IV

Conversion de Merlin

Merlin's Conversion

Dialecte de Cornouaille

Île St Cado dans la rivière d'Etel

  • Première publication dans "La légende celtique en Irlande, Cambrie et en Bretagne" parue à Saint-Brieuc et Paris en 1859. En français, page 207 et en breton, page 313, sans les 4 premières strophes, sous le titre "Dialogue entre Saint Kadok et le Barde Merzin; chant populaire en langue bretonne".
    Puis, en entier, dans le Barzhaz, 3ème édition, en 1867.
  • Aucun de ces deux ouvrages ne cite la source de ce chant.
    "Il serait à désirer que [les chants relatifs à Merlin] qui existent dans la collection de M. de Penguern vissent aussi le jour; et vinssent avec les précieuses découvertes de Gabriel Milin (1822-1895, écrivain de langue bretonne) compléter le cycle poétique de l'Enchanteur breton" ("Notes" des 4 chants "Merlin" p.78 édition de 1867).
  • Ce chant ne figure pas dans les manuscrits de Keransquer.
  • On ne le trouve dans aucun autre recueil.
    Selon Luzel et Joseph Loth, cités (P. 389 de son "La Villemarqué") par Francis Gourvil qui se range à leur avis, ce chant mythologique ferait partie de la catégorie des chants inventés.
  • First published in "The Celtic legend in Ireland, Cambria and Brittany" in Saint-Brieuc and Paris, in 1859: French on page 207 and Breton on page 313, without the first four stanzas, titled "Colloquy between Saint Kadok and the Bard Merzin, a song in Breton language".
    Then in "Barzhaz Breizh, 3rd edition, 1867.
  • Neither of these two books reveals the source of this song.
    "It is desirable that the poems extant in the Penguern collection be also edited and published;
    So that they might, along with Gabriel Milin's (1822-1895, Breton language author) precious discoveries, complement the Breton cycle of Merlin poetry" (the "Notes" to the 4 Merlin poems, p.78 in the 1867 edition).
  • This song has no counterpart in the Keransker MSs.
  • The Barzhaz is the only collection where it is included.
    According to Luzel and Joseph Loth, quoted by Francis Gourvil (p. 389 of his "La Villemarqué"), this mythological song was "invented" by its alleged collector.

  • Ton
    (la majeur, se terminant sur la dominante mi)

    Français English
    1. Kado marchait dans la forêt,
    Agitant son grelot doré,

    2. Quand bondit une forme affreuse
    A la barbe grise et hideuse.

    3. Un fantôme dont les deux yeux
    Semblaient brûler comme du feu.

    4. Donc, ce jour-là, Kado, le Saint
    Rencontrait le Barde Merlin.

    5. -Au nom de Dieu, je te l'ordonne,
    Apprends-moi comment on te nomme.

    6.- Quand dans le monde je vivais,
    J'étais un barde, on m'honorait.

    7. Dès mon entrée dans les palais,
    Les gens en foule jubilaient.

    8. Sitôt que résonnait ma harpe,
    De l'or brillant tombait des arbres;

    9. Si les rois du pays m'aimaient;
    Les rois étrangers me craignaient;

    10. Les pauvres gens allaient disant :
    «Merlin, fais entendre ton chant.»

    11. Quant aux Bretons, ils me disaient:
    « Chante ce qui doit arriver.»

    12. Depuis que je vis dans les bois ;
    Nul ne m'honore plus, ma foi.

    13. Loups et sangliers, me voyant,
    Quand je passe, grincent des dents.

    14. Ma harpe est perdue pour jamais ;
    Les arbres suintant l'or, coupés.

    15. Les rois des Bretons sont tous morts,
    Les étrangers sont les plus forts.

    16. Les Bretons cessent d'accourir
    Vers moi pour savoir l'avenir.

    17. On m'appelle Merlin le Fou,
    On me chasse à coups de cailloux.

    18. - Revenez à Dieu, mon cher fou,
    A ce Dieu qui est mort pour vous.

    19. Ce Dieu de vous aura pitié.
    Qui s'y fie jouit de Sa paix.

    20. - En Lui j'ai mis ma confiance.
    Qu'Il accepte ma repentance!

    21. - Que te pardonnent par mes soins
    Le Père, le Fils, l'Esprit-Saint!

    22. - J'exulterai donc grâce à toi
    Pour l'Homme-Dieu, mon seul vrai Roi!

    23. Je glorifierai Sa bonté,
    Sans bornes pour l'éternité.

    24. - Pauvre Merlin, Dieu vous entende!
    Et que vous protègent ses anges!

    (Trad. Ch. Souchon (c) 2003)
    1. Kado strode through the deep, dark wood,
    And shook his bell under his hood.

    2. When a hideous shape came across
    With a beard as thick as the moss.

    3. With eyes that were full of fever
    And burning like boiling water.

    4. Kado, the Saint, had met, this day,
    Merlin, the Bard vanished away.

    5. - In God's name, I give you order,,
    To tell me who or what you are.-

    6.- Once I was a great bard in Gaul,
    I was acknowledged by all.

    7. When I entered a hall or den,
    I was soon cheered by all men.

    8. Whenever my harp set to ring,
    Bright gold to the branches would cling;

    9. The kings of the country loved me;
    The others feared an enemy;

    10. And the poor people used to say:
    « Sing, Merlin, sing, do not delay! »

    11. The Bretons claimed very often:
    « Sing, Merlin, what is to happen. »

    12. Now amidst the forest I dwell.
    To all that I have said farewell.

    13. Wolves and boars I cross on the heath,
    When I pass by, show me their teeth.

    14. My harp is lost. I am forlorn;
    And the gold oozing trees are shorn.

    15. Dead are the kings of Brittany,
    Alien kings impose tyranny.

    16. To me the Bretons say no more:
    «Sing of what future has in store. »

    17. They call me now "Merlin the Fool".
    They hurl stones at me, they are cruel.-

    18. - Come back to God, my dear, poor Fool,
    He died for you. Accept His rule.

    19. For this God will, aye, pity you.
    He gives peace to all those who rue.-

    20. - In Him I trusted and still trust,
    He will pardon me. He is just. -

    21. - I give you pardon on behalf
    Of Father, Son and Holy Ghost! -

    22. - I will exult and say "amen"
    To my King, true God and true Man!

    23. To praise His mercy I engage
    For ever and from age to age.

    24. - May God hear you, poor, dear Merlin !
    And His angels keep you from sin!

    (Transl. Ch. Souchon (c) 2003)


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    Saint Kado
    Saint Kado est l'un des 440 Saints de Bretagne qui accompagnaient les immigrants bretons au cours des 5ème et 6ème siècles de notre ère.
    Il est possible qu'en raison de sa situation excentrique, alors que le reste de la Gaule était déjà organisée en diocèses dirigés par des évêques, la religion chrétienne n'était pas encore fermement établie sur la péninsule Armoricaine dont les habitants étaient encore, au moins en partie, des païens. Plusieurs chants et textes bretons mettent en scène cette confrontation.
    Les nouveaux arrivants nommèrent les paroisses et les monastères qu'ils fondaient d'après leurs chefs religieux, n'hésitant pas à en faire des saints qui, pour la plupart ne sont pas reconnus par Rome.
    De là une similarité des noms de lieu en Galles, en Cornouailles et en Bretagne: ex. D'après St Kollen: gall. "Llangollen", bret. "Langollen" (lan= monastère).
    Dans son étude publiée en 1859, "La légende celtique en Irlande, Cambrie et en Bretagne", La Villemarqué a composé une "légende" autour d'un saint fameux pour chacun de ces trois pays: Saint Patrice (=Patrick), Saint Kadok et saint Hervé.
    A l'appui du texte consacré à Saint Kadok (ou Kado, ou Cado), il cite le chant ci-dessus.

    Autres récits de la conversion de Merlin
    Dans le chapitre IV des "notes" qu'il consacre à la "Conversion de Merlin" dans le Barzhaz de 1867, La Villemarqué indique que ladite conversion
    "a été chantée par les bardes chrétiens des clans gaéliques, gallois et armoricains...une chose que notre poète omet de dire c'est qu'il périt assassiné comme Orphée".
    Cette précision avait été apportée dans un autre ouvrage de La Villemarqué, la "Légende celtique en Irlande, Cambrie et en Bretagne", déjà cité, où le présent chant figure en français, page 207 et en breton, page 313, sans les 4 premières strophes, sous le titre "Dialogue entre Saint Kadok et le Barde Merzin; chant populaire en langue bretonne".
    Une triple tradition relative à la conversion de Merlin est également discutée dans l'ouvrage que La Villemarqué fit paraître en 1861-1862 sous le titre "Myrdhinn ou l'enchanteur Merlin":
  • Pour le Pays de Galles, il s'agit de Saint Colomban dont le dialogue avec Merlin, tel que La Villemarqué le rapporte, ressemble étrangement à celui de Yannick Scolan avec sa mère. Une note nous indique la source où a puisé l'auteur: par l'intermédiaire du Tome I de la "Myvyrian Archaeology", c'est le mystérieux dialogue gallois du Livre noir de Carmarthen (13ème siècle) qui est mis, ici aussi, à contribution. Sauf que dans le cas présent c'est, selon La Villemarqué, Saint Colomban qui est cet Iscolan paraîssant, vêtu de noir, sur un cheval noir et que ce n'est pas lui, mais son anonyme interlocuteur, qui s'accuse d'avoir brûlé l'église, volé les vaches et noyé le livre. La ponctuation rudimentaire du manuscrit rendrait cette présentation est presque plausible, n'était le fait qu'il n'est nulle part question de Merlin, ni de la forêt de Calédonie, mais du littoral de Bangor. Iscolan parle bien de lui-même comme d'un faible d'esprit, mais La Villemarqué, qui veut voir en lui un confesseur et non un pénitent, traduit dans ses notes annexées au chant "Yannick Scolan", la phrase: "uscawin i puill iscodic" par "le savant à l'esprit prompt", alors que, de source galloise, elle signifie: "dont le faible entendement est embrumé!"
  • Pour l'Ecosse, La Villemarqué s'appuie sur un manuscrit en latin conservé au British Museum, la Vie de Saint Kentigern (Vita S. Kentigerni) rédigée, nous dit-il, "par un clerc de l'église de Glasgow qui l'écrivit en l'année 1147, sous la dictée des fidèles de cette église et en se servant en même temps [...] d'anciens documents historiques". Ici encore le texte invoqué semble rebelle à la démonstration à laquelle on prétend le faire servir: c'est l'évêque Kentigern qu'un peuple stupide et borné (stultus et insipiens) disait né d'une vierge et d'un esprit. Il avait le don de prophétie et annonça à ses disciples l'invasion de la Grande Bretagne par des nations païennes. Un jour qu'il marchait dans les bois, il rencontra "un fou, nu et hirsute, un individu privé de toutes les bienfaits de la vie en société, quasiment une bête féroce" (quidam demens, nudus et hirsutus, ab omni solatio mundiali destitutus, quasi quoddam torvum furiale). A la demande de l'évêque, le sauvage se présente : "Je suis chrétien, bien que peu digne d'un si grand qualificatif. Jadis j'étais le devin de Vortigern, celui qu'on appelait Merlin. J'accomplis dans cette solitude ma cruelle destinée. Je suis cause de la mort de ceux qui tombèrent à la bataille livrée entre Lidel et Carvanolow...". Le malheureux, va se laver à une fontaine puis reçoit le saint Sacrement. Après avoir prédit sa propre mort dans l'année, ainsi que celle d'un roi, d'un évêque et d'un comte bretons, Merlin s'en va tout content.
  • Pour la Bretagne, la conversion de l'homme des bois est confiée à Saint Kado et la référence est le présent chant, d'origine inconnue, amputé de ses quatre premières strophes. La clochette est évoquée page 78 de l'essai: "Au bruit d'une clochette que le saint agite en traversant les bois, pour écarter à la fois les mauvais esprits(?) et les animaux dangereux, le vieux Merlin s'éveille et s'enfuit.
    Les "notes" annexées au cycle Merlin dans le Barzhaz de 1867, évoquent les "précieuses découvertes" de Gabriel Milin. Il s'agit de la communication de ce dernier à la revue "Gwerin,1" en 1856, puis au "Bulletin de la Société académique de Brest" en date du 31 janvier 1864 dans laquelle celui-ci reproduit le chant du Barzhaz Merlin au Berceau (déjà publié par La Villemarqué en 1858, 1861 et 1862 dans "Le Merveilleux au moven-âge: l'enchanteur Merlin", puis "Myrdhinn ou l'enchanteur Merlin"). Milin accompagnait ce texte d'une nouvelle version de Yannig Skolan", intitulée "Iann-es-Kolmwenn". Il y affirme que ce nom qui signifie "Jean né de la colombe blanche" était le nom de baptême de Merlin, rappelant son engendrement miraculeux, décrit dans "Merlin au Berceau". "Marzin était le nom donné à tout être merveilleux, un nom commun plus que patronymique" et "Taliesin prétendait avoir été 'Marzin' en tant qu'esprit". Pour obtenir le pardon de sa mère qui représente l'Eglise, Merlin-Iannik se fait accompagner de son saint patron, qui est, tout naturellement, Saint Colomban et non Saint Kado.
    La Villemarqué admet que le pénitent soit Merlin dans la ballade galloise, mais non dans la bretonne.

    La mystérieuse clochette
    Dans son "Myrdhinn", La Villemarqué ne donne pas de version irlandaise de la conversion de Merlin. Et pourtant, une raison plus logique de la présence de la clochette et du rôle qu'elle joua dans cette rencontre est donnée dans un document irlandais que, visiblement, La Villemarqué ne connaissait pas. Il s'agit de l'histoire de Suibhne, Sweeney, le "Myrddin irlandais", telle qu'elle nous est rapportée par des manuscrits datant au plus tôt de 1629 (deux d'entre eux sont conservés à la Royal Irish Academy à Dublin et le troisième à la Bibliothèque Royale de Bruxelles). On y voit Saint Ronan délimitant les emprises de l'église de Cell Luinne en agitant une clochette, accomplissant un rite que les Bretons appellent Troménie, à savoir la consécration d'un territoire entourant une église comme asile placé sous la protection de son saint patron.
    Il provoque ainsi la colère du roi de la région. Celui-ci, qui n'est autre que Sweeney, se précipite sur les lieux et, dans sa hâte, oublie de se vêtir. C'est alors qu'il commet une des fautes imputée ailleurs, comme on l'a vu, à Yannik Skolan: il noie le psautier de Ronan en le jetant dans un lac. Mais le lendemain une loutre qui vivait dans ce lac rapporta le psautier intact à son propriétaire, qui conforté par ce miracle, maudit Suibhne, le vouant à errer nu toute sa vie et à mourir frappé par une lance.
    Dans le prologue de "La Légende Celtique..." (1859, page V), il est bien question de la clochette d'un saint dont la troupe de théâtre d'un village breton célèbre les exploits prodigieux, mais il s'agit cette fois de Saint Patrick.
    Le nom de Sweeney, n'apparaît jamais, me semble-t-il, sous la plume de La Villemarqué. Non plus d'ailleurs que celui de son équivalent écossais, Lailoken qui désigne dans certains textes, le personnage sylvestre rencontré par Saint Kentigern.

    Merlin et Myrddin chez La Villemarqué
    En 1839 La Villemarqué commençait l'"argument" introductif de ses 2 poèmes sur Merlin par l'affirmation
    "Deux bardes ont porté le nom de Merlin: l'un eut pour mère une vestale et pour père selon Nennius [qui commence pourtant à le présenter comme né d'une vierge], un consul romain, et vécut au 5ème siècle sous le règne d'Emrys-Aurel. L'autre...nous apprend lui-même qu'ayant...tué involontairement son neveu à la bataille d'Arderyz [Arfderydd] où il portait le collier d'or [des princes],...il perdit la raison, s'exila du monde et se retira dans la vallée de Celydon (vers 577)." Cette conception était conforme à une des "triades galloises" de la peu fiable "Myvyrian Archaeology":
    "Trois principaux bardes de l'île de Bretagne, Merddin Emrys [=Merlin Ambroise], Merddin fils de Morvryn, Taliesin chef des bardes."
    Vingt-huit ans plus tard, quand il publie une nouvelle édition du Barzhaz enrichie de deux nouveaux chants sur le Merlin armoricain ,"Merlin au berceau" et la présente "Conversion", il corrige comme suit:
    "On a cru longtemps que deux bardes ont porté le nom de Merlin...Aujourd'hui les critiques s'accordent à voir dans ce personnage le héros unique d'une triple tradition où il apparaît comme un être mythologique, historique et légendaire. Qu'il me soit permis de renvoyer le lecteur, pour les preuves, au livre que j'ai écrit sous le titre de "Myrddin ou l'enchanteur Merlin, son histoire, ses œuvres, son influence". Le livre en question parut d'abord en 1858 sous le titre "Le merveilleux au moyen-âge", puis sous le titre indiqué ci-avant en 1861.

    Les conceptions les plus récentes (en 2011!)
    La conception actuelle du personnage est la suivante: il s'agit du poète et prophète gallois Myrddin qui a peut-être vécu au 6ème siècle. C'est le précurseur et le pendant de Merlin, un héros arthurien dont on doit l'ébauche au Gallois Geoffroy de Monmouth au 12ème siècle.
    Personnage de la cour du souverain gallois Genddoleu, Myrddin fut si traumatisé par la mort de son neveu dont il s'accuse et de son protecteur, lors de la bataille d'Arfderydd (573), qu'il s'enfuit dans la forêt de Calédonie (Ecosse) où il vécut parmi les bêtes sauvages, craignant d'être pris par Rhydderch Hael, l'adversaire de son ancien maître, pendant une cinquantaine d'année. A la fin de ses épreuves on le tenait pour un prophète.
    On lui attribue plusieurs poèmes divinatoires dont le plus emblématique est celui des pommiers "Afallenau" (cf. infra). Son exil et sa folie lui valurent l'épithète de "gwyllt" (cf. breton "gouez"= sauvage, fou). Il a un pendant dans les traditions irlandaise, Suibhne Geilt, Sweeney le Fou, et écossaise, Lailoken.
    Le plus ancien texte mentionnant Myrddhin est la "Prophétie de (Grande) Bretagne", Armes Prydain, qui date du 10ème siècle. On lui attribue 6 autres poèmes que l'on trouve disséminés dans 6 manuscrits, (outre la moderne "Archéologie de Galles de Myvyr") ou paraphrasés par Geoffroy de Monmouth dans sa "Vita Merlini". Dans l'un d'eux, noté dans le "Livre rouge de Hergest" datant de 1400, il dialogue avec un autre poète-prophète: Taliesin.

    "Merlinisation" d'Ambroise et "Arthurisation" de Merlin
    Dans la source principale qu'utilise Geoffroy de Monmouth, l'"Historia Brittonum" rédigée 3 siècles plus tôt par Nennius, l'enfant sans père que l'on présente à Vortigern, le malheureux constructeur de tour, s'appelait Ambroise. Dans son "Histoire des rois de Bretagne", Geoffroy l'appelle Merlin et se contente de signaler qu'il "s'appelait aussi Ambroise". Ce faisant, il opère la synthèse entre quatre thèmes repris par La Villemarqué:
  • le thème de l'enfant-né-d'une-vierge qui prophétise (Ambroise) qui deviendra le nouveau-né qui parle, que l'on retrouve dans "Merlin au berceau",
  • le thème du poète prophète au service du roi (Myrddin) que l'on retrouve dans "Merlin barde".
  • le thème du fou et de l'homme sauvage (Merlin) que Geoffroy avait décrit dans la "Vie de Merlin". Celui-ci devient dans la tradition orale bretonne l'homme-oiseau Merlin qu'on met en cage et dont La Villemarqué a fait "Merlin le devin".
  • Geoffroy nous montre Merlin au service, successivement, de Vortigern, puis de Pendragon, puis d'Uther Pendragon , puis du fils de ce dernier, Arthur. Il amorce ainsi une nouvelle métamorphose du personnage qui, sous la plume de Robert de Boron, assumera, dans la trilogie "Joseph-Merlin-Perceval" un rôle quasiment christique au service de la Table ronde et des chevaliers en quête du Saint Graal (des concepts qui sont à l'orthodoxie chrétienne, ce que le Canada Dry est à l'alcool). C'est cette christianisation de Merlin, en petite Bretagne, qui est évoquée dans la présente "Conversion de Merlin", un texte que son collecteur a, sans doute et comme à son habitude, remanié soigneusement.

    vers Saints BretonsPour en savoir plus sur les saints bretons
  • Saint Kado
    Saint Kado is one of the over 400 Saints of Brittany who came along with the Briton settlers in the 5th and 6th century AD.
    Due to its remote situation it is plausible that, while the rest of Gaul was already organized in dioceses led by bishops, the Christian faith was not yet firmly established in the Armorican Peninsula and that its inhabitants still were at least partly heathen.
    This song could be one of the many allegories of this confrontation.

    The newcomers named the parishes and monasteries they founded after their religious leaders, extolling them as saints whom the Church of Rome mostly ignore.
    Hence a similarity of place names in Wales, Cornwall and Brittany (ex: after St Kollen, Welsh: "Llangollen", Bret: "Langollen" lan=llan=monastery...)
    In his study "Celtic Legend in Ireland, Wales and Brittany", La Villemarqué composed a legend for each of the three countries: Saint Patrice (=Patrick), Saint Kadok, Saint Hervé.
    As an illustration of the text dedicated to Saint Kadok (or Kado, or Cado), he quotes the song above.

    Other narratives of Merlin's conversion
    In chapter IV of the "notes" concerning the "Conversion of Merlin" in the "Barzhaz" of 1867, La Villemarqué states that Merlin's conversion
    "was sung by Christian bards from Ireland, Wales and Brittany...but our bard omits to mention that his hero perished murdered like Orpheus".
    This precision was given in the aforesaid book by La Villemarqué, "Celtic Legend in Ireland, Wales and Brittany", where the present song is printed in French on page 207 and in Breton on page 313, without the first four stanzas under the heading "A dialogue between Saint Kadok and the Bard Merzin; a folk song in Breton language".

    A threefold tardition concerning Merlin's conversion is also addressed in the study published by La Villemarqué in 1861-1862, titled "Myrdhinn or the Enchanter Merlin":
  • In Wales the conversion is performed by Saint Columba (or Colm Cille, 521 - 597). His dialogue with Merlin, as worked out by La Villemarqué, is practically identical with the dialogue between Yannick Scolan and his mother. A note reveals that the common source for the two pieces is, via the 1st Part of the "Myvyrian Archaeology", the obscure 13th century Welsh dialogue in the Black Book of Carmathen. But in the present case, as La Villemarqué puts it, Saint Columba is Iscolan, the man clad in black riding on a black horse. Not he, but the nameless one he is speaking to, blames himself for having burnt the church, stolen the cows and drowned the book. The rudimentary punctuation in the ms would make this interpretation almost plausible, but for the fact that there is, in this text mentioning the straight of Bangor, no hint, whatsoever, at Merlin or the Caledonian Wood. Iscolan defines himself as a weak-minded man, but La Villemarqué who is bent on making of him a confessor and not a penitent, translates, in his notes to the song "Yannick Scolan", the phrase "uscawin i puill iscodic" as "the quick-minded scholar", whereas Welsh sources interpret it as "whose weak reason is clouded"!
  • The Scotland version is based on a Latin MS kept at the British Museum, The Life of Saint Kentigern (Vita S. Kentigerni), allegedly taken down "by a cleric of Glasgow Church, in the year 1147, from the dictation of his flock, while elaborating on old historic documents." Here again the text called upon seems to be reluctant to prop up a dubious demonstration: it is Bishop Kentigern whom a stupid and short-sighted (stultus and insipiens) populace considered as the child of a virgin and a sprite. He had a gift for soothsaying and had announced his adherents the invasion of Britain by heathen tribes. He was oncewalking in the woods and encountered a "naked, hairy madman, lacking all amenities life in society offers, practically a wild beast" (quidam demens, nudus et hirsutus, ab omni solatio mundiali destitutus, quasi quoddam torvum furiale). At the bishop's request, the wild man introduced himself: "I am a Christian, though unworthy of so dignified a title. In former times I was King Vortigern's soothsayer. I am serving in this godforsaken place my cruel punishment. I am the one who brought death to all those who fell at the battle fought between Lidel and Carvanolow..." The unfortunate man washed at a nearby source, then accepted the Holy sacrament. After he had foresaid his own death and the death of a king, a bishop and an earl of Brittany before the end of the year, Merlin resumed his walk and he was satisfied.
  • As for Brittany, it is Saint Kado who is credited with the conversion of the "wylde man" and this is documented in La Villemarqué's pamphlet by the present song, whose origin is not ascertained, reduced by its first four stanzas. The bell is mentioned on page 78 of the essay: "On hearing the ring of the bell that the saint was swinging while walking through the woods, to scare away bad spirits (?) and wild beasts, old Merlin woke up and took to flight.
    The "notes" appended to the "Merlin" cycle in the Barzhaz issue of 1867, mention Gabriel Milin's "precious discoveries". It is a hint at the latter's contribution to the review "Gwerin,1" in 1856, then to the "Bulletin de la Société académique de Brest" dated 31st January 1864, including the Barzhaz song Merlin in His Cradle (already published by La Villemarqué in 1858, 1861 and 1862 in "The supernatural in Middle Ages: Enchanter Merlin", then in "Myrdhinn or Enchanter Merlin"). Milin attached this text to a new version of Yannig Skolan", titled "Iann-es-Kolmwenn". He maintained that this name, meaning "John born of the White Dove", was Merlin's Christian name, recalling his miraculous begetting as recounted in "Merlin in his Cradle". "Marzhin was the name given to any supernatural being, more a common noun than a patronymic name" and "Taliesin claimed to have been 'Marzhin' when he was a spirit". To gain the pardon of his mother who represents the Church, Marzhin-Iannik is escorted by his holy patron, who is, in accordance with his name, Saint Colomban, not Saint Kado.
    La Villemarqué admits that the penitent might be Merlin in the Welsh ballad, but not in the Breton gwerz.

    The mysterious bell
    In his "Myrdhinn", La Villemarqué omits the Irish version of the conversion tale. And yet, a far more logical explanation for this curious contraption and the part it played in the story is given in an Irish document that the author evidently didn't know. It is the tale of Suibhne, Sweeney, the "Irish Myrddin", as told in manuscripts dating at the earliest from 1629 (two of them are kept at the Royal Irish Academy in Dublin and the third at the Royal Library in Brussels). It shows us Saint Ronan marking out a church named Cell Luinne, by swinging a bell. He was, thus, performing what the Bretons call a Troménie, i.e. solemnly consecrating the precincts of the church where immunity was granted on behalf of its patron saint. This aroused the ire of the local king, Suibhne, (Sweeney), who "set out stark-naked to drive the cleric from the church". Then he committed an offence ascribed by other tales to Yannik Skolan: he took up Ronan's psalter and cast it into the nearby lake, so that it was drowned therein. But on the next morning, an otter that was in the lake came to Ronan with the psalter, "and neither line nor letter of it was injured". Comforted by this miracle, Ronan cursed Suibhne, that he might ever be, naked, wandering and flying throughout the world until death from a spear-point would carry him off.
    In the prologue to the "Celtic Legend in Ireland, Wales and Brittany" (1859), page V, mention is made of a bell swung by a holly man, in a theatre play performed in a Breton village to celebrate his wonderful deeds, but his name is Saint Patrick (Sant Padrig) of Ireland.
    The name Sweeney never appears, I take it, in La Villemarqué's writings.
    Nor does the name of his Scottish counterpart, Lailoken, as the sylvan man is called in some narratives of his encounter with Saint Kentigern.

    Merlin and Myrddin in La Villemarqué's poems
    In 1839 La Villemarqué Introduced his two poems on Merlin with an "argument" where he stated:
    "Two bards were known by the name 'Merlin": one was a vestal's son and his father was, so says Nennius [who at first considered him born by a virgin], a Roman consul. Ha lived in the 5th century, in the reign of Emrys-Aurel. The other... informs us that...having killed by accident the son of his sister at the battle of Arderyz [Arfderydd], where he wore a golden necklace [one of a prince's insignia]... he went mad, withdraw from the world and lived henceforth in Celydon valley (ca 577)." This conception was consistent with one of the "Welsh Triads" he found in the somewhat spurious "Myvyrian Archaeology":
    "Three main bards of the Isle of Britain, Merddin Emrys [Merlin Ambrose], Merddin son of Morvryn, Taliesin chief of bards".
    Twenty-eight years later, when he issued the third and last version of the Barzhaz enriched with two new Merlin songs, "Merlin in his Cradle" and the present "Merlin's Conversion", he amended his text as follows:
    "It was long assumed that two bards wore the name of Merlin...Nowadays critics agree to see in this figure the sole hero of a triple tradition who appears as a mythological, historical and legendary character. May I refer the reader for an explanation to my own book "Myrddin or Enchanter Merlin, his story, his works and his influence".
    The book he mentions was first published in 1858 as "The supernatural in Middle Ages", then, under the aforesaid title, in 1861.

    Most recent conceptions (in 2011!)
    The current view of the Merlin character is the following: He was the Welsh poet and prophet Myrddin who apparently lived in the 6th century. He was the predecessor as well as the counterpart of Merlin, the Arthurian figure, who was first sketched out by le Welsh writer Geoffrey of Monmouth in the 12th century.
    As a courtier of the Welsh ruler Gwenddoleu, Myrddin took part in the battle of Arfderydd (573) and was so profoundly shocked by the death of both his protector and his nephew, - he accuses himself of the latter wrongdoing - that he fled to the Scottish Caledonian Wood where he lived among wild animals for nearly fifty years, fearing to be captured by Rhydderch Hael, his former master's enemy. By the end of his sufferings he was considered a prophet.
    Several prophetic poems are ascribed to him, the most significant of which is the poem on the apple trees, "Afallenau" (see below). His exile and his lunacy earned him the epithet "gwyllt" (= Breton "gouez", wild, mad). He has a counterpart in the Irish tradition with Suibhne Geilt, Sweeney the Madman and in Scotland with Lailoken.
    The oldest text mentioning Myrddin is the Welsh "Prophecy of Britain", Armes Prydein Fawr, dating from the 10th century. Six other poems ascribed to him are interspersed in 6 MSs, (as well as in the modern "Myvyrian Archaeology of Wales"), or paraphrased by Geoffrey of Monmouth in his "Vita Merlini". In one of these pieces, included in the "Red Book of Hergest" (written in 1400), he converses with another prophet-poet Taliesin.

    "Merlinization" of Ambrose and "Arthurization" of Merlin
    In the main source used by Geoffrey of Monmouth, the "Historia Brittonum", composed three centuries earlier by Nennius, the fatherless boy whom his messengers bring to Vortigern, the unfortunate tower constructor, is named Ambrose. In his "History of the Kings of Britain" Geoffrey names him "Merlin" and adds "who was also known as Ambrose". Herewith he carries out the synthesis of four themes taken up by La Villemarqué:
  • The boy born to a virgin who is also a prophet (Ambrose) will be the speaking babe of "Merlin in his cradle".
  • The bard and prophet in the service of the king (Myrddin) whom is featuring in "Merlin the Bard".
  • The sylvan madman (Merlin) whom Geoffrey described in his "Life of Merlin". He becomes in the Breton oral tradition the bird-man Merlin who is locked up in a cage and appears in the Barzhaz as "Marzhin divinour", "Merlin the Seer".
  • Geoffrey shows us Merlin serving four kings in succession: Vortigern, Pendragon, Uther (-Pendragon) and his son, Arthur. This is the beginning of a new metamorphosis. In the three part romance by Robert de Boron, "Joseph-Merlin-Perceval", Merlin is imparted a nearly "Christic" role in new surroundings: the famed Round Table around which the knights in quest of the holy Grail congregate (these conceptions being to orthodox Christianity what "Canada Dry" is to alcohol). The Breton Merlin's Christianization is addressed in the present "Merlin's conversion", a text which its collector, did without any doubt thoroughly work out, as he was used to.

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    Yr Afalennau - An Avallened

    Les pommiers - The Apple Trees

    (Extraits du "Livre Noir de Carmarthen" - Excerpts from the "Black Book of Carmarthen")
    ...

    5. Pommier doux, tu t'élèves dans cette clairière,
    Me cachant à la vue des hommes de Rhydderch,
    Bien qu'autour de ton tronc leurs pas tassent la terre.
    Et leurs rangs indomptés affluent en quantités.
    Gwenddydd ne m'aime pas et répugne à me voir;
    Le plus puissant vassal de Rhydderch me déteste:

    J'ai dépouillé son fils; j'ai dépouillé sa fille.
    La mort emporte tout, mais ne m'appelle pas!
    Hors Gwenddoleu, nul prince dont j'aurai l'estime.
    Le plaisir me déserte et les femmes me fuient.
    Mon collier était d'or au combet d'Arfderydd.
    Mais je suis dédaigné de celle au teint de cygne.


    7. Pommier doux, paré de mille fleurs si suaves,
    A l'orée des forêts tu te tiens bien caché,
    Sais-tu ce que m'apprend cette aube qui se lève?
    Le plus puissant vassal s'irrite de mes mots,
    Deux fois en un seul jour, trois fois ou quatre même,.
    Hélas, Jésus, pourquoi ne suis-je mort avant
    Que le fils de Gwenddydd de ma main ne périsse?


    6. Pommier doux qui pousses sur la rive d'un fleuve,
    Quel intendant saurait cueillir tes fruits brillants.
    Tant que j'avais l'esprit en repos, sous tes branches
    Je menais une blanche fille aux traits princiers.
    Cinquante ans, hors-la-loi, la proie de la misère,
    Je vais de ci, de là, l'insensé vagabond;
    Adieu les beaux atours,
    les ménestrels, les pitres:
    A moi, faim et folie, compagnie des errants!
    Jamais plus je ne dors et je vis dans la crainte,
    De Gwenddoleu mon maître et ceux de mon pays.
    Aux bois de Celyddon j'ai connu la détresse:
    O, Seigneur des Armées(Cohortes), ouvre-moi ton séjour!

    ...

    Note:
    Ces trois strophes , selon le spécialiste de Myrddin, A.O.H. Jarman, sont les plus anciennes, celles autour desquelles la longue invocation des pommiers a été construite au cours du temps, par l'adjonction de prophéties.
    La folie de l'homme de la forêt qui n'a, comme St Antoine l'Egyptien en proie aux attaques des démons, qu'un petit cochon comme compagnon, est également racontée dans le poème "Yr Oinau": les salutations.
    Toute cette matière est reprise par Geoffroy de Monmouth en vers latins dans sa "Vita Merlini" (Vie de Merlin) rédigée à partir de 1148, treize ans après l'"Histoire des rois".
    ...

    5. Afallen peren atif in llanerch.
    Y hangert ae hargel rac riev ryderch.
    Amsathir inybon. maon ynychilch.
    Oet aelav vt vt dulloet diheueirch.
    Nu nym cari guendit ac nimeneirch.
    Oef kas gan gwassauc guaessaf rydirch.

    Ryrewineis y mab ae merch.
    Aghev aduc paup. pa rac nam kyueirch.
    A. guydi guendolev nep riev impeirch.
    Nym gogaun guarvy. nym goffvy gorterch.
    Ac igueith arywderit. oet eur. wygorthorch
    Kin buyf. aelav hetiv gan eiliv eleirch.


    7. Afallen peren. blodev essplit.
    Atiff in argel in argoydit.
    Chuetlev a giklev ir inechrev dit.
    Ryssorri guassauc guaessaf. meufit.
    Duywetih atheirgueith. pedeirguieth in un dit.
    Och iessu. na dyffv wynihenit.
    Kyn dyffod ar willave lleith mab guendit.


    6. Afallen peren atiff ar lan. afon.
    Iny llurv. ny lluit maer. arychlaer aeron.
    Trafu vm puyll. wastad. am buiad inibon.
    A. bun wen warius. vn weinus vanon
    Dec inlinet adev ugein iny gein anetwon
    It vif inymteith gan willeith agwillon.
    Guydi da diogan
    aditan kertorion.
    Nv nev nam guy. guall. gan wylleith a guyllon.
    Nv nev nachyscafe ergrinaf. wynragon.
    Vy argluit guendolev ambrorryv brodorion.
    Guydi porthi heint a hoed am cylch coed keliton.
    Buyf guas guinwydic. gan guledic gorchortion.

    ...

    Dans l'"argument" de Merlin de 1839, La Villemarqué traduit comme suit les passages en gras d'après la "Myvyrian", t.1, pp.151-153:
    " Je suis un sauvage en spectacle aux hommes. J'inspire l'horreur. Je n'ai point de vêtements... Personne ne m'honore plus. Les plaisirs fuient loin de moi. Les dames ne viennent point me visiter. Quoique je sois aujourd'hui dédaigné par celle qui est belle comme le cygne neigeux, au combet d'Arderyz j'ai porté le collier d'or... O Jésus! pourquoi n'ai-je pas péri le jour où j'ai eu le malheur de tuer de ma propre main le fils de Gwendiz ma soeur? Infortuné que je suis! Le fils de Gwendiz est mort, et c'est moi qui l'ai tué."
    Il cite aussi une strophe où l'insensé déplore la perte de 147 pommiers gardés par une fille nommée "Rosée, dont les dents avaient l'éclat de la rosée (Glizh he añv, glizh he dent)". Les princes, les chefs, les moines gloutons, et l'oisive et bavarde jeunesse venaient piller les pommes, pensant qu'elles leur feraient prédire les exploits de leurs rois.
    ...

    5. Sweet apple tree in the glade,
    The men of Rhydderch saw me not,
    Trodden is the earth round its base:
    These untamed crowds were so plenty.
    Gwendyyd no longer loves nor greets me
    I am hated by Rhydderch's strongest scion.

    I have despoiled both his son and daughter:
    Death visits them all - why not me?
    After Gwenddoleu no one shall honour me,
    No diversions attend me. No fair women visit me.
    Though at Arderydd (Arthuret) I wore a golden torque
    The swan-white woman despises me now.


    7. Sweet apple tree, with delicate blossom,
    Growing concealed, in the wind!
    At the tale was told to me
    That my words had offended the most powerful minister,
    Not once, not twice, but thrice in a single day.
    Christ! That my end has come
    Before the killing of Gwendydd's son was upon my hands!


    6. Sweet apple tree, growing by the river,
    Who will thrive on its wondrous fruit?
    When my reason was intact, I used to lie at its foot
    With a fair wanton maid, of slender form.
    Fifty years the plaything of lawless end
    I have wandered in gloom among spirits
    After great wealth,
    and gregarious minstrels,
    I have been here so long not even sprites
    Can lead me astray. I never sleep, but tremble at the thought
    Of my Lord Gwenddoleu, and my own native people.
    After enduring sickness and grief in the Forest of Celyddon
    May I be received into bliss by the Lord of Hosts.

    ...

    Note:
    These three stanzas, according to the best knower of the Myrddin verse cycle, A.O.H. Jarman, are the oldest stratum of the tradition based on this long invocation of the apple trees, by adjunction of prophecies.
    The lunacy of this sylvan man whose only companion, like in the story of the Egyptian Saint Anthony, who was the target of the demons' attack, is a little pig, is also recounted in the poem "Yr Oinau": "the Greetings".
    All this matter is dealt with by Geoffrey of Monmouth in his Latin verse "Vita Merlini" (Merlin's Life) begun in 1148, thirteen years after the "History of the Kings".




    Merlin the Bard  Lez-Breizh