Le tribut de Nominoë

Nominoë's Tribute

Dialecte de Cornouaille

  • Première publication de ce chant que George Sand estimait supérieur à l'Iliade dans le Barzhaz, 2ème édition, en 1845.
  • "Je tiens ce chant de Joseph Floc'h, cultivateur, du village de Kergerez dans les montagnes." (L.V., argument de l'édition de 1846).
    Dans l'édition de 1867, cette indication est remplacée par les citations d'Augustin Thierry qu'on trouvera plus loin. En revanche l'argument du chant suivant, "Alain-le-Renard" cite comme source commune des deux chants, "un vieux paysan, soldat de Georges Cadoudal".
    Ce soldat était nommément désigné dans l'édition de 1846: il s'agissait "d'un vieux paysan nommé Loéiz Vourriken de la paroisse de Lanhuel-en-Arrée, soldat dans sa jeunesse de Georges Cadoudal."

    On peut se demander si ces histoires de décapitation et de renard dévastateur ne se rapportent pas toutes deux à la Chouannerie. La Villemarqué, à propos du second chant est devenu, en effet, moins affirmatif au cours du temps: En 1846 il écrivait "Le chant de guerre qu'on va lire...se rapporte à une des deux victoires d'Alain Barbe-Torte." En 1867, la même phrase est devenue "...doit se rapporter...

    Francis Gourvil a remarqué (P. 354) qu'il existe un lieu-dit Kerguérez en Leuhan, paroisse où vivait un autre (?) Floc'h, le Michel Floc'h qui chantait la Marche d'Arthur.
    Cf. Le Faucon.
  • Ce chant est absent des manuscrits de Keransquer.
  • Il n'a été publié que par La Villemarqué.
    Selon Luzel et Joseph Loth, cités (P. 389 de son "La Villemarqué") par Francis Gourvil qui se range à leur avis, ce chant pseudo-historique ferait partie de la catégorie des chants inventés.
    Cependant on notera, en dépit des remarques ironiques dont Gourvil assortit cette citation, que l'Abbé Henry écrivait fin novembre 1867 à la "Revue critique" une lettre dont des passages furent reproduits en 1900 dans la "Revue celtique" par d'Arbois de Jubainville. On y lit: "Il y a cinquante ans j'ai entendu chanter le premier vers de Nomenoiou...et l'air du Vin des Gaulois"
    Le même Abbé Henry écrivait le 27 novembre à La Villemarqué: "Tant que nous sommes de bardes aujourd'hui, pourrions-nous ensemble faire le Nomenoiou?"

    La mélodie a été reprise par Ernest Chausson dans son "Roi Arthus", acte 3, scène 1: Chant du laboureur.
  • Le triomphe de Nominoé par Jeanne Malivel (1895 - 1926)

    "Le Triomphe de Nominoé" par Jeanne Malivel (1895 - 1926)
  • Praised by George Sand as superior to the Iliad, this song was first published in "Barzhaz Breizh, 2nd edition, 1845.
  • "I learnt this song from the singing of Joseph Floc'h, a farmer at Kergerez in the mountains". (L.V. "argument" in the 1846 edition).
    In the 1867 edition, this information is replaced by the excerpts from Augustin Thierry's books quoted hereafter. On the other hand the "argument" to the next song, "Alan the Fox" states that both ballads were sung by "an old peasant, who was a soldier in the army of Georges Cadoudal".
    This soldier was precisely called by name in the 1846 edition: it was "an old peasant, named Loéiz Vourriken from the parish Lanhuel-en-Arrée, who served in the days of his youth under Georges Cadoudal".

    One may wonder if both these tales of the double beheading and of the sly fox do not apply to the Chouan uprising, since La Villemarqué has become less peremptory about the second song, as time went by: in 1846 he wrote: "The war cry you are about to read... refers to one of the two victories of Alan Twisted-Beard". In 1867, the same sentence reads "...is likely to refer..."

    Francis Gourvil notes (p. 354) that a place-name "Kerguérez" is found in the parish Leuhan where lived another(?) Floc'h, Michel, the singer of Arthur's March.
    See page The Hawk.
  • This song does not appear in the Keransquer MSs.
  • It was collected only by La Villemarqué.
    According to Luzel and Joseph Loth, quoted by Francis Gourvil (p. 389 of his "La Villemarqué"), this pseudo-historical song was "invented" by its alleged collector.
    However it is noticeable, in spite of the "pithy" remarks which Gourvil appends to his quotations, that Abbé Henry wrote at the end of November 1867 to the "Revue critique" a letter excerpts of which were published in 1900 in "Revue celtique" by d'Arbois de Jubainville. It reads as follows: "Fifty years ago I heard the first stanza of the song Nomenoiou...and the tune of The wine of the Gauls"
    The same Abbé Henry wrote on 27th November to La Villemarqué: "Could the lot of us, bards of the present day, compose the Nomenoiou, even if we put our skills together?"

    The tune appears in Ernest Chausson's "King Arthus", Act 3, scene 1, as the Ploughman's song.

  • Ton
    (mode hypodorien)

    Français English
    I
    1. C'est l'herbe d'or (1) qu'on a fauché
    Car tout à coup il a bruiné.
    -Bataille!-
    Car tout à coup il a bruiné.

    2.-Il bruine sans cesser, disait
    Le grand chef sur les Monts d'Arrez.
    -Bataille!-

    3. Trois semaines qu'il bruine autant,
    Du côté du pays des Francs,

    4. Il bruine tant que je ne puis,
    Voir si revient vers moi mon fils!

    5. Marchand qui parcours le pays,
    Que devient donc Karo, mon fils?"

    6. - Ce Karo, vieil homme d'Arrez,
    Quel est son emploi, son aspect?

    7. - Il a, plein de sens et courage,
    A Rennes mené l'attelage;

    8. A Rennes mené les chariots
    Tirés chacun par trois chevaux.

    9. Chacun portant à part égale
    L'exact tribut de la Bretagne.

    10. - Si ton fils portait le tribut,
    Oh, tu ne le reverras plus!

    11. Car lorsqu'on a pesé l'argent
    Il manquait trois livres sur cent;

    12. L'intendant dit: - Vassal, ta tête,
    Fera la mesure complète."

    13. Puis il a, tirant son épée,
    De ton fils la tête tranchée,

    14. La prend par les cheveux, la lance
    Sur le plateau de la balance!

    15. C'est plus qu'il ne pouvait ouïr,
    Le vieux chef, qui crut s'évanouir.

    16. Sur un roc il se laissa choir
    Ses cheveux cachant son regard.

    17. Se tenant la tête, il gémit:
    "Karo, mon fils, mon pauvre fils!"

    II

    18. Le grand chef chemine à présent,
    Accompagné de tout son clan;

    19. Voilà le grand chef arrivé
    Au château de Nominoë.

    20. - Toi, chef des portiers, dis-moi donc
    Si le maître est à la maison!

    21. - Qu'il y soit ou qu'il n'y soit pas,
    Que Dieu le garde du trépas!

    22. Et tandis qu'il parlait ainsi
    Le seigneur revint au logis.

    23. Il s'en retournait de la chasse
    Précédé de deux chiens folâtres

    24. Il tenait son arc à la main
    Et sur l'épaule un marcassin,

    25. Dont, par la bouche, le sang frais
    Sur sa main blanche s'écoulait.

    26. - Bonjour, honnêtes montagnards!
    Bonjour à vous, noble vieillard:

    27. Quoi de neuf chez vous? Et, surtout,
    Que puis-je donc faire pour vous?

    28. - Dis s'il est un droit, un Dieu, bref,
    Dis, si les Bretons ont un chef?

    29. Au ciel, oui, je le crois, un Dieu,
    En Bretagne un chef, si je peux!

    30. - Celui qui veut, celui-là peut!
    Faire rentrer les Francs chez eux!

    31. Chasser les Francs de ce pays;
    N'y laisser nul crime impuni;

    32. Venger les morts et les vivants,
    Et moi, et Karo, mon enfant,

    33. Karo, mon fils, décapité
    Par le Franc excommunié,

    34. Tué dans sa fleur et dont la tête,
    A servi d'appoint à ta dette.-

    35. Le vieil homme fondit en larmes
    Et ses pleurs coulaient sur sa barbe.

    36. Brillant comme sur un lis blanc,
    La rosée au soleil levant.

    37. Et le seigneur, en le voyant,
    Fit un vœu terrible et sanglant:

    38. -Je jure par ce sanglier,
    Et la flèche qui l'a percé:

    39. De n'ôter le sang de ma main
    Qu'une fois vengé ton chagrin!

    III

    40. Le chef Nominoë a fait
    Ce qu'aucun chef ne fit jamais:

    41. Il s'en fut au bord de la mer
    Pour y remplir des sacs de pierres,

    42. A délivrer comme tribut
    A l'intendant du roi chenu (2).

    43. Le chef Nominoë a fait
    Ce qu'aucun chef ne fit jamais:

    44. D'argent poli et à rebours
    Il a fait ferrer sa monture.

    45. Le chef Nominoë a fait
    Ce qu'aucun chef ne fit jamais:

    46. Il alla, tout Prince qu'il fut
    En personne payer tribut!

    47. -Ouvrez grand les portes de Rennes
    Et voyez le train que je mène:

    48. Des chariots, tous pleins d'argent.
    Je suis Nominoë. J'attends.-

    49. - Descend, seigneur, en ce château,
    Et laisse en la cour les chariots

    50. Et ta monture à l'écuyer
    Et montons à présent souper.

    51. Souper, et, tout d'abord, laver,
    On sonne le cor, écoutez! (3)

    52. -Dans un moment je laverai
    Quand le tribut sera pesé-.

    53. Le premier sac que l'on porta
    (Et fort bien ficelé, ma foi)

    54. Le premier sac que l'on porta
    On lui a trouvé le bon poids.

    55. Dans le second sac transporté
    Le bon poids aussi fut pesé.

    56. Le troisième que l'on pesa:
    -Attendez, le poids n'y est pas!-

    57. L'intendant entendant celà
    Etendit la main vers le sac.

    58. Il saisit vivement les liens
    Et s'efforça d'en dénouer un

    59. - Seigneur intendant, attendez
    Je le coupe avec mon épée.-

    60. A peine il achevait ces mots
    Que l'épée sortant du fourreau,

    61. Au raz des épaules tranchait
    La tête que le Franc courbait,

    62. Ainsi que les nerfs et la peau
    Et une chaine des plateaux.

    63. Dans la balance elle atterrit
    Et le poids y fut bien ainsi.

    64. Mais voilà la ville en rumeur:
    -Que l'on arrête ce tueur!

    65. Vite, des torches, il s'enfuit!
    Courons, courons vite après lui!-

    66. -Oui, des torches, vous ferez bien:
    Il fera nuit noire en chemin!

    67. Et le gel pourrait bien user
    Vos souliers si vous me suivez,

    68. Vos souliers en cuir bleu doré!
    Mais vous n'userez plus jamais

    69. Vos balances ni vos pesons
    A peser des cailloux Bretons!-

    -Bataille!-


    1 L'herbe d'or ou "sélage" est une herbe réputée magique qui ne peut être coupée par le fer, sans que le ciel se voile et qu'il arrive un grand malheur. Cf: Herboristerie bretonne. retour

    2 L'empereur Charles surnommé le Chauve. retour

    3 On se lavait les mains au son du cor avant le repas. retour


    Trad. Ch. Souchon (c)2003
    I
    1. Gold herb (1) was mown by somebody.
    For it has drizzled suddenly .
    -Let's fight!-
    For it has drizzled suddenly.

    2. "It drizzles, it drizzles", has said
    The chief, from the Mount of Arrée.
    -Let'us fight!-

    3. "For three weeks it has been misty,
    Far towards the Frankish country,

    4. So that by no means can I see,
    If my dear son returns to me!

    5. Merchant, who travels many lands,
    Did you hear of Karo, my son?"

    6. -Maybe, old father of Arrée,
    But how looks he and what does he?

    7. A man of sense, a man of heart
    Who went to drive to Rennes the carts;

    8. Who went to Rennes with the barrows
    That horses bound three by three draw.

    9. Well divided each cart carries
    Brittany's tribute faithfully.

    10. Is your son the tribute-bearer?
    You may wait for him no longer!

    11. When they came to weigh the silver
    There lacked 3 pounds in each hundred;

    12. And the steward has said: "Your head,
    Vassal, shall then complete the weight."

    13. And suddenly his sword he's drawn
    And cut off the head of your son!

    14. And he has grasped it by the hairs
    And he has thrown it on the scales

    15. The old chief when he heard that news
    Staggered and he was like to swoon.

    16. Harshly upon the rock he fell
    Hiding his face with his white hair.

    17. And his head in his hands, he moaned:
    "Karo, my son, my poor dear son!"

    II

    18. The great tribal chief has set out
    And by his kindred he's followed

    19. The great tribal chief approaches
    The house where Nominoë lives.

    20. -Tell me, o head of the porters,
    Is he at home now, the master?

    21. -Be he there or be he not there,
    God keep him always in good health!-

    22. And he was still to him speaking
    When the Lord came to his dwelling.

    23. He was returning from the hunt
    Preceded by great playful hounds

    24. In his hand he held still his bow
    On his shoulder carried a boar.

    25. From the mouth of the beast fresh blood
    Was flowing upon his white hand.

    26. Hail to you, honest mountaineers!
    First of all, to you, tribal chief:

    27. What news are you bringing to me?
    What do you want to know from me?

    28. -If a law and a God there be;
    Is there a chief in Brittany?

    29. There is a God to my belief.
    And if I can, there is a chief

    30. In Brittany. -He who will, can!
    And who can, drives away the Frank!

    31. Drives him from his country away
    Avenges it now and always,

    32. Avenges who lives and who died,
    And me and Karo, my dear child.

    33. My poor son Karo, beheaded
    By the excommunicated,

    34. Beheaded in his prime, alas,
    To balance the weight in the scales.

    35. And the old man began to weep
    And his tears flowed down his grey beard.

    36. As the dew at the rising sun
    On a lily flower they shone.

    37. And the Lord when his tears he saw
    Swore a terrible, bloody oath.

    38. By this boar's head and the arrow
    Which has pierced it, I do swear now:

    39. I won't wash the blood from my hand
    Before washing my country's wound!

    III

    40. And chief Nominoë has done
    What no chief did, but he alone:

    41. He went with bags to the sea shore
    And gathered pebbles more and more,

    42. Pebbles as tribute to tender
    To the bald emperor's (2)steward.

    43. And chief Nominoë has done
    What no chief did, but he alone:

    44. With polished silver has he shod
    His horse, and with reversed shoes.

    45. And chief Nominoë has done
    What no chief did, but he alone:

    46. For, Prince as he is, he has gone
    To pay the tribute in person!

    47. -Open wide the big gates of Rennes
    That I make entry in the town,

    48. With chariots full of silver
    'tis Nominoë who is there.-

    49. -Alight, my lord, and come ahead
    And leave your chariots in the shed

    50. Leave to the equerry your horse
    And come and have supper above.

    51. Come to soup, to wash, first of all
    Hear you them sound the water-horn ? (3)

    52. -I will wash presently, my laird
    When the tribute shall have been weighed

    53. The first bag they had to carry
    (And it was tied right properly)

    54. The first bag they had carried down
    Was of the weight agreed upon.

    55. The second bag which they had brought
    Also of a right weight was found.

    56. The third bag they weighed: -Aha! ha!
    Aha! ha! This weight is not right!-

    57. When the steward heard it, he had
    Extended his hand to the bag.

    58. And quickly he had seized the cord
    And to untie it endeavoured...

    59. Wait a moment, Master Steward
    I will cut it off with my sword.

    60. Hardly had he finished these words
    That his sword leaped from the scabbard,

    61. And it struck close to the shoulders
    The head of the double bent steward,

    62. And that it had cut flesh and nerves
    And beside one chain of the scales.

    63. In the scale had fallen the head
    And thus now the balance was made.

    64. But behold the town in uproar:
    -Come on, and stop the murderer!

    65. -He flees, he flees, quick, torches bring!
    Let us run quickly after him!

    66. -Bring torches! And you will do right:
    Frozen is the road, black the night!

    67. But I greatly fear you will wear
    Your shoes if follow me you dare,

    68. Your shoes of blue gilded leather!
    But your scales you will use no more;

    69. Your golden scales in weighing stones
    Brought as tribute by the Bretons.

    -Let's fight!-


    1 The golden herb or "selagium" is a magic herb that should never be cut with an iron blade which causes the sky to turn cloudy and a calamity to happen. Cf: Breton Herbal. back

    2 The Emperor Charles, surnamed the Bald. back

    3 Before the repast, at the sound of the horn, one washed one's hands. back


    Transl. Ch.Souchon (c)2003



    Vers le texte breton
    To the Breton text


    Résumé
    Karo conduisait l'expédition chargée de livrer le tribut annuel au Roi de Francs. Pour faire bonne mesure, les Francs lui avaient coupé la tête qu'ils avaient jetée dans la balance. Pour venger la mort du fils du Chef d'Arrée, Nominoë alla porter lui-même le prochain tribut: des sacs remplis du poids convenu non point d'or, mais de cailloux! Cette fois, ce fut la tête de l'intendant qui servit d'appoint. Nominoë avait jeté le masque: après avoir longtemps feint de se soumettre à la domination de l'empire franc, il fut vainqueur de Charles le Chauve à la bataille de Ballon (845), et annexa les pays de Rennes et de Nantes, qui jusqu'à une récente réforme administrative, n'ont pas cessé de faire partie du territoire breton. L'aristocratie bretonne s'empressa d'adopter la langue des provinces conquises, de sorte que cette date marque le début du recul de l'idiome national.

    Un large éventail d'appréciations
    George Sand écrira en 1856, dans "La filleule", au sujet du Barzhaz Breizh:
    "Une seule province de France est à la hauteur dans sa poésie, de ce que le génie des plus grands poètes et celui des nations les plus poétiques ont jamais produit: nous oserons dire qu'elle le surpasse: Nous voulons parler de la Bretagne... Le Tribut de Nominoë est un poème de 140 vers plus grand que l'Iliade, plus beau, plus parfait qu'aucun chef-d’œuvre sorti de l'esprit humain."
    A l'inverse, André Chédeville et Hubert Guillotel, dans "La Bretagne des saints et des rois" (1984, Editions Ouest-France), écrivent (p.229):
    "Au lieu d'avouer nos ignorances, beaucoup ont trop souvent substitué à la trame extraordinairement ténue du tissu historique une représentation idéale qu'ils ont forgée. Le branle fut donné assez tôt, mais le pas décisif paraît avoir été franchi avec le "Tribut de Nominoë", poème de 140 vers inséré dans le "Barzhaz Breizh" dont La Borderie publia la traduction au tome II de son "Histoire de Bretagne" [où il lui attribue le surnom de "Tad ar Vro", Père de la patrie]. Inutile de s'interroger sur la façon dont La Villemarqué a établi son texte. Pour un esprit tant soit peu familier de l'histoire du Haut Moyen Âge, la seule lecture de ce poème suffit à se persuader de son manque total d'intérêt. Vouloir reconnaître en Nominoë le créateur de la nation bretonne, c'est se condamner à ne pas comprendre l'histoire de Bretagne du IXème siècle.".
    C'est donc plus à La Villemarqué qu'à ses mérites propres que Nominoë, devenu premier Duc de Bretagne en 846, devrait d'être considéré par certains comme le Père de la patrie bretonne.
    C'est, me semble-t-il, la thèse que défend M. Bernard Tanguy dans son ouvrage "Aux origines du nationalisme breton" déjà cité. Cette "sensibilité", comme disent les journalistes, se fonderait d'avantage sur des fictions qui ont vu le jour au XIXéme siècle, que sur une connaissance raisonnée des faits historiques.

    Une origine inconnue
    Bien entendu, pour qui s'intéresse autant aux qualités littéraires et poétiques qu'à la portée historique de ce texte, la question de son origine et de ce qu'il doit à l'authentique tradition orale, est du plus haut intérêt. Qu'il soit basé sur une véritable gwerz populaire (ou plusieurs), cela ne fait aucun doute.
  • C'est ainsi que la formule que l'on trouve aux strophes 40, 43 et 45 "Et il fit ce qu'aucun...ne fit jamais" est un cliché que les gwerzioù affectionnent.
  • Il en est de même, aux strophes 53 à 56, de l'énumération en trois points: le premier sac, le second sac, le troisième sac.
  • Ou, à la strophe 60, de l'expression qui structure le récit "A peine il achevait ces mots..."

    Comme la plupart des trente pièces ajoutées au corpus dans l'édition de 1845, c'est un poème subversif, où le nationalisme local breton s'exprime de façon agressive.
    On le verra à propos du chant Jeanne la Flamme, Francis Gourvil considère les vingt chants de ce type comme des inventions du Barde de Nizon.
    Comme l'a indiqué M. Donatien Laurent dans son étude sur les "Sources du Barzaz Breiz", après une campagne de collectes centrée sur les domesticité du manoir natal de Nizon-Pont Aven au cours de la période 1833-1837, La Villemarqué déclare lui-même avoir étendu ses investigations à d'autres groupes sociaux et d'autres régions: il avait
    "recherché de préférence les mendiants, les chiffonniers ambulants, les tisserands, les tailleurs les sabotiers, toute la population nomade et chanteuse du pays" (page IV de la préface de 1867), et avait parcouru les "Monts d'Arrée" (souvent il les confond avec les "Montagnes Noires"), interrogeant en particulier des vieillards, dont il dit, "qu'ils avaient fait partie des bandes armées du dernier siècle, [entendez "de la chouannerie"] et dont la mémoire quand elle consent à s'ouvrir, est le répertoire national le plus riche qu'on puisse consulter".
    Malheureusement, le premier carnet de collecte déchiffré par M.Laurent ne nous apprend rien au sujet de la genèse de ce texte, non plus semble-t-il que les deux autres carnets.
    Le seul brevet d'authenticité, dont se prévaut abondamment le Barde de Nizon, est la citation que fait de ce poème Augustin Thierry dans "Dix ans d'études historiques", lequel voit dans ce texte
    "une peinture énergiquement symbolique de l'inaction prolongée du prince patriote et de son brusque réveil, quand il jugea que le moment était venu".
    Bien entendu, une telle démarche relève plus du sophisme que de la logique.

    Le Nominoë des historiens
    Contrairement à ce que le jugement porté sur ce texte par MM. Chédeville et Guillotel pourrait laisser croire, Augustin Thierry et La Villemarqué qui le cite considéraient que ce qui en faisait l'intérêt, c'était l'"esprit général" qu'il reflétait, plutôt qu'"aucun trait précis" (Notes, p.118 ed. 1867).
    Aujourd'hui, on s'accorde pour voir en Nominoë un personnage issu d'une puissante famille bretonne longtemps fidèle aux Carolingiens. Lui-même fut investi d'importantes fonctions (comte de Vannes, "missus imperatoris" et "ducatus ipsius gentis" des Bretons depuis 831) au service de Louis le Pieux et s'efforça de maintenir la paix entre les nombreux comtés bretons. Personnellement lié à Louis par serment, il lui reste fidèle lors de la crise dynastique de 833 qui voit la déposition provisoire de l’empereur. Il est exceptionnel que la fonction ne soit pas remplie par la noblesse franque.
    Après la mort de Louis, en 840, Nominoë soutint Charles le Chauve contre son frère Lothaire et reçu en récompense d'immenses domaines, dans une Bretagne bien intégrée à l'Empire. C'est l'arrivée à la tête du comté de Nantes de Renaud d'Herbauge, un dangereux rival, qui poussera Nominoë à s'affranchir de la tutelle carolingienne et à ériger la Bretagne en duché indépendant. Mais c'est Renaud et non Nominoë qui ouvrit les hostilités en franchissant la Vilaine à Messac. Au cours de la sanglante bataille (24 mai 843), il fut tué par Lambert II de Nantes, le fils du précédent comte qui n'étant pas reconnu dans cette fonction par Charles, s'était fait l'allié de Nominoé. La Bretagne avait cessé d'être une terre d'empire.
    Nominoë profita des difficultés rencontrées par Charles dans ses efforts pour pacifier l'Aquitaine, pour dévaster le Maine. Puis il refusa de promettre obéissance et fidélité à Charles comme l'avaient fait Lambert et Pépin II d'Aquitaine. Ce changement d'équilibre des forces incita le roi à tenter une expédition rapide pour vaincre ce suzerain récalcitrant. Il est défait le 22 novembre 845 à Ballon (près de Redon). Cette défaite eut un énorme retentissement, parce que le roi avait pris une part active dans les opérations et que la rumeur de sa mort s'était même répandue. Battu trois fois par les Vikings, Nominoë doit traiter avec eux pour qu'ils s'éloignent de Bretagne. Deux ans après, il s'empare d'Angers et des pays voisins.
    Rendant compte d'une entrevue que Nominoë eut avec Charles en été 846, le chroniqueur désigne le chef Breton, par le titre de "Duc", ce qui n'empêcha pas ce dernier de multiplier les actes d'insoumission, tels que la déposition de cinq évêques bretons en 849.
    A cause de la défection de Lambert II de Nantes, il annexe ensuite Nantes et Rennes en 850, lance des raids sur le Bessin et le Comté du Maine. Nominoë mourut à Vendôme le 7 mars 851, après avoir conquis le Maine et l'Anjou. Son fils Erispoë, second duc et premier roi de Bretagne, lui succéda.

    Le roi Nominoë?
    La ville de Redon se développa autour de l'abbaye fondée par Nominoë à l'initiative de son ministre, Saint Konwoïon. Bien qu'une plaque apposée en 1934 sur le rempart le déclare "premier roi de Bretagne, Nominoë ne porta jamais ce titre.
    Son curieux nom qui existe aussi sous les formes "Nevenoe", "Noménoé", "(Saint) Neveno(u)", "Nemenoiou", "(Saint) Venou" est certainement breton. Peut-être est-il parent du mot gaulois "nemeton" qui désigne le sanctuaire à ciel ouvert, puis le ciel comme lieu mystique, comme le breton "neñv" et l'irlandais "neamh" (cf. "Coatnevet" dans La vie de Saint Ronan).
    Outre les poèmes vantant ses exploits, Nominoë inspira à ses ennemis des chants satiriques tels que celui-ci, cité par La Villemarqué. Il fut composé par les moines de Saint Florentin-sur-Loire dont il avait détruit le monastère:
    Quidam fuit hoc tempore
    Nomenoius nomine.
    Pauper fuit progenie:
    Agrum colebat vomere.
    Sed reperit largissimum
    Thesaurum terra conditum.
    Quo plurimorum divitum
    Junxit sibi solatium.
    Dehinc per artem fallere
    Coepit qui mox succrescere.
    Donec super cunctos ope
    Transcenderet potentiae...
    Au temps jadis il y avait
    Un dénommé Nominoë.
    Si pauvres étaient ses parents,
    Qu'il charruait lui-même son champ.
    Mais il découvrit un trésor
    Immense caché dans la terre
    Et qui lui servit à se faire
    Des amis plus riches encor.
    Et possédant l'art de l'intrigue
    Aux plus hauts rangs il se hissa.
    Grâce au trésor bientôt il fig-
    Ura parmi les potentats.

    Le Nominoë des poètes
    Les poèmes ci-après montrent que le "Nominoë" de La Villemarqué, pas plus que son "Arthur", est loin d'être tombé dans l'oubli. Outre la pièce de théâtre inclassable de Jakez Riou (1935), "Nominoé,-oé", il a inspiré les poèmes qu'on va lire.
    Son auteur, Emile Le Scanff dit "Glenmor" (1931 - 1996), fut un remarquable poète et auteur-compositeur et un défenseur, sans doute parfois outrancier, de l'identité bretonne.
    Comme ils évoquent le "Gwenn-ha-du", créé par Morvan Marchal en 1925, force est de comprendre que le combat auquel ces textes à la fois beaux et sulfureux appellent, n'a rien d'historique et s'adresse aux Bretons d'aujourd'hui.
    S'ils figurent ici, ce n'est certes pas que je considère que les innombrables Bretons dont les noms sont gravés sur les stèles du mémorial de la "Grande" guerre à Sainte Anne d'Auray, soient autant de brebis égarées, tombées au service d'étrangers qui les oppriment. Je n'ai aucun doute sur le sens à donner au "Marv evit ar vro" gravé sur certains monuments aux morts de Basse-Bretagne.
    Non, c'est avant tout parce que ces "Marseillaises" à la mode de Bretagne - et à peine plus excessives que leur auguste modèle apportent la preuve:
  • du talent exceptionnel de l'auteur,
  • de l'expressivité de langue bretonne qui justifie qu'on la défende avec une telle fougue,
  • de la pérennité de l'héritage de La Villemarqué dans l'imaginaire collectif breton.

    Une approche plus raisonnable
    Paul-André Bempéchat aborde en ces termes la question des conflits de loyauté dans son ouvrage sur le "génial touche-à-tout", Jean Cras:
    "Vers 1900, des Bretons instruits s'étaient rendu compte que le liens moraux et politiques qui les attachaient à la fois à leur province armoricaine et à la république française étaient également solides et inébranlables. C'était pour eux un choc moral et une chose difficilement compréhensible et encore moins admissible que la dérision avec laquelle on traitait officiellement leur patrie. Les écrits du poète aimé de tous, YB Calloc'h (1888-1917), originaire de l'Île de Groix et du musicien-devenu-politicien, le Rennais Maurice Duhamel (1884-1944) reflètent les aspects poignants et la complexité de ce dilème identitaire. Calloc'h qui avait adopté le pseudonyme bardique de Bleimor avait été le membre éminent de plusieurs sociétés savantes qui, en cette fin de 19ème siècle, bataillaient non seulement pour restaurer la réputation de l'héritage culturel de leur province, mais aussi pour obtenir un maximum d'autonomie culturelle, même s'il n'était nullement question d'autonomie politique. Cette multitude de groupuscules, tant catholiques que neutres sur le plan confessionnel ou politique, faisaient un contre-feu à la rhétorique incendiaire fédéraliste en propageant leurs idées dans les médias connus ou confidentiels. Pendant la "Grande" guerre, Calloc'h écrivait:
    "La guerre peut jouer en notre faveur:...L'Alsace-Lorraine, une fois retournée à la France, aura des privilèges spéciaux. Son langage sera enseigné dans toutes ses écoles. Cela ne peut être pour nous qu'un bon présage et mérite notre soutien. Nous l'aiderons à conserver ce qui lui appartient et réclamerons des autorités les mêmes droits et privilèges. Notre tâche primordiale et la plus urgente sera de préserver nos langues."
    Convaincu que la France victorieuse assurerait à la Bretagne la survivance de sa culture, Calloc'h fut engagé volontaire dés qu'éclata la guerre... Comme près de 250.000 autres Bretons, Calloc'h fit à la France le sacrifice de sa vie."
    Les espoirs de JM. Calloc'h étaient vains: le 21 juillet 2008 les deux chambres réunies en congrès adoptaient l'amendement à la Constitution selon lequel:
    Article 2: La langue de la République est le français.
    Article 75, alinéa 1er: Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France.
    Ce dernier article permet d'accorder une aide publique au développement de ce patrimoine. Il n'autorise pas la reconnaissance desdites langues comme langues officielles dans les départements où on les parle, ni d'en faire un véhicule principal de l'enseignement public.
    L'article 2 interdit la ratification par la France de la "Charte européenne des langues régionales et minoritaires", considérée comme menaçant l'unité nationale.
    Rappelons que le deuxième prix Nobel de littérature décerné à un écrivain français, le fut à Frédéric Mistral, en 1904, pour son oeuvre en provençal! Depuis longtemps, hélas, le provençal, moribond, a cessé de "menacer l'unité nationale"...
    Et signalons aussi que l'article 2 est régulièrement violé sur les sites officiels du gouvernement français qui publient certaines études seulement en anglais, alors qu'elles intéressent aussi les lecteurs français...
  • Résumé
    Karo led the expedition sent to deliver the yearly tribute to the King of the Franks. To round off the weight, the Franks had cut off his head which they had thrown on the scales. To avenge the death of the son of the Arrée Chief, Nominoë himself, carried the next tribute: sacks filled with the weight agreed upon, not of gold, but of stones! This time, it was the steward's head that was used to tip the scales. After long-lasting submissiveness to the Frankish emperor, Nominoë had unmasked: having defeated Charles The Bald at the battle of Ballon (845), he annexed the lands around Rennes and Nantes, which have been, since then, part of the Breton territory until a recent administrative reform separated Nantes from it. But the Breton aristocracy very soon adopted the language of these new provinces, so that the decline of the national idiom may be traced back to this date.

    A broad spectrum of assessments
    Concerning the "Barzhaz Breizh", George Sand wrote in 1856 in her essay "La filleule":
    "Only one province in France may vie with the poetry of the greatest authors or with the poetic production of the most renowned nations, past and present: we will go as far as to assert that this poetry even surpasses all others: the province I mean is Brittany... "Nominoë's Tribute" is a poem in 140 lines that is even greater than the Iliad, more beautiful and perfect than any masterwork produced by human mind."
    At the opposite end of the spectrum, André Chédeville and Hubert Guillotel, in "Saints and Kings of Brittany" (1984, Ouest France Editions) state (p.229):
    "Instead of admitting to their ignorance, many were those who complemented the particularly thin web of data provided by historical documents with ideal representations forged by themselves. The bell was set swinging rather early, but the decisive move was made when "Nominoë's Tribute" was published, a 140 line strong poem included in the "Barzhaz Breizh", a translation of which was attached by La Borderie to his textbook "History of Brittany" [who found for him the nickname "Tad ar Vro", "father of the land"]. It is no use speculating about the origin of the text proposed by La Villemarqué, or to what transformations he subjected it. Anyone, however little conversant with early medieval history, will satisfy himself that this poem is of no value whatsoever to the historian. Whoever recognizes in Nominoë the creator of the Breton nation, never will understand the history of 9th century Brittany."
    If Nominoë, who in 846 advanced to be the first Duke of Brittany, was considered by many as the father of the Breton nation, it was less on account of his own merits, than of La Villemarqué's poetic skills.
    This is, I take it, the thesis postulated by M. Bernard Tanguy in his already addressed study on "The Origins of Breton Nationalism". According to him, this political persuasion is based on fictions that arose from the 19th century literature, rather than on a soundly reasoned analysis of historically ascertained facts.

    An unknown origin
    Of course, if you consider, not only the historical import, but also the literary and poetical value of this text, the issue of its origin and of the part of genuine oral tradition it contains, is of crucial importance. That it is based on a true folk ballad (or several ballads) is beyond doubt.
  • The phrase repeated in stanzas 40, 43 and 45 "And chief Nominoë has done What no chief did, but he alone" is a customary cliché in the "gwerzioù".
  • So is, in stanzas 53 with 56, the listing of three items, here, the first bag, the second bag, the third bag.
  • Or, in stanza 60, the structuring phrase: "Hardly had he finished these words, that.."

    Like most of the thirty pieces added to the extant body in the 1845 edition, the present poem is a subversive one, where Breton patriotism is expressed in a warlike way.
    As we shall read in connection with the Joan the Arsonist, Francis Gourvil considers all the twenty songs in this category as mere inventions of the Bard of Nizon.
    As stated by M. Donatien Laurent in his study on the "Sources of the Barzhaz Breizh", after a first collection campaign focussing on the domestic staff of his native manor at Nizon-Pont Aven in the period 1833-1837, La Villemarqué himself declares that he extended his investigations to other social communities and other areas. He had, so he writes on page IV of the preface to the 1867 edition,
    "visited preferably beggars, wandering ragmen, weavers, tailors, clog-makers, and all the wandering and singing folks of our countryside." Moreover, he had travelled the Mounts of Arrée (apparently he often means the "Black Mountains"), asking in particular old men who, so he says , " Had served in the armed bands of the past century [i.e. in "Chouan bands"] and whose memory, when it accepts to open up, has retained the most complete repertoire of national lore you may consult."
    Unfortunately, in the first collecting book deciphered by M. Laurent, no handwritten record that could be regarded as the origin of this text is kept. Nor in the two following books, apparently.
    The only "proof" of authenticity of which the Bard of Nizon takes advantage without restraint, is that this poem was quoted by no less than the famed historian Augustin Thierry in "Ten years of historical researches", where this poem is described as
    "a symbolic but lively description of the prolonged inactivity of the patriotic prince and of his sudden awaking when he judged the time was ripe for it".
    Of course this way of reasoning is more sophism than logic.

    The historical Nominoë
    In contradiction to MM. Chédeville and Guillotel's statement, Augustin Thierry and La Villemarqué who quotes him considered that the most interesting information conveyed by this text is about the "overall mental framework of the time concerned", rather than "any specific event" (Notes P.118, 1867 edition).
    Nowadays, historians generally agree that Nominoë was a man of note stemming from a family of Breton rulers who had been for a long time supporters of the Carolingians. He himself was vested with important functions on behalf of Louis the Pious: Count of Vannes, "Missus imperatoris" and "Ducatus ipsius gentis" of the Bretons as from 831 and had been striving to maintain peace among the many Breton counties. Bound by an oath to Louis, he remained loyal during the dynastic crisis in 833 that caused the emperor to be temporarily deposed. It was exceptional that a count's function would not exercised by a Frank.
    When Louis died in 840, Nominoë first supported Charles the Bald against his brother Lothair and was rewarded with important domains in Brittany which, at the time, was a regular part of the Empire. It was when a dangerous antagonist, Renaud d'Herbauge was appointed as Count of Nantes, that Nominoë was prompted to free himself from the Carolingian overlordship and to make of Brittany an independent duchy. But Renaud, not Nominoë engaged in open hostilities, when he crossed the Vilaine river at Messac. During the bloody combat (24th May 843), he was killed by Lambert II of Nantes, the son of the former Count of Nantes who, as he was not acknowledged by Charles, adhered to Nominoë. Brittany no longer belonged to the Empire.
    Nominoë took advantage of the trouble encountered by Charles when endeavouring to pacify Aquitaine, to raid into Maine and plunder the territory. Then, unlike Lambert and Pepin II of Aquitaine, he refused to swear obedience and allegiance to Charles. This imbalance of forces prompted the king to attempt a quick raid against his reluctant vassal so as to coerce him into obedience. But he was defeated on 22nd November 845 at Ballon, near Redon. This defeat created a considerable stir in public opinion because the king had taken an active part in the expedition and rumours of his death had circulated. Three times vanquished by the Vikings, Nominoë must negociate their departure from Brittany. Two years later, he captures Angers and the surrounding area.
    In an account of an interview between Nominoë and Charles in the summer of 846, a chronicler styles the Breton ruler "Duke of Brittany", which did not prevent the latter to increase his insubordinate attitude, for instance by deposing five bishops in Brittany in 849.
    Because of Lambert I's failure to support him, he then annexed Nantes and Rennes in 850, and raided on Bessin and the county of Maine. Nominoë died in Vendôme, on 7th March 851, after he had conquered Maine and Anjou. His son Erispoë succeeded him as the second Duke and the first king of Brittany.

    King Nominoë?
    The town of Redon spread around an abbey founded by Nominoë on behalf of his minister Saint Konwoïon. In spite of a plaque affixed in 1934 on the rampart climing that he was the "first king of Brittany", Nominoë never . styled himself a king.
    His curious name also exists as "Nevenoe", "Noménoé", "Saint Neveno(u)", "Nemenoiou", "Saint Venou". It is without doubt a Breton name, maybe related to the Gaulish "nemeton" that meant an open air sanctuary, then the sky as a mystic place (heaven), like the Breton "neñv" and Irish "neamh" (see "Coatnevet" in The Life of Saint Ronan).
    Beside poems extolling his merits, Nominoë inspired his enemies with satiric songs like this one, quoted by La Villemarqué. It was composed by the monks of Saint Florentin-on-the-Loire whose abbey he had ruined:
    Quidam fuit hoc tempore
    Nomenoius nomine.
    Pauper fuit progenie:
    Agrum colebat vomere.
    Sed reperit largissimum
    Thesaurum terra conditum.
    Quo plurimorum divitum
    Junxit sibi solatium.
    Dehinc per artem fallere
    Coepit qui mox succrescere.
    Donec super cunctos ope
    Transcenderet potentiae...
    There was at that time a certain
    Man whose name was Nominoë.
    Born to indigent parents,
    He would plough his field by himself.
    But once he dug up a treasure
    That was hidden below ground.
    So that of many moneybags
    He could soon secure the support.
    Then skilled in the art of swindling
    He set to ascending the grades.
    Piling up riches on riches
    He was at last a potentate.

    The legendary Nominoë
    The poems below demonstrate that Nominoë as featured in La Villemarqué's ballad, no less than his "Arthur", did not fall in oblivion. Beside the unique theatre play by Jakez Riou (1935) titled "Nominoë-oé", he inspired the poems you are about to read.
    Their author, Emile Le Scanff, aka "Glenmor" (1931 - 1996) was a remarkable poet, composer of songs and songster. He also defended with (sometimes too much) conviction the Breton identity.
    Since the present poems evoke the Breton flag "Gwenn-ha-du", devised in 1925 by Morvan Marchal, the uprising to which these beautiful and subversive poems call the Bretons, does not refer to an historic event but is to take place in the present times.
    If these pieces are included on this site, one should by no means infer that I share the point of view they represent, or that I consider the countless Bretons whose names are engraved on the WWI memorial at Sainte Anne d'Auray as as many submissive victims who sacrificed their lives for the benefit of a foreign oppressor. Nor is it one second's doubt in my mind about the meaning of the words "Marv evit ar vro" one can read on many a war memorial in Lower Brittany.
    The reason for this inclusion is that these "Marseillaises" in Breton fashion - whose extravagant violence is hardly more outré than in their famous model- clearly demonstrate:
  • the author's exceptional talent,
  • the expressiveness of the Breton language, which deserves to be defended with such spirit,
  • the durability of La Villemarqué's legacy in the Breton collective psyche.

    A more commonsense point of view
    Paul-André Bempéchat clarifies the issue of conflicting allegiances in his book on the "polymath" Jean Cras as follows:
    "By 1900 educated Bretons had realized that their moral and political allegiances both to the Armorican Province and to the French Republic were equally strong and equally unwavering. Morally confounded, they could hardly understand, much less accept official derision of their homeland. The writings of the beloved poet YB Calloc'h (1888-1917), from the Île de Groix and musician-turned-politician Maurice Duhamel (1884-1944) from Rennes reflect the poignancy and complexity of this spiritual affliction.
    Calloc'h who adopted the Bardic pen name Bleimor had been a prominent member of several "sociétés savantes", that, as the 19th century drew to its close, were struggling, not only to regain respect for the province's heritage, but to obtain a maximum degree of cultural though not political autonomy. These myriad groups, Catholic as well as religiously or politically neutral, countered the inflammatory federalist rhetoric by disseminating their ideas through both the known and underground media. During the Great War, Calloc'h wrote:
    "The war can work to our advantage:... Alsace-Lorraine, when returned to France, will have special privileges... Her language will be taught in all her schools. This will bode well for us. We will approve of it and help her preserve what is her and we will claim the same rights and privileges from the authorities . Our primordial, most urgent task will be to protect our language."
    Believing that a victorious France would assure Brittany's cultural survival, Calloc'h enlisted voluntarily in the army at the outbreak of the Great War... Along with nearly 250,000 other Bretons, Calloc'h made the ultimate sacrifice for France."
    YB Calloc'h's hopes were thwarted: on 21st July 2008 the Congress of the two houses passed an act amending the Constitution to the effect that:
    art.2: French is the language of the Republic,
    art.75, al. 1: The local languages are part of the French heritage.
    Pursuant to the latter article, government funding actions promoting this heritage become lawful. But local languages do not qualify as official languages in the "départements" were they are spoken and they may not be used as a main vehicle for public education.
    Article 2 does not allow the "European Charter for regional or minority languages" to be adopted by France, as it is considered a menace for the unity of the nation.
    Let us mention here that the second French winner of the Nobel prize in literature was Frédéric Mistral, in 1904, who was thus rewarded for his works in Provençal language! Since long, alas, dying out Provençal has ceased "menacing" the Republic.
    Let us also mention that article 2 is commonly violated on official sites maintained by the French government, where some studies are published only in English, though they provide information, which is relevant for a French speaking audience, too.
  • Line

    Trois poèmes de Glenmor et un poème de Bleimor

    Three poems by Glenmor and one by Bleimor

    KAN-BALE NEVENOE

    1. Skoulmet mat eo hirie
    Chadenn ar goskored.
    Kousket noz, kousket deiz
    Kalon ar Vretoned.
    Ma'z eo du an noz
    Dindan wask pounner ar Gall!
    Disoñjet-krenn eo ho ano.
    Ma'z eo du an deiz
    D'argadourien ur vro dibal!
    Piou a sammo bir ha kleze?

    Nevenoe! Nevenoe! Nevenoe!

    2. Med an deiz e c'hwezho
    Avel menez Arrez!
    Med un deiz e luc'ho
    Tangwall menez Kerne!
    Ra vo dihunet
    Nerzh ha lorc'h an argadour
    E skeud pounner
    Ar "Gwenn-ha-du"!
    Ea vo dismantret
    Korf ha gwad an enebour!
    N'eus forzh penaos e vo ludu!

    Nevenoe! Nevenoe! Nevenoe!

    3. Skeud an trec'h war o dremm,
    Ho pugale 'yay d'ar brezel:
    Dorn kalet, lagad lemm.
    Stagañ raint war-zu an avel
    Gant tan ar serr-noz
    E-deun o daoulagad.
    War ar c'huzh-heol
    Ez aint fenoz
    Gant youc'h ar re gozh!
    War leurenn an argad
    Ar re yaouank ' varvo fenoz!

    Nevenoe! Nevenoe! Nevenoe!



    KLEMM BREIZH-IZEL

    1. Ur vorenn vor, aluzen baour
    Ouilioud un hañv-diskar
    A beg warnon kurunenn aour,
    Kunuc'h hirvouduz ar glac'har.

    2. Din, paotr yaouank
    Netra kén, war an hent
    Dit plac'h yaouank
    Bale hir lemm ha lent.

    3. Troc'het eo din drouk ar yaouankiz.
    Amzer da zont n'eus kén.
    Teuzet eo din tommder an diviz.
    E pal an noz n'eus den.

    4. Ma n'eus mui den
    Da ganañ war ar menez,
    Ma n'eus den ken
    Da leñvañ war e levez,

    5. Piv e nac'ho, piv e sturmo
    Evit Breizh-Izel?
    Piv stourmo? Piv e nac'ho
    Chadenn Breizh Izel?



    E DIBENN MIZ GWENGOLO

    1. Er bloavezh c'hwezek ha tri-ugent
    e dibenn Miz Gwengolo
    eo bet milliget paour ha perc'henn
    war menezioù Dineol
    klevit baleerien-vro

    2. Marv eo tan ruz an oaledoù
    e dibenn Miz Gwengolo
    na du eo roudoù deiz an Ankou
    war menezioù Dineol
    tavit rederien-vro

    3. Nag izel eo an duadennoù
    e dibenn miz Gwengolo
    pep hini 'hado druz e zaeroù
    war menezioù Dineol
    gouelit rederien-vro

    4. Ken hudur eo diskan an trem'ner
    e dibenn Miz Gwengolo
    didoc'het gwinizh ar gwir stourmer
    war menezioù Dineol
    gouelit rederien-vro

    5. Didruez eo tarzh gwall an nozioù
    e dibenn Miz Gwengolo
    ha bleiz, ha ki, ha den a yudo
    war menezioù Dineol
    yudit rederien-vro

    6. Piv a zougo kañv bras hor banniel
    e holl vizioù Gwengolo
    ha dalc'hit soñj mibien eus Yann-Kel
    den marv evit e vro
    devit, devit eñvorennoù

    (*) Yann-Kel Kernalegenn, bet lazhet, d'an 30ed a viz Gwengolo 1976, gant tarzh e vombezenn e-unan, o mirout e vefe savet ur c'hazarn e-kichen Dineol (Kastellin). D'e interamant e teuas 1500 bennak a dud.



    KARTER-NOZ ER HLEYEU
    7-27 a ùenholo 1915

    1. Me zo er Gédour bras én e saù er hleu
    Gour a ran petra onn ha me ouier petra ran.
    Iné Kornog, hé douar hé merhed hag he bleu
    Oll kened er bed é, en noz-man, e viran.

    2. Kér é péinn er glod, marsé. Na petra vern?
    Hanuieu er ré kouehet, douar Arvor ou miro:
    Me zo ur stéren splann ar dal Frans é lugern,
    Me zo er gédour bras ar saù aùit é vro.

    3. Kousk, o bro, kousk é peuh. Me rei kartér cicous
    Ha mar da foénèrin, hénoah, er mor german
    Bréder omp d'er herreg e ziunn aod Breiz dous,
    Kousk, o Frans, ne vi ket soliet hoah en taol-man.

    (Yann-Ber Kalloc'h, lezañvet "Bleimor", deus "Ar en deulin")
    MARCHE DE NOMINOË

    1. Bien nouée demeure aujourd'hui
    La chaîne de notre servage!
    Tu dors le jour, tu dors la nuit
    Breton oublieux de l'entrave.
    Ténébreuse est la nuit pourtant
    Tandis que le Franc nous oppresse
    Pour que notre nom disparaisse.
    Quant au jour, il l'est tout autant,
    Guerriers d'une terre égarée!
    Qui saisira l'arc et l'épée?

    Nominoë, Nominoë, Nominoë!

    2. Mais le jour vient où soufflera
    Le vent depuis les Monts d'Arrez;
    Et s'embrasera, ce jour-là
    Le bûcher sur le Menez Bré.
    Réveillez-vous, réveillez-vous,
    Sublime fierté de nos pères,
    Ainsi que leurs vertus guerrières!
    Que la blanche et noire bannière
    Voie tomber enfin sous nos coups,
    Exsangues, ces corps ennemis
    Au milieu de fumants débris!

    Nominoë, Nominoë, Nominoë!

    2. Sous les drapeaux de la Victoire
    Vos enfants monteront au front.
    Le poing serré, prunelle noire
    Marchant au gré de l'aquilon.
    Avec le feu du crépuscule
    Luisant au fond de leur regard
    Vers ces bords où finit le soir,
    Vois-les partir, tandis que hurlent
    De joie leurs anciens, accourus!
    Ce soir, ils mourront, tant et plus,
    Ces jeunes gens, ivres de gloire!

    Nominoë, Nominoë, Nominoë!

    Du même auteur et dans le même registre:


    PLAINTE DE LA BASSE BRETAGNE

    1. Une brume me fait l'aumone,
    D'accoucher d'un déclin d'été
    Et me coiffe d'une couronne
    Pour calmer mes pleurs affligés.

    2. Mais, jeune homme, au bout de la route
    Qu'y a-t-il, sinon le néant?
    Et toi, jeune fille qui doutes,
    Où va ton long cheminement?

    3. Plus d'avenir: de la jeunesse
    Le mal en moi fut émondé.
    Pour en deviser, nul ne reste.
    La nuit le fond en son creuset.

    4. Il n'est désormais plus personne
    Sur la montagne pour chanter.
    Et nulle plainte ne résonne
    Pour gémir sur nos biens pillés.

    5. Qui dira non, qui tiendra tête
    En ton nom, Bretagne humiliée?
    Qui tiendra tête, qui s'apprête
    A rompre la chaîne abhorrée?



    LE TRENTE SEPTEMBRE

    1. Un malheur en soixante-seize
    A la fin de septembre,
    Frappa pauvres et gens à l'aise:
    Passants, venez entendre
    Le chant de Dinéault!

    2. Mort est le rouge feu de l'âtre
    En ce trente septembre.
    Voyez-vous ces traces noirâtres?
    C'est que vient de descendre
    L' Ankou sur Dinéault!

    3. Ah, comme ils sont bas ces nuages
    Tandis que meurt septembre
    Et qu'inondent le paysage
    Pluie et larmes ensemble,
    Autour de Dinéault!

    4. Badauds que de hideux blasphèmes
    En ce trente septembre!
    Le froment des héros s'égrène!
    Vous devez le comprendre.
    Pleurez à Dinéault!

    5. Dans nos nuits l'explosion cruelle
    En ce trente septembre,
    Loups, chiens, humains, tous elle appelle
    A hurler sans attendre!
    Passants, hurlez bien haut!

    6. A ce qu'on mette nos bannières
    En berne à fin septembre
    Et qu'à jamais on le vénère
    Jean-Michel peut prétendre.(*)
    Honneur à ce héros!

    (*) Jean-Michel Kernaléguen tué, le 30 septembre 1976, par l'explosion de sa propre bombe aux abords d'une future caserne près de Dinéault (Châteaulin). 1500 personnes viennent à son enterrement.



    QUART DE GARDE, LA NUIT, AUX TRANCHEES
    7-27 septembre 1915

    1. Je suis le grand guetteur debout sur la tranchée.
    Je sais ce que je suis, quelle livrée m'habille.
    L'âme de l'occident, son sol, ses fleurs, ses filles:
    C'est la beauté du monde entier qu'on m'a confiée.

    2. J'en paierai cher la gloire et n'en ai point souci,
    Car les noms des tombés le sol d'Armor les garde.
    France, étoile à ton front, mes clairs rayons je darde.
    Je suis le grand guetteur debout pour son pays.

    3. Je veillerai sur toi, ma patrie. En paix dors!
    Et si chez le Germain ce soir le vent se lève,
    Nous, frères des rochers, nous défendons tes grèves,
    Bretagne! France, dors, tu survivras encor!

    Par J.P. Calloc'h dit "Bleimor", tiré de "A genoux".
    Traduction: Christian Souchon, décembre 2011 et Juillet 2012
    MARCH OF NOMINOË

    1. Tethered up are you today
    To the chain of slavery.
    You're asleep by night and day,
    Still beating heart of Brittany!
    How tenebrous is the night!
    Under the Gauls' bushel they hide
    Your name no one anymore knows.
    How tenebrous is the day
    To warriors aimless and stray!
    Who is to grasp bow and arrows?

    Nominoë, Nominoë, Nominoë!

    2. Yet, the day the wind arises,
    Howling o'er the Mounts of Arrez;
    Yet the day the bonfire blazes
    High up on the mounts of Kerne,
    There'll swell a tide
    Of strength and pride:
    O rise and brandish, warrior,
    Your black and white striped banner!
    And scattered be
    The enemy,
    Blood and body turned to ember!

    Nominoë, Nominoë, Nominoë!

    3. With brows adorned with laurel wreaths
    Your sons are marching to the fray.
    They clench their fists. They clench their teeth
    Wind, sweep obstacles from their way!
    Sunset radiance
    Deep in their eyes,
    Towards the point where the sun dies
    They march. The old with jubilance
    Cheer to the youth
    That on the field
    Of battle will fall but not yield!

    Nominoë, Nominoë, Nominoë!

    By the same author, in the same strain:


    LAMENT OF LOWER-BRITTANY

    1. Sea mist, alms to the poor of old,
    You'll give birth to fall, tomorrow.
    Cram on my head a crown of gold
    To assuage my sour sorrow!

    2. For me, young man, is nothing more
    On my wandering road in wait,
    Nor for you, young girl who ignore
    Whither your way so long and strait.

    3. Soothed is in me the youth's unrest
    And future is an empty word,
    It was melted in the night's test
    Where to converse no voice is heard.

    4. Nobody more upon the hill
    To utter a defying song!
    Nobody more to proclaim still
    That we have suffered such great wrong!.

    5. Lower Brittany, for your sake
    Who shall rise up? Who shall gainsay?
    Shall no one boast that he dared make
    You free from the chains where you lay?



    AT THE END OF SEPTEMBER

    1. T'was in nineteen seventy six
    At the end of September
    Cursed were poor and landowner
    On the hills of Dinéault!
    O Listen, rambler O!

    2. Died down the red flame in the hearths
    At the end of September.
    Dark traces left by death behind
    On the hills of Dinéault!
    O Listen, roamer O!

    3. Over the mount, clouds hanging low
    At the end of September
    Let's shed heavy tears of sorrow
    On the hills of Dinéault
    Now cry, wanderer, O!

    4. How base the chatter of the mob
    At the end of September:
    "True fighter's wheat shelled off the pod
    On the hills of Dinéault!"
    Now cry, wanderer, O!

    5. The dismal big blast in the dark
    At the end of September
    Caused wolf and dog and man to bark
    On the hills of Dinéault
    Join in the barking, O!

    6. Who will half-mast our proud banner
    Every end of September?
    Yann-Kel the hero remember(*)
    Who died for his country O!
    His memory we'll keep aglow!

    (*) Jean-Michel Kernaléguen was killed, on 30 september 1976, by the explosion of his own bomb on the site of planned barracks near Dinéault (Châteaulin). 1500 people attended his funeral.



    NIGHT WATCH IN THE TRENCHES
    7-27 September 1915

    1. I am the great Watchman: in the trench here I stand.
    Who I am, what I am doing, well do I know.
    Soul of the Occident, soil, girls, flowers, I owe
    You all the protection that world's beauties demand.

    2. What matter if I pay for this glory dearly,
    If the glebe of Armor keeps all the fallen's names?
    On struggling France's brow I am the star that flames.
    And the watchman who stands for his native country.

    3. Sleep in peace, my homeland, I shall watch any time
    And if the German sea tonight happens to roar,
    We, brethren of the rocks, protect the Breton shore.
    Sleep sound, O France, you shan't be overrun with crime!

    By J.P. Calloc'h, also known as "Bleimor", from "As I kneel down".
    Translation: Christian Souchon, December 2011 and July 2012


    La Bretagne de demain par Jeanne Malivel . Bataille de Ballon par Jeanne Malivel . L'union perpétuelle par Jeanne Malivel

    La graphiste Jeanne Malivel (1895-1926), créatrice du groupe "Seiz Breur" (les Sept Frères), mit parfois son talent au service d'idées discutables comme l'illustration de cette "Histoire de Notre Bretagne" publiée en 1922 par Jeanne Coroller-Danio (1892-1944). Au centre, la bataille de Ballon; à gauche, la Bretagne de demain; à droite l'Edit d'Union de 1532 montrant la France s'emparant de la bourse de la Bretagne! The artist Jeanne Malivel (1895-1926) who was the founder of the group "Seiz Breur" (Seven Brothers) sometimes got involved in questionable schemes like illustrating the "History of this Brittany of ours" published in 1922 by Jeanne Coroller-Danio (1892-1944). In the middle: "the Battle of Ballon"; left: "Brittany of tomorrow"; right: "The 1532 Edict of Perpetual Union" showing France robbing Brittany of her purse!




    Lez-Breizh Alan Al Louarn