Ar Bleizi Mor

Ballade recueillie par Jean- Marie de Penguern (1807 - 1856)

Publiée par F-M Luzel dans "Gwerzioù Breizh-Izel" en 1868

Embouchure du Léguer au Yaudet en Ploulec'h

Mélodie
tirée de "Tralalalaleno", recueil de 30 chansons publié par Jef Le Penven en 1949

Arrangement Christian Souchon (c) 2008

AR BLEIZI MOR

Lemmomp hor c'hlezeïou,
War-lein ar meneziou,
'Vit mont d'ar brezeliou


Arru e listri 'r bleizdi-mor,
Da digass brezel en Arvor;
Ar Ieodet ho deuz komerret.
Hag ann iliz ho deuz dewet.

Lemmomp, etc.

Ann eskop-koz n' em skuill daero,
Hen euz renket leuskel hë vro;
Et ez e da glask ur vro-all,
E-lec'h na deui ket an dut-fall.

Den na gred ken chomm en Arvor,
Gant an euz ouz ann dut-a-vor;
Parko, tier, loened ha tud,
Holl int gwallet, braz ha munud.

Met ar roue, p'hen euz klewet,
He dent gant broüer (1) 'n euz skrignet:
Em laket e prest en he hent,
Gant he holl dut, he holl gerent.

Un arme vraz 'zo bet savet,
Hag en Arvor 'z omp arruet;
Bars ur blenenn, en bro-Arvor,
E meump bet kat ar bleizi-mor.

Epad tri de hon euz stourmet,
Epad tri de hon euz kannet;
Epad ter noz, hep heana,
N'hon ëuz gret tra nemet laza

Laza, ken a ruille 'r goad-ru,
'Vel diou waz vraz, euz ann daou-du;
Laza, evel dorna kolo,
Kolo-segal, pa ve daro !

Strakal 're hor zaoliou-kleze,
'Vel taoliou 'n horz war an anne,
Ken a fraille pennou tud-vor,
Evel istrenn hanter-digor.

Keit ma pade ann argadenn,
Ar brini 'nije uz d'hon fenn;
Pa zo bet fin, en em goagal,
Int bet diskennet d'ar festal !

Lemmomp hor c'hlezeïou,
War-lein ar meneziou,
'Wit mont d'ar brezeliou !

LES LOUPS DE LA MER

Aiguisons, aiguisons
Nos glaives sur les monts!
Au combat nous partons!

Dans leurs nefs les loups de la mer
Viennent chez nous porter le fer
Ils ont dévasté le Yaudet
Et l'église ils l'ont incendiée.

Aiguisons...

Et le vieil évêque pleurait
Quand il lui fallut s'en aller
Vers d'autres cieux plus cléments
Se mettre à l'abri des méchants.

Nul ne veut rester en Armor.
Tous ont peur des hommes du nord:
Moissons, maisons, bêtes, humains,
Tout est détruit sur leur chemin.

Mais le roi, sitôt qu'il l'apprend,
Avec des grincements de dents,
Est accouru vers nous bien vite,
Avec ses parents et sa suite.

La grande armée qu'il a levée,
En Armorique est arrivée
Dans une plaine de l'Arvor
Elle affronta les gens du Nord.

Trois jours nous avons résisté.
Trois jours nous avons bataillé,
Bataillé sans trêve trois nuits.
Tuer était notre seul souci!

Tuer, voir le sang rouge couler
En grands ruisseaux des deux côtés,
Tuer comme on battrait de la paille
De seigle mûr où que l'on aille!

Nos coups brisaient, comme des faux
Ou, sur l'enclume, des marteaux,
Les crânes des loups de la mer,
Comme des huîtres, entr'ouverts!

Tant que dura la rude affaire,
Dans l'air des corbeaux tournoyèrent.
Croassant, lorsque vint la fin,
Ils fondirent sur le festin!

Aiguisons, aiguisons!
Nos glaives sur les monts,
Au combat nous partons!

Traduction Christian Souchon (c) 2008
THE WOLVES OF THE SEA

Sharpen, sharpen your blades,
There in the mountain glades!
Get ready for the raids!


Ships of wolves of the sea have come
To bring warfare upon your home;
They have taken old Yaudet town
And the church there they have burnt down.

Sharpen,...

The old bishop did cry and mourn
When he was forced to leave from home
And settle in another place
Where from this plague he would be safe.

Nobody will stay any more,
For fear of them, next to the shore.
Fields , houses, cattle and men
Are ransacked again and again.

The king has heard of sack and fire
With gnashing of teeth and great ire
Quickly under way he has been
With foot, yeomen and kith and kin,

An immense host, a large levy,
That came to Lower Brittany.
Amidst the plain along the gulf
They have engaged the sea wolf

Three long days we have resisted
Three long days we have combated
Three long days, aye, and three long nights
Doing nothing but kill and fight!

But fight and kill, so that red blood
Ran in two rivers to a flood.
Kill and hit and thresh, as they do
When they scythe rye grown ripe to straw!

With our swords we crack, as smiths will
With their hammers and their anvils,
The skulls of the wolves of the sea:
Half-open oysters they could be.

As long as lasted the struggle,
Ravens hovered in a circle.
When the last drop of blood was shed
They pounced on the treat and they fed!

Sharpen, sharpen your blades,
There in the mountain glades!
Get ready for the raids!


Translated by Christian Souchon (c) 2008


Notes de Luzel:
Luzel expose, dans une longue note, qu'il tire ce chant de la collection de J-M. de Penguern dont il est devenu acquéreur.
lI lui semble que ce chant a trait à une descente des Normands sur les côtes du Trégor en 836 et à la ruine du Yaudet par le roi Hastan, dont parlent Albert le Grand et Le Baud. Ces Danois furent vaincus dans la plaine de Plourivo.
Luzel est cependant persuadé qu'il s'agit d'une imposture.
A cela on peut répondre que Bertrand d'Argentré nous apprend dans son "Histoire de Bretagne" datant de 1582 qu'on "chante encore quelques vieux vers en breton" sur ce sujet." Il y a tout lieu de croire qu'il sagit du présent chant (cf. discussion à propos du chant "Alain le Renard", lien ci-après).

(1) Luzel indique qu'il ne connaît pas ce mot qu'il traduit par "rage". Un internaute bretonnant suggère de lire "brouez" (colère passagère).
Luzel explains in a long note that he has found this ballad in a collection of songs set up by J-M. de Penguern that he happened to acquire.
He believes that the song refers to a raid of the Normans (Northmen) on the shores of Tregor in 836 and to the ransacking of Le Yaudet by king Hastan, as reported by both Albert Le Grand and Le Baud. The Danish pirates were defeated in the plain of Plourivo.
And yet Luzel is persuaded that this ballad is a forgery.
We can object that Betrand d'Argentré, in his "History of Brittany" published in 1582, asserts that "they still sing a few old verses in Breton" about these events. The chances are that the present ballad is the song he means (See discussion to the song "Alan the Fox", link below).

(1) Luzel cannot construe this word which he translates as "rage". Maybe it should be read "brouez" (brief annoyance), as suggested by a Breton speaking contributor.


Jean-Marie de Penguern (1807 -1856)


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