Le vin des Gaulois

The Wine of the Gauls

Dialecte de Léon (*)

  • Première publication, Barzhaz, 2ème édition, en 1845.
  • "Quelques habitués de tavernes de la Paroisse de Coray [12 km au nord de Rosporden] l'entonnent, le verre en main..." (selon l'"argument" du chant, page 45 dans l'édition de 1867)
    En 1879, lors d'une séance de la Société archéologique du Finistère, LV dit être passé à Coray en 1841 et y avoir recueilli des informations sur le chouan Bonaventure Carré auprès d'un "nommé Jourdan, ancien tambour dans les armées de la République".
  • Chant absent des carnets de Keransquer.
  • Collecté uniquement par La Villemarqué.
    Selon Luzel et Joseph Loth, cités (P. 389 de son "La Villemarqué") par Francis Gourvil qui se range à leur avis, ces deux chants historico-mythologiques feraient partie de la catégorie des chants inventés.
    Cependant cela est infirmé par l'Abbé Henry (cf. Nomenoé), en dépit des remarques ironiques de F. Gourvil qui le cite. L'abbé écrivait en novembre 1867: "Il y a cinquante ans j'ai entendu chanter... l'air du Vin des Gaulois."

    (*) Dialecte: En 1845 le dialecte indiqué était celui de Cornouaille. Bien que le texte n'ait que peu changé, le dialecte devient celui de Léon en 1867.
  • First published in "Barzhaz Breizh, 2nd edition, 1845.
  • "A few regulars in the Coray pubs [12 km north of Rosporden] are fond of this song which they strike up with a glass in their hand..." (as stated in the "argument" to the song, page 45 in the 1867 edition).
    In 1841, on a session of the Société archéologique du Finistère, LV declared that he was at Coray in 1841, when he collected information on the Chouan Bonaventure Carré from "a named Jourdan, a former drummer in the Republican army".
  • No hand-written version in the Keransquer Manor collecting books.
  • No other record of this song than in the "Barzhaz".
    According to Luzel and Joseph Loth, quoted by Francis Gourvil (p. 389 of his "La Villemarqué"), these two historical/mythological songs were "invented" by their alleged collector.
    However this is invalidated by a statement of Abbé Henry (see Nomenoé), in spite of the ironical remark appended by Gourvil to this quotation. The priest wrote in November 1867: "Fifty years ago I heard someone sing... the air of Wine of the Gauls."

    (*) Dialect: In 1845 the dialect was styled "Cornouaille dialect". Though the text was hardly changed, it became "Léon dialect" in 1867.

  • Mélodie
    (Hypodorien ou la mineur)

    Le Diable dans la bouteille

    Est-ce une coincidence? L'accompagnement au "bouteillophone" du
    Diable dans la bouteille de la très talentueuse
    Juliette Noureddine ressemble fort au "Vin des Gaulois" du Barzhaz!

    Français English
    I. Le vin des Gaulois

    1. O, Vin blanc de treille
    Vaut mieux qu'oseille! (1)
    Le vin blanc de la treille!
    (bis)
    Feu, feu, acier bleu,
    Acier, chêne et feu!
    Chêne et terre et mer!
    Mer et chêne et terre! (2)


    2. O, Mieux qu'hydromel vaut
    Vin nouveau!
    Mieux qu'hydromel il vaut! (3)
    (bis>
    Refrain

    3. Mieux vaut l'éclat du vin
    Que l'airain! (4)
    Mieux vaut l'éclat du vin!
    (bis>
    Refrain

    4. Vin de Gaulois enivre,
    Non le cidre!
    Vin de Gaulois enivre!
    (bis)
    Refrain

    5. Au Gaulois, feuille et cep
    Que l'on jette! (5)
    Au Gaulois, feuille et cep!
    (bis)
    Refrain

    6. Vin blanc à toi, Breton
    De renom!
    Vin blanc à toi Breton!
    (bis)
    Refrain

    7. Mêlons le rouge sang
    Au vin blanc!
    Vin blanc et rouge sang!
    (bis)
    Refrain

    8. Vin et sang rouge, bois!
    Le sang gras!
    Bois vin blanc et sang gras!
    (bis)
    Refrain

    9. Sang rouge et vin blanc
    Un étang! (6)
    Sang et vin, une race.
    (bis)
    Refrain

    10. Gaulois, c'est ton sang
    Ce torrent!
    Gaulois, c'est ton sang!
    (bis)
    Refrain

    11. Sang et vin que je bois
    Au combat.
    Sang et vin que je bois!
    (bis)
    Refrain

    12. Le vin, le sang abreuvent
    Pour l'épreuve
    Le vin, le sang abreuvent.
    (bis)
    Refrain

    II. La Danse du Glaive

    13. Sang, vin, danse t'éveillent
    O Soleil!
    Sang, vin, danse t'éveillent
    (bis)
    Refrain

    14. Nos danses, nos chants,
    Soient des péans!
    Nos danses et nos chants.
    (bis)
    Refrain

    15. La ronde des épées
    Assemblées (7);
    La danse de l'épée.
    (bis)
    Refrain

    16. Le chant du sombre glaive (8)
    Qui achève.
    Le chant du sombre glaive.
    (bis)
    Refrain

    17. Le glaive veut sa proie
    Il est roi.
    Le glaive veut sa proie.
    (bis)
    Refrain

    18. Glaive! Glaive, grand roi
    Du combat!
    Glaive, glaive, grand roi!
    (bis)
    Refrain

    19. Qu'à ton front luise un bel
    Arc en ciel!
    Un sublime arc en ciel!
    (bis)
    Feu, feu, acier bleu,
    Acier, chêne et feu!
    Chêne et terre et mer!
    Mer et chêne et terre!

    I. The Wine of the Gauls

    1. White wine of vine,
    No bramble brine!(1)
    White wine of vine be mine!
    (twice)
    Fire, fire, steel o steel,
    Fire, fire, steel and fire!
    Oak, oak, flood and smoke!
    Flood and ground and oak! (2)


    2. New wine, of grape made,
    And no mead!
    New wine of grape be shed! (3)
    (twice)
    Chorus

    3. Better is glittering glass,
    O, than brass! (4)
    Better is glittering glass!
    (twice)
    Chorus

    4. Gauls' gay wine is better
    Than cider!
    Gauls' gay wine is better!
    (twice)
    Chorus

    5. Gaul, stem and leaves be yours
    And refuse!
    Gaul, stemm and leaves be yours! (5)
    (twice)
    Chorus

    6. White wine be yours, Breton!
    You brave man!
    White wine be yours, Breton!
    (twice)
    Chorus

    7. Let wine and blood gather
    Together!
    Let wine and blood gather!
    (twice)
    Chorus

    8. White wine and blood, galore
    And fat gore!
    White wine and blood, galore!
    (twice)
    Chorus

    9. Let red blood and white wine turn
    To one burn! (6)
    Let red blood and white wine!
    (twice)
    Chorus

    10. Behold all: the Gauls' blood
    Runs in flood!
    Behold all the Gauls' blood!
    (twice)
    Chorus

    11. Blood and wine flow away!
    Bloody fray!
    Blood and wine flow away!
    (twice)
    Chorus

    12.White wine and blood quicken!
    O drink them!
    White wine and blood quicken!
    (twice)
    Chorus

    II. The Dance of the Sword

    13. Blood and wine! Now, our dance,
    Sun, enhance!
    Blood and wine. Now our dance!
    (twice)
    Chorus

    14. Dance and song and shout,
    Shout and bout!
    Dance and song and shout!
    (twice)
    Chorus

    15. Dance of blade be led
    In the glade (7)
    The dance of the blade!
    (twice)
    Chorus

    16. Song of the sword grey (8)
    That will slay!
    Song of the sword grey!
    (twice)
    Chorus

    17. The sword claims its prey!
    It holds sway
    The sword claims its prey!
    (twice)
    Chorus

    18. O sword, O great king
    In the field!
    O sword, O great king!
    (twice)
    Chorus

    19. Let there be a rainbow
    On your brow!
    Let there be a rainbow!
    (twice)
    Fire, fire, steel o steel,
    Fire, fire, steel and fire!
    Oak, oak, flood and smoke!
    Flood and ground and oak!

    (1) En fait, il est question de "mouar", (de"mûre"), tandis que "barr" signifie "branche" et plus spécifiquement "grappe" (barr rezin). Par ailleurs le texte breton est fait d'allitérations intraduisibles ("gwell eo gwin gwenn...").

    (2) Comme dans "La ceinture de mariage" le refrain, qui sonne comme une suite d'onomatopées, a bel et bien un sens.

    (3) Le breton: "mez" signifie soit "glands", soit "hydromel". Dans sa traduction, La Villemarqué parle ici de "bière", mais c'est à tort.

    (4) C'est ici que La Villemarqué évoque l'hydromel. Le texte breton parle de "kufr", mot que, semble-t-il, le dictionnaire ignore. Peut-être s'agit-il de "kouevr" (cuivre) et de la couleur d'une boisson bretonne? Le mot fait pendant à l'expression "gwin a lufr" (le vin qui brille)

    (5) "Dit pezh teil": exactement :"A toi, espèce de fumier!"

    (6) Dans le texte breton: "aouen", rendu par La Villemarqué, par le mot "rivière". Dans l'édition de 1867 la traduction de cette 9ème strophe est intercalée entre la 1ère et la seconde strophe. Le dictionnaire du Père Grégoire (1732) donne le mot "aven, avon" (rivière) comme "als." (ancien) et "hors d'usage", si ce n'est dans les noms de lieux "(rivière d')Aven" et Pont-Aven". Doit-on aussi penser à la fameuse "awen" celtique ("inspiration artistique"), dont les esprit les plus critiques assurent qu'elle est à l'origine de toute cette pièce (entre autres)?

    (7) "En eze": est aussi absent du dictionnaire. La Villemarqué le traduit par "en cercle".

    (8) Le mot qui désigne l'épée en breton, "kleze", est parent du latin "gladius" d'où vient le mot "glaive" (ainsi que "gladiateur" et "glaïeul"). C'est aussi le "clay" de "claymore" (la grande épée, "kleze meur").
    (1) "Mouar" means "mulberries" and "barr" means "cluster" (of grapes). This is a hopeless attempt to translate a Breton text made up of untranslatable alliterations ("gwell eo gwin gwenn...").

    (2) Like in the "Wedding girth", the chorus, though sounding merely onomatopoetic, does have a specific meaning.

    (3) The Breton "mez" means either "acorns" or "mead". La Villemarqué translates it as "beer", but he is not right.

    (4) In this verse La Villemarqué's translation mentions "mead". The Breton original has "kufr", a word which I could find nowhere. Maybe a typo for "kouevr", (copper, brass), a hint at the colour of the Breton beverage. It is opposed to "gwin a lufr" (the wine glitters).

    (5) "Dit pezh teil" means literarily: "for you, the manure heap"!

    (6) The mysterious word "aouen" is rendered in La Villemarqué's translation as "brook" (in the 1867 edition, the translation of stanza 9 will be found between stanzas 1 and 2!). In the Rev. Gregoire's Dictionary (1732), the word "aven, avon" (river) is tagged as "als." old and "no longer in use", except in the place names "(River) Aven" and (Town) POnt-Aven. We may also think of "awen", a Celtic word meaning "poetic inspiration" which, according to the most sceptical critics, is the only source of the whole present piece (among others)!

    (7) "En eze" is also mysterious. La Villemarqué translates it as "in a circle".

    (8) The Breton word for sword (kleze) is related to Latin "gladius" (gladiator, gladiolus). It is the "clay" in "claymore" (large sword, kleze meur).



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    Français, Gaulois, Francs et Franks
    La traduction par La Villemarqué du mot "Gall", pluriel "Gallaoued", dans le titre de ce chant par "Gaulois", n'est pas innocente. Moriz Hartmann et Ludwig Pfau, dans leur traduction du "Barzhaz Breizh" publiée en 1859, parlent de "Frankenwein" - qui désigne habituellement, non pas l'ancêtre du Muscadet, mais le vin de Franconie -.
    L'édition de 1839 du Barzhaz traduisait "ar C'hallaoued" par "les Français", qui est le sens ordinaire du mot. L'apparition, à partir de 1845, des expressions "les Gaulois" et surtout "Les Franks" (dans l'"argument"), permet de rattacher le chant à un passage de l'"Histoire des Francs", ouvrage latin de l'évêque Grégoire de Tours (538 - 594), où il est question des raids que faisaient les Bretons en territoire Franc, au 6ème siècle, pour s'approvisionner en vivres, et en particulier en vin, chez l'ennemi.
    Elle permet surtout d'invoquer à propos de ce chant, entendu, affirme-t-il, dans les
    "tavernes de la paroisse de Coray" (à une vingtaine de Km à l'est de Quimper), la prestigieuse autorité d'Augustin Thierry (1795 -1856): "Le morceau qu'on va lire a été composé, selon l'illustre auteur des 'Récits mérovingiens', au retour d'une de ces expéditions."
    Thierry orthographiait ainsi ce mot ( "Franks") pour désigner
    "le mot tudesque, le nom national des conquérants de la Gaule, articulé selon leur idiome", par opposition au mot franc, "libre". Le premier avait un sens "ethnographique", le second "social".

    Dangereuse "ethnographie".
    Par "ethnographique" Thierry entend, malheureusement, "racial", car cette donnée prétend s'appuyer sur des éléments physiologiques.
    Son frère cadet, Amédée Thierry, dans son "Histoire des Gaulois" parue en 1844, perfectionne cette théorie en distinguant deux branches distinctes chez les Gaulois (les "Galls" et les "Kimris"). L'avertissement alors lancé par Michelet ne fut pas entendu:
    "Prenez garde en prononçant ce mot de race qu'il ne soit un prétexte à justifier dans le passé et à continuer dans l'avenir les haines, les jalousies et les querelles du présent."
    Quant aux rérérences au Barzhaz Breizh faites par son frère, elles feront dire au critique allemand August Wilhelm Schlegel (1767 - 1845) qu'"
    Augustin Thierry avait quitté les seuls guides sûrs dans l'obscurité des origines bretonnes pour courir après les feux follets d'une tradition postiche. L'on ne saurait protester assez énergiquement contre une telle invasion de rêveries et de données apocryphes dans le domaine de l'histoire" (cité par La Villemarqué dans "Contes populaires des anciens Bretons, 1848, T.II, p.365).
    Le "Vin des Gaulois" et son prolongement, la "danse du glaive", sembleraient illustrer ce propos!
    Toutefois Schlegel faisait preuve d'un scepticisme excessif qu'il étendait aux manuscrits gallois, lui qui écrivait
    "Nous n'avons aucun moyen de juger du talent des bardes gallois. Les poésies débitées sous les noms de Taliésin, d'Aneurin, Merzin et Llyvarch Hen sont évidemment des inventions modernes. Assurément après quatre siècles de domination romaine, il n'y avait plus de barde en Grande-Bretagne." Ces poésies composées dans une période allant du VIème au X siècle occupaient à l'époque les 148 premières pages de L'Archéologie galloise d'Owen-Myvyr, qui reprenaient des manuscrits datant des XIIème, XIIIème et XIVème siècles, dont personne n'a jamais mis en cause l'authenticité, ni douté qu'ils reflétaient fidèlement des réalités bien plus anciennes: le Livre noir de Caermarthen, les Livres de Taliésin et d'Aneurin et le Livre rouge d'Hergest.

    Source: "Aux origines du nationalisme breton" de Bernard Tanguy - Editions 10-18 - oct. 1977.

    Les pièces historiques à caractère national
  • Ce double chant inaugure en outre une longue série de pièces qui se signalent par un caractère "national" nettement marqué. On y voit les Bretons se dresser contre leurs voisins d'Outre-Couesnon et d'Outre-Manche. La question de savoir si La Villemarqué fut l'un des principaux promoteurs du nationalisme local breton sera abordée à propos du message politique délivré dans l'élégie de Pontcallec. On donnera ici seulement une liste de citations du Barzhaz établie par Francis Gourvil, pages 390 à 393 de son "La Villemarqué" pour confirmer cette affirmation, étant entendu que, selon lui, ces aphorismes sont tous inventés par le collecteur, tout comme les chants où ils figurent, du reste. On se souviendra cependant que Francis Gourvil, ne pouvait peut-être pas aborder cette question avec toute la sérénité nécessaire, ayant milité dans 4 organisations nationalistes bretonnes, avant de devenir un adversaire acharné de cette idéologie (cf. Gwenc'hlan, encart "Francis Gourvil" en bas de page).
  • Il est remarquable que tous ces chants, sauf le "Chevalier du Roi", la seule partie de "Lez-Breizh" à être publiée dès 1839 et dont deux citations sont issues, apparaissent avec l'édition de 1845. Ils ont sans doute été collectés dans cette Haute-Cornouaille où La Villemarqué aurait appris d'anciens chouans un répertoire clandestin de chants de combats relatant les jacqueries qui y éclatèrent au cours des siècles.
  • Gourvil ne nie pas la réalité de ces recherches dont parle un article inséré par le collecteur dans la "Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou" de novembre 1893 (Cf. Le Faucon, "A propos de sabotiers"), mais il est persuadé qu'elles ne donnèrent aucun résultat. Page 103 de son "La Villemarqué, il écrit "Les indications de provenance pour les chants inédits de 1845... portent à croire que notre auteur a bien visité ces régions presque inviolées... [mais] si on est amené à l'accuser d'invention.. [ou] d'interpolation, ce serait ... parce que, faute d'avoir découvert ce qu'il cherchait, il dut se résigner à suppléer grâce à sa propre imagination, aux défaillances de la tradition populaire."
  • Selon Gourvil, La Villemarqué, aurait abandonné ses recherches dès 1842. Pour donner quelque crédit aux créations de son imagination, il les utilisa lui-même dans ses ouvrages ou en communiqua des traductions à ses confrères, dès avant leur publication dans la Barzhaz de 1845:
    - Roman Jeanne de Montfort de Pitre-Chevalier, 1840: (Jeanne La Flamme);
    - Contes populaires des anciens Bretons, 1842: (Bran, "Départ" de Lez-Breizh);
    - Revue de l'Armorique, octobre 1843: Combat des Trente;
    - La Bretagne Ancienne et Moderne de Pitre-Chevalier, 1844: Les Séries, La Submersion de la Ville d'Is, Le Clerc de Rohan, La Filleule et le Vassal de Duguesclin et la Page de Louis XI.
  • L'examen des carnets de Keransquer semble donner raison à Gourvil dans la plupart des cas. On ne trouve de relevés d'enquête dans le premier carnet que pour les chants:
    - Le Faucon (mais les citations anti-françaises en sont absentes);
    - Le Vassal de Duguesclin (également recueilli, sous d'autres titres, par d'autres collecteurs);
    - et Le Page de Louis XIII.
    Selon Eva Guillorel, on trouve, en outre, dans les deux autres carnets des éléments relatifs:
    - à certaines parties de Lez-Breizh;
    - aux Jeunes Hommes de Plouié;
    - au Page de Louis XIII (collecté par Mme de Saint-Prix, de Penguern, Luzel,..);
    - au Marquis de Pontcallec (collecté de multiples fois);
    - et à la Chanson du Pilote (recueillie uniquement par La Villemarqué).
    - Enfin, des feuilles volantes ont trait au chant "Les Bleus".
  • Comme on l'a dit ailleurs, La Villemarqué, lorsqu'on peut supposer qu'il invente, nous livre généralement ses sources d'inspiration dans ses commentaires. En l'occurrence, il faut aller à la page 77 de son "Grand Mystère de Jésus" (1866), pour y voir évoquées "les danses guerrières et mimiques en l'honneur du soleil que nous trouvons figurées sur les deux médailles des Cénomans. Dans la première récemment décrite par M. Henri Martin, un Gaulois bondit en brandissant d'une main sa hache de bataille et rejetant de l'autre en arrière sa chevelure flottante; sur la seconde, un guerrie danse devant une épée suspendue en répétant évidemment l'invocation de la Danse du Glaive: "Roi de la bataille", dont les paysans bretons ont retenu l'air et les paroles!"
    On jurerait que ces Gaulois avaient lu le Barzhaz! Et l'on croirait à l'authenticité de cette pièce, si l'auteur n'évoquait pas aussitôt le "Jeu du printemps et de la jeunesse" et son noeud de rubans aux couleurs druidiques que la comparaison avec ses carnets de collecte dénonce clairement comme des supercheries (cf. La fête de Juin).
  • En revanche l'adaptation d'un chant gallois semble peu probable, car on peut penser qu'elle aurait été signalée par l'auteur de la communication ci-après à la revue savante "Archaeologia Cambrensis" (avril 1846, p. 193), que La Villemarqué reproduit dans son "Essai sur l'histoire de la langue bretonne" (Paris 1847):
    "[...] Ces chants sont accompagnés d'une traduction française, mais un Gallois n'aurait nullement besoin de traduction pour les comprendre; car où est la différence matérielle entre les strophes suivantes que nous plaçons en regard les unes des autres, en breton et en gallois:
    BRETON
    Gwell eo gwin gwenn barr na mouar
    Gwell eo gwin gwenn barr!
    Gwell eo gwin nevez oh! na mez!
    Gwell eo gwin nevez!
    Gwell eo gwin ar Gall nag aval
    Gwell eo gwin ar Gall!
    Gwad ruz ha gwin gwenn, un aouen!
    Gwad ruz ha gwin gwenn
    GALLOIS
    Gwell yw gwin gwyn bar (1) na mwyar
    Gwell yw gwin gwyn bar!
    Gwell yw gwin newydd oh! na medd!
    Gwell yw gwin newydd!
    Gwell yw gwin Gal nag afal
    Gwell yw gwin Gal!
    Gwaed rhudd a gwin gwyn, un awon (afon)!
    Gwaed rhudd a gwin gwyn."

    (1) =grappe.

    Dans l'Introduction, part. VIII, chap.3, La Villemarqué ne cite que deux expressions galloises réputées "conservée par les Bretons", dans "Le vin des Gaullois": le comparatif "na" (na mouar, na mez, nag aval) qui se dit aujourd'hui "eged" et, dans la "Danse du Glaive", "stourmaez", champ de bataille. Les notes (1) à (7) ci-dessus visent d'autres mots qui ne sont pas immédiatemment compréhensibles; (il conviendrait d'y ajouter le mot "briz" de la strophe 11: est-ce l'équivallent de "brizherezh", "emportement"?)
  • French, Gauls, Francs and Franks
    When La Villemarqué translates the word "Gall", plural "Gallaoued" in the title of this song as "Gauls", he does it on purpose. The German translators of the "Barzhaz Breizh" , in 1859, use the word "Frankenwein" that usually applies to Franconia wine and not to the Loire wine, Muscadet!
    In the first edition of the Barzhaz (1839) "ar C'hallaoued" was rendered as "the French", which is the normal way of translating the phrase. As from 1845, the introduction of the words "the Gauls" and above all, "the Franks" (in the "argument" to the song), enables a connection with a chapter in the Latin"History of the Franks" by the Bishop Gregory of Tours (538 - 594) who reports raids made by the Bretons into Frank territory, in the 6th century, to get supplies of food, in particular of wine, from the enemy.
    But in the first place, it allows La Villemarqué to invoke in the context of a folk song heard, so he says, in the pubs of the parish Coray (c. 15 miles east of Quimper), the prestigious authority of the historain Augustin Thierry (1795 -1856):
    "The piece you will read was composed, as stated by the illustrious author of the "Merovingian narratives", on the way back from one of these raids. "
    The unusual spelling (in French) chosen by Thierry -"Franks" instead of "Francs"-. applies to the
    " Germanic word, the name of the Conquerors of Gaul, pronounced in conformity with their idiom," as opposed to the word "Franc", meaning "freeman". The first word had an "ethnographic", the second a "social" meaning.

    Dangerous "ethnography"
    Unfortunately, it appears that, by "ethnographic", Thierry meant "racial", since his conception of this word was a physiological one.
    His younger brother, Amédée Thierry, in his 'History of the Gauls', published in 1844, develops the same theory by identifying, within the Gaulish stock, two different branches: the "Galls" and the "Kimris". The great historian Michelet was not heard, who warned:
    "Take care when pronouncing the word "race" that it should not be a pretext to justify in the past and prolong in the future, hatred, jealousy and quarrels that are the hallmarks of the present times."
    As for his brother's reference to the Barzhaz Breizh, it was severely judged by the German critic August Wilhelm Schlegel (1767 - 1845) who wrote that "Augustin Thierry had swerved from the only reliable guides in the darkness of Breton antiquity and was now chasing after the wills-o'-the-wisp of pretended tradition. This invasion of serious history by daydreams and forgeries must be opposed with the utmost energy." (quoted by La Villemarqué in his "Contes populaires des anciens Bretons, 1848, T.II, p.365)
    Both the "Wine of the Gauls" and the "Dance of the Sword" appended to it might be an illustration of this assertion!
    However Schlegel showed excessive scepticism which he extended to the Welsh manuscrits when he wrote:
    "We have no way to measure how talented were the Welsh Bards. The poetry retailed as written by Taliesin, Aneurin, Myrddin and Llyvarch-Hen is clearly modern forgery. Who could doubt that after four centuries of Roman rule, there were no bards left in Great-Britain?" These works composed between the 6th and the 10th century took up at the time the first 148 pages of Owen-Myvyr's "Archaeology of Wales", where they were copied from 12th, 13th and 14th century manuscripts whose authenticity and their truly reflecting much older realities are beyond doubt: the Black Book of Caermarthen, the Books of Taliesin and Aneurin and the Red Book of Hergest.

    Source: "Aux origines du nationalisme breton" by Bernard Tanguy - Editions 10-18 - oct. 1977.

    Historical songs with national character
    This double song ushers in a long series of pieces noticeable by their marked "national" character. We see in them the Bretons challenge their neighbours from West and North (the French and the English). The issue "was La Villemarqué one of the chief promoters of Breton jingoism" will be addressed in connection with the political creed expressed in the Lament of Pontcallec. At the present stage we will only copy a list quotations from the Barzhaz put up by Francis Gourvil, on pages 390 with 393 of his "La Villemarqué", in support of this view, whereby, in his opinion, all these aphorisms, without exception, were invented by the collector himself, along with the songs where they are found. However we must bear in mind that Francis Gourvil, possibly was prevented from looking on this question quite serenely, as he had been a former militant in four Breton nationalist organizations, before he turned into a fierce opponent to this ideology (see. Gwenc'hlan, inset "Francis Gourvil" on page bottom).
  • It is remarkable that all these songs, except "The King's Knight", the only part of "Lez-Breizh" that was published as early as 1839 and provided two quotations below, appear in the 1845 edition. These songs should have beean collected in Upper-Cornouaille where La Villemarqué might have learnt from the singing of former Chouan-fighters an "illicit" repertoire of war songs relating to the country folk uprisings that broke out in the course of centuries.
  • Gourvil does not doubt that these enquiries were really made as stated by the collector in an article he contributed to the "Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou" in November 1893 (See The Hawk, paragraph "About clog-makers"). But he firmly believes that these enquiries yielded no positive result. On page 103 of his "La Villemarqué", he writes: " The indications of origin for the 1845 new songs... give reasons to believe that this author really travelled this almost inviolated areas... [but] if we are tempted to accuse him of willful invention or, at least, interpolation, it is because, failing to discover what he was looking for, he felt called upon to fill in the gaps left by genuine folk tradition with his own imaginings."
  • Gourvil supposes that La Villemarqué gave up his enquiries as early as 1842. In order to make his forgeries more credible, he used them in his own books or sent translations thereof to his colleagues, to be published even before the 1845 release of the Barzhaz came out:
    - in the novel "Jeanne de Montfort" by Pitre-Chevalier, 1840: (Joan the Arsonist);
    - in his "Old Breton Folk Tales", 1842: (Bran, "Departure" of Lez-Breizh);
    - in his periodical "Revue de l'Armorique", October 1843: Combat of the Thirty;
    - in "Bretagne Ancienne et Moderne" by Pitre-Chevalier, 1844: The Series, The Submersion of Is Town, the Clerk of Rohan, The Godchild and The Vassal of Duguesclin and the Page de Louis XI.
  • A close examination of the Keransquer collecting books confirms apparently Gourvil's theory in most cases. Notes concerning the songs published are found in the first book only for:
    - The Hawk (though the anti-French aphorisms are missing);
    - Duguesclin's Vassal (which was collected by other folklorists under other titles);
    - and the Page of Louis XIII.
    As stated by Eva Guillorel in her thesis, other elements are available in the two other books, concerning:
    - some parts of the "Lez-Breizh" poem;
    - "The Young Men of Plouyé";
    - "The Page of Louis XIII" (collected by Mme de Saint-Prix, de Penguern, Luzel...);
    - "The Marquis of Pontcallec" (also collected several times):
    - "The Song of the Steerman" (gathered only by La Villemarqué).
    - Variants of "The Blue Coats" are found on broadside sheets.
  • As already stated, whenever La Villemarqué may be suspected of swindle, he discloses his sources of inspiration in his comments. In the present case, one must report to page 77 of his "Grand Mystère de Jésus" (1866), to read what he writes concerning "the martial dances and mime shows in honour of the sun that are represented two medals of the Cenomans. The first one, described by M. Henri Martin, features a jumping Gaul who wields a battle axe with one hand, while he pushes his loose hair back with the other; on the second medal, a warrior dances in front of a hanging sword and evidently repeats the litany in the "Dance of the Sword": "Sword, King of battles!", of which the Breton country folks have remembered both tune and lyrics!"
    One would swear that these Gauls have read the "Barzhaz"! And one would believe in the authenticity of this piece, if the author did not refer immediately to the alleged "Play of spring and youth" with its knot of ribbons showing the colours of the old druids, which the comparison with the songs recorded in his collection copybooks clearly exposes as literary fabrication (see The Feast of June).
  • In the present case, the adaptation of a Welsh song seems improbable, since it would have been exposed by the autor of the following contribution to the scholars' journal "Archaeologia Cambrensis" (April 1846, p. 193), quoted by La Villemarqué in his "Essay on the history of the Breton language" (Paris 1847):
    "[...] These songs are accompanied by a French translation; but a native Welshman would hardly require any translation at all, for where is the material difference between the opposite stanzas following?
    BRETON
    Gwell eo gwin gwenn barr na mouar
    Gwell eo gwin gwenn barr!
    Gwell eo gwin nevez oh! na mez!
    Gwell eo gwin nevez!
    Gwell eo gwin ar Gall nag aval
    Gwell eo gwin ar Gall!
    Gwad ruz ha gwin gwenn, un aouen!
    Gwad ruz ha gwin gwenn
    WELSH
    Gwell yw gwin gwyn bar (1) na mwyar
    Gwell yw gwin gwyn bar!
    Gwell yw gwin newydd oh! na medd!
    Gwell yw gwin newydd!
    Gwell yw gwin Gal nag afal
    Gwell yw gwin Gal!
    Gwaed rhudd a gwin gwyn, un awon (afon)!
    Gwaed rhudd a gwin gwyn."

    (1) =a bunch

    In the "Introduction", part. VIII, chap.3, La Villemarqué mentions only two Welsh words allegedly maintained in the Breton songs": in the "Wine of the Gauls": the comparative "na" (=than) (na mouar, na mez, nag aval) which is nowadays "eged" and, in the "Dance of the Sword", "stourmaez", battlefield. The above notes (1) with (7) refer to other words that are not immediately understandable; (we ought to add the word "briz" in stanza 11: is it a shorter form of "brizherezh", "wrath"?)
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    Augustin Thierry A.W. Schlegel



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