Le Chevalier Lez-Breizh

Knight Lez-Breizh

Dialecte de Cornouaille

  • Première publication du "Chevalier du Roi" (partie III) en 1839 dans la première édition du Barzhaz.
    Puis, de l'ensemble du cycle, dans le Barzhaz, 2ème édition, en 1845.
    Toutefois,
    - le "Départ" (partie I) parut en traduction, dès 1842, dans les "Contes populaires des anciens Bretons" de La Villemarqué, et
    - le "Retour" (partie II), également en traduction, en 1843, dans la "Revue de l'Armorique".
  • Dans le premier Barzhaz, celui de 1839, Lez-Breizh est un héros du bas moyen âge, défenseur de la patrie bretonne non encore identifié. Certains, nous apprend l'"Argument", page 201, le confondent avec Jean de Lannion, seigneur des Aubrays, mais, ajoute La Villemarqué, cela n'est guère possible, car la Bretagne décrite dans ce chant était indépendante, ce qui en situe l'action avant la fin du XVIème siècle. Le nom était apparu sous la plume du jeune barde dès 1836, sous la forme "Lesambreiz", dans un article intitulé "Un débris du Bardisme". En 1839, seul le poème "Le chevalier du roi" (III) est publié sous le titre "Lez-Breizh, Chant national des Bretons" ("Lez-Breizh, Barzhoneg ar Vretoned"). Il ne contient aucune indication d'origine et la mère de La Villemarqué notait dans la Table A: "Les Breis: donné par je ne sais qui".
    Mais les "notes et éclaircissements", page 214, signalent l'existence d'autres poèmes du même cycle:
    - "Le Maure du roi" (IV) et
    - "L'ermite" (VI): nous apprenons que, devenu vieux, le héros se retira, auprès d'un vieil ermite, dans une grotte du bois du Rusquec, à l'extrémité de la paroisse de Loqueffret en Haute Cornouaille. Il y faisait pénitence et opérait même des miracles. "On" a montré à La Villemarqué, "une grotte en ruine qui passe pour avoir été l'ermitage des deux solitaires". Le même "on" lui assura qu'il existait une ballade racontant la rencontre du moine et du page de Lez-Breizh, après un combat mais "on" n'a pu la lui chanter.
    Ces deux ballades apparaîtront dans l'édition de 1845.

    Avant que ne paraisse la seconde édition du Barzhaz (1845), l'auteur a fait une découverte. On lit dans le tome II de ses "Contes Populaires" (pp. 262-265), publiés en 1842, qu'"Une aventure semblable [à celles de Pérédur et Perceval] est attribuée par les poètes populaires armoricains au chef breton Morvan, surnommé Lez-Breiz (soutien de la Bretagne) qui vivait au IXéme siècle et a vaillamment défendu contre Louis le Débonnaire l'indépendance de son pays." Suit la traduction du "Départ" (I) dont il va être question, ainsi que de longs extraits modernisés du "Perceval" de Chrétien de Troyes, qui affirme-t-il avec aplomb "reproduit [quelques traits piquants de la ballade bretonne] presque littéralement: il a seulement le tort de leur ôter de leur grâce en les délayant et parfois de leur naturel en les exagérant".

    Dans le le Barzahz de 1845, il propose désormais un long poème en six parties, dont la première, qu'il intitule "Le départ" (I), aurait été adaptée et affadie, par manque d'enracinement local de la légende, par l'auteur gallois de Peredur au XIème siècle, dans les Mabinogion nouvellement traduits par Lady Charlotte Guest (l'attaque est la meilleure des défenses), puis plagiée dans le Perceval de Chrétien de Troyes un siècle plus tard!
    . Il recommence sa "démonstration" en s'en prenant, cette fois à la scène de la reconnaissance du frère et de la sœur, chez Chrétien de Troyes (en réalité Wauchier de Denain), qu'il met en parallèle avec son propre texte, intitulée "Le retour" (II).
    Les esprits méfiants verront dans "Peredur" et dans le "Perceval" de Chrétien de Troyes les sources principales du "Départ"(I) et du "Retour"(II).
    Dans l'édition de 1845, nous apprenons enfin le nom du guide de Loqueffret: "Ce fragment (III) et quelques vers des autres [chants] me furent chantés, pour la première fois, par une vieille femme, appelée Marie Koateffer, qui habite au milieu du bois du Rusquec, dans la paroisse de Loqueffret.
    J’ai complété le poème au moyen de différentes versions dont je suis redevable à M. Victor Villiers de l’Isle-Adam, à M. de Penguern, à une paysanne de la paroisse de Trégourez, nommée Naïk de Follezou (Follezou est le nom d'un hameau de Trégourez), et à plusieurs autres habitants des montagnes d’Arrée."
    Notons que dans la postface des "Contes populaires des anciens Bretons", p.316, 1842, il est question d'"un mendiant de Kergloff, près de Carhaix, en Basse Cornouaille."
    On peut retrouver la trace de Marie Koateffer: elle est nommée Marie Goadeffroy, fille de Jean et d'isabelle Kerever, lors de son baptême à Poullaouen en 1752, Marie Godefroy sur son acte de mariage avec Jean Tanguy en 1778 et Marie Goadeffen lors de son décès, le 29 avril 1842.
    Enfin dans les "notes" de l'édition de 1867, La Villemarqué indique que "Le chevalier du roi" (III) [lui] fut également appris "par une jeune et charmante femme, madame la comtesse de Cillart."
    Parmi ses sources, il cite également Pol de Courcy, qui voyait en Lez-Breizh, le "Les Aubrays" évoqué dans le Barzhaz de 1839, mais passé sous silence dans celui de 1845.

    Si le "Départ" (I) se chante dans les Monts d'Arrée (Marie Koateffer), le "Retour" (II), ainsi que la légende de la mort en deux poèmes, "Le roi" (V) et "L'ermite" (VI) se chantent en Plévin (près de Carhaix), chants "authentifiés" par la citation in extenso qu'en fait Augustin Thierry dans ses "Dix ans d'études historiques", les deux autres chants seraient imputables aux bardes du Goëlo qui se seraient appropriés les exploits de Morvan au profit de leur héros local "Les Aubrais".
    C'est donc dans cette région que "Le chevalier du roi" (III) et "Le Maure du roi" (IV) sont le plus chantés.
  • Dans les cahiers de Keransquer, selon des indications fournies par Mme Eva Guilloret dans sa thèse "Plainte et complainte", Lez-Breizh figure dans le 2ème carnet, aux pages 52 à 55, ainsi que 2 variantes dans le même carnet (pp. 217-218) et une troisième à la page 56 du carnet n°3 . Toutes ces versions sont repérées 0047 dans la classification de Patrick Malrieu qui correspond au thème "Lezobre ha morian ar roue / Les Aubrays et le maure du roi".
    Dans le premier carnet, le chant Les fils Euret présente plusieurs passages qui rappellent le "Maure du roi".
    De même, p. 61 du même carnet on trouve un chant intitulé "Pennherez Koatelez" qui raconte les retrouvailles d'un frère et d'une sœur.
  • Les chants "Le chevalier du roi" (III) et le "Maure du roi" (IV), combinés en un seul poème, ont été publiés par Luzel sous trois versions différentes dont les incipits sont: "Tre Koat-ar-Skevel ha Lezobre" , "Koad-ar-Stern ha Lezobre" et "Etre Koat-ar-Skin ha Lezobre", pages 287, 291 et 297 des "Gwerzioù", tome 1, 1867, sous le titre "Les Aubrais" [et le More du roi]).
    Deux autres versions, non recueillies par lui figurent dans le tome 2 des "Gwerzioù", paru en 1874. Elles sont intitulées respectivement "Le géant Lizandré" (p. 565) et "Le géant Les Aubrays" (P.573) C'est également sous le titre "Lezobre" qu'on les trouve, sous trois versions différentes, commençant toutes par "Etre Koat-ar-Skin ha Lezobre", dans le tome 91 des manuscrits de Penguern.

    Selon Luzel et Joseph Loth, cités (P. 389 de son "La Villemarqué") par Francis Gourvil qui se range à leur avis, hormis les parties III et IV ("Le chevalier du roi" et le "Maure du roi" qui sont des chants authentiques outrageusement arrangés), ce chant mythologique ferait partie de la catégorie des chants inventés.
  • First publication of the "King's knight" (part III) in 1839 in the first edition of "Barzhaz".
    Then of the whole cycle, in "Barzhaz", 2nd Edition, in 1845.
    However,
    - the "Departure" (part I) was published in translation, as early as 1842, in "Contes populaires des anciens Bretons" by La Villemarqué, and
    - the "Return" (part II) appeared, also in translation, in 1843, in "Revue de l'Armorique".
  • In the first edition of the "Barzhaz", 1839, Lez-Breizh is a late Middle Ages hero, a still not identified champion of the Breton nation. If many mistake him, as stated on page 201 of the "Argument", for Jean de Lannion, Lord Les Aubrays, this, in La Villemarqué's opinion, is hardly sustainable, since Brittany, as it is described in the song, is an independent country, which dates the episode to the end of the 16th century at the earliest. The name first appears in La Villemarqué's writings in 1836, as "Lesambreiz", in an article titled "A fragment from Druidic poetry". The only poem published in the 1839 Barzhaz is "The King's knight" (III), titled "Lez-Breizh, a Breton anthem" ("Lez-Breizh, Barzhoneg ar Vretoned"). No information is provided, as to its origin, and La Villemarqué's mother entered in Table A: "Les Breis: contributed by an unknown person". But the "Notes and explanations" of the same edition, p.214, hint at two additional poems:
    - The "King's Blackamoor" (IV) and,
    - The "Hermit" (VI). we read that, in his old days, the hero withdrew from society to live with an old monk in a cave, in the Rusquec wood pertaining to the parish Loqueffret in Upper Cornouaille. There he lived in penitence and even did miracles. "Someone" showed La Villemarqué "a ruined grotto considered as the dwelling of the two hermits". The same "somebody" told him of a ballad recounting Lez-Breizh's encounter with the monk after a fight, but could not sing it to him.
    These two ballads were to appear in the second 1845 edition.

    Previously to the 2nd edition of the Barzhaz (1845), the author had made a capital "discovery". We read in Book II of his "Folk tales" (pp. 262-265), published in 1842: "A similar [to that experienced by Peredur and Perceval] adventure is ascribed by Breton bards to Breton Chief Morvan, alias Lez-Breizh (the support of Brittany) who lived in the 9th century and gallantly fought for his homeland's independence against the French king Louis the Pious". Follows the translation of the "Departure (I), addressed hereafter, along with long modernized excerpts from "Perceval" by Chrétien de Troyes. The latter, so he states with audacity, records almost literally some outstanding features of the Breton ballad, but unfortunately deprives them of their charm by dragging them out, or of their naturalness by exaggerating them."

    In the 1845 Barzhaz, the ballad has grown to be a long poem in six parts, the first of which, titled "The departure" (I), is allegedly found, as a dull adaptation, due to its lack of local rooting interest, in the Welsh 11th poem Peredur, included in the Mabinogion, a MS collection, newly translated by Lady Charlotte Guest (attack is the best defence), before it was plagiarized in Chrestien de Troyes' Perceval, a century later!
    La Villemarqué resumes his "demonstration" with an attack against the recognition scene between brother and sister, as handled by Chrestien (in fact, Wauchier de Denain), which he compares with his own text, part II, titled "The Return".
    Distrustful critics will see in Peredur and in Chrestien's Perceval the main sources for the "Departure" (I) and the "Return" (II).
    The 1845 edition informs us, moreover, of the name of the mysterious Loqueffret guide: "This fragment and a few verses of the other [songs] were sung to me, for the first time, by an old woman named Marie Koateffer, who lives in the middle of the wood of Rusquec, in the parish Loqueffret.
    I completed the poem by collating it with different versions contributed by M. Victor Villiers de l’Isle-Adam, by M.de Penguern, by songs I learnt from the singing of a country woman of the parish Trégourez, named Naïk de Follezou (Follezou is a hamlet in the same parish), and of several dwellers of the Mounts of Arrée."

    Be it noticed that the postface to the "Breton folk tales of old" p. 316, 1842, mentions, furthermore, a beggar from Kergloff, near Carhaix in Lower Cornouaille."
    The existence of Marie Koateffer is ascertained: she was named Marie Goadeffroy, daughter of Jean and isabelle Kerever, in the Poullaouen register of baptisms, in 1752; Marie Godefroy, when she married Jean Tanguy in 1778; and Marie Goadeffen, when she died, on 29th April 1842.
    In his "notes" to this song in the 1867 edition, La Villemarqué states that a version of "The King's knight" (III) was also contributed "by a charming young lady, the Countess de Cillart."
    Among his sources he also quotes Pol de Courcy who considered that Lez-Breizh was the "Les Aubrays" already mentioned in 1839, but ignored in the 1845 edition.

    If the "Departure" (I) is sung in the Arrée Mounts (Marie Koateffer), the "Return" (II), as well as the lament in two parts for Lez-Breizh's death, "The King" (V) and "The Hermit" (VI) are sung, so he writes, in the Plevin (near Carhaix) area. The latter songs are authenticated by Augustin Thierry who quoted them in full in his "Ten years' historical studies". The other two songs, "The King's knight" (III) and "The King's Blackamoor" (IV) must be ascribed to bards of the Goelo (Lannion) area, who have vested their local hero, "Les Aubrays", with the feats of Morvan.
    Goelo is therefore the region where these two songs are most widely spread.
  • In the Keransquer archives, as stated by Mme Eva Guilloret in her doctoral thesis "Lament and complaint", Lez-Breizh songs are found in the 2nd collecting book, from pages 52 to 55, with 2 variants in the same book (pp. 217-218) and a third version on page 56 of the third book. All these variants are tagged 0047 in the Patrick Malrieu classification as equivalent to the song "Lezobre ha morian ar roue / Les Aubrays and the King's Blackamoor".
    In the first copybook, the song The sons of Euret has a few passages that remind of "The King's Blackamoor".
    Included in La Villemarqué's first collecting book, on page 61, is a song titled in pencil "Pennherez Koatelez". The topic is the reunion of a brother and a sister after a long separation.
  • The songs "The King's Knight" and "The King's Blackamoor", combined to one poem, were published by Luzel in three different versions whose incipits are respectively: "Tre Koat-ar-Skevel ha Lezobre" , "Koad-ar-Stern ha Lezobre" and "Etre Koat-ar-Skin ha Lezobre", on pages 287, 291 and 297 of the "Gwerzioù", book 1, 1867, under the title "Les Aubrais" [and the King's Blackamoor].
    Two other versions, which were not collected by him are included in the 2nd book of the "Gwerzioù", published in 1874. They are title respectively "The Giant Lizandré" (p. 565) and "The Giant Les Aubrays" (P.573) Under the title "Lezobre" we find three different versions, all of them beginning with "Etre Koat-ar-Skin ha Lezobre", in the Book 91 of the de Penguern MSs.

    According to Luzel and Joseph Loth, quoted by Francis Gourvil (p. 389 of his "La Villemarqué"), this mythological song was "invented" by its alleged collector, except its parts III and IV, "The King's Knight" and "The King's Backamoor", two genuine folk songs that were excessively reshaped by their editor.

  • Mélodie 1
    Mélodie 1
    (Sol majeur)

    Français English
    I LE DEPART


    1. Chez sa mère, un jour, Lez-Breizh enfant
    Fut saisi d'un grand étonnement:

    2. Dans le bois s'avance un chevalier,
    En armure, de la tête aux pieds.

    3. Et l'enfant que ce spectacle étonne
    Le prend pour Saint Michel en personne:

    4. Il se jette à genoux. Le voilà
    Qui fait vite le signe de croix!

    5. - Ne me faites, seigneur Saint Michel,
    Point violence pour l'amour du Ciel!

    6. - Je ne suis pas cet archange saint,
    Non plus qu'un bandit de grand chemin.

    7. Non pas saint Michel, en vérité
    Mais un chevalier ordonné.

    8. - De chevaliers, je n'en ai jamais
    Ni vu, ni même entendu parler.

    9. - Les chevaliers sont tous comme moi.
    Suis-je donc le premier que tu vois?

    10. - Répondez d'abord: Qu'est donc ceci?
    A quoi, dites-moi, cela sert-il?

    11. - Je blesse avec cela qui je veux:
    C'est ce que l'on appelle un épieu.

    12. - J'ai bien mieux: j'ai mon bâton ferré
    Qu'on n'affronte point sans trépasser.

    13. Et ce plat de cuivre à votre bras.
    A quoi vous sert-il, dites-le moi?

    14. - Non pas un plat de cuivre, vois-tu,
    Mais ce que l'on appelle un écu.

    15. - Seigneur chevalier, ne raillez pas
    Des écus (1), j'en vis plus d'une fois.

    16. Un écu tiendrait dans votre main.
    Le votre clorait un four à pain.

    17. Quel genre d'habit portez-vous donc?
    Il me semble plus lourd que le plomb!

    18. - Cette cuirasse en fer me protège
    Des coups d'épée de mon adversaire.

    19. - Si les cerfs étaient enharnachés
    Ainsi, nul ne pourrait les tuer.

    20. Mais quant à vous, seigneur, dites-moi,
    Etes-vous donc né comme cela? -

    21. Le vieux chevalier en l'entendant
    Partit d'un rire tonitruant.

    22. - Qui diable vous a donc équipé,
    Dès lors qu'ainsi vous n'êtes point né?

    23. - Celui qui de le faire a le droit,
    Cher enfant, c'est lui qui fit cela.

    24. - Mais qui donc a le droit de le faire?
    - Nul, hormis le Comte de Quimper.

    25. A toi de me répondre à présent:
    As- tu vu quelqu'un me ressemblant?

    26. - Un homme comme vous par ici
    S'en vint. Il a pris ce chemin-ci. -

    II
    27. L'enfant rentra, courant comme un fou.
    Sa mère le prit sur ses genoux.

    28. - Si vous saviez, ma mère chérie,
    Ce que je viens de voir aujourd'hui.

    29. Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau
    Que ce que je viens de voir tantôt:

    30. Un homme plus beau que saint Michel
    L'archange au vitrail près de l'autel!

    31. - Il n'est point d'homme plus beau pourtant
    Que les anges de Dieu, mon enfant.

    32. - Pardonnez-moi, ma mère on en voit.
    Ils s'appellent chevaliers, je crois.

    33. Les suivre, voilà ce que je veux
    Et devenir chevalier comme eux. -

    34. La pauvre dame entendant cela,
    Sans connaissance tomba trois fois.

    35. L'enfant Lez-Breizh, sans se retourner,
    Vers l'écurie s'est précipité.

    36. Il y trouve un bien méchant cheval,
    Monte sur le dos de l'animal,

    37. Et part s'enquérir du chevalier,
    Sans songer même à prendre congé.

    38. Il quitte pour Quimper son château
    Rechercher ce chevalier si beau.

    Note:
    [1] La Villemarqué traduit "gwennek" par "blanc" (ici "écu"). Il précise
    que le mot n'étant apparu qu'en 1350, "il s'agit peut-être de la monnaie
    appelée "keintoc" dans les lois galloises du dixième siècle".

    [2] En cliquant sur les cases "+", on affiche le passage du "Perceval" de
    Chrétien de Troyes
    correspondant à la strophe considérée (case "-":effacer)



    II LE RETOUR

    39. Quand le chevalier Lez-Breizh revint
    Au manoir, il eut bien du chagrin.

    40. Les dix ans qui s'étaient écoulés
    En avaient fait un fameux guerrier.

    41. Le chevalier Lez-Breizh fut surpris
    En entrant dans la cour du logis:

    42. Orties et ronces à profusion
    Jusque sur le seuil de la maison,

    43. Et les murs effondrés à moitié
    Que le lierre achève de cacher.

    44. Au sieur Lez-Breizh qui veut s'introduire
    Une vieille aveugle vient ouvrir.

    45. - O Grand'mère, trouverai-je ici
    L'hospitalité pour une nuit?

    46. - L'hospitalité, bien volontiers,
    Oui, mais en toute simplicité.

    47. Ici tout part à vau-l'eau depuis
    Qu'un caprice a fait partir le fils. -

    48. A peine avait-elle terminé
    Qu'une demoiselle est arrivée.

    49. Et lorsqu'elle le voit, aussitôt,
    La jeune fille éclate en sanglots.

    50. - Dites-moi, demoiselle, pourquoi
    Devrait-on pleurer lorsqu'on me voit?

    51. - Volontiers je vous dirai, seigneur
    Chevalier, la cause de mes pleurs:

    52. Mon frère du même âge que vous
    Partit, il y a dix ans de chez nous.

    53. Pour mener la vie de chevalier.
    Lorsque j'en vois un, je dois pleurer.

    54. Oui, la malheureuse que je suis
    Pleure aussitôt en pensant à lui.

    55. - D'autre frère n'en avez-vous pas?
    Ni de mère, enfant, dites-le moi.

    56. - D'autre frère? Non, point ici-bas.
    Au ciel j'en ai pourtant, croyez-moi.

    57. Ma mère y est. Si bien que ce toit
    N'abrite que ma nourrice et moi.

    58. Notre mère est morte de chagrin
    Quand mon frère s'en fut, je crois bien.

    59. Près de la porte, voyez son lit!
    Et son fauteuil près de l'âtre aussi.

    60. J'ai sa croix bénite sur mon coeur
    Pour le consoler de ses malheurs. -

    61. Le seigneur Lez-Breizh alors se prit
    A gémir, si bien qu'elle s'enquit:

    62. - Votre mère, est-elle morte aussi,
    Que je vous fasse pleurer ainsi?

    63. - Oui, ma mère aussi s'en est allée.
    Et c'est moi-même qui l'ai tuée!

    64. - Juste ciel, si vous fîtes cela,
    Qui donc êtes-vous? Dites-le moi.

    65. - Morvan, fils de Konan est mon nom,
    Ma sœur, et Lez-Breizh est mon surnom. -

    66. Un instant la pauvre demeura
    Interdite, immobile et sans voix.

    67. Au point même qu'elle crut d'abord
    Qu'elle était sur le seuil de la mort.

    68. Jusqu'à ce qu'il passa ses deux bras
    Autour de son cou et l'embrassa.

    69. Sur la bouche et qu'elle l'étreignit
    Et de ses pleurs elle le couvrit.

    70. - Dieu qui t'avait éloigné de moi
    T'as ramené vers moi, cette fois!

    71. Mon frère que ce Dieu soit loué
    Qui de mon chagrin a pris pitié. -

    Note:
    [1] En cliquant sur les cases "+", on affiche le passage du "Cont. Perceval"
    de Wauchier
    correspondant à la strophe considérée (case "-":effacer)




    III LE CHEVALIER DU ROI [1]
    Traduction d'Auguste Briseux
    (Vers de 10 pieds)

    I
    72. Entre deux seigneurs, un Frank [2], un Breton,
    S'apprête un combat, combat de renom.

    73. Du pays breton Lez-Breizh est l'appui,
    Que Dieu le soutienne et marche avec lui! -

    74. Le seigneur Lez-Breizh, le bon chevalier,
    Eveille un matin son jeune écuyer:

    75. - Page, éveille-toi, car le ciel est clair;
    Page, apprête-moi mon casque de fer.

    76. - Ma lance d'acier, il faut la fourbir,
    Dans le corps des Franks je veux la rougir.

    77.
    Avec l'aide de Dieu, mes deux bras
    Les brandiront encore une fois!


    78. - Maître, vous avez mon coeur et ma foi.
    A cette rencontre irez-vous sans moi?

    79. - Que dirait ta mère, enfant sans raison,
    Si je revenais seul vers sa maison?

    80. Si ton corps restait au milieu des morts,
    Ta mère viendrait mourir sur ton corps.

    81. - Maître, au nom du Ciel, maître, parlez bas,
    Et marchons tous deux à vos grands combats.

    82. Moi, des guerriers franks, je n'ai nulle peur:
    Dur est mon acier et dur est mon coeur.

    83. Et quand même cela déplairait,
    Où vous irez, moi-même j'irai

    84. Maître où vous irez, avec vous j'irai.
    Où vous combattrez, moi je combattrai. -

    II
    85. Le seigneur Lez-Breizh, des Bretons l'appui,
    Allait au combat, son page avec lui.

    86. Passant à l'Armor, tout près du saint lieu,
    Il voulut entrer et prier un peu:

    87. - Quand je vins chez vous, sainte Anne d'Armor,
    La première fois, j'étais jeune encor.

    88. Avais-je vingt ans? Je ne le crois pas.
    Pourtant j'avais vu plus de vingt combats,

    89. Combats où mon bras fit bien son devoir,
    Mais gagnés surtout par votre pouvoir.

    90. Si dans mon pays sans mal je reviens,
    Mère, vous aurez part dans tous mes biens.

    91. Un cordon de cire épais de trois doigts [3]
    Autour de vos murs tournera trois fois.

    92. Dame, vous aurez, pour prix de mes jours,
    Robe de brocart, manteau de velours.

    93. Vous aurez aussi bannière en satin
    Avec un support d'ivoire et d'étain.

    94. Sept cloches d'argent sur votre beau front,
    Le jour et la nuit gaîment sonneront.

    95. Puis j'irai trois fois remplir à genoux
    Votre bénitier: Mère, entendez-vous?

    96. - Chevalier Lez-Breizh, va combattre, va!
    Ton rival est fort, mais je serai là. -

    III
    97. - J'aperçois Lez-Breizh, suivi de ses gens,
    Bataillon nombreux, armé jusqu'aux dents.

    98. Bon! un âne [4] blanc est son destrier
    Beau licol de chanvre et même étrier.

    99. Il a pour escorte un page, un enfant:
    Mais ce nain, dit-on, vaut presque un géant.

    100. L'écuyer de Lez-Breizh les voyant
    Tout contre lui se serre en tremblant.


    101. - J'aperçois Lorgnèz suivi de ses gens,
    Bataillon nombreux, armé jusqu'aux dents.

    102. J'aperçois Lorgnèz, tout cuirassé d'or.
    Ils sont dix et dix, dix autres encor.

    103. - Maître, les voilà près du châtaignier.
    Contre eux nous aurons grand peine à gagner.

    104. - Quand j'aurai sur eux étendu mon bras,
    Alors sur le pré tu les compteras.

    105. Que ton bouclier sur mon bouclier
    Sonne! puis marchons, mon jeune écuyer. -

    IV
    106. - Hé! bonjour à toi, chevalier Lez-Breizh!
    - Hé! bonjour à toi, chevalier Lorgnez!

    107. - Es-tu donc venu seul au combat?
    - Non, j'ai toujours quelqu'un avec moi.

    108. Au combat, jamais seul je ne viens:
    Sainte Anne m'apporte son soutien.

    109. - Par l'ordre du roi, mon prince et seigneur,
    Je viens t'arracher la vie et l'honneur.

    110. - Chevalier Lorgnèz, retourne à ton roi:
    De lui j'ai souci tout comme de toi.

    111. De lui je ne suis pas plus inquiet
    Que de toi, des tiens, de ton épée.


    112. Retourne à Paris, il est temps encor,
    Montrer dans les bals, ta cuirasse d'or.

    113. Sinon, chevalier, je rendrai ton sang
    Froid comme la pierre ou l'eau de l'étang.

    114. - Chevalier Lez-Breizh, au fond de quel bois
    As-tu vu le jour, chevalier courtois?

    115. Mon dernier valet, hobereau si fier
    Fera bien sauter ton casque de fer. -

    116. A ces mots, Lez-Breizh tira vers le ciel
    Son glaive d'acier, comme saint Michel.

    117. - Le nom de mon père, on ne le sait pas?
    Eh bien, moi, son fils, tu me connaîtras! -

    V
    118. L'ermite du bois ainsi parlait
    Sur son seuil au petit écuyer:


    119- Page, où courez-vous à travers le champ?
    Vos bras sont couverts de fange et de sang.

    120. Dans mon ermitage il vous faut laver.
    - Je cherche une source, où donc la trouver?

    121. Ni repos, ni de quoi se laver:
    Une source où se désaltérer.


    122. Je cherche de l'eau pour mon doux seigneur
    Brisé de fatigue et tout en sueur.

    123. Treize combattants tombés sous ses coups!
    L'insolent Lorgnèz le premier de tous.

    124. Treize autres guerriers sont tombés sous moi,
    Et le reste a fui tout pâle d'effroi. -

    VI
    125. Il n'eût pas été Breton dans son coeur
    Qui n'aurait point rit d'un rire vainqueur,

    126. A voir les gazons en mai reverdis
    Tout rouges du sang de ces Franks maudits.

    127. Lez-Breizh sur leurs corps s'en vient s'accouder
    Et se délassait à les regarder.

    128. Il n'eût pas été chrétien dans son coeur
    Qui n'eût, ce soir-là, pleuré de bonheur,

    129. En voyant Lez-Breizh seul agenouillé,
    Devant lui l'autel de larmes mouillé,

    130. En voyant Lez-Breizh sur ses deux genoux,
    Lui guerrier si fier et chrétien si doux:

    131. -O mère sainte Anne, o reine d'Armor,
    Pour moi dans ce jour vous étiez encor!

    (131. ) Voyez à vos pieds votre serviteur:
    A vous la victoire, à vous tout l'honneur! -

    VII
    132. Pour le souvenir d'un combat si grand,
    Un barde guerrier a rimé ce chant:

    133. Que dans l'avenir il soit répété!
    Que ton nom, Lez-Breizh, partout soit chanté!

    134. Allez donc, mes vers, dans tous les cantons
    Et semez la joie aux coeurs des Bretons!

    Notes:
    [1] La Villemarqué se félicite que ce soit Auguste Briseux, "un poète breton et
    français de notre temps" qui ait traduit le "Chevalier du Roi" (III) " [publié dans
    le Barzhaz de 1839] sans lui ôter son caractère et son originalité"
    . Il est amusant
    de noter que, dans l'édition de 1867, la phrase devient "un poète français et breton..."!

    [2] A propos du mot "Frank", ainsi orthogaphié, cf. "Le Vin des Gaulois"

    [3] Cet ex-voto semi-magique est évoqué dans de nombreuses complaintes,
    par exemple, "La Peste d'Elliant. Il fait toujours trois fois le tour d'un lieu consacré,
    ici non seulement la muraille, mais aussi l'église, le cimetière et la terre consacrée
    à Sainte Anne (qui ont disparu dans la traduction de Briseux!)

    [4] Dans les versions collectées par Luzel et de Penguern (ex Lézobré
    - version 1), il est bien question d'âne , mais c'est une injure. Est-ce
    La Villemarqué qui a opéré cette métamorphose?




    IV LE MAURE DU ROI

    I
    135. Le roi des Franks un beau jour a dit
    Aux seigneurs de sa cour ce qui suit:

    136. - Celui par qui Lez-Breizh périra
    Rendra vraiment hommage à son roi.

    137. Il ne cesse de me contester
    Et de trucider mes chevaliers. -

    138. Le Maure du roi qui l'entendit
    Se leva puis s'avança vers lui:

    139. - Seigneur, tu connais la loyauté
    Dont j'ai preuve par le passé.

    140. Mais si tu le désire aujourd'hui,
    Lez-Breizh en sera la garantie.

    141. Je te ferai porter dès demain
    Sa tête, ou la mienne, sans chagrin. -

    II
    142. Le lendemain, le jeune écuyer
    De Lez-Breizh tout tremblant accourait:

    143. - Le Maure du Roi était ici.
    Il vient de vous lancer un défi.

    144. - Si tant est qu'il me lance un défi
    Il faut que je me batte avec lui.

    145. - Il use, ne le savez-vous pas,
    De sortilèges lorsqu'il combat.

    146. - S'il use des charmes du démon,
    Pour que Dieu nous aide nous prierons!

    147. Equipe mon cheval noir, et moi
    Je m'en vais revêtir mon harnois.

    148. - Monseigneur, ne le prenez point mal:
    Laissez donc ici votre cheval!

    149. Il y a dans l'écurie du roi
    Trois chevaux: prenez-en un des trois.

    150. Et maintenant, si vous m'écoutez,
    Je m'en vais vous apprendre un secret.

    151. Un secret que d'un vieux clerc je tiens
    Un homme de Dieu, s'il en fut un:

    152. Vous ne prendrez pas le cheval bai,
    Le cheval blanc non plus, s'il vous plait.

    153. Vous ne prendrez pas le cheval blanc.
    Mais le cheval noir uniquement.

    154. Celui-là se trouve au milieu. C'est
    Le Maure du roi qui l'a dompté.

    155. Vous prendrez celui-là, croyez-moi,
    Avec lui vous irez au combat.

    156. En entrant dans la salle, le Maure
    Jettera son manteau sur le sol.

    157. Vous, d'en faire autant, gardez-vous bien,
    Jetez votre manteau sur le sien.

    158. Sa force, vos effets sous les siens,
    Redoublerait pour le Sarrasin.

    159. Faites, quand il vous abordera,
    De votre lance un signe de croix.

    160. Puis quand il fondra sur vous, furieux,
    Vous le recevrez avec l'épieu.

    161. Qui grâce à la force de vos bras
    Et la Trinité ne rompra pas. -

    III
    162. Et son épieu ne s'est pas brisé
    Avec l'aide de la Trinité!

    163. Sa lance en sa main n'a point tremblé
    Quand l'un sur l'autre ils se sont rués.

    164. Lorsqu'en selle ils opposent tous deux
    La rage aveugle de leurs épieux,

    165. La rage aveugle de leurs coursiers,
    Qui cherchent à s'entredéchirer

    166. Le roi franc, sur son trône juché,
    De ses dignitaires entouré,

    167. Prodiguait ses encouragements:
    - Sus à ce merle, noir cormoran! -

    168. L'ogre fondait sur Lez-Breizh, violent
    Comme sur le vaisseau, l'ouragan.

    169. L'épieu du Breton ne trembla pas.
    Mais celui du Maure se brisa.

    170. Lez-Breizh le fit voler en éclats.
    Son adversaire il le démonta.

    171. Et lorsqu'ils sont à pied, tous les deux,
    Ils fondent l'un sur l'autre, furieux.

    172. S'administrant de tels coups d'épée
    Que les murs d'épouvante suintaient.

    173. Les éclairs que leurs armes allument
    Rougeoient comme le fer sur l'enclume.

    174. Jusqu'à ce que le Breton enfonce
    Par le joint son fer au coeur du monstre.

    175. Le Maure du Roi soudain s'affale
    Sa tête rebondit sur la dalle.

    176. Et Lez-Breizh le voyant terrassé,
    Sur le ventre lui posa le pied.

    177. Puis il dégagea sa longue épée:
    La tête du Maure en fut tranchée.

    178. Le Breton s'en saisit et bientôt
    On voit la tête orner le pommeau

    179. De sa selle auquel il l'a fixée
    Par la barbe aux longs poils gris, tressée.

    180. Voyant sa lame rougie de sang
    Il la jeta loin de lui, disant:

    181. - Je jette cette épée loin de moi,
    Souillée du sang du Maure du roi! -

    182. Il monte sur son fringant coursier
    Et part, suivi de son écuyer.

    183. Lorsque sa course fut achevée,
    Il détacha son hideux trophée.

    184. Puis il le suspendit à son huis
    Afin que chaque Breton le vît.

    185. Cette horrible peau noire où l'on voit
    Luire ces dents blanches, quel effroi

    186. Pour ceux qui passaient et regardaient
    Cette bouche ouverte qui bâillait! (1)

    187. Plus d'un cavalier dit l'avisant:
    - Le seigneur Lez-Breizh est bien vaillant! -

    188. Et le seigneur Lez-Breizh s'écria:
    - Voyez: j'ai pris part à vingt combats,

    189. Au cour desquels ont été, je crois
    Plus de mille hommes vaincus par moi;

    190. Mais jamais je n'eus autant, encore,
    De mal que m'en a donné ce Maure!

    191. Ce nouveau miracle, je le dois
    A Sainte Anne, une mère pour moi

    192. Une église lui sera bâtie
    Entre le Léguer et le Guindy! - (2)

    Notes:
    (1) La Villemarqué croit bon de préciser:
    "La vue de la tête coupée de leur ennemi devait moins effrayer que
    réjouir les Bretons. Il est donc probable que l'original portait
    heluz (?),
    agréable, au lieu d'
    euzhus (horrible) et laouenne (réjouissait)
    au lieu de
    sponte (effrayait)."
    (2) Il ne s'agit donc pas de Sainte Anne d'Auray!



    IV (=V) LE ROI

    193. Lez-Breizh un jour dirigeait ses pas
    Vers l'ouest, à l'encontre du roi,

    194. Affrontant l'adversaire royal
    Avec cinq mille hommes à cheval.

    195. Or, étant sur le point de partir,
    Il entend la foudre retentir.

    196. Son jeune écuyer, voyant cela,
    Rien de bon pour lui n'en augura.

    197. - Maître, au nom du ciel, restez chez vous:
    Ce jour s'annonce mauvais pour nous!

    198. - Rester chez nous, écuyer, ça non,
    J'en ai donné l'ordre, nous partons!

    199. Tant qu'en mon sein la vie brûlera,
    Ma marche ne s'interrompra pas.

    200. Le coeur du roi d'Arcoat (1) doit d'abord
    Sous mon talon attendre la mort. -

    201. La sœur de Lez-Breizh, le regard fou,
    Saisit son cheval par le licou:

    202. - Mon cher frère, je vous en supplie
    N'allez pas au combat aujourd'hui.

    203. Car ce serait aller à la mort!
    Et que deviendrions nous alors?

    204. Je vois sur la rive un cheval blanc
    De mer (2) qu'enlace un hideux serpent:

    205. A l'arrière il fait deux noeuds puissants;
    Et trois autres autour de ses flancs,

    206. Deux autres autour du train avant
    L'étouffant de son souffle brûlant.

    207. Le pauvre cheval de se cabrer,
    D'incliner le chef pour l'égorger.

    208. L'autre bâille, agite un dard sanglant
    Déroule ses anneaux en sifflant.

    209. Ses petits l'entendent, ils accourent.
    Fuis: même seul tu es sauf toujours!

    210 - Qu'il y ait des Franks encor et encor:
    Je ne fuirai pas devant la mort! -

    211. Il n'avait pas fini de parler
    Qu'il était déjà fort éloigné...

    Notes:
    (1) "Arcoat" (la forêt), désigne ici, selon La Villemarqué, "la France, par
    opposition aux côtes de l'Armorique".
    (2) Le cheval de mer désigne les Bretons et leur chef comme dans
    "la Prophétie de Gwenc'hlan".



    V (=VI) L'ERMITE

    I
    212. L'ermite au Bois d'Helléan (1) entendit
    Trois coups frappés à son huis, la nuit.

    213. - Bon ermite, ouvrez-moi, s'il vous plaît,
    Je cherche un asile où me cacher.

    214. Il vient du pays franc un vent froid.
    Gibier et bétail se tiennent cois.

    215. Il vient un vent âpre de la mer.
    Demeurer dehors est bien amer.

    216. - Mais qui donc ainsi frappe à mon huis
    Et voudrait entrer, passé minuit?

    217. - La Bretagne me connaissait bien:
    Dans la peine, j'étais son "Soutien"!

    218. - A Lez-Breizh je n'ouvrirai jamais.
    C'est un agitateur, on le sait.

    219. Un fauteur de troubles, m'a-t-on dit,
    Qui s'oppose à notre roi béni.

    220. - Séditieux? Moi? Non, Dieu m'est témoin!
    Et sinon, un traître encor bien moins!

    221. Je maudis les traîtres de tout coeur,
    Et les Franks et leur roi de malheur!

    222. Ils bavent, tels des chiens enragés
    Ou des condamnés sur le bûcher!

    223. Je maudis les traîtres de tout coeur:
    Sans lesquels j'aurais été vainqueur.

    224. - De maudire jamais garde-toi
    Amis, ennemis, qui que ce soit!

    225. Surtout pas notre roi, malheureux,
    Puisque notre roi est l'Oint de Dieu!

    226. - Lui? L'Oint de Dieu? Je ne le crois pas
    Bien plutôt l'oint du diable, ma foi!

    227. Oint de Dieu ne saurait être qui
    Ravage la terre en ce pays.

    228. Mais ce qui est du diable bientôt
    Y retourne ferrer ses sabots.

    229. Les sabots du "Vieux Paul" (2) et pourtant
    Il est déferré à tout moment.

    230. Vieil ermite, ouvrez-moi donc, que j'aie
    Une pierre pour me reposer!

    231. - Ma porte vous restera fermée.
    Ou l'ire des Franks m'est assurée.

    232. - Ermite, ouvrez la porte, sinon
    Je vais la jeter dans la maison! -

    233. Le vieil ermite, entendant ceci,
    S'est précipité hors de son lit.

    234. Muni d'un bout d'écorce enflammé
    Il s'en fut ouvrir à l'étranger.

    235. Il ouvre la porte. Ce qu'il voit
    Le fait reculer, rempli d'effroi.

    236. Il voit vers lui s'avancer un spectre
    Tenant entre ses deux mains sa tête

    237. Dont les yeux pleins de sang et de feu
    Tournoyaient. Ah, quel spectacle affreux!

    238. - Silence, vieux chrétien, n'aie pas peur!
    Ceci n'est que l'oeuvre du Seigneur,

    239. Lequel permit, semble-t-il, aux Franks
    De me décapiter pour un temps.

    240. Un prodige vous échoit pourtant:
    Remettre en place le chef manquant.

    241. Parce que je fus compatissant
    Envers mes sujets, de mon vivant,

    242. - Si c'est bien la volonté de Dieu
    De te ressusciter, si je veux,

    243. Parce que tu fus compatissant
    Envers tes sujets de ton vivant,

    244. Ta tête soit replacée, mon fils!
    Par le Père, le Fils et l'Esprit! -

    245. Et par la vertu de l'eau bénite,
    Il fut fait comme l'a dit l'ermite.

    246. Une fois disparu le fantôme,
    L'ermite ainsi s'adressait à l'homme:

    247. - Tu feras pénitence à présent,
    Avec moi, pénitence vraiment.

    248. Une haire de plomb, sept années,
    Tu porteras à ton cou fixée.

    249. Allant chaque midi et à jeun
    Quérir de l'eau en haut du ravin.

    250. - Qu'il soit fait selon ta volonté.
    Et je ne veux que m'y conformer. -

    251. Lorsque les sept ans enfin passèrent,
    Les talons écorchés par la haire,

    252. La barbe grise et les cheveux blancs
    Jusques à la ceinture tombant,

    253. Et l'on eût dit quelque chêne mort
    Depuis sept années ou plus encor.

    254. Quiconque dans cet état l'eût vu
    A coup sur ne l'eût pas reconnu.

    255. A part une dame aux blancs atours
    Qui dans le bois vert passait un jour.

    256. Elle le vit et versa des pleurs:
    - Lez-Breizh, cher fils, c'est toi, quel bonheur!

    257. Viens vers ta mère, enfant, viens vers moi
    Que je te soulage de ce poids.

    258. Que je coupe avec mes ciseaux d'or
    Ta chaîne, moi, Sainte Anne d'Armor. -

    II
    259. Cela faisait sept ans et un mois
    Que son écuyer battait les bois,

    260. A sa recherche et allait disant,
    En passant par le bois d'Helléan:

    261. - Même si j'ai tué le misérable
    Qui l'a tué, Lez-Breizh reste introuvable. -

    262. Voilà qu'au bout du bois, il entend
    Un cheval hennir plaintivement.

    263. Et le sien mettant le nez au vent,
    Y répondit en caracolant.

    264. Lorsqu'il arrive au bout de ce bois,
    C'est le cheval de Lez-Breizh qu'il voit.

    265. Tête baissée, près de la fontaine,
    Il ne boit pas et il paît à peine.

    266. Il flaire seulement l'herbe verte
    Qu'avec ses sabots il a ouverte.

    267. Puis il lève la tête. On l'entend
    Pousser un lugubre hennissement.

    268. Un lugubre hennissement encor.
    D'autres diraient qu'il hurle à la mort.

    269. - Près le la source qu'y a-t-il donc,
    Vieil homme? Qui dort sous ce buisson?

    270. - C'est Lez-Breizh qui repose en ce lieu,
    En Bretagne à tout jamais fameux.

    271. Il va s'éveiller dans un instant,
    S'éveiller en criant: "Sus aux Franks!" -

    Notes
    (1) Une partie de l'ancienne forêt de Brocéliande, selon La Villemarqué.
    (2) Le "Vieux Paul" désigne le diable.
    L'expression équivaut au proverbe: "Bien mal acquis ne profite jamais."

    Traduction: Ch. Souchon (c) 2009 (Sauf texte de Briseux)
    I THE DEPARTURE


    1. At his mother's once the child Lez-Breizh
    Was glued to the spot with great surprise:

    2. A knight was issuing from the wood,
    Who was riding, armed from head to foot.

    3. Child Lez-Breizh, when he saw him approach,
    Thought it was Saint Michael on his horse.

    4. Lez-Breizh fell on his knees and he made
    The sign of the cross quickly and said:

    5. - Lord Saint Michael, in God's name I pray
    You not to harm me in any way!

    6. - I am not Lord Saint Michael, be sure,
    Nor a highwayman gone on a tour.

    7. Lord Saint Michael I am by no way.
    But a dubbed knight, you may well say.

    8. - That I never saw knights I avow.
    Nor did I hear of them until now.

    9. - A knight looks like me. Now, come and see.
    Did you see one pass by? Please, tell me?

    10. - To me your own secrets first unfold.
    What's the use of that odd thing you hold?

    11. - With that shaft I may hurt whom I choose.
    It is called a lance, can kill or bruise.

    12. - My own cudgel is a good arm, too.
    Don't oppose it or it shall kill you.

    13. What's the use of this platter of brass?
    Why hang on your arm this cumbrous mass?

    14. - Child, this is no brass platter at all
    "Ecu" (1) or "targe" that is what it's called.

    15. Lord knight, please of me don't you make fun.
    More than once I saw those "ecu" coins.

    16. Now, I held them in my hand, I did.
    This one is large as an oven lid.

    17. And what kind of garment do you wear?
    As heavy, as iron, I should swear!

    18. - It's a breast-plate of iron, my lad.
    To protect me from spear or sword stab.

    19. - If deer were protected the same way,
    Hunting were not such unequal fray!

    20. But as for you, lord, would you tell me,
    Were you born thus, all in panoply?

    21. The old knight, at these words tried in vain
    An outburst of laughter to restrain.

    22. - If you were not born with that bizarre
    Rig-out who has clad you as you are?

    23. - The one who has a right to do so.
    Boy, belted me, a long time ago.

    24. - But who may possess a right so rare?
    - No one but the lord Count of Quimper.

    25. Now, lad, your turn to speak: did you spy
    A man clothed like me, passing by?

    26. - A man like you, my lord? I saw one.
    And this is the way that he has gone. -

    II
    27. Having run home in haste the young chap
    Chattered, sitting on his mother's lap:

    28. - I must tell you, I can wait no more:
    Such bearing I never saw before!

    29. Never did I such fair bearing see,
    Or such martial grace and gallantry!.

    30. Like the lord Saint Michael was he fair,
    The Archangel in our house of prayer.

    31. - Of all human beings none may vie, none,
    With God's angels, don't you know, my son?

    32. - Mother I am sorry to gainsay:
    There are some: they're called knights, so they say.

    33. As for me, I want with them to go,
    To be a knight and fight as they do. -

    34. The poor dame who had lost her husband,
    Three times unconscious sank to the ground.

    35. Without looking back, Lez-Breizh, the child
    Entered the horse-stables, rash and wild.

    36. There, the first nag he could get hold of
    He jumped on its back and he went off,

    37. Chasing after the beautiful knight.
    Off he was and without a goodbye,

    38. Chasing after him towards Quimper,
    Leaving behind his ancestors' lair.

    Note:
    [1] La Villemarqué translates "gwennek" as "blank" (here "écu").
    He adds that since the word first appears in 1350, "it could replace here
    the word "keintoc" which referred to a coin in 10th century Welsh Laws".

    [2] Click the boxes "+", to display the excerpt from "Peredur", the
    Welsh tale
    , corresponding with each stanza (click box "-" to hide it)




    II THE RETURN

    39. Knight Lez-Breizh was by the sight most stunned,
    To his mother's home when he returned:

    40. After full ten years, back home again,
    And well-known among all fighting men,

    41. At the sight, knight Lez-Breizh wondered
    When the house's yard he entered:

    42. Bramble bushes and nettle that throve
    Round the very threshold of the house;

    43. Half-dilapidated walls that were
    Covered with wild ivy everywhere;

    44. He was about admittance to claim
    When to the door an old blind wife came.

    45. - Grandmother, he said, would you give me
    For the night your hospitality?

    46. - Hospitality, sir, we'll give you
    But not as to the lord knight is due.

    47. Made to go to ruin was this home
    Since its son and heir left it to roam. -

    48. She had not ceased speaking, when a young
    Girl was heard on the steps, coming down.

    49. For a moment the girl looked at him
    Then she burst into profuse crying.

    50. - How now, maiden, tell me, Lez-Breizh said,
    What's the reason for the tears you shed?

    51. - Sir knight, I shall tell you willingly
    Why I cry and what happened to me.

    52. My brother about your age has left
    Us, ten years ago, to ride and fence.

    53. So, every time that I see a knight
    Sir, I see myself compelled to cry.

    54. Nothing could my emotion abate,
    Thinking of my brother's woeful fate.

    55. - Charming damsel, have you, he asked her,
    Other brothers, have you a mother?

    56. - Other brothers in this world? I've none.
    All of them to Heaven they have gone.

    57. My mother is there, too. As you see:
    No one's left but my old nurse and me.

    58. My mother has died of grief when my
    Brother rode off to become a knight.

    59. Next to the door you may see his bed.
    The chair by the hearth: that's where he stayed.

    60. I keep his holy cross on my skin:
    My only solace through thick and thin. -

    61. The lord Lez-Breizh gave so loud a sigh
    That the girl asked him after a while:

    62. - Your own mother, what of her? Is she
    Dead, that you cry, when listening to me?

    63. - Yes, she too is gone. It's as you say.
    Her who gave me birth, wretch, I did slay!

    64. - In the name of Heaven, she exclaimed,
    Who are you? Sir Knight, Who are you named?

    65. - I am Morvan. Conan was my sire.
    And my nickname, sister, is Lez-Breizh! -

    66. The young girl stared at him for a while
    Was speechless, could neither weep nor smile.

    67. So dumbfounded was she that she thought
    She would not recover from the shock.

    68. Till her arms round his neck came to rest,
    Her little mouth on his lips was pressed.

    69. While she hugged him tight in her arms
    She bathed him in tears, profuse and warm.

    70. - God who kept you long away from me.
    Brought you back, that near me you should be!

    71. God be praised, my brother so long-lost,
    My cries could not His pity exhaust!

    Note:
    [1] Click the boxes "+", to display the excerpt from "Cont. Perceval" by
    Wauchier corresponding with each stanza (click box "-" to hide it)




    III THE KING'S KNIGHT
    (The French translation was composed
    by Auguste Briseux in 10 syllable verse) [1]

    I
    72. Between Knight Lorgnez and Knight Lez-Breizh
    A regular combat was arranged.

    73. May God help Lez-Breizh to overcome!
    God give good news to all those at home!

    74. This has caused the lord Lez-Breizh to say,
    To his faithful young squire one day:

    75. - Quick, arouse, my squire, upon my word,
    It's time for you to furbish my sword!

    76. That, with helmet, spear and lance, I may
    Redden it in Frankish [2] blood today.

    77. With the help of God I shall carry
    Slaughter into their ranks presently!

    78 - Tell me, asked the squire, Lord, if I might
    Follow you and partake in the fight!

    79. - Say, what if you never returned, lad?
    Wouldn't your poor mother be so sad?

    80. What if in a pool of blood you die?
    Who could soothe her pain and dry her eyes?

    81. - In God's name, said the boy to the knight.
    If you love me, you will let me fight!

    82. For of the Franks I am not afraid.
    Hard is my heart and sharp is my blade.

    83. Whether they find fault or not with me
    Wherever you are, I want to be!

    84. Wherever you are, I shall be too.
    Wherever you fight, I'll fight with you! -

    II
    85. Lez-Breizh rode out to battle that day.
    He was with his young squire on the way.

    86. As they passed near blessed Saint Anne's church,
    They stopped and the knight entered the porch.

    87. - Saint Anne, I was young, holy Lady,
    When I came with my first entreaty.

    88. I am not yet twenty years old, though,
    I have been in twenty fights or so.

    89. All of them we've gained and they all said,
    That it was, saint Lady, by your aid.

    90. If I return to this land again,
    I shall make you a rich gift, Saint Anne.

    91. I shall give you a thick cord of wax [3]
    To go thrice around your walled precincts,

    92. Thrice round your church, thrice round your churchyard,
    Thrice around your land, as your reward.

    93. And a banner of velvet and of
    White satin with an ivory staff.

    94. Seven bells of silver will be made
    To ring night and day above your head.

    95. Thrice a day on my knees I'll be wont
    To draw water to refill your font.

    96. - O knight Lez-Breizh, go, keep on your way!
    I accompany you to the fray! -

    III
    97. - Listen! Morvan Lez-Breizh coming in,
    Surely well-equipped, a host with him!

    98. A small ass [4] with a halter of hemp
    He mounts to signify his contempt!

    99. His squire makes up his whole retinue.
    But they say he's a frightful man, too. -

    100. His young squire when he saw them loom up
    Squeezed up against his master at first.

    101. - Do you see? It's Lorgnez drawing near
    With a troop of warriors in the rear!

    102. With another troop marching in front:
    Ten by ten they come, as is their wont.

    103. Look, now they have reached the Chestnut wood
    Match them may only true men and good!

    104. - You shall see how many are still here
    Once they've tasted the steel of my spear.

    105. Now, hit your sword, knight, against my sword.
    Now, to confront them let us come forth. -

    IV
    106. - Ho! Good day to you, seigneur Lez-Breizh!
    - Ho! Good day to you, seigneur Lorgnez!

    107. - To a single combat did you come?
    - Be not mistaken, I'm not alone.

    108. I am not alone, that is not right:
    For Saint Anne assists me in the fight.

    109. - As for me, by order of my King,
    I'll take your life, this morning first thing.

    110. - Return to your king! I thought he knew:
    I mock him as much as I mock you.

    111. I laugh at you, I laugh at your sword
    I laugh at your king, laugh at his horde.

    112. Return to Paris, back to your wife.
    Don your golden clothes and cease from strife,

    113. Or else I shall cause your blood to freeze
    As hard as winter frost on the trees.

    114. - Knight Lez-Breizh, out of what wood, tell me
    Were you made? You speak so saucily!

    115. But the lowest varlet in my horde
    Shall hew your casque from your head, my lord! -

    116. Morvan Lez-Breizh was seen by this word
    Drawing from its scabbard his great sword:

    117. - Didn't you know my father, perchance?
    Now, you shall make his son's acquaintance! -

    V
    118. The old hermit of the wood has told
    To brave Lez-Breizh' squire on his threshold:

    119. - Say, why do you hurry through the wood?
    Your armour is stained with mud and blood?

    120. To my hermitage your way you found:
    Repose for a little, wash your wounds.

    121. - Not to rest or wash I need water
    But to take it to my young master.

    122. That's why I am in search of a source.
    He has fallen and loses his force.

    123. Thirty warriors lie, by his hand slain.
    The knight Lorgnez was the first of them.

    124. I slew myself of them a good deal.
    And the rest have taken to their heels.

    VI
    125. Breton in his heart would not have been
    Whoever was not compelled to grin,

    126. On seeing the green meadow reddened all
    By the blood of the Franks brought to fall.

    127. To Lez-Breizh who had made such effort
    The sight of them was a great comfort.

    128. No true Christian heart could have refrained
    From crying in the Church of Saint Anne,

    129. Seeing the church awash with all the tears
    With which his eyes were overflowing.

    130. Lez-Breizh crying, on his knees, warmly
    Thanked the Patron Saint of Brittany.

    131. - Praise be to you, our mother, Saint Anne
    For no other than you this fight gained! -




    VII
    132. This song was made to keep memory
    Of this unusual victory.

    133. Let it be sung as a true record
    Of the feats of Lez-Breizh, the good lord.

    134. May this strain for miles around be sung
    To rejoice the heart of each Breton!

    Note:
    [1] La Villemarqué is very pleased that it was Auguste Briseux, "a Breton and
    French poet of our time" who translated the "King's knight" (III), "without
    depriving it of its specific character". Curiously the same sentence in the
    1867 edition becomes "a French and Breton poet..."

    [2] Concerning the spelling "Frank" in the French text, see "The Wine of the Gauls"

    [3] This semi-magic ex-voto appears in many a song (e.g. "Plague of Elliant").
    It always goes thrice round consecrated premises: here the precinct walls,
    the church, the churchyard and the arable land belonging to Saint Anne's
    sanctuary. The last three elements have disappeared in Briseux' text!

    [4] In the versions collected by Luzel and De Penguern (e.g. Lézobré
    -version 1), the word "ass" is used as an insult. Is this a new instance
    of misuse of his bardic authority by La Villemarqué?




    IV THE KING'S BLACKAMOOR

    I
    135. The King of the Franks was heard to say
    To the high lords of his court one day:

    136. - Would that some one could rid me of this
    Nuisance: I mean the Breton Lez-Breizh.

    137. Who constantly raids the Frankish land
    And my best warriors die by his hand. -

    138. When the King's blackamoor heard these words
    He arose and came before his lord.

    139. - Sire, I often proved my faithfulness
    To it more than once I bore witness.

    140. But since you wish it again today
    Let Lez-Breizh witness to what I say.

    141. Tomorrow I shall bring you his head
    Or let my own on a tray be laid. -

    II
    142. Lez-Breizh' young squire early next morning
    To his master came strongly trembling.

    143. - Sir, he said with ashy countenance,
    To you the King's Moor bade defiance.

    144. - If the Moor has come yo challenge me
    I must comply with it and not flee.

    145. - Alas, Master, take heed what you do.
    With Satan's witchcraft he awaits you.

    146. - If to fight he uses devil's charms
    God shall help us and strengthen our arm.

    147. Go and saddle my black horse quickly.
    Meanwhile I shall don my panoply. -

    148. - Saving your grace, not the black horse, Lord,
    If only you hearken to my word.

    149. He has been bewitched. In the King's mews
    You'll have between three horses to choose.

    150. Now, another secret I'll tell you:
    It is a thing that you must know, too,

    151. A thing that an old clerk has taught me
    A holier man hardly could be.

    152. You shall not take the bay horse, Master
    And do not take the white one either.

    153. You shall not take the white horse either
    The black horse is the one you'll prefer.

    154. It will stay between the other two
    The King's Moor tamed it. It is for you.

    155. Believe me that's the one you should mount
    To fight. Another, on no account.

    156. The Moor will cast a mantle like this
    To the ground, when he enters the lists.

    157. You shall not follow his example.
    On a coat-peg you'll hang your mantle.

    158. If ever your cloak falls beneath his
    The black giant's strength will twice increase.

    159. When the Moor to the fight will advance,
    Make the sign of the Cross with your lance.

    160. When upon you, full of rage and dread
    He rushes, stop him with the spearhead.

    161. With the strength of your arms and God's help
    Your lance, you may be sure, will not break. -

    III
    162. And his lance in his hands did not break.
    With the strength of his arms and God's help.

    163. His lance in his hands steady remained
    When one another, now, they assailed.

    164. One another assailed in the lists
    Head to head, spear to spear, fist to fist.

    165. Blood is flowing, their chargers whinny
    And bite each other in blind fury!

    166. The Frankish King seated on his throne
    And his men were thrilled down to the bone.

    167. Beheld it and called out - Ho! black crow
    Of the sea, pierce me this blackbird now!

    168. The big Moor made at him furious hits,
    As a great tempest assails a ship.

    169. The lances crossed. Whereas Lez-Breizh stood
    The shock, the Moor's lance broke like matchwood.

    170. The lance of the Moor like matchwood broke
    And he was dismounted at a stroke.

    171. Both opponents now stand on the ground.
    They are at each other at a bound.

    172. Many lusty strokes they gave and took
    That the walls in consternation shook.

    173. From their clanging swords, the air filled with
    Sparks, like from the anvil of a smith.

    174. Till the Breton through the arm-pit thrust
    His blade far into the giant's heart.

    175. The King's blackamoor, he went full length
    His head bumped against the ground with strength.

    176. Swift and trenchantly Lez-Breizh had placed
    His foot upon the dead giant's breast.

    177. From the scabbard then he drew his sword
    And he cut off the head of the Moor.

    178. The head of the Moor, white teeth, red tongue,
    From the pommel of his saddle hung.

    179. From the pommel, the bleeding trophy,
    By the beard that was plaited and grey.

    180. But when he saw his sword all blood-stained
    He threw it off from him and he said:

    181. - I would demean myself if I wore
    A sword stained with the blood of the Moor! -

    182. Then he jumped on his swift charger's back
    And rode off with his squire in his tracks.

    183. As soon as he reached home, to his door
    He affixed the head of the Moor.

    184. To the gate of his house on display
    So that all may see it in dismay.

    185. For it was, indeed, a gruesome sight:
    On a black skin, white teeth shining bright!

    186. So that anyone who went that way
    Would look at the gaping mouth and say, (1)

    187. Praising him for this most doughty deed:
    - Lez-Breizh is the champion that we need! -

    188. But the Lord Lez-Breizh who heard as much,
    Spoke to them and his discourse was such:

    189. - I partook in twenty fights and gained.
    Over a thousand men I have slain;

    190. Wearisome combats I fought enough.
    Never was a opponent so tough.

    191. To Saint Anne, my mother, thanks I owe
    Who such favour on me did bestow.

    192. In her honour I'll build, presently,
    A church between Léguer and Guindy! (2)

    Notes:
    (1) La Villemarqué explains:
    "The sight of the severed head of their enemy, far from frightening
    them, delighted the Bretons. The original very likely had
    heluz (?),
    pleasant, instead of
    euzhus (horrible) and laouenne (thrilled)
    instead of
    sponte (frightened)."
    (2) The song consequently does not refer to Saint Anne d'Auray!!



    IV (=V) FIGHTING THE KING

    193. It happened that Lez-Breizh in the spring
    Started out to encounter the King,

    194. He was followed by a mighty pack
    Five thousand men-at-arms on horseback.

    195. He was saying a last good-bye,
    When a clap of thunder rent the sky.

    196. His brave squire to him turned his head,
    Seeing in it a bad omen, he said:.

    197. - Evil token, Lord, to start the day
    So, take my advice: at home you stay!

    198. - Impossible, boy, was his reply
    With orders I gave I must comply.

    199. I shall march as long, and shall not rest,
    As there's a spark of life in my breast.

    200. Until I tread underfoot the heart
    Of the malicious King of Ar Co-at. (1)-

    201. But Lez-Breizh' sister stopped her brother,
    Holding fast his horse by the halter:

    202. - My dear brother, hark, if you love me,
    You will not seek this combat today.

    203. You shall certainly die, if you do.
    What would become of us without you?

    204. I see on the shore the white sea-horse (2)
    Grasped by a huge serpent's monstrous force.

    205. Round the hind legs he entwines his prey
    With two coils and his body with three.

    206. Round his front legs and his neck, two coils.
    Smothering the horse that his breathing broils.

    207. The unfortunate steed now has reared
    Turned his head, the reptile's throat has seized.

    208. The snake gasps for breath, pointing the tip
    Of his forked tongue, loosens his grip.

    209. But his brood heard him and hurries. See!
    The fight is unequal. You must flee!

    210. - The Franks may be legion, I don't care!
    Death has never given me a scare! -

    211. He still spoke thus when he left the spot
    And presently was beyond ear-shot.

    Notes:
    (1) "Arcoat" (the Wood), applies here, so says La Villemarqué,
    "to France, as opposed to the littoral (Armorica)".
    (2) The sea horse is an allegory for the Bretons and their chief,
    as in "Gwenc'hlan's prophecy".



    V (=VI) THE HERMIT

    I
    212. As the hermit of Helléan (1) Moor
    Slept, he heard three knocks sound on his door.

    213. - Hermit, open your door, said some wight.
    I seek an asylum for the night.

    214. Icy wind blows from the Frankish land.
    Cattle have their shed, wild beasts their den.

    215. Icy cold wind blows from the sea shore.
    It's not pleasant being now out of doors.

    216. - Who are you who at this hour of night
    Knock demanding that enter you might?

    217. - In this land my name used to be praised.
    In times of distress I was Lez-Breizh.

    218. - To that sheep I won't open my fold,
    For you are a rebel, I was told.

    219. Rebel, they say, and above all things,
    Enemy of our blessed, gracious King.

    220. - Neither rebel nor traitor I swear
    It by God Who to me witness bear.

    221. Be accursed all traitors to this land!
    Be accursed both the King and his Franks!

    222. Their tongues foam as does that of the dog,
    Eating into the sweat of the damned.

    223. On the traitors forever my curse!
    But for them I were victorious.

    224. - Son, refrain from cursing anyone,
    Neither friend nor foe, refrain my son!

    225. Nor, above all things, our lord the King
    Who was anointed with God's blessing.

    226. - Not by God anointed! By no way!
    By the devil. That's what you should say!

    227. That they should ravage our Breton land,
    The Anointed of God would not stand!

    228. And to shoe the devil's nag, Old Paul's, (2)
    They waste the gold snatched from Breton folks.

    229. Yet incapable they all have proved
    To shoe Old Paul's nag: he's cloven-hoofed!

    230. Hermit, open your door, do, hermit!
    That I may have a stone where to sit.

    231. - Not so, my son, no, it cannot be.
    The Franks would a quarrel fix on me.

    232. - Hermit, do open this door, or else
    I'll be forced to burst into your cell! -

    233. The old hermit, heard this threat with dread,
    And threw himself at last off his bed.

    234. Lit a torch of resin at the fire,
    Opened the door as he was required.

    235. He unlocked it now, but what he saw
    Prompted him in alarm to withdraw:

    236. A dread spectre, aye, able to stand,
    Though it held its head in its two hands!

    237. Its two eyes seemed full of blood and fire.
    They rolled round and round, sparkling with ire.

    238. - Come on, old Christian, don't be afraid
    This thing happened just as God has said.

    239. God allowed the Franks to behead me.
    But it was for a short time only.

    240. You're allowed if you don(t deem it wrong,
    To replace this head where it belongs,

    241. Because I was merciful always
    To all those over whom I held sway.

    242. - If God the Lord allows me this thing:
    Replace your head if it's my willing,

    243. Since you have been merciful always
    To all those over whom you held sway,

    244 I replace your head that you had lost:
    The Father, the Son, the Holy Ghost.

    245. And by virtue of these words, again
    The bleak phantom had become a man.

    246. As of him he was no more afraid,
    The hermit turned to him and he said:

    247. - Now, you must do penance. Certainly,
    Heavy penance you must do with me:

    248. Wear for seven years from foot to head,
    Padlocked to your neck, a robe of lead.

    249. Each day at the hour of twelve, water
    You shall fetch from the hilltop yonder.

    250. - As you desire, said he, I will do,
    And your saintly wish I will follow. -

    251. When the long penance was finishing,
    The robe had flayed severely his skin,

    252. His beard turned grey covering his breast
    His hairs that almost fell to his waist.

    253. To any one, that's how he appears:
    An oak that lay dead for seven years .

    254. So that now hardly anybody
    Who saw him had known who he could be.

    255. But a lady dressed in white who passed
    Through the greenwood did him recognize.

    256. She gazed at him, her eyes filled with tears:
    - Lez-Breizh, my dear son, it's you indeed!

    257. Come here, my beloved child, that I may
    Free you of your burden, right away,

    258. Cut the chain with my golden scissors
    I'm your patron, Saint Anne of Armor. -

    II
    259. Now for seven years had Lez-Breizh' squire
    Sought his master in every shire.

    260. One day as he was riding ahead
    Through the moor of Helléan he said:

    261. - What profits it that with my own sword
    I slew the murderer of my lord? -

    262. Then he heard beyond the shrubs of gorse
    The plaintive whinnying of a horse.

    263. His own steed gave a sniff, deep and loud
    And he set to capering about.

    264. The lad recognized the black charger
    It was that of Lez-Breizh, his master!

    265. Near a fountain the horse was standing.
    He did not graze and he did not drink.

    266. But he sniffed the grass, standing aloof
    And he scratched the earth with his hoof.

    267. Then the beast once more, right mournfully,
    Raised its head and gave a long whinny.

    268. A long whinny full of mourn and grief.
    That he wept was the common belief.

    269. - Old chief, to this spring your way you found:
    Who lies under this burial mound?

    270. - It is Lez-Breizh who sleeps in that grave,
    Whose fame shall survive from age to age.

    271. Every moment, crying, he will rise,
    From the Breton land the Franks to drive! -

    Notes
    (1) Part of the ancient wood of Brocéliande, according to La Villemarqué.
    (2) "Old Paul" is the devil.
    The phrase is equivalent to the saying: "Ill gotten, ill spent."

    Translated by Ch. Souchon (c) 2009



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    Morvan, vicomte de Léon, était, affirme l'un de ces chants, surnommé "Lez-Breizh", c'est à dire "Soutien (mot à mot: hanche) de la Bretagne".
    Vaincu et blessé mortellement par le roi des Francs, comme Arthur ou Frédéric Barberousse, il reviendra un jour...

    Résumé

    (tiré du site de M.Pierre Quentel)

    Ar c'himiad (Le départ)

    Morvan, enfant, voit un jour arriver dans la maison familiale un chevalier dont l'allure, l'armure, l'air imposant l'impressionnent. Il en parle à sa mère, comme d'une apparition plus belle que si ç'avait été l'archange Saint Michel en personne. Au désespoir de sa mère, il prend la première rosse qu'il trouve, et part embrasser la carrière de chevalier.

    An distro (Le retour)

    Au bout de dix ans, le chevalier Lez-Breizh revient au manoir de son enfance. Il le trouve abandonné, livré aux ronces. Une vieille femme et une jeune fille l'accueillent ; la jeune fille raconte que la ruine s'est abattue sur la maison depuis le départ de son frère, dix ans plus tôt, et que sa mère en est morte de chagrin. Le frère et la sœur tombent dans les bras l'un de l'autre, dans des torrents de larmes

    Marc'heg ar roue (Le chevalier du roi)

    Un combat singulier est organisé entre Lez-Breizh et un chevalier du roi, Lorgnez. Avant le combat, le Breton remet son sort entre les mains de Sainte Anne, en promettant des dons pour son église en cas de victoire. Le combat commence, après un échange d'invectives entre les adversaires.
    La scène suivante montre le page de Lez-Breizh racontant comment son maître a tué treize Francs, et Lorgnez le premier. Puis Morvan va remercier sa sainte protectrice.
  • Marc'heg ar Roue a été traduit en vers français par l'auteur de "Marie", le poète Auguste Briseux (1803 - 1858) dans ses "Histoires Poétiques".


  • Morian ar roue (Le maure du roi)

    Le roi des Francs demande à ses chevaliers de vaincre Lez-Breizh. Le Maure du roi relève le défi et va provoquer le Breton. Le combat a lieu en présence du roi, et tourne à l'avantage du héros, qui tranche la tête du Maure ; puis il l'attache par les cheveux au pommeau de sa selle, s'en retourne chez lui, et attache la tête à sa porte. Les Bretons, impressionnés, se disent : "En voilà, un homme !". Nouveaux remerciements à Ste Anne.

    Ar roue (Le roi)

    Cette fois c'est le roi lui-même que Lez-Breizh va combattre. Son page, sa sœur, effrayés par de mauvais augures, essaient de l'en dissuader.

    Al lean (L'ermite)

    Lez-Breizh frappe à la porte d'un ermite ; mais le vieillard lui refuse l'hospitalité, par crainte du roi des Francs. Sous la menace, il finit par ouvrir ; stupéfaction, c'est un fantôme qui entre, tenant sa tête dans ses mains ! Il demande à l'ermite de replacer la tête sur ses épaules ; celui-ci accepte, mais lui impose une pénitence de sept ans à porter une robe lestée de plomb.
    Au bout de sept ans, le vieux chevalier est méconnaissable ; seule le reconnaît sa sainte patronne, Sainte Anne, qui le délivre de son fardeau.
    Le page, qui le cherchait depuis sept ans, arrive près de l'endroit où il s'était retiré, et reconnaît son cheval. "Dites-moi, vieillard qui venez à la fontaine, qui dort sous ce tertre ? - C'est Lez-Breizh qui dort en ce lieu. Il va s'éveiller tout à l'heure, et va donner la chasse aux Francs !"



    Lez-Breizh ou Les Aubrays?

    Chapelle de Kermaria-An Iskuit à Plouha: vouée à la destruction par l'Inspecteur de Monuments Historiques en 1850 et sauvée par la population. Outre le crâne, elle abrite une fameuse danse macabreLes livres d'histoire disent peu de choses à propos de Morvan ou Murman.
    Un récit d'Ermold le Noir (790 - 838), qui figure dans un poème latin en l'honneur de l'empereur Louis le Débonnaire (814 - 840), nous apprend qu'en 830, celui-ci participa à une expédition contre Morvan, au sud de la Bretagne, un chef breton qui revendiquait le pouvoir royal. Morvan est présenté comme un ivrogne invétéré. Pourtant l'empereur le traite avec beaucoup d'égards et lui dépêche en 818 un émissaire, l'abbé Witchaire, pour lui rappeler qu'il gère un vaste territoire où, exilé, il était venu par la mer avec tout son peuple, et qu'au lieu de refuser le tribut et de prendre les armes contre les Francs, il doit s'unir pacifiquement au peuple chrétien. Morvan ne contrôlait certainement pas toute la Bretagne, mais un territoire qui correspondait au futur comté de Cornouaille. Selon la Chronique de Réginon de Prüm, il mourut en 837 et le commandement (ducatus) des Bretons est confié à Nominoë, tandis que d'autres sources placent ce décès en 818.
    Nulle part il n'est dit que Morvan était surnommé "Lez-Breizh" ou "Lezoù-Breizh" comme l'affirme La Villemarqué. Les dictionnaires n'attribuent d'ailleurs pas le sens dérivé de "soutien" au mot "lez", pluriel "divlez" qui signifie "hanche", si ce n'est, selon l'"argument" introductif du chant, le dictionnaire de Le Gonidec, et encore... L'édition de 1826 (p. 307) ne connaît que le sens de "hanche". Ce n'est que dans les éditions ultérieures qu'apparaît (p. 413) la mention
    "Au figuré: support, soutien HV", ces deux lettres indiquant que l'adjonction est de... Hersart de la Villemarqué. Quant à "lez", pluriel "lezoù", il signifie "orée, lisière" et son singulatif "lezenn" signifie "liseré".
    L'explication de ce mystère est donnée par La Villemarqué lui-même à la fin de la longue note qui suit le chant: même s'il y voit une confusion commise par la tradition populaire, il admet que les chants qu'il présente comme ayant trait à "Lez-Breizh" ont pour véritable héros "Les Aubrays", (ou "Lézobré" selon la graphie bretonne), alias Jean de Lannion, Seigneur de la Noë-Verte et de Lizandré, personnage belliqueux mais très pieux qui vécut au XVIIème siècle. Ce Lieutenant de la maréchaussée de Bretagne parvint à débarrasser Lannion des hordes de brigands qui infestaient les abords de la ville, en 1634. Puis il fut nommé par Louis XIII capitaine du ban et de l'arrière-ban de l'évêché de Tréguier et reçut le commandement d'une compagnie de mousquétaires à cheval chargée de surveiller la côte entre Port-Blanc et Perros-Guirec.

    Sainte Anne d'Auray et Sainte Anne de Trégastel
    Chez La Villemarqué, comme chez Luzel ou Penguern, on souligne la dévotion du héros à Sainte Anne, appelée chez le premier Sainte Anne d'Armor (Santez Ana ar Vor) et chez les seconds Notre Dame d'Auray ou Sainte Anne de Vannes (Santez Ana Wened).
    "Or, nous dit Alfred Bourgeois dans son recueil 'Kanaouennoù Pobl', la statue de Sainte Anne ne fut découverte par Nicolazic près d'Auray qu'en 1623 et la fameuse chapelle ne fut ouverte au culte public qu'en 1628". A cela, La Villemarqué répond que la ressemblance des noms "Lezoù-Breizh" et "Les Aubrays" a conduit à attribuer au héros du Goëllo, en plus des traits qui lui sont propres, tels que sa dévotion à Sainte Anne, les aventures fantastiques du prince léonais. Bien entendu, ce raisonnement ne tient que si le surnom "Lez-Breizh" n'a pas été fabriqué pour les besoins de la cause, et il est permis d'en douter.
    Dans une note La Villemarqué répond d'ailleurs par avance à l'objection soulevée par Bourgeois lorque il explique, que la "maison de prière" (ti-bediñ) construite par Morvan en l'honneur de Sainte Anne sur une hauteur (krec'h) entre le Léguer, dont l'estuaire est à Lannion et le Guindy, qui se jette dans l'estuaire du Jaudy à Tréguier est l'église Sainte Anne de Trégastel. Celle-ci correspond pourtant bien mal à la description que l'on trouve à la strophe 192 (Le Maure du roi): les parties les plus anciennes datent du 12ème siècle et non de l'époque de Morvan; elle était placée anciennement sous le patronage de Saint Laurent; elle n'est pas située sur un tertre et le "Krec'h Morvan" dont parle La Villemarqué n'est pas à proximité immédiate. Cela n'empêche pas ce dernier de remarquer que cette église est "presque aussi fréquentée que [le] grand sanctuaire d'Armor, près d'Auray et que sa construction avait été annoncée par le barde Gwenc'hlan lui-même: "Eüruz, eüruz an ti Etre Beg-Leger ha Gindi" (Heureuse la maison qui sera bâtie entre l'embouchure du Léguer et la rivière du Guindy), une citation dont il n'indique pas la provenance.

    Le Maure du roi
    Ce parti pris de La Villemarqué de lire dans les diverses ballades "Lez-Breizh" au lieu de "Les Aubrays" s'explique selon le collecteur Alfred Bourgeois de la façon suivante:
    "...toutes les versions de Lézobré mentionnent une vieille légende dite "Morian ar Roue" (le Maure du Roi) que l'on retrouve également dans un des fragments épiques du poème de Lez Breiz de M. de la Villemarqué. Ce combat merveilleux doit se rapporter à une époque beaucoup plus ancienne. M. de la Villemarqué ( dans ses "Notes" annexées aux chants) la fait remonter au temps de Louis le Débonnaire, c'est-à-dire en 818. Il s'appuie sur le poème latin d'Ermold Le Noir, religieux franc de cette époque, qui fit la relation de l'expédition du roi de France contre Morvan, roi des Bretons. Il nous apprend, et ce témoignage serait corroboré dans les "Annales d'Éginhard", que Louis le Débonnaire, ayant conquis Barcelone, fit prisonniers et retint près de lui pour le servir plusieurs des Maures qui habitaient cette ville ("complures Saraceni comprehensi ad praesentiam imperatoris deducti sunt") ; d'où la mode à la cour des Rois de France à cette époque d'avoir pour officiers ou gardes des hommes de race noire. Cette mode a-t -elle persisté ? Rien n'autorise à le penser, car aucun autre historien ou chroniqueur du moyen âge n'en fait mention..."
    Ajoutons que "Saraceni" veut dire "Sarrasins", alors que "morian" dans le texte breton désigne l'homme de peau noire.

    La tête tranchée
    Conscient de la faiblesse de cet argument, La Villemarqué s'appuie en outre sur une citation d'Ermold le Noir qu'il rapproche du chant intitulé "l'Ermite" :
    "Quand Morvan eut été tué, on apporta sa tête toute souillée de sang à un moine appelé Witchaire qui connaissait bien les Bretons et possédait sur les frontières une abbaye qu'il tenait des bienfaits du roi; Witchaire la prit entre ses mains, la trempa dans l'eau, la lava et en ayant peigné et lissé les cheveux, il reconnut les traits de Morvan:
    Is caput extemplo latice perfundit et ornat
    Pectine; cognovit mox quoque.
    L'ermite du poème, qui est évidemment le même que Witchaire prend aussi entre ses mains... la tête de Morvan et il la trempe dans l'eau mais cette eau est bénite et sa vertu, jointe au signe de la croix, ressuscite le héros breton." (Strophes 238 à 245).
    Si cette "recapitation" est propre à la ballade, il n'en va pas de même de la vengeance de l'écuyer qui déclare à la strophe 261:
    "Si j'ai tué son meurtrier
    Je n'en ai pas moins perdu mon cher seigneur",
    de même qu'on peut lire chez Ermold:
    "Coslus equo cadens stricto caput abstulit ense...
    Murmanis ante comes Coslum percussit eundem."
    (Cosl, sautant de son cheval, lui coupa la tête avec son épée étroite... l'écuyer de Morvan, auparavant, transperça ledit Cosl)
    La Villemarqué ajoute: "L'auteur breton n'est pas moins d'accord avec tous les historiens du 9ème siècle, quand il suspend la tête ensanglantée du vaincu au pommeau de la selle de Lez Breizh qui l'emporte comme un trophée." Et il cite la Vie de Saint Conwoion de Redon, datant de cette époque:
    "Trucidaverunt et capita seorsum posuerunt" (ils les tuèrent puis les décapitèrent).
    A ce sujet, l'historien Bernard Tanguy, bien que son intention ne soit manifestement pas d'apporter de l'eau au moulin de La Villemarqué, ajoute dans ses "Origines du nationalisme breton" déjà citées:
    "Pourquoi ne dit-il mot du Barde gallois Llywarc'h Hen? Son rapport sur sa mission littéraire au Pays de Galles ne nous apprend-il pas que "c'est encore,à vrai dire, le barde sauvage, qui suspend aux pommeaux de sa selle, pour la ravir à l'ennemi, la tête du chef qu'il aima...?"

    Autres "preuves" d'ancienneté
    Si les arguments invoqués jusqu'ici par La Villemarqué pour faire de Morvan le héros des textes regroupés sous le titre "Lez-Breizh" apparaissent contestables, que dire des suivants?:
  • "La sœur de Lez-Breizh peut avoir, comme l'ermite et l'écuyer, son prototype dans l'histoire. [Ermold] lui donne une femme et non une sœur, mais n'a-t-il pas à dessein confondu l'une et l'autre pour rendre odieux le vaincu? Il est permis de le penser quand on a lu les vers où il calomnie les Bretons, sous prétexte de peindre leurs moeurs: Coeunt frater et ipsa soror" (le frère couche avec sa propre sœur...).

  • Si le guerrier vaincu par Morvan, désigné par le sobriquet de "Lorgnezh" (="lovrnezh", la lèpre) n'est identifiable dans aucun texte historique, son titre de "marc'hek", qu'il faut comprendre, affirme La Villemarqué comme "homme de cheval" et non pas "preux chevalier" quand il est accolé à un nom injurieux, désigne un témoin dans le Cartulaire de Redon (860)!
    Remarquons que l'adversaire des Aubrays (cf ci-après), n'est guère moins mystérieux: il est appelé selon les versions, "Koad-ar-Skin" ou "Koad-ar-Kin", traduit ici par "Boislesquin" (skin=rayon), "Koad-ar-Skevel" ou "Koad-ar Ster". En revanche, le nom de "Coat-ar-Sant" qui apparaît dans la 4ème version collectée par Luzel est le nom d'un manoir proche de Plouha qui appartenait à un certain Claude Le Saint, apparenté à la mère de Jean de Lannion, Julienne Pinard (cité par Luzel, d'après Pol de Courcy).

  • "Si l'on hésitait à [me] croire, la couleur blanche du bouclier que le poète breton fait porter à... un chevalier (strophe 13) ...trancherait toute difficulté, car il s'agit là d'un "usage du 9ème siècle constaté par Ermold le Noir (Scuta candida)"!

  • Enfin La Villemarqué se lance dans une longue "démonstration" tendant à établir que l'histoire de Lez-Breizh enfant est à l'origine du récit gallois de Peredur. Ce texte avait été traduit en anglais par Lady Charlotte Guest et publié par elle dans ses "Mabinogion" en 1839, avant que le vicomte breton ait pu en faire usage, affirme-t-elle, dans son étude consacrée aux "Influences des traditions galloises sur les littératures européennes du moyen âge". (Cf. L'enfant supposé). Un long extrait de la "Continuation Perceval", par Wauchier de Denain, du "Perceval" de Chrétien de Troyes qu'il suppose inspiré du Peredur gallois, donne à La Villemarqué l'occasion de rappeler une théorie qui lui est chère: celle de l'antériorité et de la supériorité de la tradition orale bretonne sur ses continuateurs gallois, romans et germanique (Wolfram d'Eschenbach). Il estime en particulier le texte, qu'il attribue à tort à Chrétien, bavard et surchargé d'ornements de mauvais goût et manquant de naturel. Il fait le même genre de remarque à propos du Lai du Rossignol de Marie de France .

  • On notera que dans le "Parsifal" de Wagner, la scène dans laquelle Kundry tente de séduire le jeune homme en évoquant sa mère, rappelle effectivement le dialogue entre Lez-Breizh et sa sœur. Cet opéra fut donné pour la première fois au Festspielhaus de Bayreuth le 26 juillet 1882. On peut aussi rapprocher ce dialogue (qui se termine par un baiser sur la bouche que La Villemarqué, pudique, escamote dans sa traduction), de celui entre Siegmund et Sieglinde, le couple incestueux, dans la "Walkyrie" (première "inofficielle", le 26 juin 1870). Serait-on aussi redevable à la muse bretonne de quelques oeuvres parmi les plus sublimes de l'histoire de la musique? Une hypothèse qui n'aurait pas déplu à La Villemarqué!

    La complainte de Les Aubrays
    Les épisodes "le Chevalier du roi" et "le Maure du roi" apparaissent dans nombre de chants collectés, entre autres, par Luzel et de Penguern, principalement dans le Trégor (Plouaret, Pontrieux, Saint Laurent, Duault...) et le héros s'appelle "Les Aubrays" et non "Lez-Breizh", comme on l'a dit. Luzel insinue que l'on ne trouve les épisodes manquants que dans l'imagination de La Villemarqué: "
    Ce détail ["recapitation de Lez-Breizh] ne se trouve dans aucune des versions que j'ai recueillies; on n'y voit nulle part figurer le moine ou ermite de la ballade de M. de La Villemarqué. "
    On peut penser que bien des accusations de forgerie portées à l'encontre de ce dernier par Luzel et ses épigones viennent de ce que les secteurs géographiques et les groupes sociaux où les deux collecteurs ont recueilli leurs matériaux étaient fort différents.
  • En l'occurrence, La Villemarqué indique que le "Chevalier du roi" lui a été chanté par une vieille paysanne de Loqueffret, à 20 km à l'ouest de Huelgoat, en Cornouaille, ainsi que par une de ses amies, la jeune comtesse de Cillart.

  • Il cite parmi ses autres informateurs, outre des savants ou des lettrés (Victor Villiers de l'Isle-Adam, J-M. de Penguern et Pol de Courcy), "plusieurs habitants des montagnes d'Arrée et des Montagnes Noires (Cornouaille). C'est là qu'on chante principalement l'enfance de Lez-Breizh."

  • "Son retour au manoir se chante à Plévin, ainsi que la belle légende formée des deux circonstances de la mort du héros breton."


  • F.M. Luzel a recueilli cinq chants pour lesquels Duhamel a collecté 3 mélodies, et un autre musicologue, Narcisse Quélien, une quatrième, très étrange.
  • Les Aubrays -Version 1 - Mélodie 1
  • Les Aubrays -Version 2 - Mélodie 2
  • Les Aubrays -Version 3 - Mélodie 3
  • Les Aubrays -Version 3 - Mélodie 4 notée par Quélien
  • Les Aubrays -Version 4 - Mélodie 2
  • Les Aubrays -Version 5 - Mélodie 4
    En outre, J-M de Penguern a recueilli 3 autres versions des mêmes chants:
  • Les Aubrays - Versions Penguern

    La mélodie notée par La Villemarqué a été modifiée à la troisième mesure par Friedrich Silcher (1789 -1860), professeur de musique à l'université de Tübingen, pour la traduction allemande en vers du Barzhaz publiée en 1840 à Wiesbaden par A.Keller et E. von Seckendorff sous le titre "Volkslieder aus der Bretagne". Cette mélodie que cette infime modification rend bien plus majestueuse, est reprise dans un cantique à Saint Yves. C'est elle qui sert de fond sonore à la présente page et au texte breton du chant.

    L'opinion de Pol de Courcy

    Pol de CourcyLuzel cite dans une note qui fait suite à la version 3 de Les Aubrays, le commentaire de l'archéologue Pol de Courcy (1815 - 1891) dans son guide Hachette "De Rennes à Brest et à Saint Malo":
    "« Les Dames hospitalières de Saint-Augustin sont établies, depuis 1650, près de la chapelle de Sainte-Anne (à Lannion), chapelle qui, suivant la tradition, doit son origine à la piété d'un seigneur des Aubrays, de la maison de Lannion, protégé par sainte Anne dans un combat contre un magicien Maure: Cette tradition s'appuie sur une ballade bretonne très- répandue dans le pays de Goëlo et insérée dans le recueil des chants populaires publiés par M. de La Villemarqué. Il semble pourtant que le savant éditeur ait attribué à celle ballade une date beaucoup trop ancienne, en traduisant Les Aubrays par Lez-Breizh (hanche, et au figuré, soutien de la Bretagne), surnom qu'il donne à Morvan, roi des Bretons, tué en 818, dans une rencontre avec les Francs de Louis le Débonnaire. Les Aubrays est le nom d'une seigneurie du pays de Retz, apportée en mariage, en 1455, à Rolland de Lannion, par Guyonne de Grézy, dame des Aubrays. La ballade ne peut pas, par conséquent, être antérieure à cette époque, et nous la croyons bien plus moderne....... Le poète populaire dit que le seigneur des Aubrays, vainqueur du Maure du roi, fut plus tard décapité par les Français, et "recapité" par un ermite. La tradition du pays de Goëllo, en conservant de génération en génération le souvenir de sa bravoure et de sa force extraordinaires, dit seulement qu'on lui scia la tête; et l'on montre, dans le caveau délabré de Kermaria-Nisquit, en Plouha, un crâne d'une solidité remarquable, dont la partie supérieure porte des traces évidentes de l'opération. Or le testament de Jean de Lannion, châtelain des Aubrays et seigneur de Lizandré, en Plouha, daté du 21 janvier 1651, et publié par M. Ch. de Keranflec'h, ordonne que : « Son corps soit mis dans le caveau qui est sous la grande tombe élevée au milieu du choeur, en l'église de Kermaria. » L'identité du héros des chants trégorois et cornouaillais ne peut donc guère faire l'objet d'un doute; la partie historique de ses exploits est moins facile à démêler de la partie légendaire. Nous pensons d'ailleurs que le curieux poème inséré dans le Barzhaz Breizh est, comme beaucoup de pièces de ce genre, une oeuvre de rapsodes, dont des fragments appartiennent à des époques et à des héros différents. »

    Le thème des retrouvailles
    On trouve dans le 1er cahier de collectes de La Villemarqué, p. 61, un chant dont le titre indiqué au crayon est "Pennherez Koatelez". Il a pour sujet les retrouvailles d'un frère et d'une sœur après une longue absence. Luzel en a recueilli 2 versions:
  • Le frère et la sœur -1ère version, 1ère mélodie.
  • Le frère et la sœur -2ème version, 2ème mélodie.
  • Le frère et la sœur -2ème version, 3ère mélodie.

    Des chants similaires ont été collectés par de Penguern (collection T. 89 p.128, T.93 P.88, MS BM Rennes p.58) et H. Pérennès (Annales de Bretagne T.45, P.240, "Minorez Penn-Al-Lenn").
    L'intrigue est sensiblement différente de celle de "II. Le Retour" qu'on peut raisonnablement considérer comme un démarquage par La Villemarqué de la "Continuation Perceval" de Wauchier. Il cite longuement, sous le titre de "Li Romans de Perceval", cette pièce alors attribuée à Chrétien de Troyes, en rajeunissant un manuscrit (Cangé, n° 7536) de la Bibliothèque impériale.
    On peut, tout au plus, supposer que le chant populaire authentique a incité le Barde à faire cet emprunt d'autant plus indélicat qu'il conclut, dans l'édition de 1845:
    "Le plagiat est trop évident pour qu’il soit nécessaire d’insister."
    Dans l'édition de 1867, il devient moins impudent et se contente de citer un de ses lecteurs qu'il a réussi à convaincre:
    "On sent ici avec évidence la périphrase et l'imitation comme l'a remarqué un juge excellent." (Charles Magnin, dans "Le Journal des savants", 1847, p. 455)
  • Morvan, viscount of Léon, is named, as stated in one of these songs, "Lez-Breizh", because he was the "Support (literally: 'hip') of Brittany".
    Vanquished and wounded to death by the King of France, like Arthur or Frederick Barbarossa, he shall come again some day...

    Résumé

    (Source: M. Pierre Quentel's site)

    Ar c'himiad (The departure)

    The child Morvan sees one day, arriving in his parents' house, a knight whose appearance, armour and imposing demeanour greatly impress him. He reports it to his mother, as if he had had a vision of the archangel Saint-Michael himself. To his mothers' despair, he takes the first nag he can grasp and leaves to become a knight.

    An distro (The return home)

    At the end of ten years, Knight Lez-Breizh returns to the manor house of his childhood. He finds it neglected and overgrown with brambles. An old woman and a young girl welcome him. The young girl recounts to him that ruin fell on the house from the day when her brother left, ten years ago, and that her mother has died of grief. Brother and sister embrace each other under a flood of tears.

    Marc'heg ar roue (The King's knight)

    A single combat shall take place between Lez-Breizh and a knight of the King named Lorgnez. Before the fight, the Breton entrusts his fate to Saint Anne, promising gifts for her church in exchange for victory. The combat begins, after the two antagonists have hurled violent abuse at each other.
    The next scene shows the page of Lez-Breizh telling how his master has killed thirteen Franks, first of all Lorgnez. Then Morvan goes and thanks the Saint who has protected him.
  • Marc'heg ar Roue was translated into French verses by the author made famous by his long poem "Marie", Auguste Briseux (1803 - 1858) in his "Histoires Poétiques".



  • Morian ar roue (The Moor of the King)

    The King of France invites his knights to defeat Lez-Breizh. The Moor of the King comes forth and challenges the Breton. The duel is fought in presence of the King and turns to the advantage of the hero who severs the Moor's head ; then he suspends it by the hairs from the pommel of his saddle, rides home and hangs up the head on his door. The Bretons, impressed, proclaim : "This is a man, if ever there was one!". New thanks to Saint Anne

    Ar roue (The King)

    This time it is the King himself whom Lez-Breizh is going to fight. His page, his sister, frightened by ominous signs, try to dissuade him.

    Al lean (The hermit)

    Lez-Breizh knocks at the door of a hermit ; but the old man refuses him hospitality, for fear of the King of France. Yielding to his threats, at last he opens. With amazement, he sees a ghost who enters, who holds his head in his hands and asks him to put back his head on his shoulders. He accepts, but imposes on him as a penance to wear for seven years a robe weighed down with lead.
    Seven years later, the old knight is hardly recognizable for anyone but his holy patron Saint Anne who frees him from his burden.
    The page who had been searching for him for seven years, comes to the place where he had retired and recognizes his horse. "Tell me, old man coming to the fountain, who rests under this cairn? - It is Lez-Breizh who rests in this place. He shall awake presently and hunt away the Franks!"



    Lez-Breizh or Les Aubrays?

    Jean de Lannion, Baron des Aubrays, Lieutenant de la maréchaussée et Capitaine des garde-côtes de l'évéché de TréguierHistory books are not prolix about Morvan or Murman. From a narrative by Ermoldus Nigellus (790 - 838) which is part of his Latin poem in honour of Emperor Louis the Pious (814 - 840), we learn that the latter led in 830 a raid against the chieftain Morvan who claimed ruling rights over Southern Brittany. Though the Breton is depicted as a coarse drunkard, the Emperor shows great consideration for him and sends to him in 818 an emissary, Abbot Wichar, who reminds him that he was an exile when he landed with his tribe on the shores of the wide country he now manages. Instead of taking up arms against the Franks, he ought to unite in peace with this Christian people. Morvan very likely did not reign over the whole of Brittany but only the part of it that is now known as Cornouaille. The Chronicle of Reginon of Prüm (842 - 915) states that he died in 837 and that the rule (ducatus) over the Bretons was bestowed on Nominoë, but according to other sources, he died in 818. Nowhere does Morvan's alleged nickname "Lez-Breizh" (or "Lezoù-Breizh") appear. Nor does any dictionary mention the metaphoric meaning "support" for the word "lez", plural "divlez" which is the Breton for "hip", except Le Gonidec's dictionary, cum grano salis... The 1826 edition (p. 307) gives only one translation: "hip". Only in the later editions is the additional mention appended (p. 413)
    "Figuratively: support, defender HV", whereby the last two letters hint at a change made by ... Hersart de la Villemarqué. As for "lez", plural "lezoù", its meaning is "edge of a wood", or "selvedge of a cloth" and its "singulative" "lezenn" means "edging border".

    The clue to this riddle is provided by La Villemarqué himself who admits, albeit under assumption of a confusion in oral tradition, that the songs he connects with "Lez-Breizh", in fact treat of a pious 17th century warrior, Jean de Lannion, Lord "Les Aubrays" or "Lézobré" in the Breton written form. This Lieutenant of the Constabulary of Brittany was successful in ridding Lannion of the bandits who infested the outskirts of the city, in 1634. Then he was appointed by Louis XIII Captain of the barons and the vassals in the Tréguier bishopric and received the command of a company of mounted musketeers whose mission was to watch over the coast between Port-Blanc and Perros-Guirec.


    Saint Anne of Auray and Saint Anne of Trégastel
    The Barzhaz collection, as well as the Luzel and the Penguern collections, highlight the hero's devotion to Saint Anne, named Sainte Anne d'Armor (Santez Ana ar Vor) here, and Notre Dame d'Auray or Sainte Anne de Vannes (Santez Ana Wened) there.
    "Now, so states the musicologist Alfred Bourgeois in his collection 'Kanaouennoù Pobl', the statue of Saint Anne was discovered by Nicolazic near Auray in 1623 and the famous place of worship was not open to the public before 1628". La Villemarqué sweeps away this objection: the similitude of the names "Lezoù-Breizh" and "Les Aubrays" led to assign to the Goëllo warrior, in addition to his own features, in particular, his devotion to Saint Anne, the prodigious adventures of the prince of Léon. Such reasoning is correct, provided that the nickname "Lez(où)-Breizh " was not devised for the purpose in hand and there are many reasons for doubting it.
    But La Villemarqué had foreseen the objection and explains in a note to the song that the "house of prayer" (ti-bediñ) erected by Morvan in honour of Saint Anne on a hill (krec'h) between the Léguer and the Guindy rivers, i.e. between Lannion and Tréguier is the church Saint Anne de Trégastel. And yet this chapel hardly tallies with the description given in verse 192 (The King's Blackamoor): the oldest parts of it date back to the 12th century and not to Morvan's lifetime; it was originally built under the invocation of Saint Lawrence; it is not located on a hill; the nearby "Krec'h Morvan" mentioned by La Villemarqué is by no means so near. However he emphasizes that this church is
    "nearly as popular as the great holy place of Armor, near Auray". Its construction was foretold by the bard Gwenc'hlan himself: "Eüruz, eüruz an ti Etre Beg-Leger ha Gindi" (Happy, happy the house between the mouth of Léguer and the river Guindy), but the source of this excerpt is not given.


    The King's Blackamoor
    The consistency with which La Villemarqué reads "Lez-Breizh" instead of "Les Aubrays" in the ballads he collected is explained by Alfred Bourgeois as follows:
    "...all versions of Lézobré mention the old legend "Morian ar Roue" (the King's Blackamoor) that is also found in the epic fragments titled 'Lez Breizh' by La Villemarqué. This supernatural fight should go back to much older times. La Villemarqué traces it back (in his 'notes' to the songs) to Louis the Pious' time, i.e. 818. He leans on Ermoldus Nigellus' authority, a Frankish cleric who, in a Latin poem, narrated a raid led by the King of France in person, against Morvan, the King of the Bretons. La Villemarqué adds that this is corroborated by an excerpt the 'Annals of Eginhard' to the effect that Louis the Pious, after he had conquered Barcelona, took prisoners and held with him as menservants several Moors who lived in that city ('complures Saraceni comprehensi ad praesentiam imperatoris deducti sunt'); from then on it became fashionable at King's court to have Moorish servants or Moorish guards. Did the fashion last on? There is no evidence that it did, as no other chronicler or historian of the Middle Ages mentions it..."
    Besides, "Saraceni" means "Saracen", whereas the Breton "Morian" means a black-skinned person.



    The severed head
    Conscious of the weakness of his argument, La Villemarqué quotes another passage of Ermoldus Nigellus and compares it with the song titled "the Hermit":
    "When Morvan was slain, his blood-stained head was brought to a monk called Wichar who knew well the Bretons as he owned, on the Breton borderland, an abbey he owed to the King's benevolence. Wichar took the head into his hands, dipped it in the water, washed it and after he had combed and smoothed the hair, he recognized Morvan's face:
    Is caput extemplo latice perfundit et ornat
    Pectine; cognovit mox quoque.
    The hermit in the poem, who is clearly the same Wichar, also takes into his hands Morvan's head and drenches it in the water, but it is holy water that, combined with the sign of the Cross, brings back to life the Breton hero." (Verses 238 with 245).
    If this "head replacing" appears only in the ballad, the squire's vengeance mentioned in verse 261:
    "What profits it that with my own sword
    I slew the murderer of my lord? "
    is also found in Ermoldus' poem:
    "Coslus equo cadens stricto caput abstulit ense...
    Murmanis ante comes Coslum percussit eundem."
    (Cosl, jumped from his horse, and severed his head with his narrow sword...Before he could remount, the squire of Morvan stabbed the afore named Cosl).
    La Villemarqué adds: " The Breton bard also shares the view of all 9th century historians when he shows the blood-stained head of the defeated warrior hanging, as a trophy, from the pommel of Lez-Breizh' saddle." And he quotes the "Life of Saint Conwoion of Redon", dating from that time:
    "Trucidaverunt et capita seorsum posuerunt" (they slew them and beheaded them).
    In this context, the historian Bernard Tanguy, though quite unintentionally, props up La Villemarqué's edifice, when he mentions in his already quoted study on the "Origins of Breton nationalism":
    "Why does he say here nothing of the Welsh bard Llywarc'h Hen? In his Report on his literary mission to Wales, he wrote: " he is still a savage bard who hangs on the pommel of his saddle, to keep it safe from his enemies, the head of the chieftain he loved..."


    Other "proofs" of ancientness
    If the arguments above, set forth by La Villemarqué to make of Morvan the hero of the fragments put together under the title "Lez-Breizh", are questionable, the following considerations are still more so:
  • "Lez-Breizh' sister may have like the hermit and the squire her counterpart in history. [Ermoldus] assigns to him a wife and not a sister. But may we not assume that he merged both on purpose to one person, to make the defeated foe odious, when he slanders the Bretons on the pretence of depicting their low moral standards: Coeunt frater et ipsa soror" (brother and sister sleep together...)?

  • If the warrior defeated by Morvan referred to by the nickname "Lorgnezh" (="lovrnezh", leprosy) may be identified with no historical character, his style "Marc'hek", which La Villemarqué claims to mean solely "horseman" and not "gallant knight" when preceding an offensive name (?), applies to a witness in the Mapbook of Redon (860)!
    But, be it noticed that the opponent to Les Aubrays (see below) is avery bit as mysterious: he is called, depending on the versions, "Koad-ar-Skin" or "Koad-ar-Kin", transcribed here as "Boislesquin" (skin=ray), "Koad-ar-Skevel" or "Koad-ar Ster". However the name "Coat-ar-Sant" in the fourth version collected by Luzel refers to a manor near Plouha that belonged to a certain Claude Le Saint, a relative to Jean de Lannion's mother, Julienne Pinard (Quoted by Luzel after Pol de Courcy).

  • "If there still were room for doubt, the white colour of the targe that the Breton bard assigns to... a knight (verse 13)... could bring the discussion to a close, since this is a feature peculiar to the 9th century, to which Ermoldus refers when he writes: "Scuta candida" (white shield)!

  • Finally La Villemarqué embarks on a painstaking "demonstration" to prove that the story of the child Lez-Breizh is the origin of the Welsh tale of Peredur. This text was translated into English by Lady Charlotte Guest and published in her "Mabinogion" in 1839, before the Breton viscount could use it, so said she, in his study on the "Influence of the Welsh traditions on European literatures in the Middle Ages". (See The Changeling). La Villemarqué avails himself of a long excerpt from "The Second Continuation" by Wauchier of Denain who elaborated on "Percival or the Story of the Grail", which he regards as derived by Chrétien de Troyes from the Welsh Peredur, to expound his favourite theory: the precedence and superiority of Breton oral tradition over its Welsh, Romance and German (Wolfram von Eschenbach) continuators. He considers in particular that Chrétien's text (in fact Wauchier's text) is verbose, littered with bad taste ornaments and too affected. He makes the same remarks about " The Nightingale" by Marie de France.

    It is noteworthy that in Wagner's "Parsifal", the scene when Kundry endeavours to charm the young boy by evoking his mother roughly resembles the dialogue between Lez-Breizh and his sister. This opera was first performed at the Bayreuth Festival House on 26th July 1862. This dialogue (concluding with a kiss on the mouth that his sense of modesty compelled La Villemarqué to omit in his translation) may also be paralleled with the dialogue of Siegmund and Sieglinde, the incestuous siblings, in the "Valkyrie" ("unofficial" première on 26 June 1870). Are we also indebted to the Breton muse for some of the most sublime musical pages ever composed? The odds are that La Villemarqué would not have rejected this hypothesis!

    The Lament on Les Aubrays
    The episodes "the King's Knight" and "the King's Blackamoor" are found in lots of songs collected, among others, by Luzel and Penguern, chiefly in Trégor (Plouaret, Pontrieux, Saint-Laurent, Duault...) and the hero is named "Les Aubrays" instead of "Lez-Breizh", as already mentioned.
    Luzel implies that the missing episodes have their source in La Villemarqué's fancy:
    " This detail ["re-heading" of Lez-Breizh] is to be found in none of the versions I collected. Nowhere do we encounter the Monk or the Hermit featuring in M. de La Villemarqué's ballad."
    But the accusation of forgery brought against La Villemarqué by Luzel and his epigones may be considered ill-founded, since the geographical areas and the social strata investigated by both collectors were thoroughly different.

  • In the present case, La Villemarqué tells us that he learned the "King's Knight" from the singing of an old countrywoman at Loqueffret 20 Km west of Huelgoat in Cornouaille and of a friend of his, the young Countess de Cillart.

  • He quotes, among his other informants, beside scientists or scholars like Victor Villiers de l'Isle-Adam, J-M. de Penguern and Pol de Courcy, "several mountain dwellers from the Arrée Mounts and the Montagnes Noires in Cornouaille, an area where the songs about the Child Lez-Breizh are most popular."

  • "His return to his mother's manor and the beautiful tale of the death of the Breton hero are sung in Plévin.


  • F-M. Luzel collected four songs for which Maurice Duhamel found three melodies and another collector, Narcisse Quélien a fourth one:
  • Les Aubrays -Version 1 - Melody 1
  • Les Aubrays -Version 2 - Melody 2
  • Les Aubrays -Version 3 - Melody 3
  • Les Aubrays -Version 3 - Melody 4 (Quélien)
  • Les Aubrays -Version 4 - Mélodie 2
  • Les Aubrays -Version 5 - Mélodie 4
    Besides J-M de Penguern song collection includes 3 other versions of the same songs:
  • Les Aubrays - Versions Penguern

    The melody noted by La Villemarqué was changed in the third bar by Friedrich Silcher (1789 - 1860), music professor at Tübingen University, for the German verse translation of the Barzhaz published in 1840 in Wiesbaden by A. Keller and E. von Seckendorff under the title "Volkslieder aus der Bretagne". This melody, greatly enhanced by this slight modification is used in a hymn dedicated to Saint Yves, the Breton saint Patron of solicitors. It is the music background of the present page as well as of the Breton lyrics of the song.

    Pol de Courcy's views on this matter

    Boîte contenant le chef de Les Abrays - Confectionnée en 1850, elle porte l'inscription 'Ceff de Lézobré' Luzel quotes in a foot note following the 3rd version of the song "Les Aubrays", a comment by the archaeologist Pol de Courcy ( 1815 - 1891) in his guidebook "From Rennes to Brest and to Saint Malo" published by Hachette:
    " The Hospitalers of Saint Augustine have been running since 1650 a house next to Saint Anne Chapel [in Lannion]. Tradition has it that this chapel was founded by a certain Lord Des Aubrays, from the noble house of Lannion, as a reward for the protection imparted on him by Saint Anne when he was fighting against a Moorish magician. This tradition rests on a Breton ballad circulated in the Saint-Brieux area known as "Goëllo", which is included in the collection of folk songs published by La Villemarqué. It appears however that this learned collector has credited this ballad with too great an ancientness, when he transcribed the name "Les Aubrays" as "Lez-Breizh" ("hip" i.e. "support" of Brittany), which he supposes to be the nickname of Morvan, king of the Bretons who fell in 818 in a skirmish against the Franks of king Louis the Debonair. Les Aubrays is the name of a domain in the Pays de Retz (west of Nantes) brought as her dowry by Guyonne de Grézy, Dame of Les Aubrays, when she married Rolland de Lannion in 1455. Therefore the ballad cannot be dated earlier and we trust that it is, in fact, a much more recent creation... The country bard says that Lord Les Aubrays, who defeated the king's Moor, was beheaded later on by the French and then "reheaded" by a hermit. Goëllo tradition, preserving from age to age the memory of his outstanding gallantry and vigour, has it, that his head was "only" gashed with a saw. And the dilapidated vault of Kermaria-N'Iskuit Chapel, in the parish Plouha, harbours a remarkably solid skull showing evident traces of the aforesaid operation. Now the will made on 21st January 1651 by Jean de Lannion, Lord Les Aubrays and Lizandré in the parish Plouha -and published by Mr Ch. de Keranflec'h - specifies that: "his body should be laid in the vault underneath the large grave in the midst of the choir of Kermaria church." Therefore the identity of the hero of the Trégor and Cornouaille ballads is not questionable. It is more difficult to disentangle legend and historical reality in the deeds of derring-do ascribed to him. Besides, we suggest that the curious ballad included in the Barzhaz Breizh, is like many other songs, a patchwork of fragments dating from different epochs and referring to different heroes."

    The theme of the reunited siblings
    Included in La Villemarqué's first collecting book, on page 61, is a song titled in pencil "Pennherez Koatelez". The topic is the reunion of a brother and a sister after a long separation. Luzel collected 2 versions thereof:
  • The Siblings -1st version, 1st tune.
  • The siblings -2nd version, 2nd tune.
  • The siblings -3rd version, 3rd tune.

    Similar songs were collected by de Penguern (collection T. 89 p.128, T.93 P.88, MS BM Rennes p.58) and H. Pérennès (Annales de Bretagne T.45, P.240, "Minorez Penn-Al-Lenn").
    The plot is appreciably different from "The Return", the 2nd part of "Lez-Breizh", which may reasonably be considered a copying by La Villemarqué of Wauchier's "Continuation Percival". He quotes at length, under the title "Li Romans de Perceval", this piece, back then ascribed to Chrétien de Troyes, in a modernized form derived from the Imperial Library MS, Cangé, #7536.
    At best we may surmise that the genuine folk song prompted the Nizon Bard to this unackowledged "borrowing". He had the audacity to assert, referring to his model in the 1845 edition:
    "No need to say that this is evident palgiarism..."
    In the 1867 edition, the author has become less impudent. He just quotes one of the critics he was clever enough to win over:
    "We feel here evident paraphrasing and imitation, as stated by an eminent connoisseur." (Charles Magnin, in "Scientist's Journal", 1847, p. 455).
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