Alain le Renard

Alan The Fox

Dialecte de Cornouaille

  • Publié pour la première fois dans le Barzhaz Breizh, édition de 1845.
  • "Le chant de guerre qu’on va lire, et que j’ai recueilli de la bouche d’un vieux paysan nommé Loéiz Vourrikenn, de la paroisse de Lanhuel-en-Arez, soldat dans sa jeunesse de Georges Cadoudal, se rapporte à l’une des deux victoires d’Alain Barbe-Torte." ("Argument" de 1845).
    Dans l'édition de 1867, le nom de l'informateur ne figure plus. L'affirmation "se rapporte" est corrigée en "...doit se rapporter..."
    F. Gourvil (p.355) indique qu'il n'a pu identifier ni ce Louis Bouriquen ni la paroisse de Lannuel-en-Aré. On a vu au chant précédent que ce problème est désormais résolu. Cf. Klemmgan Itron Nizon
  • Ce chant a été noté dans le carnet de collecte N°2, pp. 194-195: Le nom du chanteur n'apparaît pas. Il semble être le même que celui des Ligueurs, les deux pièces se faisant suite sur deux pages qui se font face. Il ne s'agit sans doute pas de Louis Bourriquen dont le nom, sous la forme "Loiz Wouliken / Bourighen" est cité dans le corps du chant "Son d'an Naïk Kotreo" (Chanson pour Annaïk Coatero, servante de M. Quélennec), carnet 2, p.108. Ce Louis Bouriquen forme avec M. Balaven un duo qui est accompagné d'un choeur composé de douze "ezhec'h" (chefs de familles). La Villemarqué ne l'a sans doute pas rencontré. L'auteur des Ligueurs désigné dans le Barzhaz de 1845, Le vieillard Gorvel de Maël-Pestivien est tout aussi fantomatique.
  • Ce chant n'a été publié que par La Villemarqué.
    Selon Luzel et Joseph Loth, cités (P. 389 de son "La Villemarqué") par Francis Gourvil qui se range à leur avis, ce chant historique ferait partie de la catégorie des chants inventés.
    L'examen du carnet N°2 prouve le contraire. On trouvera ce texte sur la page bretonne Al Louarn, où les modifications et adjonctions opérées par La Villemarqué par rapport à la version initiale surchargée, pour autant qu'elle soit discernable (!), sont imprimées, comme dans les traductions ci-après, en caractères gras.
    D'autres explications au sujet de ce chant et du chant du carnet 2 "L'armée catholique" sont donnés sur la page bretonne consacrée à la gwerz du Barzhaz "Les Ligueurs".
  • Par Edouard de Bergevin pour 'Le Millénaire de la Normandie' de l'abbé Toufflet, Rouen 1911, Musée de Normandie, Caen
  • First published in the 1845 (second) edition of the Barzhaz Breizh.
  • "I learnt this song from the singing of an old peasant, named Loéiz Vourriken from the parish Lanhuel-en-Arrée, who served in the days of his youth under Georges Cadoudal. It refers to one of the two victories of Alan Twisted-Beard" ("Argument", 1845 edition).
    In the 1867 edition, the informant's name is left out. The affirmative statement "refers to" is amended to "...might refer to..."
    F. Gourvil (p.355) states that he could identify neither this Louis Bourriquen nor the parish Lannuel-en-Aré. As stated in the synopsis of the previous song this problem is now solved. Cf. Klemmgan Itron Nizon
  • This song was recorded in the collection book N ° 2, pp. 194-195: The name of the singer does not appear. It seems to be the same as that of the Leaguers, the two pieces being adjoining on two pages opposite each other. He is probably not Louis Bourriquen whose name, in the form "Loiz Wouliken / Bourighen" is quoted in the lyrics of "Son of an Naïk Kotreo" (Song for Annaïk Coatero, maidservant at Mr. Quélennec's ), notebook 2, p.108. This Louis Bouriquen forms with Mr. Balaven a duet who sing accompanied by a choir of twelve "ezhec'h" (heads of families). La Villemarqué probably never met him. The author of the "Leaguers" quoted in the 1845 Barzhaz, Old Gorvel of Maël-Pestivien is just as elusive as Bouriquen.
  • It was collected only by La Villemarqué.
    According to Luzel and Joseph Loth, quoted by Francis Gourvil (p. 389 of his "La Villemarqué"), this historical song was "invented" by its alleged collector.
    The examination of notebook N ° 2 proves the opposite. The original text is copied on the Breton page Al Louarn, where the changes and additions made by La Villemarqué compared to the initial version, inasmuch as it is discernible (!)are printed, as in the translations below, in bold letters.
    Further explanations about this song and the Copybook N°2 song "The Royal and Catholic Army" are given on the Breton page dedicated to the Barzhaz gwerz "The Leaguers".

  • Ton
    Mode dorien au début, 1er mode de plain-chant à la fin
    Rythme 6/8 et 3/8 à la 9ème mesure (arrt: Chr. Souchon)


    Français English
    1. Le Renard Barbu glapit,
    glapit, glapit, glapit dans le bois;
    Glapit, glapit dans le bois!
    Malheur à vous, lapins étrangers
    Que son oeil vif aperçoit!
    Oui, malheur à vous, lapins étrangers
    Que son oeil vif aperçoit!


    2. Dents aiguës, pattes agiles,
    Les griffes toutes rougies de sang.
    Les griffes rougies de sang.
    Alain le Renard glapit, glapit:
    C'est la guerre que je sens!
    Oui, Alain le Renard glapit, glapit:
    C'est la guerre que je sens!


    3. Les Bretons aiguisent
    Leurs épées émoussées, comme tu vois,
    Emoussées comme tu vois.
    Comme pierre à aiguiser ils ont,
    Les cuirasses des Gaulois.
    Oui, comme pierre à aiguiser ils ont,
    Les cuirasses des Gaulois.


    4. Vois les Bretons ramasser
    la moisson sur le champ de bataille,
    Oui, sur le champ de bataille,
    Point de faucilles ébréchées pour
    Frapper d'estoc et de taille.
    Non, point de faucilles ébréchées pour
    Frapper d'estoc et de taille.


    5. Non le froment du pays,
    ou le seigle de notre Bretagne
    Seigle de notre Bretagne,
    Mais têtes sans barbe des Saxons,
    Gaulois à la tête glabre!
    Mais têtes sans barbe des Saxons,
    Gaulois à la tête glabre!


    6. J'ai vu les Bretons fouler
    aux pieds l'aire et laisser leurs empreintes,
    Oui, sur l'aire leurs empreintes,
    Et voler la balle des épis
    Parmi les pleurs et les plaintes.
    Oui, et voler la balle des épis
    Parmi les pleurs et les plaintes.


    7. Mais foin des fléaux de bois
    pour battre, les Bretons n'en ont cure.
    Non, les Bretons n'en ont cure!
    Ils préfèrent les bâtons ferrés,
    les sabots de leurs montures.
    Ils préfèrent les épieux ferrés,
    les sabots de leurs montures;


    8. Entendez le cri de joie
    pour saluer la fin du battage!
    O oui, la fin du battage!
    De l'Elorn jusqu'au Mont Saint Michel
    On l'entend sur nos rivages
    . De l'Elorn jusqu'au Mont Saint Michel
    On l'entend sur nos rivages.


    9. De l'Abbaye de Gildas
    jusques au Cap où finit la terre,
    Oui, jusqu'au Cap Finistère!
    Aux quatre coins du pays Breton,
    Au Renard qu'on rende gloire!
    Aux quatre coins du pays Breton
    Au Renard qu'on rende gloire!


    10. Et que l'aile de la gloire
    sur le Renard, notre chef, s'attarde!
    Oui sur le Renard s'attarde!
    Qu'on garde la mémoire du chant
    Mais que l'on plaigne le barde!
    Qu'on garde la mémoire du chant
    Mais que l'on plaigne le barde!

    11. Celui qui chanta ce chant
    Aujourd'hui ne tient plus de harangues.
    Il ne tient plus de harangues!
    Et pour cause, les Gaulois lui ont,
    Le pauvre, coupé la langue!
    Oui, et pour cause, les Gaulois lui ont,
    Le pauvre, coupé la langue!


    12. S'il n'a plus de langue il a
    Conservé sa farouche énergie,
    Oui sa farouche énergie,
    Et sa main sûre pour décocher
    le trait de la mélodie
    Oui, et sa main sûre pour décocher
    le trait de la mélodie!


    Trad. Christian Souchon (c) 2008
    1. I heard the Bearded Fox yelp
    heard him yelp, heard him yelp in the glade!
    I heard him yelp in the glade.
    O foreign rabbits! Ill luck for you!
    His eye is like a sharp blade!
    Alas, foreign rabbits! Ill luck for you!
    His eye is like a sharp blade!


    2. Sharp are his teeth, swift his feet,
    and see how red with blood his nails are!
    How red with blood his nails are!
    The Fox is yelping, Alan the Fox,
    One word he repeats: it's "war!"
    O, The Fox is yelping, Alan the Fox,
    One word he repeats: it's "war!"


    3. I've seen the Bretons who were
    busy grinding the edge of their swords,
    O the blunt edge of their swords!
    But it was not on Brittany's stones:
    On the breast-plates of the Gauls!
    O no, it was not on Brittany's stones,
    But on breast-plates of the Gauls!


    4. I've seen the Bretons who were
    on the harvest in the battlefield,
    Harvest in the battlefield,
    With blunt sickles they scorned to work
    Not with their sharp swords of steel!
    O no, with blunt sickles they scorned to work
    But not with their swords of steel!


    5. Neither the wheat of our fields,
    nor the rye grown in fields over here,
    O grown in fields over here,
    But beardless heads from Saxon land,
    or past the Gaulish frontier!
    O, but beardless heads from Saxon land,
    or past the Gaulish frontier!


    6. I've seen the Bretons who stamped
    Their imprint into the threshing floor.
    O into the threshing floor!
    I've seen all the chaff flowing around
    From beardless ears of the corn.
    O I've seen the chaff as it flew around
    From beardless ears of the corn!


    7. It is not with wooden flails
    That the Bretons are threshing the floor.
    That they are threshing the floor.
    That is what their spears with iron nails,
    Hooves of their horses are for!
    O that's what their bludgeons with iron nails,
    Hooves of their horses are for!


    8. I heard a loud cry of joy
    When the threshing work had been complete
    threshing work had been complete
    From Mont Saint Michel to Elorn dale,
    Hailing the achieved feat.
    O from Mont Saint Michel to Elorn dale,
    Hailing the achieved feat.


    9. From Saint Gildas Convent house
    All the way to the Cape of Land's End,
    O to the Cape of Land's End
    For his great deeds be everywhere
    Extolled the Fox in our land
    O For his great deeds be everywhere
    Extolled the Fox in our land


    10. A hundred times be the Fox
    glorified and praised from age to age!
    Glorified from age to age!
    Keep in mind the song for evermore
    Though the bard pity deserves.
    O keep in mind the song for evermore
    Though the bard pity deserves.
    .

    11. He could not sing it again,
    The poet who has first performed this song.
    Who has first performed this song
    The reason is that the Gauls have cut
    The unfortunate bard's tongue.
    O the reason is that the Gauls have cut
    The unfortunate bard's tongue.


    12. But though deprived of his tongue
    His unswerving heart is still immune,
    His brave heart is still immune
    And neither heart nor hand does he lack
    To shoot the shaft of the tune!
    O Neither heart nor hand does he lack
    To shoot the shaft of the tune!


    Tranlated: Ch. Souchon (c) 2008



    Vers le texte breton
    To the Breton text


    Alain II Barbetorte
    Le Duc de Bretagne, Alain II Barbetorte (910 - 952), surnommé "Le Renard" par la tradition, délivra son pays de la tyrannie des Normands. Il surprit l'ennemi près de Dol, au milieu d'une noce et en fit grand carnage. De Dol, il s'avança vers Saint-Brieuc où d'autres étrangers éprouvèrent le même sort. A cette nouvelle, tous les hommes du Nord qui étaient en Bretagne s'enfuirent du pays, et les Bretons, accourant de toutes parts, reconnurent Alain pour chef (937). La libération s'acheva le 1er août 939 par la victoire de Trans sur les Normands.
    En 944 il entra en guerre contre son allié, Juhel de Rennes, et les Normands reprennent leurs pillages pour un temps. Sa mort prématurée mis toutefois un terme à ses projets et à son oeuvre de restauration de la puissance bretonne.
    Les Bretons portaient les cheveux longs, tandis que les Normands comme on peut le voir sur la tapisserie de Bayeux se rasaient les cheveux et la barbe, d'où le surnom d'"épis sans barbe" qui leur est donné ici. Les noms de "Gaulois" et de "Saxons" sont ici synonymes d'"ennemis" en général. (Dans les chants Jacobites en gaélique d'Irlande et d'Ecosse, "Gall" signifie presque toujours "anglais").

    Alain ou Georges?
    Georges Cadoudal (1771-1804) par Louis-Léopold BoillyDans le présent chant, le nom d'Alain et sa barbe ne sont évoqués qu'une seule fois. Bien que les Saxons soient cités parmi les ennemis, il est troublant que La Villemarqué ait recueilli "
    ce chant de guerre ...dans la montagne d'Arrée de la bouche d'un vieux paysan, soldat de Georges Cadoudal" (argument). Il ajoute dans sa "note":"Comme je demandais au paysan qui me les chantait quel était ce 'Renard barbu' dont la chanson faisait mention: 'Le général Georges [Cadoudal] sûrement répondit-il sans hésiter. On donnait effectivement à Georges Cadoudal le surnom de 'Renard', fort bien justifié par sa rare finesse."
    Ne serait-ce pas le vieux soldat qui a raison?
    D'autant que, selon le Dictionnaire du Père Grégoire de Rostrenen (1732, P.25),
    "'Alanig al Louarn' est le nom traditionnel du renard, tout comme "Gwilhaouig ar Bleiz" est celui du loup".

    Ce que révèle le carnet N° 2
    Le titre "Bataille d'Alain B. Torte", vraisemblablement inséré après coup entre la fin du chant précédent et le début du présent chant ("Je vis les Bretons"), page 194 du carnet, ne semble pas se justifier par le corps du texte qui se poursuit à la fin de la page suivante, après une chanson de matelots. Le nom d'Alain en est absent. Et surtout, on voit que La Villemarqué a transformé la strophe 5 dont le texte original était:

    5. Kennebeut gwinizh ar vro, kennebeut hor segal,
    Nemet pennoù boull Bro Saoz ha Bro Spagn ha Bro C’hall.

    5. Non pas le froment du pays, non pas notre seigle,
    Mais les têtes en boules d'Angleterre, d'Espagne et de France.

    L'évocation de soldats espagnols nous transporte au XVIème siècle, et plus précisément à l'époque de la Ligue, lorsqu'à la mort de Charles de Bourbon en mai 1590, Philippe II revendiqua le trône de France pour sa fille Isabelle. L'arrivée de ses troupes en soutien du Duc de Mercoeur, prétendant à la couronne ducale, décida la reine d'Angleterre Elisabeth à envoyer le général John Norreys, en soutien de l'armée du roi protestant Henri IV. Ce chant est donc la suite logique du précédent sur la même page 194 du carnet qui sera effectivement intitulé "Les Ligueurs" dans le Barzhaz de 1845.

    La Villemarqué était d'ailleurs certainement arrivé tout d'abord à cette conclusion, car il avait noté dans la marge gauche, p. 194, en regard du présent chant:
    "Probablement la bataille de Craon en 1592". Effectivement, cette bataille vit la victoire sur l'armée royale du prince de Conti et du prince de Dombes et leurs alliés anglais, des Ligueurs venus de Bretagne sous les ordres du duc de Mercoeur, son lieutenant Boisdauphin et du bandit La Fontenelle, assistés de 2000 Espagnols commandés par Don Juan d'Aguila ainsi que du Ligueur Pierre Le Cornu qui défendait cette ville de Mayenne. Les Espagnols qui se considéraient en pays conquis ne tardèrent pas à être considérés par les Bretons comme des ennemis, même si leur débarquement au Blavet, est peut-être à l'origine du fameux chant Le cygne .


    De Mercoeur à Alain Barbe-Torte
    Il n'est peut-être pas sans intérêt de souligner les retouches apportées au texte original pour en faire le récit d'une bataille d'Alain Barbe-Torte.
  • Dans l'original, le renard est une allégorie du peuple breton, ou se rapporte à l'un de leurs chefs. Il est "blevek", couvert de poils. Dans le Barzhaz, il sera "barvek", barbu, comme Alain Barbe Torte. Le nom "Alain" est absent de l'original.
  • La strophe 3, ajoutée par La Villemarqué, qui montre les Bretons en train d'aiguiser leurs épées sur les cuirasses des "Gaulois" développe la métaphore agricole de son modèle en y introduisant une opération préliminaire, l'aiguisage des faucilles.
    Curieusement, cette strophe dont l'objet est, bien entendu d'insister sur l'antiquité de la pièce, évoque le refrain d'un chant de la collection de Penguern qui pourrait bien faire allusion à des événements aussi reculés que le règne d'Alain Barbe-Torte, à savoir la destruction du légendaire évêché du Yaudet par les Normands en 836, Les loups de la mer.
  • A la strophe suivante, le mot "kadir", traduit par "champ de bataille", semble ignoré des dictionnaires, même s'ils donnent le mot "kad"( combat). C'est sans doute un de ces emprunts au gallois que La Villemarqué affectionne tant. Il remplace les très prosaïques "park hir" (long champ) et "prad hir" (long pré), notés tout d'abord.
  • Strophes 4, 5, 6, l'expression "pennoù bloc'h" (têtes glabres) remplace les "pennoù boull" (têtes en boules) de l'original, qui riment avec "foul" à la strophe 6. On peut penser qu'il s'agit des casques que portent ces soldats. Cette modification permet d'évoquer la tapisserie de Bayeux, comme on l'a dit ci-dessus. Encore et toujours, pour vieillir le texte.
  • Les "maillets ferrés" de la strophe 7 deviennent des "sparroù", traduits par "épieux". En fait "spar" veut dire "espacement" et "sparl" signifie 'barre de porte". Même préoccupation.
  • La zone où le demi-millier de Bretons de Craon fêtent leur victoire est assez restreinte, selon la strophe 8. Comme il est d'usage constant dans les gwerzioù, on cite, pour indiquer jusqu'où porte l'acclamation qui salue cette victoire, des repères connus de l'auditoire local. Le remplacement par le "Mont Saint-Michel" de la "Montagne de Laz" dont parle aussi le Cygne, ce frère jumeau du Renard, permet de prendre en compte la totalité de la Bretagne.
  • L'expression qui désigne le Mont Saint-Michel est "Krec'h St Mikael' que La Villemarqué a surimposé dans son manuscrit (P. 195) à "mene(z)où Laz", "Montagnes de Laz", avant de l'introduire dans son poème du Barzhaz. L'origine de cette dénomination inexacte du monastère normand (le dictionnaire du Père Grégoire de Rostrenen donne "Lommikael-an Traez") se trouve aux pages 124 et 125/66 du carnet 2, strophes 4 et 8 du chant "Zon" - incipit: "Pe oan bihan". Ce n'est autre qu'une seconde version du chant "k89 Pardon Sant Mikael" noté p.56 du même carnet. Dans les deux versions, il est plus que probable qu'il s'agit du mont Saint-Michel de Brasparts. Un ajout au titre "Zon" : "au Lok en arrès Tréguier" montre que La Villemarqué était aussi arrivé à cette conclusion. On verra, en se rapportant à la page consacrée à k89 Pardon Sant Mikael, notes 2 et 3,qu'il a pu également penser à Tréguier.
  • Le rajeunissement de la pièce par les Chouans s'exprime peut-être, à la strophe 9, par la référence au lieu-dit "Penn-ar-Bed", traduction bretonne de "Finistère", un nom inventé par l'Assemblée constituante en 1790 pour désigner le département nouvellement créé. Cependant, les imprécations xénophobes de la strophe 5 n'auraient guère de sens, si nous avions affaire à un authentique chant de Chouans.
    Le dictionnaire du Père Grégoire de Rostrenen qui date de 1732, indique à la page 134:
    "Le Cap-de-fin-de terre, Beg fin ar bed, Kap fin an douar" (KLT). Venant après le Cap de bonne-espérance et le Cap Saint-Vincent de Portugal, il s'agit certainement du Cap Finisterre (avec deux "r"), de la province de Corogne en Espagne. Tous ces lieux étaient connus des marins bretons.
  • Toujours à la strophe 9, La Villemarqué détourne les louanges adressées à Dieu dans l'original, au profit du personnage qu'il veut promouvoir, "al Louarn", le Renard.
  • On ne sait pas d'où sortent les strophes 10 à 12 dont La Villemarqué avoue benoîtement qu'elles "ont évidemment été ajoutées à l'oeuvre originale... par quelque chanteur... Elles ne sont ni moins anciennes de langue, d'idées et de couleur, ni moins énergiques que les autres...Elles ...font venir les larmes aux yeux". Comme Il évoque au début du paragraphe "les poèmes des anciens bardes gallois" et qu'il a pour habitude de toujours "nommer ses sources" quand il fait des emprunts inavoués, on peut imaginer que ces strophes ont leur équivalent dans la littérature galloise.

    On trouvera à la page Loups de la mer les développements à propos de ce chant qui figuraient autrefois sur la présente page.

  • Alan Twisted Beard
    The Duke of Brittany, Alan Twisted Beard (910 - 952), alias "The Fox" according to tradition, freed his country from the Norman tyranny. He pounced on the enemy, near Dol, during a wedding party, making an awful carnage. From Dol, he went on towards Saint-Brieuc where other foreigners met with the same fate.
    On hearing this news, all "Northmen" -Normans- who were in Brittany left the land, whilst the Bretons hastened from all directions, to acknowledge Alan as their chief (937). The liberation of Brittany ended on 1st August 939 with the victory of Trans over the Normans.
    In 944 he waged war against his former ally, Juhel of Rennes and the Normans resumed their raids for a lapse of time. His untimely death put however an end to his endeavours to restore the Breton power.
    The Bretons wore their hair long, while the Normans, as one can see on the Bayeux tapestry, shaved their hair and beard, what brought them the nickname "beardless rye-ears" given them here. The nouns "Gaul" and "Saxon" are here synonymous with "enemy" in general. (In the Gaelic and Irish Jacobite songs, "Gall" mostly means "English").

    Alan or George?
    Embuscade de Chouans par Evariste CarpentierIn the present song the name "Alan" and his beard are mentioned only once. Though the Saxons are quoted as enemies, it is puzzling that La Villemarqué should have learnt
    "this battle song from the singing of an old Arrée Mount peasant who had fought under Georges Cadoudal" ("argument"). . In his "note" he adds: "As I asked the peasant who sang who was, in his opinion, the "bearded fox" in the song, he answered immediately: "General Georges [Cadoudal] to be sure!" In fact "the Fox" was the nickname given Georges Cadoudal on account of his remarkable cunning."
    How if the old soldier was right? It is all the more probable, since, as stated in the Dictionary of the Rev. Gregory of Rostrenen (1732, P.25),
    "'Alanig al Louarn' is the traditional nickname of the fox, as is "Gwilhaouig ar Bleiz" that of the wolf."

    What notebook N ° 2 reveals to us
    The title "Battle of Alain Twisted B.", probably inserted after the recording of the lyrics between the end of the previous song and the beginning of the piece at hand ("I saw the Bretons..."), on page 194 of the notebook, does not seem to be justified by the text that continues at the bottom of the next page, following a shantee. The name 'Alan' is missing altogether. And above all, we see that La Villemarqué transformed stanza 5 whose original text was:

    5. Kennebeut gwinizh ar vro, kennebeut hor segal,
    Nemet pennoù boull Bro Saoz ha Bro Spagn ha Bro C’hall.

    5. Neither the wheat grown in our land nor our rye,
    But the helmeted heads from England, Spain and France.

    The evocation of Spanish soldiers forwards us to the sixteenth century, and more precisely to the time of the League, when, after the death of Charles de Bourbon in May 1590, the Spanish king Philip II claimed the throne of France for his daughter Isabel. The arrival of his troops in support of the Duke of Mercoeur, pretender to the ducal crown, prompted the Queen of England Elizabeth to send General John Norreys, in support of the army of the Protestant king Henry IV. This song is therefore the logical continuation of the precedent on the same page 194 which will be entitled "Les Ligueurs" in the 1845 Barzhaz.

    Besides, La Villemarqué might have come at first to the same conclusion, for he had noted in the left margin, on p. 194, opposite the present song:
    "Probably the battle of Craon in 1592". Indeed, this battle ended with the victory over the royal army (a few French regiments, 1200 English, 800 lansquenets) under Prince de Conti and Prince de Dombes and their English allied, of Leaguers from Brittany led by Duke de Mercoeur, his lieutenant Boisdauphin and the infamous La Fontenelle. They were assisted by 2000 Spaniards under Don Juan d'Aguila. The Mayenne town Craon was defended by the League chieftain Pierre Le Cornu. The Spaniards who considered themselves as conquerors of the country they were meant to assist were quickly regarded by the Bretons as enemies, even if their landing at Blavet, could be the subject-matter of the famous song The Swan

    From Mercoeur to Alan Twisted-Beard
    It is perhaps not without interest to highlight the alterations made by La Villemarqué to the material he worked with, to make of it a record of a battle fought by Alan Twisted Beard.
  • In the original, the Fox is an allegory for the Breton people or one of their leaders. He is "blevek", i.e. covered with hair, furry. In the Barzhaz, he is "barvek", bearded, as is seemly to someone named "Alan Twisted Beard". Furthermore, the name "Alain" is missing from the original.
  • Stanza 3, was added by La Villemarqué. It shows the Bretons sharpening their swords on the cuirasses of the "Gauls" thus developping the agricultural metaphor running throughout his model, by adding one preliminary operation, the sharpening of sickles.
    Curiously, this stanza which aims, of course, at insisting on the antiquity of the piece, resembles the chorus of a song in the de Penguern MS collection, which could actually refer to events as remote as the reign of Alan Twisted Beard: to wit, the destruction of the legendary bishopric of Yaudet by a Norman raid in 836. (See "The wolves of the sea").
  • In the following stanza, the word "kadir", translated as "battlefield", seems to be missing from Breton dictionaries, even if they have the word "kad" (combat). It is, without doubt, one of those Welsh loanwords La Villemarqué loves so much. It replaces the rather trivial "park hir" (long field) or "prad hir" (long meadow), noted first.
  • In stanzas 4, 5, 6, the expression "pennoù bloc'h" (glabrous heads) replaces the "pennoù boull" (Bowl-heads) of the original, which rhyme with "foul" in stanza 6. This could allude to the helmets worn by these soldiers. This modification makes it possible to evoke the Bayeux Tapestry, as mentioned above. One more attempt to make the text look older.
  • The "iron mallets" of stanza 7 become "sparroù", translated as "spears". In fact "spar" means "spacing" and "sparl" means "door bar." It expresses the same concern.
  • The area where the five hundred Bretons of Craon celebrate their victory is rather restricted, judging by stanza 8. However, as is customary in gwerzioù, the benchmarks quoted to tell us how far the victory cheers spread, are well known to the local audience. Replacing the Hill of Laz which also features in The Swan (by the way closely, related to the "Fox") with Mont Saint-Michel allows the collector to take into account the whole of Brittany.
  • The expression applying here to the Mont Saint-Michel is "Krec'h St Mikael" with which La Villemarqué replaced in his manuscript (P. 195) the words "mene(z)où Laz", "Mounts of Laz", before he introduced it in his Barzhaz poem. The origin of this inaccurate name for the Norman monastery (Father Grégoire de Rostrenen's dictionary has "Lommikael-an Traez") will be found on pp. 124 & 125/66 of notebook 2, stanzas 4 and 8 of the song "Zon" - incipit: "Pe oan bihan". This latter piece is a second version of the song "k89 Pardon Sant Mikael" noted on p.56 of the same copybook. In both versions, it is very likely that Mount Saint-Michel de Brasparts is meant. An ulterior addition to the title "Zon": "à Lok en arrès Tréguier" shows that La Villemarqué had also reached this conclusion. When referring to the page dedicated to k89 Pardon Sant Mikael , notes 2 and 3, we will see that he may have thought of Tréguier as well.
  • Updating of the piece by the Chouans is possibly evidenced, in stanza 9, by the placename "Penn-ar-Bed", a Breton rendering of "Finistère", worked out by the Constituent Assembly in 1790 for the newly created département. The xenophobic imprecations in stanza 5 would however hardly make sense in an authentic Chouan song.
    Rev. Gregory of Rostrenen's dictionary, dated 1732, has on page 134:
    "The End-of-the-Land Cape, Beg Fin ar bed, Kap Fin an douar" (KLT spelling). Coming after the Cape of Good Hope and Cape St. Vincent of Portugal, it means certainly Cape Finisterre (with two "r"), in the province Coruña in Spain. All these places were well-known to Breton sailors.
  • Also in stanza 9, La Villemarqué diverts the praises addressed to God in the original, for the benefit of the character he wants to promote, "al Louarn", the Fox.
  • We do not know where the stanzas 10 to 12 are borrowed from. La Villemarqué blandly admits that they "have obviously been added to the original work ... by some singer ... The language, the ideas set forth and the tone are no less ancient in them, no less energetic than in the others ... They ... bring tears to one's eyes ". Since he mentions at the beginning of the paragraph "the poems of the old Welsh bards", and on account of his habit of always naming his sources when he indulges in some unacknowledged borrowing, one may assume that these stanzas have some equivalent in Welsh literature.

    On the Wolves of the Sea page, you will find developments about this song that were once located on the present page.


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    Nominoë Marc'hek Bran