Argadenn Saozon

Textes recueillis par Jean-Marie de Penguern (1807 - 1856)

Manuscrit coté N.91 à la Bibliothèque Nationale : Chants populaires de Trégor
Publié par Dastum dans "Dastumad Penwern" en 1983, pages 222 et 321

Mélodie
Inconnue. Remplacée par une mélodie Chantée par Maryvonne Le Flem de Port-Blanc
recueillie par Maurice Duhamel dans son recueil "Musiques bretonnes"
(Empruntée au site de M. Pierre Quentel, où elle accompagne le chant "An teir gwreg kabluz" du Gwerzioù Breizh Izel de F-M. Luzel
Arrangement par Christian Souchon (c) 2008


PENGUERN TRANSCRIT KLT
ARGADENN SAOZON (1)

I
Hogen burzhud ! Erru ar Saozon!
Klevout ran an drompil o son!

Erru int pemp kant war o listri.
Pedomp Doue d’hon sikouriñ!

Erru int pemp kant en ur vandenn.
Ha n’hon-eus den ‘vit hon souten!

Allas! Redomp holl d’ar c’hoajoù!
Gwragez paour, bugaligoù!

Muioc’h digar eo ar Saozon
Vit ar gouez loened direzon.

War al lec’hid emaint pemp kant
Diskennet deus o batimant.

Tanañ, lazhañ reont dre’r vro
Na den ebed n’hon sikouro.

Aotroù Gaorin war e varc’h bras
Ha pa ‘n-eus klevet, a sailhas.

E daoulagat rond en e benn
Evel daoulagat ur gaouenn.

Hogen burzhud! Piv a heulio
Aotroù Gaorin d’ar brezelioù?

Aet etrezek ar forbaned
Gant daou ugent a zoudarded,

E gleze bras eus e gostez,
C'hwir'niat a ra e inkane!

Hag an holl bep war o daoulin, (2)
Pedomp vit an Aotroù Gaorin!

II
Ritorn a ra Gaorin d’ar gêr,
Hag eñ hañval eus ur c'higer:

Ar gwad a ruilh dre e vembroù
Ha war e zilhad, hag a strew. (3)

Sonit kleier ar japelloù!
Aet ar forbaned en o bro!

Ouzhpenn daou c’hant a zo lazhet
A kement-all a zo nec’het.

Aotroù Gaorin, hogen burzhud!
Enor dit-te ha d'az holl dud!

TRADUCTION
DESCENTE D'ANGLAIS

I
Quelle surprise ! Les Anglais !
J’entends la trompette sonner !

Ils sont cinq cents sur leurs bateaux.
Dieu nous en délivre bientôt !

Une bande de cinq cents hommes.
Et pour nous défendre, personne !

Réfugions-nous dans les bois,
Femmes, enfants, tous à la fois!

Plus nuisibles sont les Saxons
Que fauves dénués de raison.

Oui, dans la vase ils sont cinq cents,
Débarqués de leurs bâtiments

Pour tuer, incendier, tour à tour
Si l’on ne nous porte secours.

Le seigneur Gaurin, furibond,
Quand il l’a su n’a fait qu’un bond.

Les yeux tout ronds ornant sa tête
Ont l’air de ceux d’une chouette.

Quelle surprise ! Qui suivra
Le seigneur Gaurin au combat ?

Il s’est jeté sur ces voyous
Avec quarante hommes en tout.

A son côté sa grande épée.
Entendez hennir son coursier!

Agenouillé, tout un chacun
Prie Dieu d’aider Sire Gaurin…

II
Gaurin s’en retourne à présent.
On dirait un boucher, vraiment.

Son sang coule. Il va sur ses membres
Et ses vêtements se répandre.

Sonnez, cloches de nos chapelles !
Les bandits fuient à tire d’aile !

On compte plus de deux cents morts
Et autant qui tremblent encor.

Seigneur Gaurin ! Quelle surprise !
C’est un héros ! Qu’on se le dise !

Trad. Christian Souchon (c) 2009
TRANSLATION
A RAID OF THE ENGLISH


I
What a dread! The English are here!
The sound of the trumpet I hear!

Five hundred of them in their boat!
God spread o’er us His shielding coat!

Five hundred of them in a horde.
For us no one to draw his sword!

To the woods let us flee, alas,
With babe and child and lad and lass!

More merciless is the Saxon
Than wild beasts deprived of reason.

In the mud the five hundred wade.
From their craft wearily they tread

To burn and to ransack the land
If nobody lends us a hand.

Gaurin’s mind is quick to catch fire:
He hears of it, flares up in ire,

His round eyes, while he gives a growl,
Widen out like those of an owl.

O what a dread! Whoever goes
With Lord Gaurin must come to blows.

He rushed to the fray with a host
Of forty soldiers at the most.

With his sharp long sword by his side
On his frisky horse see him ride!

Let us all kneel and pray to God
For the Lord Gaurin and his squad!

II
Back home is coming Lord Gaurin,
A real butcher resembling.

In blood running all down his limbs
And on his clothes he almost swims.

Bells of our chapels in high peals
Ring: the pirates took to their heels!

Fallen are two hundred or more,
As many wounded stained with gore:

Of Lord Gaurin they are in dread
Who is beyond praise, so all said!

Transl. Christian Souchon (c) 2009



(1) Selon Donatien Laurent, article du catalogue de l'exposition "La Bretagne au temps des Ducs": "Recueilli par J-M. de Penguern auprès d’une fileuse de Taulé en 1845, relate une descente d’Anglais sur les côtes du Haut-Léon, apparemment vers 1460."
Du fait que l'essentiel du texte de ces 2 pages et des remarques de la seconde page est de la main de Kerambrun, à qui Luzel a fait, sans doute à tort, une réputation de faussaire, on a pu croire qu'il s'agissait d'une composition de ce dernier.
Dans la revue "An Oaled" 1933, pp. 118-119, où "Gaorin" est transcrit "Goarin", il est dit que cela est impossible, du fait que le chant existe encore 2 fois dans la collection, sous le titre "Otro (Sire) Goayon".

Si "Gaurin" n'évoque, semble-t-il, aucun personnage historique auquel on pourrait rattacher ce chant, la forme "Goayon", proche de "Guyon", cas régime de "Guy", fait penser à Guy de Laval, lieutenant pour le roi et gouverneur de Bretagne, qui repoussa une attaque anglaise contre Morlaix le 22 juillet 1522.
Après avoir attaqué Cherbourg, une flotte de 60 navires débarqua plusieurs centaines d'hommes qui entrèrent dans Morlaix sans rencontrer d'autre résistance que celle d'un prêtre armé d'une arquebuse. Des paysans tentèrent de bloquer la Rivière de Morlaix avec des arbres , ce qui n'empêcha pas les Anglais de piller la ville, incendier les maisons et massacrer les habitants qui n'avaient pas pu fuir. Une partie d'entre eux regagnèrent leurs vaisseaux.
Le lendemain, les soldats de Guy de Laval arrivent sur les lieux et tombent sur 600 ou 700 soldats enivrés. Une grande partie est massacrée et le butin est repris. Le comte Guy fait un tel carnage qu'une fontaine voisine, rougie du sang des ennemis, reçut et conserve le nom de Feunteun ar Saozon, "fontaine des Saxons". (Selon l'article Wikipedia "Bataille de Morlaix", ces éléments sont tirés de l'"Histoire ecclésiastique et civile" de Dom Morice (1693 - 1750) et du "Dictionnaire historique et géographique de Bretagne" de Jean-Baptiste Ogée (1728-1843).

Peut-être faut-il rattacher également à ces événements le chant Marivonig collecté par Luzel.

(2) Remarque en marge: "Je transcris
absolument comme on me chantait."

(3) Remarque en marge: "Je ne comprends pas"

(1) According to Donatien Laurent's article in the exhibition catalogue "Brittany and the Dukes: "Learned from the singing of a Taulé spinner woman in 1845, this song is about an English raid which took place, apparently, in Upper-Léon, around 1460."
The since most of the text on these two pages, as well as the margin notes, is in Kerambrun's handwriting, whom Luzel slandered as a forger, without serious motive, this song was sometimes considered Kerambrun's own composition.
As stated in the periodical "An Oaled" 1933, pp. 118-119, where "Gaorin" is transcribed as "Goarin", this seems impossible since the song is recorded another 2 times in the MS collection as "Otro (Lord) Goayon".

If "Gaurin" does not hint, apparently, at any historical event to which this song could be linked, the name "Goayon", similar to "Guyon", the objective case of "Guy", evokes Guy de Laval, King's Lieutenant and Governor of Brittany, who repelled an English raid against Morlaix on 22nd July 1522.
After attacking Cherbourg, a float of 60 ships landed several hundreds of men who entered Morlaix town without being otherwise opposed than by a priest armed with a harquebus. Country people attempted to block the Rivière de Morlaix with a tree trunk dam, which did not prvent the English from pillaging the town, burning houses and killing people who had not fled. Part of them re-embarked.
The next day, Guy de Laval's troops arrived and found 600 or 700 drunk soldiers. The major part of them were slaughtered and the booty taken back. Count Guy made so great a carnage that a nearby source, reddened by the enemy's blood, was given the name "Feunteun ar Saozon", "Fountain of the Saxons" which it has kept to the present day. (According to the Wikipedia article "Battle of Morlaix", this information is derived from the "Histoire ecclésiastique et civile" by Dom Morice (1693 - 1750) and from the "Dictionnaire historique et géographique de Bretagne" by Jean-Baptiste Ogée (1728-1843).

These events also could be connected with the song Marivonig, collected by Luzel.

(2) Margin note: "I transcribe exactly
as was sung to me."

(3) Margin note: "I don't understand"


Jean-Marie de Penguern (1807 -1856)



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Taolenn