Un cygne

A Swan

Dialecte de Cornouaille

  • Première publication dans le Barzhaz de 1845.
  • "Le chant de guerre qu’on va lire, qui m’a été appris par un des compagnons de Tinténiac et de Georges Cadoudal, nommé Mikel Floc’h, du village de Kerc’hoant, dans les montagnes d’Arez, fut certainement composé pour cette circonstance." ("Argument" de 1845. Dans celui de 1867, les noms propres ont disparu).
  • Collecté uniquement par La Villemarqué.
  • Pas d'équivalent dans les manuscrits de Keransquer.
    Selon Luzel et Joseph Loth, cités (P. 389 de son "La Villemarqué") par Francis Gourvil qui se range à leur avis, ce chant historique ferait partie de la catégorie des chants inventés.
    Gourvil considère en particulier (p. 490 de son "La Villemarqué") que les strophes 26 et 30 du présent chant sont directement inspirées des dernières lignes des strophes 5 et 8 du Chant d'Altabiscar, texte basque apocryphe publié en 1835 dans le "Journal de l'Institut Historique" et reproduit en 1837 par Francisque Michel dans son édition de la "Chanson de Roland".
  • Arrivée de Jean IV par Jeanne Marivel Jean IV et sa première épouse Marie d'Angleterre, fille d'Edouard III en 1355. Le jeune duc avait 15 ans! La princesse mourut quelques mois plus tard. Elle porte l'hermine bretonne associée au léopard d'or anglais. 'Arrivée de Jean IV à Saint-Malo' par Jeanne Malivel (1895 - 1926)
  • First published in the 1845 edition of the Barzhaz.
  • "I had learnt the war song you are going to read from the singing of one of the followers of the Chouans Tinténiac and Georges Cadoudal, named Mikel Floc'h, who lived at Kerc'hoant in the Montagnes d'Arrée. It was certainly composed to commemorate this event." ("Argument" in the 1845 edition. In 1867 the name and location are no longer quoted).
  • Collected by La Villemarqué only.
  • No equivalent in the Keransquer MSs.
    According to Luzel and Joseph Loth, quoted by Francis Gourvil (p. 389 of his "La Villemarqué"), this historical song was "invented" by its alleged collector.
    Gourvil considers in particular (p. 490 of his "La Villemarqué") that stanzas 26 and 30 of the song at hand are mere adaptations of the last two lines of stanzas 5 and 8 in the Altabiscar song, an apocryphal Basque text published in 1835 in the "Journal de l'Institut Historique" and copied in 1837 by Francisque Michel who first edited the "Song of Roland".

  • Ton
    Mode Dorien
    "Tempo di Marchia": 2/4 et 2/8 (mesures 4 et 7)

    The Three Ravens
    "Melismata" de T. Ravenscroft, 1651

    A propos de la mélodie:

    La mélodie ci-dessus est pratiquement celle sur laquelle on chante aujourd'hui le poème traditionnel écossais "The twa corbies" (Les deux corbeaux). Ce texte fut publié par Walter Scott dans son recueil "Minstrelsy of the Scottish Border", volume II, en 1802 (cf. Vidéo, en bas de cette page). Il était dépourvu de musique et c'est le poète écossais Thurso Berwick, alias Morris Blythman (1914-1981) qui le premier imagina de lui adjoindre la mélodie du "Cygne" du Barzhaz, qu'il tenait de l'épouse du musicien breton Paul (Pollig) Montjarret (1920-2003), la chanteuse Zaig Montjarret (celle-ci, nous apprend Wikipédia, est le co-auteur d'une adaptation en dialecte Scots, spirituellement appelé "Gallo écossais", du texte de La Villemarqué). Le premier enregistrement du chant ainsi constitué fut un super 45 tours de 1961 intitulé "Far over the Forth" où il est interprété par la chanteuse Ray Fisher accompagnée par son frère, le guitariste Archie Fisher. C'est ce que l'on lit sur la jaquette du disque d'origine. Depuis, le chant est passé dans le répertoire de chanteurs de musique traditionnelle. Cette information m'a été fournie par la violoniste, spécialiste de musique celtique traditionnelle, Kate Dunlay.
    Comme Walter Scott le fait remarquer, ce poème, communiqué par un certain Charles Kirkpatrick Sharpe de Hoddom, qui le tenait d'une dame, imite (à rebours) un chant funèbre (dirge) anglais "The Three Ravens" (Les trois corbeaux) publié à Londres, avec la musique, dans le livre de chants intitulé "Melismata", par Thomas Ravenscroft en 1611. Cette jolie mélodie élisabéthaine et celle du "Cygne" ont un certain air de famille. En particulier le "Din, din, daon..." du "Cygne" fait peut-être écho au "Down, derrie, derrie, down..." des "Trois corbeaux". Wikipédia et M. David K. Smythe, sur le site "www.recmusic.org", constatent cette ressemblance sans l'expliquer.
    Selon F. Gourvil, La Villemarqué aurait inventé sinon la totalité, du moins certaines des mélodies du Barzhaz. En l'occurrence, il aurait pu s'inspirer du chant noté par Ravenscroft, également publié par Ritson dans ses "Scotish Songs" en 1794. En 1961 la mélodie aurait accompli le parcours inverse.

    Si le texte anglais de "Twa Corbies" dut attendre jusqu'en 1961 pour être doté d'un accompagnement musical, il eut plus de chance en Russie, où la traduction (à partir d'un texte français) "Dva Vorona" publiée en 1829 par Pouchkine a donné lieu à de nombreuses adaptations musicales par des compositeurs prestigieux, en particulier Rimsky-Korsakov (1844-1908) et Anton Rubinstein qui en publiera en 1868 une version allemande, "die beiden Raben". Les premières versions chantées datent de 1828 (M.Y. Velgorsky) et 1829 (A.A. Aliabev).
    To the tune:

    This melody is nearly identical with the tune to which the traditional Scots poem "The twa corbies" (the two ravens) is sung nowadays. This text was published by Sir Walter Scott in his collection "Minstrelsy of the Scottish Border", volume II, in 1802 (see video below). No tune was set to it. It was the Scots poet Thurso Berwick, alias Morris Blythman (1914-1981) who first had the idea of setting it to the "Swan" tune from the "Barzhaz Breizh", learned from the wife of the Breton musician Paul (Pollig) Montjarret (1920-2003), the folk singer Zaig Montjarret, who helped him adapt La Villemarqué's lyrics to the Scots dialect wittily dubbed "Scottish Gallo" (there is much the same relationship between French and the Romance dialect called 'Gallo', spoken in Eastern Brittany, as between Scots and the King's English). The first recording of the new ballad, in 1961, was an EP titled "Far over the Forth" where it is sung by Ray Fisher accompanied by her brother Archie on guitar, as stated on the original EP's sleeve notes. Since then the song has passed into the folk-singers' repertoire. This info was provided by Kate Dunlay, the co-author with her husband of "Traditional Celtic Violin Music of Cape Breton, the DunGreen Collection".
    As mentioned by Sir Walter Scott himself, "this poem... communicated to him by Charles Kirkpatrick Sharpe, Esq. junior, of Hoddom, as written down, from tradition, by a lady...coincides very nearly with an ancient dirge called "The Three Ravens" published in London (with the melody) in Thomas Ravencroft's "Melismata", in 1611. This beautiful Elizabethan melody and the "Swan" melody have some family likeness. In particular the burden "Din, din, daon..." in the "Swan" possibly echoes the "Down, derrie, derrie, down..." in the "Three Ravens". Wikipedia and Mr M. David K. Smythe, on the site "www.recmusic.org", notice this similarity but don't explain it.
    In Francis Gourvil's opinion La Villemarqué might have invented at least part of the tunes of the Barzhaz. In the present case, he was perhaps inspired by the song recorded by Ravenscroft which was also included by Joseph Ritson in its "Scotish Songs" in 1794. So that, in 1961, the melody only found its way back home!

    If the English lyrics of "Twa Corbies" had to wait till 1961 to be set to a tune, they were luckier in Russia, where the translation (from a French text), published as "Dva Vorona" by Pushkin gave birth to several musical adaptations by prominent composers, in particular Rimsky-Korsakov (1844-1908) and Anton Rubinstein who also gave in 1868 a German version, "die beiden Raben". The first sung versions date back to 1828 (M.Y. Velgorsky) and 1829 (A.A. Aliabev).


    Français English
    1. Castel Armor porte à sa cime (bis)
    Venu de l'outre-mer, un cygne!

    REFRAIN
    Ding, ding, dong, au combat, au combat, oh!
    Ding, ding, dong, au combat allons!


    2. Nouvelle agréable aux Bretons,
    Qui l'est moins aux Français, dit-on.

    3. Au port une nef est entrée,
    Ses voiles blanches déployées;

    4. Le seigneur Jean est de retour,
    Il vient pour nous porter secours.

    5. Pour nous protéger des Français
    Qui méprisent nos libertés.

    6. Un cri de joie a retenti
    Dont le rivage a tressailli,

    7. Les monts du Laz y font écho
    La jument grise(1) hennit bien haut !

    8. Entendez les cloches sonner
    Dans chaque bourg à la volée!

    9. L'été vient, le soleil accourt,
    Le seigneur Jean est de retour!.

    10. Le seigneur Jean est notre orgueil
    Il a toujours bon pied, bon oeil.

    11. Au lait de Bretagne élevé,
    Aussi sain que vin vieux, ce lait!

    12. Quand il le brandit son pal brille.
    Les yeux qui le voient s'écarquillent.

    13. L'épée qu'il tient d'une main sure
    Peut fendre en deux homme et monture

    14. - Duc, aie donc du cœur à l'ouvrage,
    Pour la buée, pour l'étuvage!

    15. Quand il sait hacher comme lui,
    Hormis à Dieu, nul n'obéit!

    16. Tiens bon Breton, c'est la relève!
    Sang pour sang! Ni merci ni trêve!

    17. Si Notre Dame des Bretons
    Veut sa fête, nous la ferons!

    18. Le foin est mûr, bon à faucher!
    Et le blé prêt à moissonner!

    19. Cette moisson, qui la fera?
    Le roi nous dit :" Ce sera moi!!"

    20. Avant qu'il ne pleuve à torrent,
    Il vient avec sa faux d'argent.(2)

    21. Pour nos prairies, sa faux d'argent,
    Faucille d'or pour nos champs!

    22. Les Français nous prennent-ils donc
    Pour des manchots, nous les Bretons?

    23. Ce roi même, à ses propres yeux,
    Est-il homme, ou bien est-il dieu?

    24. Les loups Bas -Bretons vocifèrent
    En entendant le ban de guerre.

    25. Comme ils hurlent à nos hourras:
    L'odeur des Francs les met en joie!

    26. Bientôt on verra les chemins
    Ruisseler de sang, comme drains,

    27. Rougissant le poitrail des oies
    Blanches et canards à la fois.

    28. Au sol, plus d'épieux en morceaux
    Qu'après tempête, de rameaux.

    29. Et plus de crânes défoncés
    Que l'on en trouve en nos charniers.

    30. Là où les Français tomberont,
    Qu'ils attendent Armaguédon

    31. Pour partager le châtiment
    D'un vil Traître, leur commandant!(3)

    32. L'égout des arbres sera l'eau
    Bénite arrosant son tombeau!

    Ding, ding, dong, au combat, au combat, oh!
    Ding, ding, dong, au combat allons!



    (1) La mer
    (2) Peut-être une allusion à "l'herbe d'or".
    (3) Du Guesclin

    Trad. Christian Souchon(c) 2008
    1. A swan, a swan from overseas, (twice)
    Flies above Castle Arvor! See!

    CHORUS
    Din, din, dong, to the fight, to the fight, o!
    Din, din, dong, to the fight I go!


    2. For you, Bretons, it is good news!
    French, it's the end of your abuse!

    3. A ship is entering the bay,
    With all its white sails on display:

    4. Back home, back home is our lord John
    To protect his land he has come.

    5. Protect us all against the French:
    Our rights they break. Our hopes they quench.

    6. We raise a cry, joyful and clear,
    The whole shore quivers from that cheer.

    7. Laz Hill echoes increase its force
    As stumbles and neighs the grey horse! (1)

    8. Hark! The bells ring with joyful sound.
    In towns for hundred leagues around!

    9. The sun has come. Summer has come.
    And now back home is our lord John!

    10. Our Lord John who's a gallant wight,
    He's both swift-footed and sharp-eyed!

    11. As a child, sucked a Breton breast
    Next to old wine for health the best!

    12. The spear he shakes so brightly gleams
    That eyes are blinded by these beams.

    13. With his sword he can be so coarse,
    As to cut in-two man and horse!

    14. - Come on, Lord Duke, hit, believe me!
    Swamp them with blood deep as can be!

    15. Chop to small pieces as you do.
    Nobody, but God, may make you.

    16. At them! Brave Bretons! No excuse!
    Blood for blood! No pardon or truce!

    17. Our Lady of Brittany, help!
    We will found a mass for your sake!

    18. The hay is ripe and must be reaped
    Since it's ripe, we must scythe the wheat.

    19. By whom will be stored wheat and hay?
    The king says: "I'll take them away!"

    20. He'll come before the pouring rain
    With a silver scythe on our plain. (2)

    21. Silver scythe our meadows to mow
    Gold sickle to reap what we sow.

    22. Do the French think, who to us tend,
    That we cannot for ourselves fend?

    23. Or is their king anxious to know
    If he's man or god, here below?

    24. The Breton wolves they gnash their teeth,
    When gathering calls spread o'er the heath.

    25. Hearing the cheers, they give a yell
    Since of the French the scent they smell!

    26. O'er paths and lanes shall run a flood
    But not of water, of sheer blood,

    27. And ember-red will make the sauce
    Ducks and white geese swimming across.

    28. More lances scattered on the ground
    Than, after a storm, boughs be found.

    29. And more death's heads shall fall, by far,
    Than in our charnel houses are.

    30. Soldiers from France, where'er they fall,
    Lay there until doomsday horns call,

    31. When they'll be tried and sentence said
    On the vile Traitor at their head. (3)

    32. The rain that drips down from the leaves
    Be holy water on his grave!

    Din, din, dong, to the fight, to the fight, O!
    Din, din, dong, to the fight I go!



    (1) The sea.
    (2) Maybe a hint at the famous "golden herb".
    (3) Du Guesclin !

    Transl. Christian Souchon (c) 2008

    brezhoneg

    Cliquer ici pour lire les textes bretons (versions imprimée et manuscrite).
    For Breton texts (printed and ms), click here.


    Résumé
    Il s'agit du retour d'Angleterre et du débarquement à Saint-Malo, , le 3 août 1379, du Duc Jean IV de Montfort, venu prendre la tête du soulèvement contre le roi Charles V (1338 - 1364 - 1380) , pourtant dit "Le Sage", qui avait fait déclarer le pays réuni à la couronne de France.
    L'armée française vaincue par les Bretons était commandée par DU GUESCLIN, considéré dès lors par ses compatriotes comme un traître.

    Un véritable chant historique?
    Les détracteurs habituels de La Villemarqué ne semblent pas trop s'acharner sur ce chant qu'il est pourtant le seul à avoir collecté. M. Donatien Laurent le cite parmi les chants historiques authentiques.
    Les faits sont bien connus. Après la mort de Charles de Blois à la bataille d'Auray en 1364, Montfort (1339 - 1399), son rival est reconnu par tous comme Duc de Bretagne. Mais celui-ci est tellement anglophile que ses barons le mettent bientôt en demeure de chasser les Anglais ou de s'en aller lui-même. Jean de Montfort choisit la deuxième solution et se retira en Angleterre en 1373.
    Le roi de France, Charles V, crut le moment venu de faire main basse sur la Bretagne et fit déclarer le pays réuni à la couronne de France.
    Le "Livre du bon roi Jehan, Duc de Bretagne" - de Guillaume de Saint-André, un clerc breton, conseiller des ducs de Bretagne dans les années 1380 - décrit avec force détails le raffinement des troupes que le roi envoya prendre possession du duché et la rusticité de l'équipement de leurs adversaires bretons, lesquels, avaient, toutefois, l'avantage d'une très forte motivation:

    "...Trop doutaient avoir nouveaux maîtres.
    Et ils pensaient défendre fort
    Leur liberté jusqu'à la mort.
    Car liberté est délectable,
    Belle et bonne et bien profitable.
    De servitude avaient horreur..."

    En 1379, on rappela le duc de Montfort dont l'arrivée à Saint-Malo, le 3 août 1379, fut saluée avec enthousiasme, y compris par la veuve de Charles de Blois, Jeanne de Penthièvre, de la façon décrite dans la ballade. Il prit la tête de l'armée bretonne et marcha à l'encontre de l'armée ennemie qui fut vaincue.
    L'identité du "Traître" évoqué dans les deux dernières strophes ne fait aucun doute. Il s'agit de Bertrand Du Guesclin, le connétable de France qui commandait l'armée du roi, s'attirant ainsi la malédiction de ses compatriotes. Ce dernier fut très affecté par cet anathème auquel il ne s'attendait pas. Ses propres soldats le quittaient pour passer dans l'armée bretonne. Vaincu, il fut soupçonné par Charles V d'infidélité, tandis que son image était exclue de la salle des Etats de Bretagne. Il mourut quelques mois plus tard (1380), tandis que Charles V se préparait à offrir la paix au duc de Bretagne (Deuxième Traité de Guérande, 4 avril 1381).

    Un mystérieux cygne
    Rien n'explique le rapport établi dans cette ballade entre Jean IV de Montfort et ce cygne qui ne figure pas dans ses armoiries. On y trouve des lionceaux à queue fourchée, des échiquetés d'or et d'azur, voire des hermines, mais pas de cygne...
    S'agit-il donc d'une introduction poétique qui n'annonce en aucune manière ce qui va suivre? On trouve un tel passage du coq à l'âne dans le chant l'Hermine qui commence par un petit cours de botanique.
    Dans son "Villemarqué" (p. 399), F. Gourvil remarque que de telles entrées en matière sont
    "étrangèr[e]s à l'inspiration des rapsodes et au goût des chanteurs" et "ne peuvent être attribué[e]s qu'à un lettré de l'époque romantique". Cette affirmation est illustrée par 9 citations, toutes tirées des chants de 1845 que La Villemarqué est le seul à avoir publiés et que Gourvil considère issus de l'imagination du collecteur. C'est le cas, en particulier des "4 chants de Leuhan" dans les Montagnes Noires, un bourg dont "Kerrouant" (sans doute le "Kerc'hoant" de La Villemarqué) est un écart et où vivaient, comme l'a montré M. Goulven Péron, des anciens Chouans instruits, le clan Le Floc'h - Bourriquen, susceptibles d'avoir cultivé et même enrichi un répertoire de chants subversifs. Ces "chants de guerre" sont, outre le "Cygne", "Arthur", "Nominoë" et "Alain le Renard". En raison de son titre énigmatique, le "Cygne" est même gratifié par Gourvil d'une note (P. 403):
    Page AL du dictionnaire de Lagadeuc
    "On pourrait faire observer qu'un cygne, même d'outre-mer, n'a pas pour habitude de percher au haut d'une tour [...] Par ailleurs le titre breton de ce chant est incompris de tout bretonnant non prévenu. C'est un emprunt au gallois "alarch" dont rien ne prouve qu'il ait jamais été usité de ce côté de la Manche et qui apparaît pour la première fois [...] à la réédition du "Dictionnaire breton-français" de Le Gonidec (1850, p.116), suivi des initiales H.V. C'est donc La Villemarqué qui l'a introduit, après l'avoir sans doute rencontré dans le dictionnaire d'Owen Pughe, souvent mis par lui à contribution."
    Les dictionnaires modernes traduisent "cygne" par "alarc'h" - pluriel "elerc'h", mais malgré ce pluriel flexionnel qu'on ne trouve que dans les mots bien ancrés dans la langue, il semble effectivement que ce soit La Villemarqué lui-même qui l'ait fait entrer dans l'usage.
    Les illustrations ci-contre montrent que le mot ne figure ni au plus ancien dictionnaire breton (et français, d'ailleurs), le "Catholicon", composé en 1464 par Jéhan Lagadeuc, ni dans celui de Dom Le Pelletier, publié en 1752.
    Le "Dictionnaire Français-Breton" de Grégoire de Rostrenen (1732) traduit "cygne" par ..."sin" orthographié "cyn". Les dictionnaires modernes donnent aussi encore "sign" ou "malsign" (cygne mâle), mais ne connaissent parfois plus qu' "alarc"h".
    Mais une gwerz qui se date elle-même de 1786 n'utilise que les deux mots traditionnels: L'étang de Bizien.
    Quand La Villemarqué a introduit dans le Barzhaz en 1845, puis dans son édition révisée du Dictionnaire de Le Gonidec (1850), le mot gallois "alarch" (pluriel "elyrch" ou "eleirch") a commis une nouvelle indélicatesse intellectuelle: il souhaitait remplacer, et il y est parvenu, le mot "sin" qu'il fait précéder, dans ce dernier ouvrage, d'un astérisque accusateur réservé, explique-t-il à la page X de l'avertissement,
    "à certains mots étrangers d'un usage habituel qui ont malheureusement pris depuis longtemps la place d'indigènes désormais incompris...". Ce dernier membre de phrase signifierait que "sin" aurait détrôné le mot "alarc'h", autrefois en usage en Bretagne. On a vu que cela est loin d'être établi.
    Disons à sa décharge que si le "Dictionnaire celto-breton" original de Le Gonidec (1821) fait suivre le mot "a-iz" (dessous) du mot "alesse" (delà) et ignore donc le mot "alarc'h", il ignore tout autant les mots "sin" et "malsin"!
    Il faut en outre rendre à La Villemarqué cette justice, qu'il n'a pas poussé l'aveuglement jusqu'à commencer par "alarc"h /elerc'h" la liste de pluriels "hétéroclites" (à flexion) qui figure p. 19 de l'édition 1850 du Dictionnaire.

    "En Aleth, en Aleth tra-mor"
    Ceci dit, on ne sait toujours pas ce que vient faire un cygne acrobate dans cette galère.
    Mais il n'y a pas que ce cygne qui intrigue dans cette introduction. Quelle est, s'il s'agit bien de Saint-Malo où l'on ne parlait plus breton depuis des siècles, la tour que désigne l'expression "Tour moal Kastell Arvor", la tour chauve du château d'Armor? La construction du château de Saint-Malo ne sera entreprise par le Duc Jean V que 45 ans plus tard, en 1424.
    On remarque que dans son Dictionnaire de 1732, le Père Grégoire de Rostrenen indique, à l'article "Saint-Malo":
    "Ville épiscopale très célèbre autrefois nommée Aleth et Gwikalet" (orthographié "Guïcq-aleth").
    On peut penser que La Villemarqué a effectivement mis la main sur une authentique ballade historique qui citait le nom du port où eut lieu le triomphal retour de Jean IV en 1379, mais qu'il aura substitué "alarch" au nom d'"Aleth" ou "Alet", la bourgade sise sur le promontoire de Saint-Servan, face à la Cité des corsaires. En 1255, à la suite d'une révolte contre la domination de cette dernière qui lui imposait des taxes, les murailles d'Aleth et son château d'Oreigle seront rasés. Si des ruines de la forteresse étaient encore en place au bout de 124 ans, l'expression de "tour chauve" qui apparaît dans le chant du Barzhaz serait justifiée. "Tra-mor" (outre-mer) pourrait s'entendre comme "situé de l'autre côté de la mer par rapport aux côtes d'où viennent les bateaux", à savoir l'Angleterre. Un violent tremblement de terre qui secoua toute la côte de la Manche jusqu'à la Hollande en 1427, modifia les accès aux deux cités, au profit de Saint-Malo, comme il est indiqué sur la page Wikipédia consacrée à Aleth. Tout cela justifierait que le chant situe le débarquement de la flotte anglaise à Aleth, dans l'Anse des Sablons, pour peu que l'on remplace "war lein" (au sommet de') par quelque autre expression signifiant "devant" ou "au large de". On peut aussi penser à l'expression "War varlenn" rencontrée (sous sa forme vannetaise: "ar varlen") dans la complainte L'exilée du Tiréden, 2ème ligne, où elle sigifie "sur la margelle de" [la croix à Quelven].
    On a vu à propos du chant La fiancée de Satan que La Villemarqué avait du mal à se relire et pouvait échafauder toute une théorie sur une erreur de lecture ("person" lu comme "Piar"). Dans le cas présent, il fallait peut-être lire
    "En Alet, en Alet, tra-mor/ E-tal tour moal kastell arvor/ ...Erru ul lestr e plag ar mor": A Aleth, à Aleth, après avoir traversé la mer, face à la tour décapitée du fort de mer ... est arrivé un vaisseau dans le golfe..."

    Animosité anti-française
    On a mentionné, à propos du chant Le vin des Gaulois, le "sentiment national fortement marqué [... et] l'esprit d'hostilité continuelle [...] entre les Bretons et leurs voisins de l'est", que Gourvil (p. 393) soupçonne La Villemarqué d'avoir instillés dans des archétypes qui en étaient exempts, ou même dans des chants inventés par lui. Le "Cygne" appartiendrait à cette seconde catégorie. Le Barde a cru devoir légèrement tempérer son propos entre les éditions de 1845 et de 1867: dans la strophe 25, la première traduction "Les loups de Bretagne...à l'odeur des Français ... hurlent de joie" devient "à l'odeur de l'ennemi". Mais le texte breton porte toujours "Gant c'hwez ar C'hallaoued". Ce qui conduit de nos jours certains énergumènes à ajouter une strophe anachronique:
    «Enor, enor d'ar gwenn-ha-du!/ Ha d'ar C'hallaoued mallozh ruz!» (Honneur au drapeau breton [inventé en 1925] et malédiction aux Français!).
    "Ne fell ket deomp o diskleriañ/ Mes ar c’hontre oueint ar re-mañ." (Nous ne voulons point de chamailles!/ Ils sont tous connus de nos ouailles).
    Il est cependant une catégorie de chants authentiques qui est empreinte d'hostilité, non pas à l'encontre des Français, mais de l'armée révolutionnaire souvent désignée dans par le terme "An nasion", la Nation. Il s'agit précisément des chants de Chouans, comme la Complainte de Jean Jan qui parle, elle, de "Sankuloted". Peut-être le chant utilisé par la Villemarqué mêlait-il des éléments relevant de la chouannerie à un rappel des événements de 1379.
    Remarquons enfin que la terrible dernière strophe où culmine l'anathème jeté à Du Guesclin, "An diveradur eus ar gwez/ Ray dour benniget war e vez", reprend presque mot pour mot une strophe (j) d'un "chant d'Anglais", Loiza I, qui évoque un raid sur le Pouldu, le 1er octobre 1746: "An diveradur deus ar gwez/ Vo dour benniget war va bez.": "l'égout des arbres/ sera l'eau bénite sur ma tombe". Cet emprunt n'est pas, en soi, un indice de fraude comme l'affirmait Luzel à propos d'un texte apparenté dont il connaissait la version française intitulée "La Quenouille d'Ivoire".
    De même, il est certain que La Villemarqué n'a pas composé la strophe 20, car l'allusion probable à la fameuse "herbe d'or" n'apparaît pas dans la traduction erronée qu'il en fait: "Il va venir faucher en Bretagne, avec une faux d'argent", au lieu de "Il viendra juste avant une averse (kaouad) faucher avec une faux d'argent."
    Résumé
    This song refers to the return from England and landing in Saint-Malo of John IV of Montfort, coming to head the uprising against the king Charles the Fifth (1338 - 1364 - 1380), also known as "Charles the Wise", who had unwisely declared Brittany united with the kingdom of France.
    The French army, defeated by the Bretons on 3rd August 1379, was led by DU GUESCLIN whom his fellow countrymen considered from then on as a traitor.

    A genuine historical song?
    Authors who are, as a rule, disparaging about the Barzhaz don't focus their criticism on this ballad, though the song appears in no other collection. M. Donatien Laurent calls it an authentic historical song.
    It refers to well-known events. After the death of Charles of Blois at the battle of Auray in 1364, Montfort (1339 - 1399), his contender, was acknowledged as the Duke of Brittany. But his anglophilia was so patent that his barons soon instructed him either to make the English depart or to depart himself. Montfort decided for the latter possibility and left for England in 1373.
    The king of France, Charles V, thought it a convenient occasion to annex Brittany and he declared it united with his kingdom.
    The "Livre du bon Jehan, Duc de Bretaigne" - by Guillaume de Saint-André, a Breton clerk who was a counsellor to the Dukes of Brittany in the 1380ies - gives a very precise account of the refined impedimenta of the French army sent to take possession of this new province, contrasting with the coarseness of the Bretons. Those were however at a large advantage, since they were:

    "...Too distrustful of their new masters,
    And agreed to fight by all means
    For their freedom, and to the death.
    For freedom is enjoyable,
    To riches much preferable
    Whereas enslavement is loathsome..."

    In 1379, the Duke of Montfort was called back and his landing in Saint-Malo, on 3rd August 1379, was greeted by all Bretons with exultation, even by Charles of Blois' widow, Joan of Penthièvre, as so lively described in the present song. He took the command of the Breton army that defeated the French.
    There is no doubt about the "Traitor" addressed in the last two stanzas: it is Bertrand Du Guesclin, the Constable of France who commanded the royal army, thus calling down on himself the curse of his fellow countrymen. He deeply felt this rejection which he had not foreseen. His own Breton soldiers abandoned him and went over to the enemy. After his defeat he was suspected of treason by the king, while his portrait was removed from the Meeting Hall of the States of Brittany. He died a few months later (1380) and Charles V had to make peace with the Duke of Brittany (Second treaty of Guérande , 4th April 1381).

    A mysterious swan
    There is no evident reason why John IV of Montfort should be connected in this song to a swan, which is none of his heraldic symbols. His different coats of arms include lion cubs with forked tails, yellow and blue check patterns, and ermines, but no swans...
    Is it a literary trick, an introduction disconnected from the rest? Such jump from one subject-matter to another is found in the song The Stoat that starts off with a brief course of botany.
    In his "Villemarqué" (p. 399), F. Gourvil maintains that such introductory words are
    "unfamiliar to "the country bards' taste and inspiration" and "may only be ascribed to a well-read author from the Romantic period". This postulate is illustrated by nine excerpts from 1845 songs which were published by La Villemarqué exclusively and are considered by Gourvil inventions arisen from the collector's imaginings. This would apply in particular to the "4 songs of Leuhan" in the Black Mountains, a parish to which "Kerrouant" (spelled "Kerc'hoant" by La Villemarqué) is a hamlet. There lived, as demonstrated by M. Goulven Péron, educated veterans of the Chouan wars, belonging to the "Clan" Le Floc'h - Bourriquen, who might well have cultivated or even enriched a body of subversive songs. The "war songs" in question are, beside "The Swan": "Arthur's March", "Nominoë" and "Alan the Fox". On account of its weird incipit, the "Swan" is even favoured by Gourvil with an additional note (P. 403):
    Page AL du dicitonnaire de Lepelletier
    "We may observe that a swan, even from overseas, is not used to roost on top a tower [...] Besides the Breton title of this ballad will not be understood by a Breton speaker, unless it was explained to him. It is the Welsh loanword "alarch" for which there is no evidence that it was ever used on this side of the Channel and it is first recorded [...] in the revised edition of Le Gonidec's "Dictionnaire breton-français" (1850, p. 116), where the item is followed by the initials H.V. hinting at an addition performed by La Villemarqué, who possibly found the word in Owen Pughe's dictionary to which he often resorted."
    Modern dictionaries translate "swan" as "alarc'h", plural "elerc'h, but in spite of this "Germanic" plural, that hints, as a rule at words deeply rooting in the Breton language, it appears really that this word was adapted by La Villemarqué himself from the Welsh "alarch", plural "elyrch" or "eleirch". The opposite pictures show that the word is missing as well in the oldest Breton-French-Latin dictionary, the "Catholicon", composed in 1464 by Jehan Lagadeuc, as in that of Dom Le Pelletier, published in 1752.
    The "French-Breton Dictionary" of Gregory of Rostrenen (1732) gives for the French "cygne" (swan) the phonetic equivalent "sin". Modern dictionaries have "sign" and "malsign" as well.
    But a "gwerz" that hints at its own date of composition, 1786, uses the two traditional words only: Bizien Pond.
    By insinuating into his 1845 "Barzhaz", then into his revisited edition of Le Gonidec's Dictionary, in 1850, the Welsh word "alarch" (plural "elyrch" or "eleirch"), La Villemarqué committed another form of intellectual dishonesty: he wanted, and it was a successful attempt, to banish the word "sin" to which he affixes in the aforementioned book a vengeful asterisk hinting, as stated on page X of the preface,
    "at certain foreign words that have been customarily used since a long time, instead of native words that are no longer understood...". The latest sentence means that "sin" allegedly has ousted the word "alarc'h" formerly in use in Brittany. As stated above, this is far from established.
    It must be said in La Villemarqué's defence that, if Le Gonidec's original "Dictionnaire celto-breton" (1821) presents, immediately after "a-iz" (underneath), the item "alesse" (from here) and, consequently ignores the word "alarc'h", it also skips the usual words for "swan": "sin" and "malsin"!
    Besides, it must be said in fairness to La Villemarqué, that he refrained from beginning with "alarc'h /elerc'h" a list of nouns with "heteroclite" plural, set forth on page 19 of his 1850 edition of the Dictionary.

    "En Aleth, en Aleth tra-mor"
    We still do not know why a stunt flying swan should get involved in this story.
    But the swan is not the only puzzling element in this introductive stanza. If the town hinted at is really Saint-Malo, where Breton had ceased to be spoken centuries ago, what was the tower referred to as "Tour moal Kastell Arvor", the bold tower of Armor Castle? Saint-Malo Castle was to be erected by Duke John the Fifth only 45 years later, in 1424.
    Now, in his 1732 Dictionary, the Rev. Gregory of Rostrenen describes "Saint-Malo" as follows:
    "Famous Episcopal city formerly named Aleth and Gwikalet" (spelled "Guïcq-aleth").
    We may surmise that La Villemarqué really could grab an authentic historic ballad proclaiming in its first stanza the name of the city where the triumphal return of Duke John took place in 1379; but that he substituted "alarc'h" for the place-name "Aleth" or "Alet", located on Saint-Servan promontory, opposite the privateers' city. In 1255, in retaliation for an uprising against their neighbours who imposed on them heavy taxes, the inhabitants of Aleth had to accept that their ramparts and their fortress, Oreigle Castle, be razed to the ground. If we take it that ruins of the dismantled fortress were still visible 124 years later, the expression "tour moal" (bold tower) in the Barzhaz poem would be justified. "Tra-mor" (overseas) could mean "located across the sea from the starting point of the ships", i.e. England. A terrible earthquake shook the Channel coast up to Holland in 1427, and made Saint-Malo harbour more accessible than its competitor, as stated on the Wikipedia page dedicated to Aleth. This would explain that the ballad should locate the landing of the English craft in Aleth, in Sablons Cove, provided that "war lein" (on top) would be replaced with some other words meaning "in front of" or "off". We may also think of the expression "War varlenn" encountered (in its Vannes dialect form: "ar varlen") in the song The Tiréden exile, 2nd line, where it means "on the sill of" [Quelven Cross].
    As we know from the ballad The Bride of Satan, La Villemarqué found it sometimes difficult to read his own handwriting and could pile up a whole theory on top of a misconstrued word ("person" mistaken for "Piar"). In the ballad at hand, he ought perhaps to have read
    "En Aleth, en Aleth, tra-mor/ E-tal tour moal kastell arvor/ ...Erru ul lestr e plag ar mor": In Aleth, in Aleth, across the sea, in front of the dismantled tower of the sea-shore fortress ... a ship has entered the cove..."

    Animosity against the French
    In the comments to the song The Wine of the Gauls, the
    " Bretons' strongly pronounced jingoism [... and] relentless hostility [...] towards their eastern neighbours" was addressed. As we know, Gourvil (p. 393) suspects La Villemarqué to have either added this note in genuine songs that were free of it, or even forged deliberately these pieces full of hatred. The "Swan" would belong to the second category. The Bard felt it necessary to slightly tone down his vituperations between the 1845 and the 1867 edition: in stanza 25, the first translation has "The wolves of Brittany...when they pick up the scent of the French ... they yell of joy". It becomes "when they take the scent of the foe". But the Breton text remains unchanged: "Gant c'hwez ar C'hallaoued". It has prompted some rowdy characters, of late, to add an anachronistic stanza: «Enor, enor d'ar gwenn-ha-du!/ Ha d'ar C'hallaoued mallozh ruz!» (Hurrah for the Breton flag [invented in 1925] and a "red curse" on the French!).
    "Ne fell ket deomp o diskleriañ/ Mes ar c’hontre oueint ar re-mañ." (Why mark them with accusing chalk? They are all known of the whole flock).
    There is, however, a class of songs authentically tinged with hostility, not towards the French, but towards the Revolutionary army often referred to as "An nasion", the Nation. I mean, of course, the Chouan songs, like the Lament of Jean Jan that prefers the word "Sankuloted". Maybe the song on which La Villemarqué elaborated smartly combined features pertaining to the Chouan wars with an evocation of the 1379 events.
    It is remarkable that the last stanza embodying the most terrible anathema against Du Guesclin, "An diveradur eus ar gwez/ Ray dour benniget war e vez", echoes almost literally a strophe (j) of the "Saxon song", Loiza I, relating a raid on le Pouldu, on 1st October 1746: "An diveradur deus ar gwez/ Vo dour benniget war va bez.": "Rain dripping from the leaves/ Will be the holy water sprinkled on my grave". This borrowing is not necessarily a proof of forgery, as asserted by Luzel who knew the French translation of a related text titled "The Ivory Distaff".
    Besides, we may be sure that La Villemarqué did not compose stanza 20, since he failed to take the probable hint at the famous "golden herb" when he wrongly translated: "He will come to mow in Brittany with a silver scythe", instead of "He will come just before the shower (kaouad) to mow with a silver scythe."

    .
    As I was walking all alane,
    I heard twa corbies making a mane (moan)
    The tane (one) unto the t'other say,
    "Where sall we gang and dine to-day?"

    "In behint yon auld fail (turf) dyke,
    I wot (know) there lies a new slain knight;
    And naebody kens that he lies there,
    But his hawk, his hound, and lady fair.

    "His hound is to the hunting gane,
    His hawk to fetch the wild-fowl hame,
    His lady's ta'en another mate,
    So we may mak our dinner sweet.

    "Ye'll sit on his white hause-bane (breast bone),
    And I'll pike out his bonny blue een;
    Wi ae lock o his gowden hair
    We'll, theek (feather) our nest when it grows bare.

    "Mony a one for him makes mane (moan),
    But nane sall ken where he is gane;
    Oer his white banes, when they are bare,
    The wind sall blaw for evermair."

    Source: Ballads Weird and Wonderful (1912) by Vernon Hill
    Je marchais seul sur le chemin,
    J'ouïs deux corbeaux pleins de chagrin.
    L'un disait à l'autre: "L'ami,
    "Où dinerons-nous aujourd'hui?"

    "Derrière le talus herbeux,
    Gît depuis peu le corps d'un preux;
    Nul ne sait qu'il est là, sinon
    Son chien, sa dame et son faucon.

    "Son chien s'en est allé chasser,
    Son faucon traque le gibier,
    La dame a son nouvel amant:
    Nous dînerons tranquillement.

    "Son sternum sera ton perchoir,
    Je picorerai ses yeux noirs;
    De touffes de ses cheveux blonds
    Notre nid nous tapisserons.

    "Si nombreux sont ceux qui le pleurent,
    Nul ne sait où son corps demeure;
    A travers ses os nus et blancs
    A jamais soufflera le vent."

    Source: Ballads Weird and Wonderful (1912) by Vernon Hill


    The TWa Corbies" sung by the Corries



    Vassal of Du Guesclin Marriage Girdle