1° Itron Varia

Notre Dame

Our Lady

Chant noté par La Villemarqué

Dans le 1er carnet de Keransquer (non publié)



Mélodie 1
"An teir Vari - Les trois Marie"
Air recueilli auprès de Marguerite Philippe de Pluzunet

Mélodie 2
"Ar bugel koar - L'enfant de cire"
Air recueilli auprès de Maryvonne Bouillonnec de Tréguier.

Les 2 mélodies sont publiées dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel
Arrangement Christian Souchon (c) 2013
Source: le site de M.Quentel, "Son ha ton" (voir "Liens").

"La pièce qui suit, tirée du 1er carnet de Keransquer est une des nombreuses variantes des "Passions" traditionnelles qui se chantaient en pays de Vannes et en Cornouaille, dans les 15 jours allant du dimanche de la Passion à Pâques. A Baud, en particulier, avait lieu une procession du Vendredi Saint, à laquelle l'on venait par groupes issus des différents quartiers de la paroisse en chantant la Passion, pour se rassembler finalement à l'église du bourg. Le texte en était un cantique vannetais que l'on retrouve encore dans les anciens recueils imprimés.
Le texte noté par La Villemarqué est extrait de la Grande Passion Cornouaillaise, la Petite Passion ayant d'ailleurs presque la même longueur. L'une et l'autre dont les bribes d'une ancienne pièce de théâtre..."
L'auteur de ces lignes, Loeiz Ar Floc'h, alias le Père Louis Augustin Le Floc'h, alias Maodez Glanndour (1909-1986), auteur du "Brasier des Ancêtres" dont elles sont extraites, fait allusion, je suppose, à une pièce similaire au "Grand Mystère de Jésus", édité en 1866 par le même Hersart de La Villemarqué.

  • Celui-ci indique dans son introduction qu'il s'agit d'un drame intitulé en breton "Burzhud bras Jezuz" qu'il considère le plus ancien témoignage de l'art dramatique breton. Il estime que ce "Mystère" avait été "refondu" au 18ème siècle et que les complaintes chantées dans les campagnes aux veillées de la semaine sainte étaient incomplètes.
  • Tout comme l'était, selon lui, une édition de 1530, celle d'Yves Quillévéré à Paris ("...Ar Pasion hag... ar Resureksion, gant Tremenvan an itron Maria hag he pemzeg laouennezh, ha... Buhez mab den" - la Passion, la Résurrection, le Trépas de ND et la Vie de l'homme).
  • Ayant découvert une nouvelle édition du précédent ouvrage, datée, celle-là, de 1622, "corrigée et amendée par Tanguy Guéguen, prêtre et organiste natif de Léon", comportant les quelques vers et parties de vers perdus dans l'édition de 1530, il a combiné les deux éditions pour produire la sienne propre, se contentant de retoucher à peine l'orthographe et de diviser le texte en scènes.

    La Villemarqué a aussi ajouté à son ouvrage, des "fragments traditionnels" du même Mystère, les "Dialogues de la Passion" (Divizoù ar Basion), issus de la tradition orale, dont il admire "la pureté du langage ... et...la valeur poétique et morale".
    Ces dialogues sont au nombre de quatre:
  • Anken Jezuz, l'Agonie de Jésus,
  • Hent ar C'halvar, le Chemin du Calvaire,
  • Gwezenn Juzaz, l'Arbre de Judas, et
  • Al Lamgroaz, la Croix,
  • auxquels s'ajoute un épilogue, Ar C"himiad,
    et ils occupent les pages 239 à 259 de l'ouvrage.
    Dans sa longue Introduction, l'auteur ne fournit aucune indication quant à l'origine de ces textes qui s'enchaînent avec une logique impeccable. Si bien qu'on peut imaginer que, comme pour le Barzhaz, il en a composé lui-même une grande partie, en brodant sur une tradition orale authentique. Peut-être a-t-il mis à contribution certains des 160 "Kanaouennoù Santel" (cantiques) publiés en 1842 par son ami l'Abbé Henry, dont il a préfacé le recueil.
    Quoi qu'il en soit, ces Dialogues contiennent des citations de l"Itron Varia" du cahier de Keransquer aux pages 250, 254 à 256 et 259. Les ressemblances entre les deux textes sont frappantes et on ne saurait douter que La Villemarqué a utilisé ce chant qu'il avait recueilli trente ans plus tôt.
    Un an seulement avant que ne commence la querelle du Barzhaz, La Villemarqué a l'imprudence (ou l'insolence?) de citer, page 77 de la Préface du Mystère, comme autres exemples d'art dramatique populaire breton, la "Danse du glaive" et la "Fête du Printemps" dont l'authenticité est loin d'être assurée!

    On trouvera en outre ci après 3 variantes de la "Passion" bretonne dont voici les origines:
  • Collection Penguern, tome 90, "Gwener ar Groas", notée à Taulé en 1850.
  • F-M. Luzel, "Gwerzioù I, "An teir Vari", notée à Plouescat - Pluzunet en 1867, et qu'il a également publiée dans les "Sonioù" 2.
  • François Vallée a publié dans "Kroaz ar Vretoned" du 16.03.1903, la 3ème pièce, sous le titre "Ar Basion vras" (la Grande Passion).
  • "The below song is drawn from the first Keransquer copybook and is one of the many versions of the traditional "Passions" that were sung in the Vannes and Quimper bishoprics in the fortnight between Palm Sunday and Easter Sunday. In Baud, for instance, a Good Friday procession was held to which each part of the parish sent a group of its own that came singing the Passion hymn. The groups gathered in the town church. The lyrics in the Vannes language are still found in old printed collections.
    The text recorded by La Villemarqué is an excerpt from the "Big Passion of the Christ" hymn in Cornouaille dialect, the "Small Passion" being, in fact, nearly as long as the big one. Both are the remnants of an old theatre play..."
    The author of these lines, Loeiz Ar Floc'h, alias Father Louis Augustin Le Floc'h, alias Maodez Glandour (1909 - 1986), who wrote the "Ancestors' Bonfire" where they are drawn from, alludes, I take it, to some play similar to the "Great Mystery of Jesus" published in 1866 by La Villemarqué.

  • Who states in his Introduction that he considers this drama, titled in Breton "Burzhud bras Jezuz", the oldest Breton play ever. He believes that this "Mystery" was "revisited" in the 18th century; further the derived laments sung in the country evening gatherings, in the days of Holy Week, are incomplete.
  • So is, in his opinion, a 1530 edition of the Mystery, by Yves Quillévéré, printed in Paris ("...Ar Pasion hag... ar Resureksion, gant Tremenvan an itron Maria hag he pemzeg laouennezh, ha... Buhez mab den": "Passion, Resurrection, Decease of Our Lady and the Life of Man).
  • But, since he had discovered a new edition of the latter book dated 1622, "corrected and emended by Tanguy Guéguen, priest and organ player from Léon", including some verses and parts of verses omitted in the 1530 edition, he had combined both editions to establish a new edition of his own, whereby he hardly touched up the spelling, the only novelty being that he divided up the text into scenes.


    La Villemarqué also appended to his book "traditional fragments" of the same Mystery, the Passion of the Christ Dialogues (Divizoù ar Basion), pertaining to oral tradition, whose "purity of language... and... poetic and ethical merits" he admired.
    There are four such dialogues in the appendix:
  • Anken Jezuz, Jesus' Agony,
  • Hent ar C'halvar, the Calvary way,
  • Gwezenn Juzaz, the tree of Judas, and
  • Al Lamgroaz, the Cross,
  • as well as an epilogue, Ar C'himiad,
    that are found on pages 239 with 259 of the book.
    In his long Introduction the author does not lift the veil from the origin of these texts that are logically linked together in a perfect way. So that we may imagine that he filled in the gaps in authentical traditional stuff with his own compositions, as he perhaps sometimes did for the "Barzhaz". While doing so he possibly availed himself of some of the 160 "Kanaouennoù Santel" (hymns) published in 1842 by his friend, the Rev. Henry, for which he wrote a long preface.
    Anyway these Dialogues include excerpts from the Keransquer copybook song "Itron Varia" on pages 250, 254 with 256 and 259. The similarities between both texts are evident and there is little doubt, in fact, that La Villemarqué re-used the text he had gathered thirty years earlier.
    Only one year before the "Barzhaz quarrel" broke out, La Villemarqué was so imprudent (or insolent?) as to quote on page 77 of his Preface to the Mystery, as other instances of the Breton popular drama, "The Dance of the Sword" and the "Springtime Celebration" whose genuineness is far from unquestionable!

    In addition, you will find on this page three variants to the Breton "Passion of the Christ" whose origins are:
  • De Penguern MS Collection, book 90, "Gwener ar Groas", collected at Taulé in 1850.
  • F-M. Luzel, "Gwerzioù I, "An teir Vari", collected at Plouescat - Pluzunet in 1867, also published in "Sonioù" 2.
  • François Vallée published in the review "Kroaz ar Vretoned" of 13th March 1903, the third song, under the title "Ar Basion vras" ("Big Passion").


  • BRETON (Version KLT)

    page 29

    ITRON VARIA

    1. Mar fell d'eoc'h ober un devezh mat,
    Savit d'eus ho kwele mintin mat
    Da vont da zaludiñ Itron Varia
    Ha neuze he mamm, Santez Ana!

    2.1 'N Itron Varia ' vont gant an hent bras.
    Ur plac'h yaouank a rekontras:
    2.2 - Dallit-c'hwi va merc'h ur mouchouer
    Ha lakit hen kornig an armel.

    3. Ha na deuit ket gantañ d'an dour ster
    Kar ema e-barzh gwad Hor Salver.
    Ha na deuit gantañ d'an dour prad, [1]
    Rag ema e-barzh gwad an Tad. [2]

    page 30

    4. Ha na deuit ket gantañ d'an dour red
    Peotramant 'ma echu fin ar bed. [3]

    5. 'N Itron Varia ' vont gant an hent bras.
    Tri den yaouank a rekontras:

    6. - Tri den yaouank, din lavarit,
    Pelec'h 'maoc'h bet ha men a ait,
    Pa n'ho-peus-c'hwi ket me saludet.

    7. Ar salud zo kaer hag ekselañt
    Kenkoulz d'ar c'hozh ha d'ar yaouank.
    - Mari, Mari, me ekskuzit!
    Ni zo un tammig fatiget.

    8. Ni a zo bet 'barzh ur menez,
    Da wel'd sevel ar groaz nevez
    Evit krusifiañ ar Doue,

    9. Evit krusifiañ ar profet,
    Pehini zo d'an noz-mañ kemeret.

    10. - Tri den yaouank, ne gredan ket,
    Glac'har em c'halon na lakit!
    Mont a ran me-unan da weled.

    page 31

    11. - Sant Yann, Sant Yann, kenderv Doue, [9]
    Pehini deus an tri-ze eo va mab-me?

    12. - 'N hini zo du-ze, d'ar benn-'raok,
    'N hini zav E groaz an uhellañ,
    En-deus un Uzev 'bep-tu d'ezhañ.

    13. - Sant Yann, Sant Yann, kenderv Doue,
    Kasit ar gwreg-mañ alese!
    Pa n'am-eus anave'et gwreg espres
    Ha c'hwi roit ...mamm-gwerc'hez. [4]

    14. - Sant Yann, Sant Yann, kenderv Doue,
    Kasit va mamm-mañ alese!
    Ha it-c'hwi ganti. C'hwi 'vale bro,
    Birviken netra deoc'h na vanko. [5]

    15. Da den na vezit anavezet
    Med d'an trede deus va moerebed. - [6] [7]

    16. 'N hini a oufe ar werz-mañ
    Hag he larfe div-teir gwech bemde,
    Daou c'hant devezh pardon 'n-defe.

    17. Hag an hini ha me selaoufe,
    'N hini he oar ha ne lar ket,
    En-deus gant Doue pinijenn kalet.

    page 32

    18. 'N hini n'ouie ket hag e silaou
    Hag en-deus lod eus e meritoù.

    Transcrit par Christian Souchon
    FRANCAIS

    page 29

    NOTRE DAME

    1. Si vous voulez avoir une bonne journée,
    Levez-vous de votre lit de bon matin,
    Pour aller saluer Notre Dame,
    Puis sa mère Sainte Anne!

    2.1 Notre Dame allait par la grand' route.
    Elle rencontra une jeune fille:
    2.2 - Prenez, ma fille, un mouchoir
    Et mettez-le au coin de l'armoire.

    3. Et ne l'emportez pas dans l'eau de la rivière
    Car il y a dedans le sang de Notre Seigneur.
    Et ne l'emportez pas dans l'eau du pré, [1]
    Car il y a dedans le sang du Père. [2]

    page 30

    4. Et ne l'emportez pas dans l'eau courante
    Sinon, c'est la fin du monde.

    5. Notre Dame allait par la grand' route.
    Rencontra trois jeunes gens: [3]

    6. - Braves jeunes gens, dites-moi,
    D'où venez-vous et où allez-vous,
    Vous qui ne m'avez pas saluée.

    7. Saluer est chose bonne et excellente
    Tant pour les vieux que pour les jeunes.
    - Marie, Marie, me excusez-moi!
    Nous sommes un peu fatigués.

    8. Nous sommes allés dans la montagne,
    Voir ériger une nouvelle croix
    Pour crucifier le dieu,

    9. Pour crucifier le prophète,
    Qu'on a arrêté cette nuit.

    10. - Jeunes gens, cela je ne le crois pas,
    Vous me mettez du chagrin au cœur!
    Je vais voir par moi-même.

    page 31

    11. - Saint Jean, Saint Jean, cousin de Dieu, [9]
    Qui de ces trois-là est mon fils?

    12. - Celui-là, là-bas, en avant,
    Dont la croix s'élève le plus haut,
    Il a un juif de chaque côté de lui.

    13. - Saint Jean, Saint Jean, cousin de Dieu,
    Eloignez cette femme!
    C'est à dessein que je n'ai point pris femme
    Et vous conduisez ici la Vierge, ma mère. [4]

    14. - Saint Jean, Saint Jean, cousin de Dieu,
    Eloignez ma mère!
    Allez avec elle parcourir du pays,
    Jamais rien ne vous manquera. [5]

    15. Ne vous faites connaître à personne
    Sinon à la troisième de mes tantes. - [6] [7]

    16. Celui qui connaîtrait cette complainte
    Et qui la dirait deux ou trois fois par jour,
    Aurait deux cents jours d'indulgence.

    17. Tout comme celui qui m'écouterait.
    Celui qui la sait et ne la récite pas
    Se voit infliger par Dieu une dure pénitence. [8]

    page 32

    18. Celui qui ne la sait pas mais l'écoute
    Bénéficie d'une partie de ses mérites.

    Traduction Donatien Laurent
    ENGLISH

    page 29

    OUR LADY

    1. If you want to spend a good day,
    Get up from bed early in the morning
    And greet the Holy Virgin Mary
    Then her holy mother, Saint Ann!

    2.1 Holy Mary walked on the highway.
    She passed a young girl:
    2.2 - Here, my girl, is a handkerchief for you
    To keep in a corner of your press.

    3. Mind you don't wash it at the washhouse
    As it is soaked with Our Saviour's blood.
    Mind you don't wash it in the pond, [1]
    As it is soaked with the Father's blood. [2]

    page 30

    4. Mind you don't wash it in the river
    Or it will start the end of the world. [3]

    5. Holy Mary walked on the highway.
    She passed three young men:

    6. - I am speaking to the three of you,
    Tell me whence you come and wither,
    Since you passed without greeting me.

    7. Greeting is a good, an excellent custom
    Both for old and young people.
    - Mary, Mary, excuse me!
    We are a bit tired.

    8. We were on a mountain,
    To see them put up a cross
    To crucify God,

    9. To crucify the prophet,
    Whom they caught during the night.

    10. - I don't believe the three of you
    Who are breaking my heart!
    I'll go and see with my own eyes.

    page 31

    11. - Saint John, Saint John, Cousin of God, [9]
    Which of those three is my son?

    12. - The one up there, in front of the others,
    Whose cross towers above the rest:
    With a Jew to either side.

    13. - Saint John, Saint John, Cousin of God,
    Take this woman away!
    I did not marry on purpose
    And you are bringing ...Virgin and mother. [4]

    14. - Saint John, Saint John, Cousin of God,
    Take my mother away from here
    Go with her and travel the land,
    You shall lack nothing on your way. [5]

    15. Don't tell anybody who you are
    Except the third of my aunts. - [6] [7]

    16. Whoever knows this lament
    And says it two or three times a day,
    Two hundred days' indulgence shall reward him.

    17. And whoever listens to it,
    And knows it, but doesn't say it,
    Owes to God harsh penitence. [8]

    page 32

    18. Whoever didn't know it and listen to it
    Will benefit from part of its merits.


    NOTES
    [1] Ces "articles de foi" autour du mouchoir qu'on ne doit laver ni à la rivière, ni au lavoir, ni à l'étang d'un pré, sont propres à la Bretagne. Loeiz Ar Floc'h suggère qu'il s'agit du voile de Véronique, dont la légende se répandit entre le 7ème et 8ème siècle. Il se fonde certainement sur l'interprétation que fait La Villemarqué dans ses "Dialogues de la Passion" (la scène qu'il intitule "Hent ar C'halvar", le chemin du Calvaire, page 250) des strophes 2.2 à 4 du chant qu'il a collecté. Le discours de la Vierge à la jeune fille, y est mis dans la bouche de Sainte Véronique qui s'adresse à sa sœur. Le mot "mouchouer" y est remplacé par "couricher", traduit par "coiffe". Si La Villemarqué a voulu éviter un mot français, il n'y est pas parvenu: "mouchouer" est le français "mouchoir", tout comme "couricher" est le français "couvre-chef" (de deuil), aussi bien travesti que son pendant anglais "kerchief"!
    On trouvera ci-après son texte et sa traduction, où la réponse de la sœur de Véronique, avec son luxe de détails, est certainement sortie tout droit de l'imagination du Barde de Nizon

    La tradition bretonne relative à Véronique se distingue de la version "officielle" de la légende. La sixième station du Chemin de croix présente Véronique comme une femme qui brave la foule hostile et utilise son voile pour essuyer le visage du Christ alors qu'il monte au Calvaire. Elle recueille ainsi une image que l'on appelle la "Sainte Face". Plusieurs églises se disputent l'honneur de posséder le vrai voile: Rome, Milan, Jaén en Espagne.
    Santez Veron.
    Dalit va c'hoar, va c'houricher;
    Kasit-hen ganeoc'h-chwi d'ar ger.
    E kornik an arc'h likit-hen
    Ha pezit preder anezhañ!
    Nad it ket gantañ d'an dour ster,
    Rak ema 'barzh gwad hor Salver;
    Nad it ket gantañ d'an dour prad
    Rag ema 'barzh gwad glan hon Tad.
    Nad it ket gantañ d'an dour-red,
    Ahend-all eo graet gant ar bed.

    C'hoar Santez Veron.
    Va c'hoarik ker, list-hen ganin,
    E kornik an arc'h e likin,
    E korn an arc'hik olifant,
    Zo warnezhi tri c'hib arc'hant
    En diabarzh louzoù c'hwezh-flour,
    Lavan ha tim ha lizi-dour.
    Sainte Véronique.
    Tenez ma coiffe, ma sœur,
    Emportez-la à la maison.
    Mettez-la au fond de votre coffre
    Et conservez-la bien!
    N'allez pas la laver dans l'eau de la rivière,
    Car elle garde le sang du Sauveur;
    N'allez pas la laver dans l'eau de la prairie,
    Car elle garde le sacré sang de notre Père;
    N'allez pas la laver dans l'eau du torrent,
    Ou c'en est fait du monde.

    La sœur de Saint Véronique
    Ma chère petite sœur, donnez-la-moi,
    Je la mettrai au fond du coffre,
    Au fond du coffre d'ivoire,
    Qui est entouré de trois cercles d'argent,
    Et où il y a des herbes odoriférantes,
    De la lavande, du thym et du muguet.

    Comme la scène se passe le Vendredi saint, elle a peut-être donné lieu à un autre interdit: celui de la lessive le vendredi, évoqué dans La légende de Saint Ronan, strophe 25 et dans Yannick Scolan, strophe 44, mais peut-être est-ce, dans ce dernier cas, un ajout inspiré à La Villemarqué par ce chant, car les autres versions collectées n'en parlent pas.

    [2] On chercherait en vain ce "sang du Père" dans les catéchismes officiels. C'est l'assonance avec "prad" (pré) qui a conduit le poète rustique à ce "néologisme religieux", dont le "cousin de Dieu" à la strophe 11 fournit un autre exemple.

    [3] Dans la version de Luzel (cf. infra), les trois jeunes gens font place à un seul jeune homme.
    L'apologie du salut se retrouve chez De Penguern.

    [4] Ce passage transcrit "a vit rout mon gueches" par Donatien Laurent n'est pas du tout clair. Il est certainement motivé par le terme brutal de "femme" appliqué par le Christ à Sa mère (Jean 19, 26).

    [5] "Puis il dit au disciple: Voilà ta mère. Et dès ce moment le disciple la prit chez lui." (Jean 19, 27).

    [6] Cette "troisième tante" pourrait être Salomé, épouse de Zébédée, soeur de Marie et mère de Jacques le Majeur et de Jean l'apôtre. Contrairement à Marie, femme de Cléophas (ou Alphée, lequel est peut-être le frère de Joseph), et mère de Jacques le Mineur, elle n'est pas citée, dans l'évangile de Jean comme se tenant auprès de la croix.

    [7] Le dialogue entre les trois jeunes gens et la Vierge est remplacé chez La Villemarqué (pages 254 à 256 du "Mystère") par un dialogue entre cette dernière et Saint Jean, intitulé "Al Lamgroaz" (la Croix de bois) comme chez De Penguern. Il correspond aux strophes 5 à 15 du présent chant. La Villemarqué s'y montre plus fidèle à son modèle, si ce n'est qu'il ajoute l'étonnant couplet:
    An hini daol tri banne gwad:
    Unan d'ar mor, unan d'ar c'hoad
    Hag unan all d'an douar plad.
    C'est celui qui lance trois jets de sang,
    L'un à la mer, l'autre aux forêts,
    Et le dernier aux plaines de la terre.

    Contrairement aux couplets sur le "coffre d'ivoire" de la sœur de Véronique (dans le plus pur style gothique troubadour), cette strophe semble d'inspiration paysanne authentique.
    En revanche, passer sous silence l'énergique "kasit ar gwreg-se alese" (emmenez cette femme loin d'ici) du chant original, revient à trahir ce beau texte.

    [8] La promesse d'indulgences liées à l'exécution de ce chant se retrouve dans les versions collectées par De Penguern et F. Vallée. Le clergé officiel l'approuvait-elle? Page 259 de ses "Dialogues", La Villemarqué termine son "Epilogue" (Ar c'himiad) en évoquant les "Confréries" (en breton, "breuriezhoù", sociétés de dévotion).
    Neb a c'hoari ar Basion
    Pe he diskan a wir galon,
    E-deus tri-c'hant deiz a bardon.
    Neb n'hen c'hoari hag hen selaou
    E-deus lod eus an dellidoù
    A c'hounez ar Breuriezhoù.
    Quiconque joue la Passion
    Ou la récite d'un cœur pur,
    Obtient trois cents jours d'indulgence.
    Qui ne la joue pas et l'écoute
    A part aux mérites
    Qu'on gagne dans les Confréries.

    Le remplacement, strophe 16, du mot "larfe" (dirait) par "c'hoari" (jouer) qui fait entrer la pièce dans le domaine du théâtre que l'ouvrage de La Villemarqué se propose d'explorer, est de son fait, à n'en point douter. En est-il de même de l'évocation des "Confréries" sur laquelle le livre s'achève?

    [9] "Cousin de Dieu": l'apôtre Jean (et son frère aîné Jacques le Majeur) étaient fils de Zébédée et de Salomé, la sœur de Marie, la mère de Jésus (Matthieu 27.56 et Marc 15.40).
    Marie et Salomé sont avec Marie-Madeleine les trois femmes qui se tiennent au pied de la croix. La tradition des "Trois Marie" provient de l'évangile de Jean (19.25) qui remplace Salomé par la mère de Jacques le Mineur et José, qu'il nomme Marie femme de Clopas (ou "Cléophas" ou "Alphée", trois forme de l'hébreux "Chal'phai").
    Dans Marc (6.3) apparaît un Jacques, frère de José, mais aussi de Jude et de Simon et tous sont dits frères de Jésus, le fils de Marie et l'on parle aussi de sœurs! On peut résoudre ce paradoxe en donnant à "frère" le sens de "cousin" et en faisant de Cléophas le frère de Joseph (le père putatif de Jésus). Jacques le Mineur, José, Jude et Simon seraient alors eux aussi des "cousins de Dieu".
    [1] These "articles of faith" concerning the handkerchief that should be washed neither at the wash-house, nor in a pond or a river are peculiar to Brittany. Loeiz Ar Floc'h suggests they hint at Veronica's veil, a legend arisen between the 7th and the 8th century. His opinion should be based on La Villemarqué's interpretation of stanzas 2.2 with 4 of the song he had collected, as they appear in his "Dialogues of the Passion", especially in the scene titled "Hent ar C'halvar" (The Calvary Way, page 250). The Holy Virgin's address to the girl, is put into the mouth of Veronica who speaks to her sister. The word "mouchouer" is replaced by "couricher", translated as "headdress". If La Villemarqué wanted to shun using a French word, his attempt failed: in the same way as"mouchouer" is for French "mouchoir", "couricher" is for French "couvre-chef" (mourning headdress), as well disguised as is its English equivalent "kerchief"!
    Hereafter is his text with translation, including Veronica's answer which must have arisen from the Bard of Nizon's fancy.

    Breton lore concerning Veronica differs from the "official" legend. The sixth station of the Way of the Cross shows Veronica as a woman who braved the hostile mob and used her veil to wipe the blood off the face of Christ who was ascending the Calvary way. His image was imprinted on the cloth, known as the "Holy Face". Several churches vie for the honour of harbouring the true veil: Rome, Milan, Jaén in Spain.
    Santez Veron.
    Dalit va c'hoar, va c'houricher;
    Kasit-hen ganeoc'h-chwi d'ar ger.
    E kornik an arc'h likit-hen
    Ha pezit preder anezhañ!
    Nad it ket gantañ d'an dour ster,
    Rak ema 'barzh gwad hor Salver;
    Nad it ket gantañ d'an dour prad
    Rag ema 'barzh gwad glan hon Tad.
    Nad it ket gantañ d'an dour-red,
    Ahend-all eo graet gant ar bed.

    C'hoar Santez Veron.
    Va c'hoarik ker, list-hen ganin,
    E kornik an arc'h e likin,
    E korn an arc'hik olifant,
    Zo warnezhi tri c'hib arc'hant
    En diabarzh louzoù c'hwezh-flour,
    Lavan ha tim ha lizi-dour.
    Saint Veronica.
    Here is my headdress, sister.
    Take it to your home!
    Put it into your linen-chest
    And keep it carefully!
    Never wash it in river water,
    Since it keeps Our Saviour's blood;
    Never wash it in pond water,
    Since it keeps Our Father's holy blood;
    Never wash it in torrent water,
    Or the world is done for!

    Saint Veronica's sister
    Dear little sister, give it to me,
    I'll put it into my linen-chest,
    Right to the bottom of my ivory chest,
    Which is hooped with three silver rings,
    And filled with sweet-smelling herbs,
    Lavender, thyme, lily of the valley.

    Since the day of the scene is Good Friday, it may be the origin of another interdict: never washing clothes on Fridays, as mentioned in the Legend of Saint Ronan, stanza 25 and in Yannick Scolan, stanza 44. In the latter case, it may be an interpolation by La Villemarqué from the present poem, as the other collected versions don't mention it.

    [2] One would look in vain for this "blood of the Father" in official catechisms. It is the assonance of "gwad" (blood) with "prad" (meadow) that prompted the country bard to this "religious neologism", another instance of which will be found in stanzas 11, 13 and 14: "Cousin of God".

    [3] In Luzel's version (see below), the three young men are replaced by one young man.
    The praise of greeting id also found in the below De Penguern version.

    [4] This translates a mysterious "a vit rout mon gueches", as Donatien Laurent transcribes this passage. We may assume that it refers to the harsh word "woman" applied by Jesus to His own mother (John 19,26).

    [5] " And he said to this disciple, “Here is your mother.” And from then on this disciple took her into his home (John's Gospel, 19, 26).

    [6] This "third aunt of Jesus" could be Salome, wife of Zébedee, sister of Mary and mother of James the Greater and of the Apostle John. Unlike Mary, wife of Cleophas (or Alphaeus, who could be Joseph's brother), and mother of James the Less, she is not quoted, in the gospel of John, as one of the women standing near the Cross.


    [7] The dialogue between the three young men and the Holy Virgin is replaced in La Villemarqué's "Mystery" (pp. 254 to 256) by a dialogue between Mary and Saint John, titled "Al Langroaz" (The Wooden Cross), like in the De Penguern MS. It corresponds to stanzas 5 to 15 of the song at hand. La Villemarqué is here more cautious not to betray his model. Nevertheless an strange additional stanza is inserted:
    An hini daol tri banne gwad:
    Unan d'ar mor, unan d'ar c'hoad
    Hag unan all d'an douar plad.
    The One from Whom flow three spurts of blood
    Down to the sea, down to the woods,
    Down to the plains of the earth.

    Unlike the stanza about the "ivory chest" kept by Veronica's sister, an unmistakable sample of "Troubadour style", this passage sounds like genuine country folk poetry.
    However, La Villemarqué's leaving out the powerful "kasit ar gwreg-se alese" (take this woman away from here!) in the original song is tantamount to treason.

    [8] The indulgences attached to singing this song are also mentioned in the versions collected by De Penguern and François Vallée. We may wonder if they were confirmed by the official Church authorities, even if La Villemarqué concludes his Kimiad (Epilogue) by referring to devotion societies called in Breton "breuriezhoù" (brotherhoods).
    Neb a c'hoari ar Basion
    Pe he diskan a wir galon,
    E-deus tri-c'hant deiz a bardon.
    Neb n'hen c'hoari hag hen selaou
    E-deus lod eus an dellidoù
    A c'hounez ar Breuriezhoù.
    Whoever plays the Passion
    Or recites it in a heartfelt way,
    Is rewarded with three hundred days' indulgence.
    Whoever does not play it but listens to it
    Is entitled to part of the rewards
    That are gained in brotherhoods.

    By replacing, in stanza 16, the word "larfe" (would say) by "c'hoariñ" (to play), La Villemarqué forwards the piece into the fields of the drama which he wants to investigate in his book. He undoubtedly made this change on purpose. Did he also invent those "brotherhoods" with which the book concludes?

    [9] "Cousin of God": John the Apostle (and his elder brother James the Greater) were the sons of Zebedee and Salome who was the sister of Mary, the mother of Jesus. (Matthew 27.56 and Mark 15.40).<
    Mary and Salome are, with Mary-Magdalene the three women who stood at the foot of the Cross. The tradition of the "Three Maries" is derived from the gospel of John (19.25) who replace Salome by the mother of James the Less and Joses, whom it names Mary, wife of Clopas (or "Cleophas" or "Alpheas", three forms of the Hebraic "Chal'phai").
    Mark (6.3) mentions James, brother of Joses, but also of Jude and Simon and all of them are said "brothers of Jesus, the son of Mary" ("sisters" of Jesus are also mentioned)! The problem can be solved by understanding "brother" as meaning "cousin" and by making of Cleophas the brother of Joseph (putative father of Jesus). James the Less, Joses, Jude, Simon are, consequently, also "cousins of God".

    2° Gwener ar Groas

    Le Vendredi Saint

    Good Friday

    Tiré de la Collection de Penguern, Tome 90

    Chanté par Anaïck Cozic, en septembre 1850

    BRETON (Version KLT)

    GWENER AR GROAZ

    1. D'ar Gwener ar Groaz da c'hreisteiz,
    Gweled Jezuz oa truezuz.
    Kement kroaz-hent a dremene
    An taolioù fouet ken a goulie.
    'Dalek ar penn beteg an troad,
    Na oa nemed gouli ha gwad.

    2. Pa ae an teir Vari gant an hent,
    Tri mab yaouank a rankontrent:
    - Ni ho salud, tri mab yaouank,
    Ar salud zo kaer hag ekselant
    Kerkoulz d'ar c'hozh 'vel d'ar yaouank.

    3. - Ni zo o tistreiñ deuz ar menez
    Goude ober lamgroaz nevez [1]
    Lakaat ur profet da c'hourvez
    Gant gouloù tan, leternioù kloz
    Hag i mouchet gant an divvoz.

    4. - Mard'out-te gwir mab da Zoue
    Divin, piv n'deus da skoet!
    - An neb en-deus va skoet
    Deus va baradoz ec'h eo privet.

    5. Tri mil ene a voa c'hoazh
    Hag en ifern losket poazh
    Ken a voa hon Salver benniget.
    O lammas holl deus-a bec'hed
    O lammas holl bihan ha bras
    Lavaromp holl "Deo gratias!"

    6. Pater noster priñsipal
    Gwir ha "sinceris" d'an ordinal. [2]
    Un deiz a zeuy, heb lakaat mar,
    Biskoazh na vezo gwelet e bar,
    E frailho ar vein, e sec'ho ar gwez,
    E serro an noz en kreiz an deiz. [3]

    7. D'ar yaou gamblid pa serras noz [4]
    'N en-devoa ken Jezuz da repoz.
    D'e vinigoù muiañ karet,
    Da Ber en-deus bet lavaret:
    "Per a-benn ma pezo va dianzavet
    Da lared biskoazh n'az-poa va gwelet
    An dra-ze a rey ur glac'har em c'halon
    Ma dianzavo enep feson."

    8. Ar Basion neb a goufe,
    Gant ur "bater" e lavarfe,
    Un ene da Zoue a zilifre
    Ha biken en puñs an ifern na kouezhfe,
    Na d'an deroù eñ ne dafe
    Ha da petore eur fin vefe. [5]

    Transcrit par Christian Souchon
    FRANCAIS

    LE VENDREDI DE LA CRUCIFIXION

    1. Le Vendredi saint à midi,
    Jésus à voir faisait pitié:
    Aux carrefours qu'il traversait
    Les coups de fouet le blessaient tant,
    Depuis la tête jusqu'aux pieds,
    Qu'il n'était que plaies et que sang.

    2. Les trois Marie passaient par là.
    Elles croisent trois jeunes gars:
    - Nous vous saluons tous les trois,
    Car c'est un excellent usage
    De saluer les gens, à tout âge.

    3. - Nous revenons du mont Calvaire:
    Une croix neuve avions à faire: [1}
    Et un prophète à terrasser,
    Portant torches et lumignons
    Que de nos paumes aveuglions.

    4. - Oh Fils de Dieu, si tu dis vrai,
    Devine donc qui t'a frappé!
    - Que celui qui me frappe ainsi
    Soit privé de mon paradis! -

    5. Il y avait encor trois mille âmes,
    Des damnés, et la proie des flammes,
    Jusqu'à ce qu'un Sauveur béni,
    Du péché les ait affranchis.
    Tous, qu'ils fussent petits ou grands.
    Rendons "Grâces à Dieu", vraiment.

    6. Prions "Notre Père" avant tout,
    Oui, peuple sincère, à genoux! [2]
    Un jour viendra, n'en doutez-point,
    Qu'on ne peut comparer à rien:
    Glacial et torride à la fois,
    A midi la nuit tombera. [3]

    7. Le Jeudi Saint au crépuscule, [4]
    Jésus ne trouvait le repos.
    Au préféré de ses disciples,
    A Pierre il avait dit ces mots:
    "Après que tu m'auras renié,
    Affirmant ne point me connaître,
    Et j'en aurai bien du regret,
    Tu seras le pire des traîtres."

    8. Si l'on chante cette "Passion",
    Et un "Notre Père" final,
    Une âme aura rémission,
    Echappant au puits infernal;
    Qu'importe où l'on commencera
    Et à quelle heure on finira. [5]

    Traduction Christian Souchon (c) 2014
    ENGLISH

    GOOD FRIDAY

    1. Upon Good Friday about noon
    Jesus' pains are a dreadful sight:
    At every crossroad near to swoon
    While the torturers strike and smite
    From crown to feet a bleeding wound,
    The boos of the crowd all around.

    2. The three Maries are on their way.
    Three young men they encounter
    - Young men, we wish you a good day!
    Greeting is excellent manner
    For old and young altogether.

    3. - Upon the hill which we descend
    We helped to erect a new cross.
    A prophet we did apprehend
    With dark lanterns, no shine or gloss,
    Tiptoeing by night on the moss.

    4. - If you are God's son, so they said,
    Him who has struck you recognize!
    - The one who struck me on the head
    Has forfeited my paradise. -

    5. Three thousand souls that were shame-
    Ful preys to the flames of hell,
    Until our blessed Saviour came
    And freed them all of Satan's spell
    And he freed them all, big and small
    That were to the devil in thrall.

    6. Let us pray a "Pater noster"
    Which is our true daily prayer.
    A day will dawn, do not doubt it,
    Of which no one knows but God's wit:
    Icy cold and hot at a time.
    Nightfall in the brightest sunshine.

    7. Upon Maundy Thursday at night
    As Jesus could not sleep and rest,
    He said to his friend, his dearest
    Peter, with unerring insight:
    - O Peter, you are to deny
    That you have known me, in the end.
    My heart will suffer from the lie
    Of my treacherous, dearest friend! -

    8. This Passion song whoever knows
    And recites with a pater, will
    Redeem for God the soul he chose,
    Doomed otherwise hell to fill,
    Regardless of the inception
    And of the time of completion.

    Translation: Christian Souchon (c) 2014


    NOTES
    [1] "Goude ober lamgroaz nevez, lakaat ur profet da c'hourvez": après avoir fait une croix nouvelle et mis à bas un prophète. Ces trois jeunes garçons étaient parmi les acteurs du drame. Ils n'en étaient pas seulement les spectateurs, comme dans la pièce précédente.

    [2] "Lavaromp holl...d'an ordinal". Je ne sais trop comment traduire ce spécimen de "breton de curé" qui mèle le celtique au français et au latin. L'idée est sans doute qu'il faut dire sans relâche, mais de façon toujours aussi sincère les prières en question, pour préparer le monde au cataclysme final.

    [3] La même prédiction se trouve dans le Dialog etre Arzur, Roue d'ar Vretoned ha Gwinglañ, vers 36 à 40.
    La "confusion des saisons" et le "mélange du jour et de la nuit" qui annonce la fin du monde est mentionnée également dans la "Petite Passion" recueillie par Loeiz Ar Floc'h. C'est d'ailleurs le "Jugement dernier" qui occupe l'essentiel de ce poème. Il est décrit de façon (presque) conventionnelle: l'ange fait résonner sa trompette et Saint Michel agite sa balance dans laquelle la Vierge Marie dépose les grains de son rosaire, cinquante perles dont chacune pèse cinquante livres!
    Loeiz Ar Floc'h ajoute aux deux "Passions" un curieux "Te Deum ar Werc'hez" (Te Deum de la Vierge) où l'on voit celle-ci intercéder auprès de son Fils pour les pécheurs repentants. "O geo, ma Mamm me o fardono, Nemet e vo ret mat dezho Ober pinijenn garo" (Soit, Mère je leur pardonnerai, mais il leur faudra absolument subir une dure pénitence). Par cette phrase, Jésus institue le purgatoire!

    [4] Le manuscrit porte "Dar iaou ambluk". Il ne peut s'agir que du Jeudi saint, que le Père Grégoire appelle "Jeudi absolu" et traduit par "Yaou gamblid" (écrit de diverses façons). Il l'interprète comme provenant de "kambr al lid", "la chambre de la solennité du Saint-Sacrement". Cette explication est plausible: "lid" signifiant "rite", "cérémonie solennelle". Dans les trois évangiles synoptiques l'instauration de l'Eucharistie a lieu le jeudi précédant Pâques, dans une grande chambre haute et meublée que Jésus désigne aux disciples. L'évangile de Jean n'en parle pas.

    [5] Le tarif des indulgences liées à l'exécution du chant est-il moins généreux que dans la pièce précédente? 300 jours de purgatoire en moins, contre le rachat définitif d'une âme!
    [1] "Goude ober lamgroaz nevez, lakaat ur profet da c'hourvez": after we had made a new cross and laid down a prophet. The three young lads were among the performers of the drama. Not just spectators as in the previous piece.

    [2] "Lavaromp holl...d'an ordinal". I fail to find a convenient transcription for this specimen of "clerical Breton", a mix of Celtic, French and Latin. They idea to be conveyed should be that the prayers in question must be repeated with assiduity and sincerity to obtain lenience in view of the impending final catastrophe.

    [3] The same prediction is made in Dialog etre Arzur, Roue d'ar Vretoned ha Gwinglañ, line 36 to 40.
    This "confusion of the seasons" and "mingling of day and night" are also addressed in the "Little Passion" collected by Loeiz Ar Floc'h. It is "the Last Judgment" to which this latter poem is mainly dedicated. Doomsday is described in an (almost) conventional way: the angel blows his trumpet while Saint Michael wields his scales wherein the Holy Virgin lays one by one the beads of her rosary: fifty pearls weighing fifty pounds each!
    Loeiz ar Floc'h appended to both "Passions" a curious "Te Deum ar Werc'hez" (The Virgin's Te Deum), featuring Saint Mary interceding with her Son for the penitent sinners: "O geo, ma Mamm me o fardono, Nemet e vo ret mat dezho Ober pinijenn garo" (Let it be, Mother, I shall pardon them, but they must needs harshly atone for their sins). By these words, Jesus establishes the Purgatory!

    [4] The MS has "Dar iaou ambluk". It must refer to Maundy Thursday that Father Gregory of Rostrenen calls "The Absolute Thursday" and translates as "Yaou gamblid" (in several spellings). He explains it as derived from "kambr al lid", "the chamber of the Holy Sacrament". This interpretation is plausible, as "lid" means "rite, solemn ceremony". In the three synoptic gospels, the institution of the Eucharist took place, on the Thursday before Easter, in a large upper room where Jesus had directed his disciples to prepare the Passover meal. Saint John's gospel ignores this event.

    [5] Is the "indulgence pricelist" for performing this Mystery song less attractive than for the previous piece? 300 days' exemption from Purgatory, instead of the perpetual redemption of a soul!

    3° An Teir Vari

    Les trois Marie

    The three Maries

    Chant tiré des "Gwerzioù Breiz Izel", tome I

    de François-Marie Luzel, publiés en 1868
    recueilli auprès de Marie Audern, du bourg de Pluzunet, en 1867
    Egalement publié dans les "Sonioù Breiz I-zel" (Noueloù ha sonioù relijiel, p. 318, 1890)

    BRETON (Version Luzel)

    AN TEIR VARI [1]

    1. P' oa ann ter Vari o wriet,
    En jardin-vraz ar Pradennec,
    Arruaz 'nn aotro sant Iann gant-he,
    Da anonz d'he kezlo-newe.

    2. - Ha demad d'ac'h-dhui, ma moereb,
    N' 'c'h euz ket gwelet Zalwer ar bed ? -
    - Aotro sant Iann, c'hui oa gant-han,
    Hag a dle goud pe-lec'h eman. -

    3. - Aboe dirio da greiz-de
    N''am euz klewet d'ez-han doare. -
    Ar Werc'hes Vari, pa glewaz,
    Ter-gwes d'ann douar a goezaz : -

    4. - Tawet, moereb, na oelet ket,
    Me ielo d'hen klask, mar be red ;
    Me dalc'ho da vale, noz-de,
    Ken am bo kavet map Doue. -

    II

    5. P' oa 'nn ter Vari 'vont gant ann hent,
    Hi o rankontr ur mâl iaouank :
    - Demad d'ac'h, 'me ar mâl iaouank,
    'R zalut 'zo bepred ekselant ;

    6. 'R zalud 'zo bepred ekselant,
    Kerkoulz da goz 'vel da iaouank.
    Pelec'h ez et, pelec'h oc'h bet,
    Pe ho euz esper da vonet?

    7. Me 'zo 'retorn euz ar menez,
    Bet 'welt sevel 'r c'halvar newez ;
    O welt sevel ur c'halvar koad,
    Wit krusifia Doue 'r map. -

    8. Ar Werc'hes Vari, pa glewaz,
    Ter-gwes d'ann douar a goezaz ;
    Ter-gwes d'ann douar eo koezet,
    'R mâl iaouank 'n euz hi goureet.

    9. - Pe c'hui a c'hoerz, pe c'hui 'ra goab,
    Pe 'ra da Vari kalonad ? -
    - Me na c'hoerzann, me na ran goab,
    N' ran ket da Vari kalonad. -

    III

    10. - Lavaret d'in-me, c'hui Pilat,
    Pini ann tri-z-hont eo ma mab ? -
    - 'Nn hini 'zo 'rok gant 'r groaz vrasa,
    Bigno d'ar menez da genta,
    A zo komerret 'neizour-noz,
    Gant golo-sklezr, leterniou-kloz.
    . . . . . . . . . . . . . . . . .

    11. - Kasset ar vroeg-se al lec'h-se,
    Kreski ma foaniou 'ra d'in-me. -
    - Perag' lares groeg euz da vamm ?
    Krenv eo ma c'halon pa na rann !

    12. Krenv eo ma c'halon pa na rann,
    Klewet m' mab' laret groeg d'he vamm !
    Diskennet ma mab, euz ar groaz,
    'Wit m'hen maillurinn ur wes c'hoaz.

    13. - Deut ama d'in ur mouchouer,
    Ma torchinn ma goad, a diver.
    Dalet, ma mamm, ar mouchouer
    Eman en-han goad ar Zalwer ;

    14. Ha na et ket d'ar stang gant-han,
    Rag goad hon Zalwer 'zo en-han ;
    Eman en-han ar vadeziant,
    Ann nouenn hag ar zakramant ;
    Rag eman en-han ann nouenn,
    Prest da reï d'ann nep hi goulenn !

    IV

    15. P' oa 'nn ter Vari 'vont gant ann hent,
    Hi o rankontr ur plac'h-iaouank.
    - Dalet, plac'h-iaouank, 'r mouchouer,
    Eman en-han goad hon Zalwer ;

    16. Eman en-han ar vadeziant,
    Ann nouenn hag ar zakramant ;
    Eman en-han sur ann nouenn,
    Prest da reï d'ann nep hi goulenn ;
    Ha na it ket d'ar stang gant-han,
    Rag goad hon Zalwer 'zo en-han. -

    V

    17. Ar plac'h-iaouank n' deuz ket sentet.
    (Kalz a re-all na reont ket),
    D'ar stang gant-han hi a zo et,
    Ar stang gant-hi 'zo dizec'het ;

    18. Ar stang gant-hi 'zo disec'het,
    Hon Zalwer 'zo apariset ;
    Hon Zalwer a aparisaz,
    'R mouchouer digant-hi 'lemaz :

    19. - Dama, plac'h iaouank, 'r mouchouer
    Eman en-han goad ho Salwer :
    Pa oa 'r mouchouer d'ac'h roèt
    Dor 'nn ifern 'dan-oc'h 'poa serret ;

    20. Dor 'nn ifern 'dan-oc'h 'poa serret,
    Dor 'r baradoz uz d'ac'h digorret :
    P'eo 'r mouchouer digant-oc'h lemet,
    Dor 'nn ifern 'dann ho treid 'zo digorret ;

    21. Dor 'nn ifern 'dann ho treid 'zo digorret,
    'R baradoz uz d'ho penn serret !
    Adieu, plac'h iaouank, kenavo,
    Joa ar baradoz, pe war-dro ! -
    FRANCAIS

    LES TROIS MARIE [1]

    1. Pendant que les trois Marie étaient à coudre
    Dans le grand jardin de Pradennec,
    Monsieur saint Jean vint les trouver,
    Pour leur annoncer une nouvelle.

    2. - Bonjour à vous, ma tante,
    N'avez-vous pas vu le Sauveur du monde ? -
    - Monsieur saint Jean , vous étiez avec lui,
    Et vous devez savoir où il est. -

    3. - Depuis jeudi, à midi,
    Je n'ai pas eu de ses nouvelles. -
    Quand la Sainte-vierge entendit cela,
    Elle tomba trois fois à terre :

    4. - Consolez-vous, ma tante, ne pleurez pas,
    J'irai le chercher, s'il le faut ;
    Je marcherai nuit et jour,
    Jusqu à ce que j'aie retrouvé mon Dieu. -

    II

    5. Comme les trois Marie étaient en route,
    Elles rencontrèrent un jeune homme :
    - Bonjour à vous, dit le jeune homme,
    Le salut est toujours une bonne chose ;

    6. Le salut est toujours une bonne chose,
    Pour les vieux comme pour les jeunes.
    Où allez-tous, ou avez-vous été,
    Où comptez-vous aller ?

    7. Moi, je reviens de la montagne,
    Où j'ai été voir dresser un nouveau calvaire ;
    J'ai été voir dresser un calvaire nouveau,
    Pour crucifier Dieu le fils. -

    8. La Sainte-vierge, en entendant cela,
    Est tombée trois fois à terre ;
    Elle est tombée trois fois à terre,
    Et le jeune homme l'a relevée.

    9. - Voulez-vous plaisanter, ou vous moquer,
    Ou navrer le cœur de Marie? -
    Je ne plaisante, ni me moque,
    Ni ne veux navrer le cœur de Marie.

    III

    10. - Dites-moi, vous Pilate,
    Lequel de ces trois est mon fils ? -
    - Celui qui est devant, avec la plus grande croix,
    Et qui montera le premier sur la montagne ;
    Il a été arrêté la nuit dernière,
    Avec de la lumière dans des lanternes closes. -
    . . . . . . . . . . . . . . .

    11. - Eloignez de là cette femme,
    Car elle augmente mes peines. -
    - Pourquoi appelles-tu ta mère femme ?
    Fort est mon cœur, puisqu'il ne se brise !

    12. Fort est mon cœur, puisqu'il ne se brise,
    En entendant mon fils appeler sa mère femme !
    Descendez mon fils de la croix,
    Pour que je l'emmaillote une fois encore. -

    13. - Donnez-moi un mouchoir,
    Pour essuyer mon sang qui ruisselle.
    Tenez, ma mère, prenez ce mouchoir,
    Qui contient le sang du Sauveur ;

    14. Et n'allez pas le laver à l'étang,
    Car il contient le sang du Sauveur ;
    Il contient le baptême,
    Et le sacrement de l'extrême-onction ;
    Il contient le sacrement de l'extrême-onction,
    Tout prêt pour qui le demandera ! -

    IV

    15. Quand les trois Marie étaient en chemin,
    Elles rencontrèrent une jeune fille.
    - Tenez, jeune fille, prenez ce mouchoir,
    Qui contient le sang de notre Sauveur ;

    16. Qui contient le baptême
    Et le sacrement de l'extrême-onction ;
    Il contient le sacrement de l'extrême-onction,
    Tout prêt pour qui le demandera.
    Mais n'allez pas avec lui à l'étang,
    Car il contient le sang de notre Sauveur !

    V

    17. La jeune fille n'a pas obéi
    (Beaucoup d'autres ne le font pas),
    Elle est allée à l'étang avec le mouchoir,
    Et l'étang s'est desséché !

    18. L'étang s'est desséché,
    Et notre Sauveur lui est apparu ;
    Notre Sauveur lui est apparu
    Et lui a repris le mouchoir :

    19. - Donnez, jeune fille, ce mouchoir
    Qui contient le sang de votre Sauveur.
    Quand ce mouchoir vous fut donné,
    Vous aviez fermé la porte de l'enfer sous vous ;

    20. Vous aviez fermé la porte de l'enfer sous vous,
    Et ouvert la porte du paradis sur votre tête :
    Maintenant que le mouchoir vous est enlevé,
    La porte de l'enfer s'ouvre sous vos pieds ;

    21. La porte de l'enfer s'ouvre sous vos pieds,
    Et celle du paradis se referme sur votre tête !
    Adieu, jeune fille, au revoir,
    Dans la joie du paradis, ou aux environs !

    Traduction de F-M. Luzel
    ENGLISH

    THE THREE MARIES [1]

    1. As the three Maries were sewing,
    In the big garden of Pradennec,
    There came the lord saint John,
    To announce them a piece of news.

    2. - Good day to you, my aunt,
    Did you see the Saviour of the world? -
    - Lord Saint John, you were with him,
    And you ought to know where he is. -

    3. - Since Thursday noon
    I've been left without news of him . -
    The Holy Virgin when she heard it,
    Thrice she fell onto the ground : -

    4. - Be quiet, my aunt, do not weep,
    I'll go and search for him, if I have to;
    I'll walk and walk by day and night,
    Until the Son of God is found. -

    II

    5. As the three Maries were walking along the way,
    They encountered a young man:
    - Good day to you, young man, we say,
    Greeting is an excellent habit;

    6. Greeting is an excellent habit,
    With old people and young as well.
    Where do you come from, where do you go,
    I mean, where do you expect to go?

    7. I am coming back from the mount,
    I saw them put up a new Calvary;
    I saw them put up a Calvary of wood,
    To crucify the Son of God. -

    8. The Holy Virgin hearing as much,
    Three times she fell onto the ground ;
    Three times she fell onto the ground,
    The young man helped her up.

    9. - Are you jesting, are you mocking,
    Do you want to grieve Mary's heart? -
    - Neither jesting nor mocking,
    Nor do I want to grieve her heart -

    III

    10. - Tell me, Pilate,
    Which of these three men is my son? -
    - He goes in front, carrying the highest cross.
    He will ascend the mount ahead of the others.
    Last night he was arrested
    At the light of dark lanterns.
    . . . . . . . . . . . . . . . . .

    11. - Dismiss this woman from here,
    She only encreases my pains. -
    - Why do you call your mother "a woman"?
    To armour my heart, or it would break in two!

    12. - Firm is my heart, since it does not,
    When I hear my own son call me "woman"!
    Take my son down from the cross,
    That I may wrap him up once more .

    13. - Give ma a handkerchief,
    To wipe off my running blood.
    My mother, take this handkerchief
    It is all soaked up with the blood of the Saviour;

    14. Never go and wash it in the pond,
    As it is soaked with the Saviour's blood;
    In it is the sacrament of baptism,
    Of the Extreme-Unction and the Communion;
    The Extreme-Unction is in it,
    Ready to give to whoever wants!

    IV

    15. When the three Maries were on their way,
    They encountered a girl.
    - Here, young girl, is a handkerchief for you,
    In it is Our Saviour's blood;

    16. In it are three sacraments,
    Baptism, Extreme Unction and Communion ;
    In it is the Extreme-Unction,
    Ready to be given to whoever wants;
    Never wash it in pond water,
    Since our Saviour's blood is in it. -

    V

    17. The young girl did not obey.
    (Many are the girls who don't),
    She went to the pond with it,
    And the pont was drained by it;

    18. By it the pond was drained,
    Our Saviour appeared;
    Our Saviour appeared
    He took the handkerchief from her:

    19. - Young girl, give me back that handkerchief
    In it is the Saviour's blood:
    When this handkerchief was given to you
    It closed for you the door of hell;

    20. The door of hell was closed to you,
    As was opened to you the door of paradise:
    Now that the cloth is taken again from you,
    The door of hell opened under your feet ;

    21. The door of hell is open under your feet,
    As is the door of paradise closed above your head!
    Adieu, young girl, say good-bye
    To the joys of paradise or its surroundings! -


    NOTES
    [1] Dans le commentaire qui précède sa communication à l'Association Bretonne de la "Grande Passion" que l'on lira plus loin, François Vallée écrit:
    "J'eus l'occasion, les années dernières, de collaborer à une enquête sur nos mélodies bretonnes. (Le résultat, au point de vue musical, en est consigné dans "Les 15 Modes de la Musique bretonne et Musiques Bretonnes", par M. Duhamel, chez Rouart et Lerolle, Paris.)
    Tout en enregistrant les airs au phonographe, j'ai pu étudier les versions populaires de nos chants traditionnels et compléter ou rectifier, sur certains points, le recueil célèbre de Luzel...
    Quant aux Trois Marie, j'ai constaté que ce n'est qu'un fragment d'une très belle « Passion » populaire que je donne ci-après.
    A ce sujet, je ne puis m'empêcher d'être surpris que Luzel ait pu passer, sans les voir, à côté des chants populaires de la Passion, qui sont bien ce qu'il y a de plus beau dans notre littérature populaire bretonne. J'en ai recueilli trois, pour ma part, deux en Cornouaille et un en Goëlo.
    Mon impression générale, lors de cette enquête, a été que le travail de Luzel est trop exclusivement limité au Trécor. Il a dû aussi se ressentir des préventions de son auteur contre certaines traditions : Eguinané, légende de Guinklan, Passions, etc. dont M. de la Villemarqué s'était occupé avant lui. Pour aider à combler ces lacunes du principal recueil de nos chants traditionnels, je propose à l'Association d'émettre les deux vœux suivants :
  • L'Association engage les personnes qui posséderaient, sur nos traditions populaires, des documents recueillis en Vannes et Cornouaille, en dehors du terrain exploré par Luzel, à publier ces documents. [En particulier], la famille de M. de la Villemarqué rendrait un grand service à la Bretagne en publiant un choix des matériaux qui ont servi à établir le Barzaz Breiz. Les sources cornouaillaises de beaucoup de ces matériaux ont dû échapper complètement à Luzel.
  • L'Association encourage les enquêtes sur les chants populaires qui survivent dans la tradition orale de cette même région cornouaillaise et vannetaise.
    [Il en est ainsi d' "Ar Basion Vras". Dans] « Les Trois Marie », Gwerziou, 1er Vol. page 155, Luzel a pris pour une gwerz originale un fragment de cette « Passion » populaire qui se chante en Haute Cornouaille. Les chants populaires de la Passion semblent lui avoir complètement échappé.
  • [1] In his comments preceding the below "Great Passion" he contributed to the review of the Breton Association, François Vallée writes:
    "I happened to take part, in the last years, in a survey on Breton tunes. (The musical aspects of this collection are addressed in "The 15 Modes in Breton Music" and "Breton Musics" by D. Duhamel, printed by Rouard & Lerolle, Paris).
    When recording tunes by means of a gramophone, I had the possibility of investigating the popular versions of our traditional songs and amending, on some points, the famous Luzel collection...
    Concerning the three Maries song, I remarked that it is but a fragment of the wonderful "Passion" which is printed here after.
    On that subject, I must remark that I am much surprised that Luzel might have overlooked these folk songs of the Passion of the Christ that are among the most beautiful expressions of our Breton lore. I have gathered three of them: two in the Quimper area and one in Goëlo (East of Tréguier).
    My general impression resulting from this survey is that Luzel's exertions are a bit too restricted to the Tréguier area. Maybe they were prevented from exhaustiveness by the collector's prejudice against some local traditions: Christmas gift collecting, Guinc'hlan's legends, Passion songs etc. that La Villemarqué had studied before him. To fill out the gaps in the most important collection of traditional Breton songs, I suggest that our Association would adopt two motions as follows:
  • The Association encourages people who keep documents in Vannes and Quimper dialects on topics different from those investigated by Luzel, to publish them. [In particular,] M. de La Villemarqué's family would do Brittany a great favour in publishing a large range of the materials he used to compose the "Barzhaz Breizh". His Cornouaille sources apparently escaped altogether Luzel's enquiries.
  • The Association encourages enquiries on folk songs surviving in the oral tradition of the said Quimper and Vannes area.
    [This applies in particular to "Ar Basion Vras". In] "The three Maries", Gwerziou, 1st Book. page 155, Luzel mistook for an original gwerz, a fragment of this popular "Passion" which is sung in Upper Cornouaille. The Passion folk songs completely escaped Luzel's scrutiny.

  • 4° Ar Basion Vras

    La Grande Passion

    The Great Passion

    Chant publié par François Vallée

    Dans le Bulletin de l'Association bretonne, Section de Moncontour, pp.361 à 367, en 1903,
    recueilli en Haute cornouaille, auprès de Madame Caurel de Plouguernévele
    BRETON

    AR BASION VRAS

    1. Fructus ventris tui Jesus...
    Kalon Mari 'oa truezus.

    2. Kalon Mari 'oa truezus
    O vont d'ar varn dirak Jezus.

    3. Gwener ar Groaz, war-dro kreiste,
    Gwelet Jezus a oa true.

    4. Gwelet Jezus a oa true
    O tougen e groaz d'ar mene.

    5. Mene Kalvar a oa uhel,
    Kroaz hon Zalver a oa ponner.

    6. Ar Judevien ne dougent ket
    E groaz d'hon Zalver binniget.

    7. Mes gwir Vab Doue he dougas
    War e zaoulin d'ar jardin c'hlas.

    8. Er jardin c'hlas pa 'n arruas,
    Eno pemp kentel a lennas..

    9. Eno lennas fasilamant
    Kenkouls d'ar c'hoz 'vel d'ar yaouank.

    10. Eno e lennas lennidik
    Kenkouls d'ar paour ha d'ar pinvik.

    11. P'oa 'n taer Vari 'vont gant an hent
    Tri mab yaouank a rankontrent.

    12. — « Tri mab yaouank, d'in lavaret
    Men ez oc'h bet, da ven ec'h êt ? »

    13. — « Bet omp du-ze war ar mene
    'Welet sevel ar groaz neve;

    14. 'Welet sevel ar groaz neve;
    'Ver krusifio gwir Vab Doue. »

    15. An taer Vari, na pa glevas,
    Taer gwech d'an douar a gouezas ;

    16. Taer gwech d'an douar a goueas;
    An tri mab yaouank o savas.

    17. — « Tavet, Mari, na ouelet ket ;
    N'eo ket gwir pez ho peus klevet.

    18. Mar deo Salver ar bed 'glasket,
    En ti Herod eñ kaveet.»

    19. — « Herod, Herod, pec'her ingrat,
    E men hoc'h eus laket ma mab ? »

    20. — « Mar deo Salver ar bed 'glasket,
    R' mené Kalvar lien kavïet. »

    21. — " Judas ! Judas ! D'in lavaret
    Dre men 'man an hent da vonet ? »

    22. — « Heuilhet aze koste 'r rozou,
    Klevïet trouz ar morzolou.

    23. Klevïet trouz ar morzolou
    O skoi war bennou an tachou ;

    24. An tachou dir ha re houarn
    ' Plantan 'n treid Jezus, 'n e zaouarn

    25. An tachou dir hag ar re blom,
    'Plantan da Jezus 'n e galon. »

    26. — « Ma mabig paour, d'in lavaret
    Piou aze en eus ho laket ?

    27. Neb en eus ho laket aze
    Me 'garfe bout laket ive.

    28. Me 'mije poket d'ho taoudroad
    Ha graet eun torch d'ho tioulagad ;

    29. Ha graet eun torch d'ho tioulagad
    Nan int 'met goulïou ha gwad. »

    30. 'Oa ket e gomz peurlavaret,
    Ar groaz d'an douar daoubleget,

    31. Ar groaz d'an douar daoubleget
    Da rei da Vari da boket.

    32. — « Sant Yan ! Sant Yan ! Kenderv Doue,
    Kaset ma mamm baour alese.

    33. Kaset-hi d'ar gêr da ouelan,
    'Chomin war ma c'hroaz da zec'han.

    34. Del't, ma mamm, ma mamm, ma mouchouer,
    Ha laket-han en hoc'h alber.

    35. Nan et ket gantan d'an dour sklêr,
    Rak e-barz 'man gwad ho Salver.

    36. Nan et ket gantan d'an dour stank,
    Bout a zo 'barz seiz sakramant.

    37. Bout a zo 'barz seiz sakramant,
    'N Nouen, an Urz, ar Vadeiant.

    38. Bout a zo 'barz seiz donezon
    Da gemeret pa 'po ezomm. »

    39. Sed aze 'r Basion vinniget
    Da biou bennak n'he gouio ket.

    40. Neb n'he goui ket hag lie selaou
    En nevo lod en dellidaou.

    41. An neb he goui hag he c'hano
    Pemp kant devez pardon 'nevo.
    FRANCAIS

    LA GRANDE PASSION

    1. Fruclus ventris tui Jesus...
    Le cœur de Marie était pitoyable.

    2. Le cœur de Marie était pitoyable
    Quand elle allait au jugement devant Jésus.

    3. Le vendredi de la Croix (saint), aux environs de midi,
    C'était pitié de voir Jésus.

    4. C'était pitié de voir Jésus
    Portant sa croix vers la montagne.

    5. La montagne du Calvaire était haute,
    La croix de notre Sauveur était lourde.

    6. Les Juifs ne portaient pas
    Sa croix à notre Sauveur béni.

    7. Mais le vrai Fils de Dieu la porta
    Sur ses genoux au jardin vert.

    8. Au jardin vert lorsqu'il arriva,
    Il y lut cinq leçons.

    9. Il y lut facilement
    Aussi bien aux vieux qu'aux jeunes.

    10. Il y lut lisiblement
    Aussi bien aux pauvres qu'aux riches.

    11. Lorsque les trois Marie allaient leur chemin,
    Elles rencontrèrent trois jeunes fils (gens).

    12. — « Trois jeunes fils, dites-moi
    Où avez-vous été, où allez-vous ? »

    13. — « Nous avons été là-bas sur la montagne
    Voir dresser une croix nouvelle;

    14. Voir dresser une croix nouvelle;
    On crucifie le vrai Fils de Dieu.»

    15. Les trois Marie, lorsqu'elles entendirent,
    Trois fois à terre tombèrent ;

    16. Trois fois à terre tombèrent ;
    Les trois jeunes fils les relevèrent.

    17. — « Taisez-vous, Marie, ne pleurez pas,
    Ce n'est pas vrai ce que vous avez entendu.

    18. Si c'est le Sauveur du monde que vous cherchez,
    Vous le trouverez chez Hérode. »

    19. — « Hérode ! Hérode ! Pécheur ingrat,
    Où avez-vous mis mon fils ? »

    20. — « Si c'est le Sauveur du monde que vous cherchez,
    Sur la montagne du Calvaire vous le trouverez. »

    21. — « Judas ! Judas ! Dites-moi
    Par où est la route pour y aller ? »

    22. — « Suivez-là le côté des collines,
    Vous entendrez le bruit des marteaux ;

    23. Vous entendrez le bruit des marteaux
    Frappant sur la tête des clous ;

    24. Les clous d'acier et ceux de fer,
    Que l'on enfonce dans les pieds de Jésus, dans ses mains ;

    25. Les clous d'acier et ceux de plomb,
    Que l'on enfonce à Jésus dans son cœur. »

    26. — « Mon pauvre cher fils, dites-moi
    Qui vous a mis là ?

    27. Quiconque vous a mis là,
    Je voudrais qu'il y fût mis aussi.

    28. J'aurais (volontiers) baisé vos pieds
    Et essuyé vos yeux ;

    29. Et essuyé vos yeux
    Qui ne sont que plaie et sang. »

    30. Elle n'avait pas fini de parler,
    La croix vers la terre s'est pliée,

    31. La croix vers la terre s'est pliée
    Pour donner à Marie à baiser.

    32. — « Saint Jean ! Saint Jean ! Cousin de Dieu,
    Emmenez ma pauvre mère d'ici.

    33. Emmenez-la à ma maison pour pleurer,
    Je resterai sur la croix me dessécher.

    34. Tenez, ma mère, ma mère, mon mouchoir,
    Et mettez-le dans votre armoire.

    35. Ne le portez pas à l'eau claire,
    Car il contient le sang de votre Sauveur.

    36. Ne le portez pas à l'eau de l'étang,
    Car il contient sept sacrements.

    37. Il contient sept sacrements,
    L'Extrême-Onction, l'Ordre, le Baptême.

    38. Il contient sept dons,
    Pour les recevoir quand vous en aurez besoin. »

    39. Voilà la Passion bénie
    Pour quiconque ne la sait pas.

    40. Quiconque ne la sait pas et l'entend
    Aura part à tous les mérites.

    41. Quiconque la sait et la chantera
    Aura cinq cent jours de pardon.
    ENGLISH

    AR BASION VRAS

    1. Fructus ventris tui Jesus...
    Mary's heart was tormented.

    2. Mary's heart was tormented
    When she preceded Juseus to the trial.

    3. On Good Friday about noon,
    To see Jesus was upsetting.

    4. To see Jesus was upsetting
    As he was carrying his cross up the mount.

    5. Mount Calvary was a high mount,
    And Our Saviour's cross it was heavy.

    6. The Jews did not help carry
    The Cross of Our blessed Saviour.

    7. Yet the true Son of God carried it already
    When he was in the green garden on His knees.

    8. In the green garden when he came,
    There five lectures he gave..

    9. There he taught in an easy way
    As well old as young people.

    10. There he taught legibly
    As well rich as poor people.

    11. As the three Maries were walking on the way
    They passed three young lads.

    12. — « Young lads, we speak to the three of you
    Where have you been, where do you go? »

    13. — «We have been upon the mountain
    Where we saw a new cross;

    14. We saw them put up a new cross;
    On which to crucify the true Son of God. »

    15. The three Maries when they heard it,
    They fell onto the ground, three times;

    16. Three times they fell onto the ground;
    Three times the young lads helped them up.

    17. — « Be quiet, Mary, do not cry;
    What they told you is not true.

    18. If you are in quest of the Saviour of the world,
    At Herod's house you shall find him.»

    19. — « Herod, Herod, ungrateful sinner,
    Where have you put my son? »

    20. — «If you are in search of the Saviour of the world,
    You shall find Him upon Mount Calvary. »

    21. — "Judas! Judas! Tell me
    What is the way to go there? »

    22. — «Walk all along the hilly way,
    You shall hear the hammers clink.

    23. You shall hear the hammers clink
    Hitting the heads of the nails;

    24. Of the steel and the iron nails
    They drive into Jesus' feet and hands

    25. Of the steel and the leaden nails,
    That they drive into Jesus' heart. »

    26. — «My dear Son, O tell me
    Who has put you here?

    27. Whoever it was who put you her
    I wish he would be put here as well.

    28. I would fain have kissed your feet
    I would fain have wiped your eyes;

    29. I would fain have wiped your eyes
    That are but wounds and running blood. »

    30. Her speech had not come to an end,
    When the cross it bent in two.

    31. The cross bowed down to the ground
    To allow Mary to kiss her Son.

    32. — «Saint John! Saint John! Cousin of God,
    Take my poor mother away from here.

    33. Bring her home there to weep,
    When I shall be wilting on the cross.

    34. Mother take this cloth from me,
    And lay it into your press.

    35. Don't wash it in a clear stream,
    In it is your Saviour's blood.

    36. Don't wash it in pond water,
    In it are all seven sacraments.

    37. In it are all seven sacraments,
    Extreme Unction, Ordaining, Baptism.

    38. Furthermore are in it seven gifts
    To be bestowed when necessary. »

    39. This is the blessed Passion
    To whoever doesn't know it.

    40. Whoever doesn't know it, but listen to it
    Shall avail himself of part of its merits.

    41. Whoever knows it and sings it
    Shall have five hundred days' indulgence.



    NOTES
    [1] La version de F. Vallée contient les thèmes que l'on a déjà rencontrés dans les autres variantes:
  • Marche de Jésus au supplice, assortie, ici, d'une accusation d'indifférence portée contre les Juifs (strophes 1 à 6);
  • Rencontre des Trois Marie et des trois jeunes gens (str. 11 à 17);
  • La demande faite à Jean, son cousin, par Jésus d'éloigner sa mère de la croix (str. 32 et 33);
  • L'épisode du mouchoir qu'il ne faut pas laver parce qu'il a recueilli le sang de Jésus (str.34 à 38).
  • La promesse d'indulgences (500 jours!) à qui écoute ou chante le cantique (str. 39 à 41).

    Il s'y ajoutent des éléments nouveaux:
  • Enseignement de Jésus à ses disciples au "Jardin vert" (Mont des Oliviers?). Dans cette chronologie inhabituelle, Jésus porte déjà sa croix qu'il pose sur ses genoux pour prêcher (str. 7 à 10).
  • Les trois Marie sont guidées vers la Croix successivement par les trois jeunes gens, Hérode et Judas. Ce dernier leur suggère de se laisser guider par le bruit des clous (ce qui évoque curieusement, dans un tout autre registre, le chant de la Femme du sabotier!). L'invocation du chiffre trois ne s'arrête pas là. Fidèle à la tradition des gwerzioù qui privilégie les "triades", le poème indique que les clous sont de trois sortes: acier, fer et plomb (!), et qu'ils sont fixés en trois endroits: les pieds, les mains et le cœur du divin Supplicié (str. 11 à 25) .
  • Un dialogue entre Jésus et Marie à la fin duquel la croix s'incline pour permettre à la mère de baiser le front de son Fils (str. 26 à 31).
  • [1] The version collected by F. Vallée features themes already dealt with in the other versions:
  • Jesus' walk to the Cross combined here with the theme of the Jews' indifference (stanzas 1 to 6);
  • Encounter of the Three Maries with the three young lads (st. 11 to 17);
  • John requested by Jesus, his cousin, to take his mother away from the Cross (st. 32 and 33);
  • The episode of the handkerchief which shall not be washed because it keeps the blood of Jesus (st.34 to 38);
  • The promise of (here) 500 days' indulgence for whoever listens to or sings the hymn (st. 39 to 41).

    New elements are added:
  • Jesus teaches his disciples in the "Green Garden" (Mount of Olives?). In this uncustomary chronology, Jesus already bears His cross which he lays on His knees when he preaches (st. 7 to 10).
  • The three Maries are guided towards the Cross successively by the three young lads, Herod and Judas. The latter suggests that they should use as a guide on their way to the cross the clink of the hammers (which curiously reminds of the song The clogmaker's wife!). The invocation of the figure three continues. As is customary in the Breton laments that are fond of "triads", the poem states that the nails used are of three kinds: of steel, iron and lead (!) and driven in three places: feet, hands and heart of the Godly Victim (st. 11 to 25)
  • A dialogue between Jesus and Mary concluding with the Cross bowing down, so as to allow Mary to kiss her Son for the last time (st. 26 to 31).



  • Calvaire de Pleyben


    "Kentel ar Beorien- Chant des Pauvres" du Barzhaz

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