre n'est pas perdu.
    Votre petit livre n'est pas perdu.
    Il repose à trente brasses en mer.

    (40) Il n'a subi aucun dommage,
    Si ce n'est qu'il a perdu trois pages:
    Une par l'eau,l'autre par le sang,
    Une autre encore par les larmes de mes yeux.

    (40.3) Une par l'eau,l'autre par le sang,
    (40.4) Une autre encore par les larmes de mes yeux.
    (41.1) Mais son parrain qui était avec lui
    (41.2) A pris la parole pour le défendre:

    (42) - Comment, mère cruelle et dénaturée,
    Ne pardonnerais-tu pas à ton petit enfant?
    Si ton enfant va en enfer,
    Tu devras y aller, chair et os!

    (43) - Avant de pardonner déjà,
    Tu me diras quelque chose
    De ce que tu as vu,
    Depuis que tu as quitté ce monde.

    TRADUCTION DU MANUSCRIT


    p. 173

    (44.3) Quand on fait bouillir du linge le vendredi,
    (44.4) On fait cuire le sang de Notre Seigneur.
    (45.1) N'enlevez pa le coq de parmi les poules
    (45.4) Il chante lorsque chantent les apôtres.

    (46) Quand le coq chante à minuit,
    Les anges chantent au paradis.
    Quand le coq chante lorsque jaillit le jour
    Les saints et les anges chantent en choeur!

    Variante

    (45.2) N'enlevez pas son oeuf à la perdrix
    (45.1) Ni le coq à la poule
    (45.3) Le coq lorsqu'il chante vers le ciel.
    (45.4) Chante le chant des apôtres.

    (47) Avant toute chose, je vous demande
    - Et de cela, souvenez-vous bien!-
    Entravez bien le petit cheval
    (48.1) Et bandez bien les yeux du taurillon blanc!

    (48.1) Et bandez bien les yeux du taurillon blanc!
    ... cassé...chante
    (48.3) Bandez les yeux ... le ... jeune
    (48.4) Quand il sera au milieu de l'étang. -

    (49) Sa mère, quand elle se leva le matin
    Trouva l'âtre troué,
    Elle trouva la dalle trouée:
    Il l'avait trouée avec ses genoux.

    p. 174
    (50) Et trois gouttes de sang, tout autour
    Qu'il avait versées avec ses larmes
    Avec ses larmes, parmi le feu
    Qui fut étouffé par elles.


    Brezhoneg
    Vers les textes bretons
    To the Breton texts


    Confusion entre deux histoires
    Comme l'ont remarqué Francis Gourvil et Donatien Laurent (ce dernier, dans "La Guerz de Skolan", Ethnologie française, 1971, 3-4, p.42, n)1), la première histoire est celle de Mauricette Jaffrezo (appelée dans une version trégoroise du chant, collectée par Luzel, "Mauricette Téfétaou"), qui habitait au village de Locmaria près de Melrand (20 km au SE de Pontivy). Son voisin Pierre Guéganic, un tailleur, non un tisserand, la poursuivait de ses assiduités, mais sans succès. Le 23 mai 1727, alors que Mauricette gardait ses moutons, Pierre vient à nouveau l'importuner. La jeune fille qui avait 20 ans lui répond: "Guel vé genein mervèl mil guéh eit offansein men doué ur hueh» (Je préfère mourir mille fois que d'offenser une fois mon Dieu). L'homme, furieux, lui fend le crâne avec le poids d'une balance à crochet. Il sera condamné à être pendu en place de Vannes.
    Comme l'indique la gwerz, une croix fut élevée sur la route Melrand - Pontivy, à la mémoire de Mauricette. Elle fut restaurée en 1894, peut-être grâce à La Villemarqué qui avait rendu l'événement célèbre. Outre la courageuse réponse de la jeune fille, elle porte une inscription en français rappelant la tragédie.
    La version vannetaise du chant publiée par l'Abbé François Cadic dans "La Paroisse Bretonne de Paris" d'août 1907 reprend exactement ces éléments.
    Dans le 1er carnet de Keransquer, au dessus du titre de la gwerz de Yannick Scolan, qui a dû être dictée à La Villemarqué par De Penguern, étant donné que ses manuscrits contiennent un texte identique, il y a une inscription au crayon illisible dont on peut imaginer qu'il s'agit d'un renvoi vers la gwerz de Mauricette.
    En conséquence de quoi, à la strophe 36, La Villemarqué qui ne s'est pas trop démarqué de son modèle jusqu'ici, remplace à la quatrième ligne "ha lazhet o inosented" (et tué leurs enfants innocents) par "ha lazhet va nizez Morised" (et tué ma nièce Mauricette). C'est là une falsification dont, a priori, on ne voit pas l'intérêt.
    La Villemarqué a dû utiliser, en outre, un autre chant (tel que "le Pauvre" publié en 1839 par le Chanoine Pérennès) qui lui a fourni l'introduction du chant, tout à fait inusitée dans les gwerzioù authentiques (strophes 1 à 9).

    "Dañvad Gwenn-gornik" ou "Dañvad Penn-gornik"?
    Brebis cornue noire de BretagneOn remarque en outre que, sur les 9 strophes notées dans le cahier de Keransquer sous le titre "Daontes" (la Brebis) et qui correspondent au "son" collecté par Luzel, "An dañvad penngornik" (La petite brebis cornue), seules quatre lignes, celles du refrain, se retrouvent dans la strophe n°12: "kañv, kañv d'am dañvnig gwenn-kornig....", "(Hélas, ma brebis aux cornes blanches). C'est la complainte que chante la bergère.
    Cette complainte fait la louange, sur le mode comique et surréaliste propre aux chansons enfantines, du "mouton breton" dont on peut lire, sous la plume de l' abbé François-Louis-Michel Maupied, d'origine bretonne, docteur es sciences naturelles (zoologie) et professeur à la Sorbonne, dans l'"Université catholique", ouvrage collectif de 1843, que "dans la petite race bretonne, nous avons vu des brebis porter des cornes comme les mâles, quoique les autres brebis n'en aient pas ordinairement." Il est fort probable que l'absence ou la présence de cornes recoupait une opposition entre l'est et l'ouest de la Bretagne.
    A Bouvier dans "Les mammifères de la France", 1891, page 300 confirme que les moutons de Bretagne étaient noirs et cornus, l'auteur ayant probablement visité le Finistère et le Morbihan (ceux de Haute Bretagne ressemblaient aux moutons bocagers de l'ouest de la France, dépourvus de cornes).
    Dans la population actuelle de Moutons d'Ouessant, on rencontre encore très rarement, chez certaines brebis, des petites cornes sans pivot osseux.
    La chanson de Luzel qui parle de "dañvad penn-gornik" offre un témoignage sur la traite des brebis en Bretagne et confirme que les brebis de la petite race bretonne portaient des cornes. Si celle notée par La Villemarqué, qui est fort semblable à la précédente, parle de "dañv gwenn-gornig", de brebis à cornes blanches, c'est peut être parce cet animal était noir. Le même abbé Maupied parle de "moutons noirs" dans un autre article.

    La gwerz de Scolan
    La seconde partie, "Le pardon de l'âme", est beaucoup plus mystérieuse. Comme la gwerz du seigneur Nann, elle met en présence un humain et un personnage de l'Autre-Monde.
    Accompagné d'un "saint parrain", Yannick Scolan apparaît une nuit à sa mère pour lui demander le pardon de ses crimes, faute de quoi, bien que Dieu lui ait fait miséricorde, après une longue pénitence, il sera damné. pour l'éternité.
    Sa mère tout d'abord refuse son pardon et énumère, par ordre de gravité croissante les forfaits qu'il a commis: il a brûlé sept tas de blé, sept églises et sept prêtres, violé trois de ses sœurs, (tué sa cousine Mauricette, dans la version de La Villemarqué seulement) et noyé le petit livre de sa mère!
    Yannick la rassure: le petit livre est gardé par un poisson doré. Il n'a perdu que 3 feuilles, détruites l'une par l'eau, la 2ème par le sang et la troisième par les larmes de Yannick.
    Le parrain ajoute que si Yannick va en enfer, sa mère "cruelle et dénaturée" l'y suivra.
    La mère demande alors à son fils de lui donner des conseils fondés sur son expérience de l'au-delà. Ces conseils feraient pâlir un poète surréaliste:
    - Ne pas faire de lessive le vendredi, ce qui reviendrait à faire cuire le sang de notre sauveur. (Cet interdit est bravé par la païenne Keban dans La légende de St Ronan -25).
    - Ne pas enlever le coq à la poule, ni le rouge-gorge à sa compagne: le jour le chant du rouge-gorge accompagne celui des apôtres, la nuit l'appel du coq celui des saints et des anges.
    - Enfin, ne laisser s'échapper ni le porc qui sinon ravagerait le champ, ni le jeune taureau, ni le poulain qui sinon se noierait.
    Il faut croire que la mère finit par accorder son pardon car Scolan repart tout blanc sur son cheval blanc, alors qu'il était venu, noir sur un cheval noir, solliciter sa mère en pleine nuit.
    Le lendemain matin, la pierre du foyer était percée par les genoux de Scolan et, parmi les charbons, elle vit des gouttes de sang qu'il avait répandues avec ses larmes.

    La version galloise
    Le plus étonnant n'est pas ce que raconte ce chant. C'est que cette histoire se retrouve dans un dialogue gallois extrait du Livre noir de Carmarthen datant du XIIème ou XIIIème siècle. Le héros porte le même nom "Yscolan" et ses crimes sont analogues.

    Du dy varch, du dy capan, (Noir ton cheval , noire ta cape)
    Du dy pen, du du hunan. (Noire ta tête, noir toi-même)
    Ia du! Ae ti Yscolan? (Oui, noir! Es-tu Yscolan?)

    - Mi Yscolan, yscolheic (C'est bien moi Yscolan, l'Ecolier)
    Uscawin i puill iscodic (Dont le faible entendement est embrumé)
    Guae ny bauth a gauth Guledic!
    (Malheur sans fin à qui brave le Seigneur!)

    -O losci ecluis a llath buch iscol
    (J'ai brûlé une église et volé le bétail de l'école)
    A llyvir rot i vothi ( Et le livre, je l'ai fait noyer)
    Vy penhid ys trum kenti.
    (Ma pénitence est mon amère affliction.)

    Creaudir y creadurieu opthiddeu muyaw
    (Créateur des créatures, miséricordieux suprême)
    Matev i my wy gev! (Pardonne-moi ma faute!)
    Ath uraddafte am thuyllaf ynheu;
    (Celui qui T'as trahi m'a trompé!)

    Bluytin llaun ym rydoded (Une année pleine me fut infligée)
    Ym bangor ar paul cored (A Bangor sur la retenue d'une digue)
    Edrich de poen imy gan mor pryved
    (Regarde comme je souffre des vers marins!)

    Bei ys cuypun ar un mor amluc guint
    (Si j'avais su ce que je sais maintenant)
    Y vlaen bri guit fallum
    (Aussi clairement que la brise dans la cime de l'arbre)
    Araw uvneuthum e bith nys gunaun!
    (Je n'aurais jamais fait ce que j'ai fait!)

  • C'est La Villemarqué lui-même qui signale cette parenté entre la gwerz bretonne et le texte gallois qu'il connaissait par la "Myrvyrian Archaeology". Dans l'édition de 1845, il en cite les 4 premiers tercets dans les "Notes". Il indique qu'Yscolan est le nom gallois de St Colomban et il en infère que, dans la ballade bretonne, c'est ce saint irlandais qui assiste en tant que "parrain" son malheureux homonyme. C'est possible, mais on n'en saura jamais rien.
    Sur sa lancée, il affirme que le pénitent du poème gallois est le barde Merlin (?), mais non celui de la ballade bretonne comme le prétend Gabriel Milin qui intitule sa version ""Es-Kolmwenn"! (Francis Gourvil -p.475- doute sérieusement que l'informateur de Milin, gardien du Magasin des Subsistances de la Marine, à l'Arsenal de Brest, ait pu prononcer un nom aussi compliqué: il aurait dit "Yann Eskolvenn" ou "Yann Skolvenn").
  • Le "tableau des thèmes" qu'on trouvera en fin de page, montre que les éléments des trois premières strophes d'Yscolan se retrouvent dans le "Scolan" du Barzhaz, ainsi que dans le manuscrit de Keransquer à l'exception de ceux de la première strophe (cheval noir, cape noire, tête noire, tout le corps noir...).
    Concernant cette strophe, on serait tenté d'imaginer que La Villemarqué se soit laissé aller à un emprunt indélicat en en faisant sa strophe 30 en 1845. Mais il n'en est rien. Une strophe similaire se retrouve dans la "Gwerz Golvennik" recueillie par H. Pérennès, à l'Hôpital de Quimper, le 13 juillet 1932, de la bouche d'un malade alité, Corentin Quillec, domicilié à Fouesnant dans le Finistère:
    - Va mamm paour na spontit ket:
    Me'z eus, ho mab, p'hini ho-peus ganet. (bis)

    - Deus a-belec'h e teuit?
    Du eo ho treid, du ho taouarn,
    Du eo ho pizaj evel d'an diaoul!

    - Eus ar purkator e teuon:
    Trezek en ivern bremañ yaon
    Ma 'c'hellit ket va fardoniñ.
    - Ma chère mère, n'ayez pas peur:
    C'est moi, votre fils, que vous avez mis au monde. (bis)

    - D'où venez-vous donc?
    Noirs sont vos pieds! Noires vos mains!
    Noirs vos traits comme ceux du diable!

    - C'est du purgatoire que je viens
    Et je vais de ce pas en enfer
    Si vous ne voulez pas me pardonner.

    De même, on trouve dans la version de Gabriel Milin:
    - Mar d'eo va mab ez eo hemañ
    M'am-boa eñ liammet e gwenn
    Hag eo deut e du d'am gweled
    Evit doare es eo poaniet!

    - Eus tan ar purkator e teuan
    Da tan an ivfern eo ez ean
    Da dan an ifern da zeviñ
    Ma na girit va fardoniñ
    - Si c'est mon fils qui est ici,
    Que j'avais enveloppé de blanc,
    Et si c'est en noir qu'il vient me voir,
    Il semblerait qu'il soit en peine!

    - Je viens du feu du purgatoire
    Je vais vers le feu de l'enfer
    Où je vais brûler à jamais
    Si vous ne daignez me pardonner.

    La 1ère strophe est, mot pour mot, la strophe 29 du Barzhaz ajoutée en 1867.
    La 2ème correspond à la strophe 31, inchangée depuis 1839, qui parle du cheval du diable, mais évoque l'enfer au lieu du purgatoire dans le 1er distique.

    Comme l'indique Michel Tréguer dans l'opuscule "Chances et génie d'un trépané", consacré à la carrière de Donatien Laurent, celui-ci a été mis en rapport par Jean-Michel Guilcher, avec une chanteuse analphabète, Catherine Maltret qui lui a cité ce couplet de la gwerz de Skolan. Il y a toutes chances pour que le cahier de Keransquer ne comprenne pas toutes les sources orales auxquelles le Barde de Nizon a puisé.
    D'ailleurs s'il avait emprunté au texte gallois, il aurait sans doute aussi repris la saisissante évocation de cet érudit à l'esprit embrumé et de ce purgatoire marin...
  • Il n'y avait guère que ladite strophe 30 ("Ton cheval est noir..."), ajoutée en 1845, dont on puisse supposer, comme l'affirme Francis Gourvil, qu'elle ait été composée par La Villemarqué en imitant le Livre Noir de Carmarthen. Il est de fait qu'elle est absente du manuscrit de Keransquer (mais non la référence au cheval, comme l'écrit imprudemment Gourvil).
    Elle seule permettait d'ironiser, comme l'a fait Ferdinand Lot dans ses "Etudes sur Merlin", publiées dans les "Annales de Bretagne, T. XV, p.505, sur la naïveté de l'académicien La Borderie: dans un article intitulé "Les véritables prophéties de Merlin" publié en 1883, celui-ci cite cette strophe du poème du Barzhaz comme
    "une preuve de l'antiquité du poème gallois."
    Cependant, outre qu'on ne saurait reprocher à La Villemarqué, comme l'écrivait Loth, d'avoir fait
    "un rapprochement bizarre et contaminé la gwerz ... consacrée à un assassin du XVIIIème siècle ... avec une imitation du poème gallois sur Yscolan", il était troublant que la strophe 29 ("... je l'avais mis dans un linceul blanc...") publiée en 1867 qui est empruntée à la variante de G. Milin, constituât le préambule logique à la strophe litigieuse, publiée 22 ans plus tôt!
    En fait ladite strophe existait réellement dans la tradition populaire bretonne, comme l'indique Nathalie Couilloud dans un article intitulé "Donatien Laurent. Aux sources de l'ethnologie bretonne et celtique":
    "Un jour d'août 1959, un professeur de l'université de Cardiff, préparant une édition du 'Livre Noir' demande à Donatien [Laurent] de se renseigner sur l'authenticité du vers 'Noir est ton cheval, noir tu es aussi' du poème médiéval gallois que La Villemarqué cite dans sa version, mais pas Luzel... Donatien va donc interroger deux vieilles chanteuses habitant Plouyé... L'une d'elle, Catherine Gwern, réfléchit, puis se met à chante la gwerz en prononçant le fameux vers!"
  • Quant au poisson doré, gardien du livre, de la strophe 40, et aux fragrances et à la blancheur retrouvée, symboles de rédemption dans les deux dernières strophes (ajoutées en 1867), ces éléments ne soulèvent de la part de Donatien Laurent aucune remarque étonnée. On peut en déduire qu'il en a trouvé les équivalents dans les nombreuses versions collectées qu'il cite; ou que s'il s'agit d'ajouts de La Villemarqué, il considère à juste titre, qu'ils n'infirment en rien ni l'authenticité du chant breton, ni sa parenté avec le poème gallois que le Barde de Nizon fut le premier à mettre en évidence.
  • Bien qu'il ne le dise pas expressément, on peut se demander si Francis Gourvil ne va pas jusqu'à nier cette parenté des deux poèmes, pour faire de leur similitude le fruit du hasard. C'est ainsi qu'il signale dans une note, à la page 476 de son "La Villemarqué", que le nom "Iscolan" ou "Yscolan" ne se trouve au Pays de Galles que dans les textes anciens, tandis que ce dérivé du breton "Skol" (gallois "ysgol"), signifiant "école", entre dans de nombreux toponymes ("Pontécoulant" dans le Calvados, "Kerscoulan" dans le Morbihan...) et noms de famille ("Ecolan" en Côtes d'Armor, "Ecoland" à Paris, "Lécolant"...). Son scepticisme semble inclure le chant collecté auprès d'un Brestois par G. Milin, dont le titre "Iann Es-Kolmwenn" lui semble "quelque peu suspect", pour des raisons de phonétique!
  • A l'appui de la thèse de La Villemarqué, signalons enfin qu'une liste de lais bretons dressée au XIIIème siècle et conservée à Shrewsbury comporte un "Luelan li chler" qui pourrait bien se lire "Scolan li chler", "Scolan le Clerc".

    Le livre mystérieux
    Agrippa v. Nettlesheim: 'De Occulta philosophia', 1533 A propos du mystérieux livre appartenant à la mère de Yannig, en qui La Villemarqué dans ses "notes" de 1839 voyait un "livre d'heures", précision supprimée par la suite, il convient peut-être de citer un extrait de l'introduction aux "Sonioù Breiz-Izel" de F-M Luzel et Anatole Le Braz:
    "...Les prêtres et les clercs...étaient censés posséder des livres de magie des Agrippas (style de Tréguier) ou des Vifs (style de Cornouaille)."
    Suit une note en bas de page:
    "Nos paysans désignent (écrit en 1890) sous le nom d'Agrippas des traités d'occultisme attribués à Cornelius Agrippa de Nettesheim, qui naquit à Cologne en 1481 et mourut à Grenoble en 1535... C'est un livre doué d'une espèce de personnalité diabolique. Il ne consent à révéler les secrets qu'il contient qu'après avoir été battu comme plâtre. On ne le dompte qu'au prix d'un effort acharné...Tous les prêtres possèdent un Agrippa (Selon la version de Luzel, dans le petit livre était inséré un chapelet!). Ils le consultent, pour savoir lesquelles seront damnées de leurs ouailles défuntes...Il ne se doit lire qu'à rebours. Des profanes en ont quelquefois entre les mains un exemplaire. Ceux-là on les respecte, on les redoute, on vient faire appel, moyennant pécune à leurs lumières surnaturelles... En Cornouaille... on l'appelle Ar Vif, mais c'est le même traité de sorcellerie, dangereux à manier et fécond en mésaventures pour qui ne sait pas l'art de s'en servir..."
    Que la mère de Yannick doit une magicienne, en plus d'être une mère dénaturée, expliquerait sa curiosité pour les choses de l'au-delà.
    Cependant cette conception ne pourrait que s'être substituée à une autre, plus ancienne, qui voit dans le livre un ouvrage de piété. C'est sans doute celle du poème gallois Yscolan. En effet la "noyade du livre" se retrouve dans l'histoire de Sweeney, le Merlin d'Irlande où le héros éponyme jette dans un lac le psautier de Saint Ronan et où le livre est rapporté intact à son propriétaire par une loutre.

    Le "refrigerium", lieu de rafraîchissement, puis d'expiation
    L'Yscolan gallois et le Scolan breton viennent tous les deux d'un lieu où ils ont expié leurs fautes.
    Mais la couleur noire est chez le premier un symbole de deuil, tandis qu’elle est chez le second le stigmate de son brûlant supplice, ce que confirme l’odeur de corne roussie.
    L'existence d'un lieu où les défunts attendent la délivrance de leurs péchés est affirmée dans le deuxième livre des Maccabées (12, 43-45) (que les Protestants, qui ne croient pas au Purgatoire, n'admettent pas dans leur canon).
  • Dans le récit de la passion de Sainte Perpétue, il est dit: "Vidit Dinocratem...refrigerantem" (elle vit Dinocrate, son jeune frère décédé, en train de se rafraîchir). C'est le mot qu'on trouve dans le Psaume 65: "Transivimus per ignem et aquam et eduxisti nos in refrigerium" (Nous avons traversé le feu et l'eau mais tu nous a fait entrer dans un lieu de rafraîchissement). Les épitaphes paléochrétiennes et les inscriptions des catacombes évoquent un lieu de repos appelé "refrigerium" où l'on accède après les épreuves terrestres et la prière lue après la consécration dans la messe catholique (qui date des tous premiers siècles) le mentionne encore explicitement:
    "Memento etiam Domine, famolorum...qui dormiunt in somno pacis. Ipsis,...locum refrigerii,...ut indulgeas, deprecamur" (Souviens-Toi aussi, Seigneur, de tes serviteurs... qui dorment du sommeil de la paix. Accorde leur, nous T'en prions, ...le lieu du rafraîchissement).
  • Mais dans la Légende dorée de Jacques de Voragine (1228- 1298), ce lieu froid devient un lieu d'expiation et il parle d'une âme prisonnière d'un glaçon dont elle peut être délivrée par trente messes. Une des sept enluminures sur le purgatoire qui ornent le manuscrit du "Pèlerinage de l'âme" de Guillaume de Digueville (1295 - 1358) représente un homme prisonnier d'un bain d'eau glacée.
    On songe à la gwerz Merlin au berceau où le nouveau né prend la parole pour conjurer la malédiction que sa mère appelle sur son géniteur et demander que Dieu le préserve du "puits de l'enfer froid" (puñs an ifern yen). Il pourrait s'agir du refrigerium, tout comme dans l'inscription sur l'ossuaire de La Martyre (1619), si l'on admet que "barn" désigne le jugement particulier qui suit immédiatement la mort:
    "an maro han barn han ifern ien pa ho soing den e tle crena. Fol eo na preder e esperet guelet ez eo ret decedi". (La mort, le jugement, l'enfer froid, quand l'homme y songe, il ne peut que trembler. Bien fou celui dont l'esprit ne médite sur cette image du trépas inévitable).

    Les flammes du purgatoire
    Ce n'est toutefois pas la conception générale:
  • L'épitre aux Corinthiens de Saint Paul nous apprend que "l'œuvre de chacun sera manifestée dans le feu... Si cette œuvre subsiste, il recevra sa récompense."
  • Origène (IIème siècle) avait une vision simple qui fut considérée par l'Eglise comme hérétique: celle d'un enfer provisoire pour tout le monde. A la fin de la purification par les flammes, tous iront au Paradis (C'est ce que prêchait Michel Polnareff).
  • Puis Grégoire de Nysse (IVème siècle) évoque la purification dans les flammes du purgatoire, avant que Saint Augustin (345-430) ne parle d'enfer inférieur (le vrai) et d'enfer supérieur où le "feu purgatoire" efface les péchés véniels.
  • Il ne s'agissait pas, on s'en doute, d'une localisation géographique. Mais le peuple se chargea de suppléer aux lacunes de la théologie. Certains, dont Jacques de Voragine (1228- 1298), pensaient que les morts pouvaient faire leur purgatoire sur les lieux où ils avaient péché. Chez d'autres, on trouve le purgatoire localisé sous l'Etna ("Gestes du roi Dagobert", 8ème siècle), sous un lac du Donégal (Traité du Purgatoire de Saint Patrice, 12ème siècle), ou dans la Baie des Trépassés (Procope, 500-560 et Claudien, 370 - 408), etc. A tel point que le "voyage dans l'au-delà" fit bientôt figure de genre littéraire où s'essayèrent des auteurs, depuis Bède (672-735, Histoire ecclésiastique du peuple anglais) jusqu'à Dante, puis des prédicateurs comme Catherine de Gênes (1447-1510), le Curé d'Ars (1786 - 1859), ou le Padre Pio (1887 - 1967).
  • Selon l'historien Jacques Le Goff (né en 1924) c'est entre 1170 et 1180 qu'est née la notion théologique de "purgatoire" en tant que lieu précis plutôt que processus réalisé par un "feu purgatoire". Le premier pape à affirmer officiellement l'existence de ce feu purificateur avait été Grégoire le Grand (540-590-604), mais ce n'est qu'en 1274 que le 2ème Concile de Lyon lui reconnaît, non moins officiellement, une définition topographique.

    Le purgatoire d'Yscolan et celui de Yannick Scolan
  • L'Yscolan gallois a été exposé pendant cent ans aux vers marins sur une digue de Bangor. Cette purgation des péchés sur terre ressemble fort à la conception qu'avait Grégoire le Grand de la nécessaire purification, et il écrivait à la fin du VIème siècle. On peut en déduire que le mythe de Scolan est né au pays de Galles.
  • Le Yannick Scolan breton qui vient du feu du purgatoire reflète les conceptions postérieures à 1170. D'autant que sa mère possède un chapelet et que l'on sait que la pratique du chapelet remonte au 13ème siècle, époque où elle est répandue par les Dominicains.
  • A une époque que La Borderie, en 1883, situe vers 937, le récit a dû traverser la Manche, lorsque de nombreux Bretons d'Armorique, qui s'étaient réfugiés dans l'île de Bretagne par crainte des Normands, rentrèrent avec Alain Barbetorte.
    Le mythe avait cessé de se diffuser dans le pays d'origine. La multiplicité des versions indique que ce ne fut pas le cas dans le pays d'accueil.

    La version de Luzel
    Une fois n'est pas coutume, la version collectée par Luzel est pratiquement identique à la IIème partie du présent chant, "La merci de l'âme", bien que visiblement incomplète: le deuxième visiteur nocturne est annoncé, mais il n'intervient pas. A la fin du chant, la mère de Scolan n'a toujours pas accordé son pardon, bien que son petit livre ait réapparu dans son armoire.

    Maurice Duhamel a recueilli, deux mélodies qui accompagnent la version de Luzel dont la deuxième, il est vrai, ne s'accorde qu'imparfaitement avec le texte:
  • Iannik Scolan - Mélodie 1
  • Iannik Scolan - Mélodie 2
  • Calvaire de Mlle Jaffrezo à Melrand A mix of two stories
    Francis Gourvil and Donatien Laurent (the latter in "La Guerz de Skolan", Ethnologie française, 1971, 3-4, p.42, n)1), have established that the first part of the present gwerz is about Mauricette Jaffrezo (called in the Trégor dialect version of the song collected by Luzel "Mauricette Téfétaou"), from the village Locmaria near Melrand (20 km south-east of Pontivy). Her neighbour Pierre Guéganic, a tailor, not a weaver, pestered her with his assiduous attentions, without success. On 23rd May 1727, as Mauricette was in the meadow with her sheep, Pierre turned up and bothered her again. The 20 year girl answered: "Guel vé genein mervèl mil guéh eit offansein men doué ur hueh» (I'd rather die a thousand times, than offend my God once). Out of his wits, the man split her skull with a blow of a steelyard weight. He was sentenced to be hanged on the marketplace in Vannes.
    The gwerz is correct: a wayside crucifix was erected in memory of Mauricette by the road Melrand-Pontivy. It was restored in 1894, possibly because the Barzhaz had popularized the event. Along with the girl's courageous answer, it bears a French inscription reminding of the tragedy.
    The Version in Vannes dialect of the song, published by Abbé François Cadic in "La Paroisse Bretonne de Paris" in August 1907 includes all the elements quoted above.
    In the first Keransquer copybook, above the title of the Skolan gwerz, that likely was sung to La Villemarque by no other than De Penguern, as his manuscripts include an identical text, there is an illegible mention in pencil which, we may assume, points at the Mauricette gwerz.
    As a consequence, in stanza 36, La Villemarqué, who had faithfully followed his model so far, replaces in the fourth line "ha lazhet o inosented" (and killed their innocent children) with ""ha lazhet va nizez Morised" (and killed my niece Mauricette), making of his translation a fake, one may wonder why.
    Besides, La Villemarqué may have used still another song (such as "The Poor" published in 1839 by Canon Pérennès) that provided him an introduction to his ballad, which is by no means customary in genuine gwerzioù (stanzas 1 with 9).

    "Dañvad Gwenn-gornik" ou "Dañvad Penn-gornik"?
    It is also remarkable that of the 9 stanzas recorded in the Keransquer MS under the title "Daontes" (The ewe) -which corresponds with the "son" (ditty) collected by Luzel, as "An dañvad penngornik" (the little horned ewe)-, only four lines, used as a burden, are kept in stanza 12: "kañv, kañv d'am dañvnig gwenn-kornig...." (woe is me for my yew with her white horns...), as a lament sung by the shepherdess.

    This lament is a funny and surreal nursery rhyme extolling the merits of the "Breton sheep", praised by Abbé François-Louis-Michel Maupied, who was a Breton ScD in zoology and professor at the Sorbonne, in the collective book, "L'Université catholique", published in 1843. He writes: "In the small Breton race, we saw individual ewes horned like male sheep, though most of them usually are not." We may assume that their being or not being horned depended on the area, Western or Eastern Brittany.

    A. Bouvier in his study "Les mammifères de la France", 1891, page 300, confirms that sheep in Brittany were black and horned, as he very likely had investigated only the "départements" Finistère and Morbihan (the sheep in Upper Brittany resembling the usual hornless "bocage" sheep you would find all everywhere in Western France).

    Nowadays, only in the stock of the Isle of Ushant may we find rare specimens wearing horns without a bony core.

    The Luzel song is about a "dañvad penn-gornig" (a horn-headed ewe) and gives an interesting account of the milking of ewes in Brittany while confirming that the small Breton race was horned.
    If the La Villemarqué song, which is very much alike, has the words "dañv gwenn-gornig", (white-horned ewe), it could be on account of the yew's black fleece. And really, the same Abbé Maudpied dubs the Breton sheep "black sheep" in another article.

    The "gwerz" of Scolan.
    The second part "The Pardon to the Soul" is much more mysterious. Like The gwerz of sir Nann, it tells us of the encounter of a human being with an Other-world wight.
    Accompanied by a "Saint patron" (or godfather), Yannick Scolan appears at night to his mother, to ask her for the pardon of his crimes, or else, in spite of God's mercy, he shall be damned forever.
    His mother, at first, denies her pardon and names, in order of graveness, the crimes he has committed: he has burnt 7 heaves of wheat, 7 churches and 7 priests, raped 3 of his sisters, killed his cousin Mauricette and drowned his mother's little book!
    Yannick reassures her: the small book is guarded by a golden fish. It has only lost 3 pages spoiled, one by water, one by blood and one by Yannick's tears.
    The godfather adds that, if Yannick must go to hell, his "cruel and unnatural" mother shall follow him.
    The mother asks then her son to give her advice basing on his experience of the otherworld. Theses pieces of advise would dumbfound even a surrealistic poet:
    - never washing laundry on Fridays, as it would be the same as cooking Our Saviour's blood. (This prohibition is disobeyed by the heathen Kaban in Saint Ronan's legend -25).
    - never taking apart cock and hen or redbreast and hen: the crow of the cock accompanies the song of the apostles by day and the song of the saints and angels by night.
    - last, but not least, never setting the swine free or it would dig the field, nor the young foal or it would cause suffering, nor the stallion who would get drowned in the pond.
    Next morning, she found the hearth stone hollowed by Scolan's knees and the fire smothered by the clots of blood he had shed along with his tears.

    The Welsh version
    The most astonishing are not the contents of the song. It is the fact that the same story is recounted in a Welsh dialog included in the Black Book of Carmarthen, dating from the 12th or the 13th century. The hero's name is the same, "Yscolan" and the crimes he committed are alike.

    Du dy varch, du dy capan, (Black thy horse, black thy cape)
    Du dy pen, du du hunan. (black thy head, black thyself)
    Ia du! Ae ti Yscolan? (Yes, black! Are you Yscolan?)

    -Mi Iscolan, yscolheic (I am Yscolan, the scholar,)
    Yscawin y puill iscodic (Weak is my clouded reason)
    Guae ny baut a gaut Guledic.
    (Endless woe to whoever offends the Lord!)

    O losci ecluis a llat buch iscol.
    (For having burnt a church, destroyed a school's cattle)
    A llyfyr rod i voti (and caused a book to be drowned)
    Vy penhid ys trum kynhi.
    (My pennance is heavy mourning)

    Creaudir y creadureu, Perthidev muyhaw!
    (Creator of the creatures, the greatest of supports)
    Kyrraw de imi vy gev! (Pardon me my iniquity!)
    Ath vradas te am tuyllas ynnev.
    (He who betrayed Thee, deceived me.)

    Blyutin llaun im rydoded (A full year was imposed on me)
    Ym Bangor ar paul cored (At Bangor on the pool of a weir)
    Edrich de poen imy gan mor pryued!
    (Consider thou my suffering from sea-worms!)

    Bei ys cuypun ar un mor amluc guint
    (If I knew what I now know)
    Y vlaen bric guit fallum
    (As plain as the wind atop the tree)
    Araw uvneuthum e bith nys gunaun!
    (What I did I would never have done!)

  • It was La Villemarqué himself who pointed out this relationship between the Breton lament and the Welsh poem that he had read in the "Myrvyrian Archaeology". In the second edition of the "Barzhaz", in 1845, he quotes the four first tercets in the "Notes" to his gwerz. He asserts that Yscolan is Saint Colomban's Welsh name and his inference is that, in the Breton ballad, it is the Irish saint who assists, as his "godfather", his unfortunate namesake. This is possible but cannot be proved.
    Once he was in his stride, he also stated that the penitent in the Welsh ballad was Bard Merlin (?), but not in the Breton gwerz, as asserted by Gabriel Milin who titled his version ""Es-Kolmwenn"! (Francis Gourvil -p.475- cannot imagine that Milin's informer, a staff store attendant at Brest Arsenal, could pronounce so intricate a name: he would haved said "Yann Eskolvenn" or "Yann Skolvenn")
  • The "Table of topics" below shows that the main elements found in the first three stanzas of the Welsh Yscolan are also present in the "Scolan" poem of the Barzhaz, as well as in the first Keransquer copybook except those in the first tercet (black horse, black cape, black head, your whole body is black...).
    One feels tempted to imagine that La Villemarqué indulged in illicit borrowing when he wrote his stanza 30 for the 1845 edition. But he did not: A similar stanza exists in the ballad "Gwerz Golvennik" collected by H. Pérennès, at Quimper Hospital, on 13th July 1932, from the singing of bedridden sick man, Corentin Quillec, living in Fouesnant in the "département" Finistère:
    - Va mamm paour na spontit ket:
    Me'z eus, ho mab, p'hini ho-peus ganet. (bis)

    - Deus a-belec'h e teuit?
    Du eo ho treid, du ho taouarn,
    Du eo ho pizaj evel d'an diaoul!

    - Eus ar purkator e teuon:
    Trezek en ivern bremañ yaon
    Ma 'c'hellit ket va fardoniñ.
    - Dear mother, be not afraid:
    That's me, your son, whom you have born. (bis)

    - Whence do you come?
    Black are your feet! Bleck are your hands!
    Black your face as is the devil's!

    - From purgatory I'm coming
    And I am on my way to hell
    If you refuse to pardon me.

    Similarily, Gabriel Milin's version has the verses:
    - Mar d'eo va mab ez eo hemañ
    M'am-boa eñ liammet e gwenn
    Hag eo deut e du d'am gweled
    Evit doare es eo poaniet!

    - Eus tan ar purkator e teuan
    Da tan an ivfern eo ez ean
    Da dan an ifern da zeviñ
    Ma na girit va fardoniñ
    - If the one who's here is my son
    Whom I had wrapped in a white shroud,
    And when he came in black to see me,
    Apparently he is afflicted!

    - From the fire of purgatory I come
    On my way to the fire of hell
    The fire of hell where I shall burn
    Should you not consent to pardon me.

    The 1st stanza is identical with stanza 29 in the Barzhaz added in 1867.
    The 2nd stanza corresponds with stanza 31, kept unchanged since 1839, that does not mention the devils nag, but refers to hell instead of purgatory in the first distich.


    As stated by Michel Tréguer in the pamphlet "Chances et génie d'un trépané" (A lucky genius with a trephined skull) dedicated to Donatien Laurent's career, the latter was introduced by the musicologist Jean-Michel Guilcher to an illiterate singer, Catherine Maltret who immediately recited the first stanza of the Skolan gwerz. The chances are that the Keransquer first copybook does not encompass all oral sources drawn upon by the Bard of Nizon.
    Besides, if he had elaborated on the short Welsh poem, La Villemarqué certainly had not refrained from availing himself of the inspiring images of the "scholar with a clouded reason" and the marine purgatory...
  • If need be, only the said stanza 30 ("Black is your horse..."), added in 1845, might have been assumed, as does Francis Gourvil, to have been composed by La Villemarqué, as an imitation of the Black Book of Carmarthen. This stanza is missing in the Keransquer Ms (but not the Devil's horse, as unwisely asserted by Gourvil). Only this passage could justify Ferdinand Lot's disparaging comments in his "Studies on Merlin", published in "Annales de Bretagne, Book. XV, p.505, on the Academician La Borderie's gullibility: in an article titled "Merlin's true prophecies" published in 1883, the famous historian quotes this stanza of the Barzhaz poem as "a proof of the antiquity of the Welsh poem."
    However, beside the fact that La Villemarqué could not be reproached, as did Loth, for having establihed
    "a strange link and contaminated the Breton ballad ... dedicated to a 18th century murderer ... with the Welsh poem of Yscolan", it was puzzling that stanza 29 ("... I had laid him in a white shroud..."), published in 1867, which is borrowed from G. Milin's variant, should logically precede the litigious passage, that was published 22 years earlier.
    In fact this stanza 30 did really exist in Breton oral tradition, as stated by Nathalie Couilloud in an article titled "Donatien Laurent. Aux sources de l'ethnologie bretonne et celtique":
    "Once in August 1959, a professor of Cardiff University, who was about to publish a new edition of the 'Black Book' requested Donatien [Laurent] to investigate the authenticity of the line 'Black is your horse, black are you too' from the medieval Welsh ballad, quoted in La Villemarqué's but not in Luzel's version... Donatien asked two old women of the village Plouyé... One of them, Catherine Gwern, after pondering a while, started singing the lament and uttered the famous line!"
  • As to the golden fish, the guardian of the book in stanza 40 and the fragrances and the recovered whiteness, tokens of the sinner's redemption in the concluding two stanzas added in 1867, they did not prompt Donatien Laurent to express surprise or scepticism. We may infer that he found their equivalents in the several collected versions he lists in his "Sources". Or that he pertinently considers, in case these passages were added by La Villemarqué, that they by no means invalidate the authenticity of the Breton song or its relationship to the Welsh poem which the Bard of Nizon had the merit to point out as early as 1839.
  • Though he does not express it clearly, one may wonder if Francis Gourvil does not go as far as to deny any relationship between the two poems, and to consider their likeness as a mere coincidence. To that effect he stresses in a note, on page 476 of his "La Villemarqué", that the name "Iscolan" or "Yscolan" is encountered in Wales only in ancient texts, whereas the Breton name, derived from "Skol" (Welsh "ysgol"), meaning "school", is part of several place names ("Pontécoulant" in the département Calvados, "Kerscoulan" in Morbihan...) and family names ("Ecolan" in Côtes d'Armor, "Ecoland" in Paris, "Lécolant"...). His scepticism apparently extends even to the song collected from a Brest dweller by G. Milin, whose title "Iann Es-Kolmwenn" sounds, in his opinion "somewhat suspect", for reasons pertaining to phonetics!
  • In support of La Villemarqué's views, it is also worth mentioning that a list of Breton lays put up in the 13th century and kept in Shrewsbury includes the title "Luelan li chler", one is tempted to correct as "Scolan li chler" or "Scolan the Clerk".

    A mysterious book
    Heinrich Cornelius Agrippa v. NettlesheimConcerning the mysterious book belonging to Yannick's mother, (which La Villemarqué first described as a "book of hours" in his 1839 "Notes", but not in the ensuing editions), here is an excerpt from the introduction to the "Sonioù Breiz-Izel" (Songs of Lower Brittany) by F-M Luzel and Anatole Le Braz:
    "...Priests and clerks were supposed to own magic books called Agrippas around Tréguier or Vifs in Cornouaille."
    A foot note gives additional information:
    "Our country folk (written in 1890) refer by the name "Agrippas" to treatises on occultism ascribed to Cornelius Agrippa of Nettesheim who lived in Cologne in 1481 and died in Grenoble in 1535... This book is endowed with a sort of diabolical personality. It can be constrained to revealing the secrets it harbours only once it has got a good hiding. It takes relentless efforts to tame it... All priests possess an Agrippa. They use it to determine which members of their flocks will be damned when they die... The book should be read backwards. It may happen that laymen be in possession of a copy of it. These people are much respected and feared, and they make their supernatural skills available against payment... In Cornouaille (Quimper district)...the book is called "Ar Vif" (the Living one), but it is exactly the same book of witchcraft, as awesome and uneasy to handle to whoever is devoid of know-how..."
    Yannick's mother being a magician, and not only a unnatural mother, would account for her curiosity about knowing things from the otherworld.
    However this view could only have replaced a former one, where the book was a book of piety. It was the case in the Welsh poem of Yscolan. This is confirmed by the "drowning of the book" being an episode in the story of Sweeney, the Irish Merlin, where the eponymous hero threw into a lake lSaint Ronan's psalter which was brought back to its owner, the next morning, by an otter.

    The "refrigerium", a place of refreshment that evolved into a place of expiation.
    Both the Welsh Yscolan and the Breton Scolan are coming from a place where they did atone for their sins.
    But the former's black colour is a token of mourning, whereas it is the mark of the burning ordeal undergone by the latter, as confirmed by the odour of singeing horn.
    The existence of a separate place where the dead await to be delivered from their sins is suggested in the Second Book of Maccab, 12, 43-45 (which Protestants, who do not accept the doctrine of Purgatory, exclude from their canonical Bible).
  • In the tale of Saint Perpetua's passion we read: "Vidit Dinocratem...refrigerantem" ( She saw Dinocrates, [her late younger brother], who was enjoying "refreshment" [thanks to her prayers]. The same word occurs in Psalm 65: "Transivimus per ignem et aquam et eduxisti nos in refrigerium" (We had walked through fire and water, but you allowed us to enter a place of refreshment). Old-Christian epitaphs and inscriptions in the Catacombs of Saint Callixtus in Rome mention a place of rest called "refrigerium". The souls enter it after the torments of life and remain there until their resurrection. The prayer for the dead after the Consecration in the Catholic mass (that can be traced back to the first centuries of our era) refers to it explicitly:
    "Memento etiam Domine, famulorum...qui dormiunt in somno pacis. Ipsis,...locum refrigerii,...ut indulgeas, deprecamur" (Lord, remember also your servants, who rest in the sleep of peace. Grant them, O Lord, we pray,... a place of refreshment).
  • But in Jacobus de Voragine's (1228-1298) "Golden Legend" this fresh place becomes a place of expiation and there is a mention of a soul imprisoned in ice, that may be freed only by thirty masses read for him. One of the seven illuminations adorning Guillaume de Digueville's (1295 - 1358) "Pilgrimage of the Soul" MS, represents a man bathing in ice cold water. It reminds of the gwerz Merlin in his cradle where the new-born Merlin speaks to ward off the curse called by his mother on his sire and to ask God He may save him from the well of icy hell (puñs an ifern yen). Maybe this is a revisited version of the "refrigerium" of old, as in the inscription engraved on La Martyre ossuary (1619), especially if we consider that "barn" refers to the "particular judgment" immediately following death:
    "An maro han barn han ifern ien pa ho soing den e tle crena. Fol eo na preder e esperet guelet ez eo ret decedi". (Of death, trial and cold hell, no one can think but they quiver. Foolish indeed is whoever doesn't ponder on inescapable death).

    The flames of Purgatory
    Livre d'Heures du Duc de Berry, le purgatoire (feu , eau et terre)However this "cool" version is by no means the most common view.
  • Saint Paul's First letter to the Corinthians teaches us that "Each man's work will be revealed in fire... If his work remains, they will be granted a reward."
  • Origenus (2nd century) had a simple view that was, later, considered heretical by Church: that of hell being everlasting for no one. Once they were purified by fire, all are due to go to Heaven (That's what a French songster of the sixties, Michel Polnareff, did sing!).
  • Then Gregory of Nyssa (4th century) mentions purification by the flames of Purgatory, before Saint Augustine (345-430) distinguished, in his writings, Lower Hell ("true" hell) and Upper Hell where "purgatory fire" burns away venial sins.
  • As may be assumed, no strictly geographical location was meant. But people who were no theologians rushed for help. Some like Jacobus de Voragine, thought that the dead could undergo purgation on the very places where they had sinned. Others located the Purgatory underneath the Etna ("The deeds of King Dagobert", 8th century), or under a lake in Donegal ("Treatise on Saint Patrick's Purgatory", 12th century), or in the Breton Bay of Souls (Procopius, 500-560 and Claudian, 370 - 408), etc... As a result, "accounts of trips in the other world" became a literary genre of its own that attracted authors like Bede (672-735, "Historia ecclesiastica gentis Anglorum") or Dante , then preachers like Saint Catherine of Genoa (1447- 1510), the Saint Vicar of Ars (1786-1859), or the Padre Pio (1887-1967).
  • The historian Jacques Le Goff (born in 1924) holds the view that the theological concept of "Purgatory" as a specific place arose between 1170 and 1180. The first pope to proclaim officially the existence of the purifying pyre had been Gregory the Great (540-590-604), but it was not until 1274 that the Second Council of Lyon acknowledged, not less officially, the topographical definition thereof.

    Yscolan's and Yannick Scolan's purgatories
  • The Welsh Yscolan was exposed for a duration of a hundred years to cruel gnawing worms on a sea wall at Bangor. This way of atoning on earth for one's sins recalls Gregory the Great's view of compulsory purifying held in his works written late in the sixth century. We may infer that the (Y)Scolan myth first appeared in Wales.
  • The Breton Yannick Scolan who comes from the flaming fire of Purgatory matches conceptions later than 1170. All the more so as his mother owns a "chapeled" (rosary). Now, the practice of rosary may be traced as far back as the 13th century, when it was spread by the White Friars (Dominicans).
  • At a certain period of time that was assessed to around 937 by La Borderie (in 1883), the tale crossed the Channel, when many Bretons who had sought refuge in Britain for fear of the Normans, returned, led by Alan Twisted-Beard. It ceased to spread in Wales. In Brittany it was widely circulated in several different versions.

    The version collected by Luzel
    In this particular instance, the version collected by Luzel is practically identical with the second part of the present song, "The Pardon to the Soul", but it is evidently incomplete: the second night visitor is ushered in, but he takes no part in the action By the end of the song Scolan's mother has not yet pardoned her son, though the little book had reappeared in her linen closet.

    Maurice Duhamel gathered two different tunes for the Luzel version of this "gwerz". However, the second one does not scan the lyrics accurately.
  • Iannik Scolan - Tune 1
  • Iannik Scolan - Tune 2
  • Line

    Les thèmes retenus dans différentes versions

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    Emgann Sant Kast Pardon Sant Fiakr