Ar breur hag ar c'hoar -Version 2

Le frère et la soeur -Version 2

Texte chanté par Marie-Jeanne Le Gall, à Keramborgne en 1849
Publié par François-Marie Luzel dans "Gwerzioù Breizh-Izel" en 1868

Mélodie
Air publié dans "Musiques bretonnes" par Maurice Duhamel
Recueilli aurès de Maryvonne le Bail à Port-Blanc.
Il note: Marie-Jeanne chantait : "Voulez-vous, bardère ?" et, comme je lui demandais le sens de ce vers, se borna à me répondre : "Eun diskan gallek ê !" (c'est un refrain français). Pas plus que Maryvonne Le Flem, Marie-Jeanne ne sait le français

Arrangement Christian Souchon (c) 2009
Source: le site de M.Quentel, "Son ha ton" (voir "Liens")

"GWERZIOU BREIZ IZEL"
AR BREUR HAG AR C'HOAR

Mab ar Roue a lavare
Voulez-vous vous marier?
En Coadelez pa arrue :
Voulez-vous, bergère?
- Demad ha joa holl en ti-ma,
Voulez-vous vous marier?
Merc'h ar Roue pelec'h ema ? - (1)
Voulez-vous, bergère?

- Medi duze bars ar gambr-wenn,
Nag o kribad hi bleo-melenn ;
Man o kribad hi bleo-melenn,
Ha titira al lienn-gwenn. -

- Mab ar Roue, vel ma klewaz,
Gant ar vinz d'ann nec'h a bignaz ;
Gant ar vinz d'ann nec'h a bignaz,
Kerkent d'ann traon a ziskennaz. -

- Me n'eo ket hounnes a glaskann ;
Merc'h ar Roue, ar verc'h henan,
Merc'h ar Roue a Goadelez,
Oa choumet ama minorez. -

Na mar d'eo hounnes a glasket,
Falla feumelenn a gavfet.
Et eo 'boe 'r beure, beure-mad,
'Wit kannann un neubeud dillad.....

- Ma ouijenn-me ann hent d'al lenn,
Me aprouvfè ar feumeulenn. -
It gant ann âle, hed-a-hed,
Ebars ar c'hoad a em gavfet ;

Ha pa vefet arru er c'hoad,
C'hui a glewo trouz ar pez-koad ;
C'hui a glewo trouz ar pez-koad,
Gant-hi o skei war hi dillad. -

Demad, plac'hik diwar al lenn,
C'hui a gann gwenn hag a wask stenn ;
C'hui a gann gwenn hag a wask stenn,
C'hui a saonvfe d'inn ma brondenn ? -

- Na gannann gwenn , na waskann stenn,
Na saoninn ket d'ac'h ho prondenn.
- Sellet-c'hui euz ma mantell du,
A zo alaouret en daou-du , -

- Na rann van euz ho mantel du,
Mui ma rann euz ur boud burlu ! -
- Sellit euz ma inkane gwenn,
'Zo ur brid-arc'hant en he benn.

- Na rann van ho inkane-gwenn,
Kerneubeud 'rann euz he berc'henn ! -
- Deut-c'hui ganin-me bars ar c'hoad,
Hag a c'honefet ur gobr mad -

- Wit-on da veza kannerez,
Ma zad a zo en he balez. ... .

Me 'm euz ur breurik en pell-bro,
Aotro, mar klewje ho komzo,
Ho tiframje a bechadou,
Da lakad 'war ar c'hroaz-hentjou ! -

- Me eo ho preurik a bell-bro,
'Zo deut ama 'wit ho ampro ;
Ho lez-vamm d'in-me 'doa laret
Ez oac'h plac'h-fall , ha n'ez oc'h ket !

Kriz vije 'r galon na oelje,
Etal al lenn nep a vije,
O welet ar breur hag ar c'hoar
En em vriata gant glac'har ! (3)
RAPPROCHEMENT AVEC BARZHAZ



Le sujet, les retrouvailles entre un frère de retour après une longue absence et une soeur est le même que celui de la deuxième partie de "Lez-Breizh", le "Retour".


The topic: the reunion after a long absence of a brother and a sister is the same as in "the Return", the second part of "Lez-Breizh".
TRADUCTION
LE FRERE ET LA SOEUR

Le fils du Roi disait,
Voulez-vous vous marier?
En arrivant à Coadelez : (2)
Voulez-vous, bergère?
- Bonjour et joie à tous dans cette maison,
Voulez-vous vous marier?
Où est la fille du Roi ? -
Voulez-vous, bergère?

- Elle est là-haut dans la chambre blanche,
A peigner ses blonds cheveux ;
Elle est à peigner ses blonds cheveux,
Et à détirer le linge blanc.

Le fils du Roi, à ces mots,
Monta l'escalier tournant ;
Il monta l'escalier tournant,
Et le redescendit aussitôt.

- Ce n'est pas là celle que je cherche :
La fille du Roi, sa fille aînée,
La fille du Roi, de Coadelez,
Qui était restée ici, mineure.

- Si c'est là celle que vous cherchez,
C'est la plus mauvaise fille que vous puissiez trouver.
Elle est allée depuis ce matin, de bonne heure,
Pour laver quelque peu de linge.....

- Si je connaissais le chemin de l'étang,
J'irais éprouver cette femme. -
- Suivez l'avenue tout au long:
Vous vous trouverez dans un bois :

Et quand vous serez dans ce bois,
Vous entendrez le bruit de son battoir ;
Vous entendrez le bruit de son battoir,
Avec lequel elle bat son linge.

- Bonjour, jeune fille sur l'étang,
Vous lavez blanc et tordez roide ;
Vous lavez blanc et tordez roide,
Voudriez-vous me savonner ma chemisette?

- Je ne lave pas blanc, je ne tords pas roide,
Je ne vous savonnerai pas votre chemisette -
- Voyez mon manteau rouge,
Qui est doré des deux côtés. -

Je ne fais cas de votre manteau rouge,
Plus que ne fais d'une tige de digitale !
- Voyez ma haquenée blanche
Avec une bride d'argent en tête ! -

- Je ne fais cas de votre haquenée blanche,
Plus que ne fais de son maître ! -
- Venez avec moi dans le bois,
Et vous gagnerez un bon gage.

- Bien que je sois lavandière,
Mon père habite un palais.. . . .

J'ai un frère chéri en pays lointain,
Monsieur, et s'il entendait vos paroles,
Il vous mettrait en pièces,
Qu'il disperserait dans les carrefours ! -

- C'est moi votre frère chéri de pays lointain,
Qui suis venu ici pour vous éprouver :
Votre marâtre m'avait dit
Que vous étiez une fille perdue, et vous ne l'êtes point ! -

Dur eût été le coeur de celui qui n'eût pleuré,
S'il eût été auprès de l'étang,
En voyant le frère et la soeur
S'embrasser avec douleur (bonheur).


Notes de Luzel

1) Ar Roue, Le Roi, doit être ici un nom propre.

(2) Il existait un manoir noble de Coadelez en la commune de Drenec.

(3) Ce sujet, la reconnaissance du frère et de la soeur, après une longue absence, - sept ans ordinairement, - a été très-souvent traité, comme celui du mari et de la femme, par la poésie populaire de presque tous les pays. Je me contenterai de citer, comme offrant beaucoup d'analogie avec notre chanson bretonne, la ballade écossaise de Lord Thomas et de la Gentille Annie, et surtout les deux pièces contenues dans le recueil de M. le comte de Puymaigre, Chants populaires du pays Messin (pag. 54 et 56), sous le titre de l'Epreuve. Mais la comparaison est tout à l'avantage de la jeune bretonne, comme moralité du moins. Une autre pièce, une ballade suédoise, insérée dans le recueil de M. X. Marmier, Chants du Nord (p. 175), aussi sous le titre de l'Epreuve, présente un dénouement plus conforme à celui du chant breton.

English Translation

The Siblings - Version 2
The King's son said
Do you want to marry me (*)
In Coadelez when he arrived
Do you want, shepherdess?
- Good day and joy to this house,
Do you want to marry me?
Where is the King's daughter?
Do you want shepherdess?

- She is upstairs in the white room
And is combing her fair hair.
She is combing her fair hair
And hanging out the washing.-

- She is not her I'm looking for,
The King's eldest daughter.
The daughter to the King of Coadelez
Who was not yet of age when I left.

- If she's the one you're looking for.
She's the worst girl you may find,
She went out early this morning
To do some washing.

- If I new the way to the pond,
I'd go and put this girl to the test.
- Go down the alley
And enter the wood.

Once you have entered the wood
You will hear her battledore.
You will hear the battledore
She uses for washing her clothes.
- Good day to you, lass of the pond
You're bleaching white and wringing tight
You're bleaching white and wringing tight
Would you mind washing my shirt?

- I don't bleach white, I don't wring tight,
And I won't soap your shirt.
- Dont you see my crimson coat
With gold embroidery on both sides?

- I don't care for your red coat any more
Than for a foxglove stalk.

- Look at my white charger
At its silver bridle and mouthpiece!
I don't care for your charger any more
Than I do for the rider! -

- Come with me under the wood
I'll reward you well.
- Though I am but a washerwoman
My father lives in a palace...?

- I have a brother in a far country,
Sir, if he heard you
He would tear you to pieces
That he would scatter on the crossroads!

- I am your dear brother back from far away
Who came to put you to the test.
Your stepmother told me
That you were a slut, but you are not.-
Hardhearted were whoever nad been
By the pond and who had not cried
Seeing the siblings, reunited
Hugging each other in joyful pain.
<
Notes by Luzel

(1) "Ar Roue" (Leroy) is likely to be here a family name.

(2) There was a manor Coadelez in the parish Drenec.

(3) The topic of a brother and a sister reunited after a long separation - usually seven years -is very frequent, as is the theme of parted husband and wife in the lore of nearly all countries. Suffice it to quote, as most analogous to our Breton song the Scots ballad of Lord Thomas and Gentle Annie, as well as the two songs included in the Count de Puymaigre's "Collection of songs of the Metz region" (pages 54 and 56) under the title "The Test". In the comparison always the young Breton girl decidedly has at least the advantage of higher moral standards. But another piece, a Swedish ballad inserted in M. X. Marmier's songbook "Nordic Songs" (page 175), also titled "The Test" has an ending more similar to the Breton song.

(*) The burden "Do you want to marry me?" and "Do you want shepherdess?" is in French in the Breton original, so that the singer who was unaware of this language pronounced "Voulez-vous bardère?", - a word that does not exist.


François-Marie Luzel (1821 -1895)


Le Frère et la soeur - Version 1 -Mélodie 1
Le Frère et la soeur - Version 2 Mélodie 3
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