I

Merlin au berceau

Merlin in his cradle

Dialecte de Cornouaille

  • Première publication dans "le Merveilleux au moyen-âge. L'enchanteur Merlin", Paris, Didier 1858, 1 vol, dont une autre édition parut sous le titre "Myrdhinn ou l'enchanteur Merlin, son histoire, ses oeuvres, son influence", Paris, Didier en 1861 et en 1862. Comme l'auteur l'explique à la page II de l'introducton, ce nouveau titre devait permettre de bien distinguer l'ouvrage d'une "fantaisie poétique" publiée par Edgar Quinet, en 1860, et intitulée "Merlin l'enchanteur". Dans "Myrdhinn", le texte breton du présent chant, intitulé "Origine de Merlin d'après un ancien chant populaire de Basse Bretagne", est donné pages 407 à 412. La traduction française figure à la page 11 avec l'explication suivante: "Voici [le mythe antique du génie et de la vierge] dans sa rusticité et sa simplicité primitives, tel que les nourrices [...] le répètent pour endormir les enfants".
    Deuxième publication dans le Barzhaz, édition de 1867.
  • L'indication "Merlin Merlin: Anaïc Le Breton, Ti-bihan de Kerigazul" visant Annaïk Huon, épouse Le Breton de Kerigazul en Nizon portée par Mme de La Villemarqué sur la table A, ne s'applique à l'évidence qu'aux poèmes 'Merlin devin' et 'Merlin barde' publiés dès 1839 et en aucun cas à la présente berceuse.
    Il en est de même des deux morceaux communiqués par Mme de Saint-Prix dont il est dit:
    "J'ai été mis sur la trace du poème de Merlin par Mme de Saint-Prix, qui a bien voulu m'en communiquer des fragments chantés dans le pays de Tréguier."
    C'est sans doute ce chant qu'évoque la lettre d'Emile Ernault à Gaidoz, datée du 2 novembre 1879: Lors d'une visite à Keransquer, La Villemarqué lui avait montré ses cahiers d'enquête, lui avait" chanté le commencement de Merlin, en [lui] disant qu'il lui semblait encore voir et entendre la nourrice de qui il le tient..."
  • Ce chant ne figure pas dans les manuscrits de Keransquer.
  • On ne le trouve dans aucun autre recueil.
    Selon Luzel et Joseph Loth, cités (P. 389 de son "La Villemarqué") par Francis Gourvil qui se range à leur avis, ce chant mythologique ferait partie de la catégorie des chants inventés.
  • Conspiration des démons et conception de Merlin selon le Robert de Boron et le 'Cycle de la Vulgate', BN fr95f.113V
  • First published in "The supernatural in the Middle Ages. The Enchanter Merlin", Paris, Didier 1858, 1 vol, followed by another edition titled "Myrrdhinn or the Enchanter Merlin, his history, his works, his influence", Paris, Didier, 1861 and 1862. As the author explains on page II of the introduction, this new title served the purpose of of setting this work apart from a "poetic fantasy" published by Edgar Quinet in 1860 under the title "Merlin the Enchanter". In "Myrdhinn", the Breton lyrics of the present song, titled "Merlin's Begetting as recounted by an old Lower Brittany song" are printed on pages 407 through 412. The French translation begins on page 11 with the following comment: "Here is the [ancient myth of the sprite and the virgin] in its ancient rustic simplicity, as a wet nurse will sing it to lull a child to sleep."
    The lullaby was then included in the 1867 edition of the "Barzhaz Breizh".

  • Mme de La Villemarqué's entry in table A: "Merlin Merlin: Anaïc Le Breton, Ti-bihan de Kerigazul" referring to Annaïk Huon, wife of Le Breton from Kerigazul near Nizon, clearly applies only to the poems "Merlin the Seer" and "Merlin the Bard", already published in 1839, and by no means to the present song
    So do the two fragments contributed by Mme de Saint-Prix, referred to in the sentence:
    "I was put on the scent of the Merlin poem by Mme de Saint-Prix who was so friendly as to send me fragments of it that are sung in the Tréguier area".
    It is very likely to this song that the letter sent by Emile Ernault to Gaidoz, on 2nd November 1879 refers: On the occasion of a visit he made to Keransquer manor, La Villemarqué had shown him his record copybooks, "and sung the first verses of Merlin, saying that he could see in mind's eye and hear again the wet nurse who sang it first to him."
  • This song has no counterpart in the Keransker MSs.
  • The Barzhaz is the only collection where it is included.
    According to Luzel and Joseph Loth, quoted by Francis Gourvil (p. 389 of his "La Villemarqué"), this mythological song was "invented" by its alleged collector.

  • Ton
    (Premier mode du plain-chant)

    Français English
    1. Voilà treize mois et demi (bis)
    que sous ce bois je m'endormis.

    refrain
    Dors maintenant, bien vite, bien vite;
    Dors maintenant, mon petit enfant.


    2. J'avais ouï chanter un oiseau (bis)
    au chant si doux, au chant si beau.

    refrain

    3. Au chant si doux, au chant si beau, (bis)
    comme le gazouillis de l'eau.

    4. Si bien que, sans même y penser, (bis)
    je le suivis l'esprit charmé.

    5. Je le suivis bien loin, bien loin; (bis)
    moi, la jeune et sotte nonnain!

    6. - Fille de roi, son chant disait, (bis)
    aussi belle que la rosée,

    7. Le jour levant en te voyant (bis)
    est rempli de ravissement!

    8. Le soleil lui-même est ravi. (bis)
    Dis-moi qui sera ton mari?-

    9. - Mais taisez-vous, oiseau maudit; (bis)
    tout votre babil m'étourdit!

    10. Puisque le Roi du Ciel m'honore, (bis)
    je me moque bien de l'aurore.

    11. De tous les regards du soleil (bis)
    ou de l'univers, tout pareil!

    12. Je ne connais qu'un seul époux, (bis)
    c'est le Roi du ciel, voyez-vous.

    13. Mais si doucement, il chantait: (bis)
    tête baissée, je le suivais.

    14 Et voilà que je m'endormis (bis)
    de fatigue dans un taillis.

    15. En dormant, j'eus une vision (bis)
    qui me fit perdre la raison.

    16. J'étais dans l'antre d'un duzig (1) (bis)
    dans le cercle des eaux d'un puits.

    17. Et ses pierres étaient d'opale, (bis)
    et comme le cristal, diaphanes!

    18. Sur le sol un tapis épais (bis),
    de mousse et de fleurs par milliers.

    19. Le duzig n'était pas chez lui, (bis)
    j'étais sans frayeur et ravie.

    20. Lorsque, volant à tire d'aile, (bis)
    j'aperçus une tourterelle.

    21. Elle vint frapper de son bec (bis)
    le mur transparent du duzig

    22. Et moi, par pitié, pauvre sotte (bis)
    je m'en fus entrouvrir la porte.

    23. Et elle entra dans la maison (bis)
    et vola le long des cloisons.

    24. Elle effleurait tantôt ma main, (bis)
    et tantôt ma tête, ou mon sein;

    25. Mon oreille happa trois fois (bis)
    et s'en retourna vers le bois.

    26. Elle était joyeuse, moi pas! (bis)
    Maudits soient ce songe et ce bois!

    27. Car mes larmes coulent à flots (bis)
    quand je balance ce berceau.

    28. Qu'ils soient voués à l'enfer glacé (2) (bis)
    ces esprits noirs, ces farfadets!

    29. Si ce rêve pouvait passer! (bis)
    Si je pouvais me réveiller!-

    30. L'enfant, bien que tout nouveau-né, (bis)
    en souriant a répété:

    31. - O ma mère, ne pleurez pas, (bis)
    je ne vous cause aucun tracas!

    32. Mais vous faites mon désespoir (bis)
    en nommant mon père "esprit noir".

    33. Car entre le ciel et la terre, (bis)
    comme la lune luit mon père

    34. Mon père aime les malheureux, (bis)
    qu'il aide toujours, de son mieux.

    35. Que Dieu le préserve à jamais (bis),
    Du puits de cet enfer glacé!

    36. Le jour soit à jamais béni (bis),
    Où, pour bien faire, je naquis,

    37. Pour le seul bien de mon pays (bis)
    Que Dieu garde de tous soucis.

    38. La mère, abasourdie, reprit: (bis)
    "Quel est ce PRODIGE(3) inouï?"

    Dors maintenant, bien vite, bien vite
    Dors maintenant, mon petit enfant!


    (Trad. Ch.Souchon (c) 2003)
    1. "Thirteen months ago and three weeks (twice)
    Beneath that wood I fell asleep.

    Chorus
    O sleep at last, my baby, my baby,
    O sleep at last, sweet baby, sleep fast!


    2. I heard a bird's melodious tweet
    It sang so soft, it sang so sweet!

    Chorus

    3. It sang so sweet, and so tender,
    Even more than babbling water.

    4. So I followed him nearly blind,
    I was charmed by him in my mind.

    5. Following him, far, far I went,
    Alas for me, my youth is spent!

    6. - King's daughter, it cried as it flew,
    You are as fair as morning dew!

    7. The morning light is all aglow
    When it shines on you, don't you know?

    8. The rising sun, too, is spellbound;
    But, say, who shall be your husband? -

    9. - Now be silent, ugly birdie!
    Your chattering makes me dizzy!

    10. To the King of Heaven I'm bride,
    I don't care for the morning light!

    11. I don't care either for the sun;
    Will by no one be looked upon!

    12. If you will tell me of wedding,
    Be it with the Heavenly King! -

    13. But its sweet chant went on and on;
    I followed him with my head down.

    14. Till, exhausted, I had to stay
    And fell asleep, out of the way.

    15. And there, it befell that I dreamed
    Of disconcerting things, it seemed:

    16. I was in the house of a sprite (1)
    Amidst a waterfall so bright.

    17. Its stones were bright, its stones shone clear,
    Its stones were like some crystal sheer.

    18. A coat of moss covered the ground,
    With scattered spring flowers all around.

    19. And as the sprite was just away,
    I felt fearless, happy and gay.

    20. I saw approach, high in the sky,
    A white turtledove in full flight!

    21. And that bird knocked with its small beak
    At the crystal wall of the freak.

    22. I was stupidly pitying,
    Ran to the door and let it in.

    23. Once inside, it fluttered about
    To and fro within the whole house,

    24. Now on my shoulder, now on my head
    And now on my bosom it fled.

    25. Three times it pecked at my ear
    And off it flew to the wood near.

    26. The bird was merry, I am not,
    A curse on that day and that spot!

    27. My poor eyes are now full of tears
    And the cause is this cradle here!

    28. Could I send to a hell of ice (2)
    All the dreadful breed of the sprites!

    29. I wish I could wake of that dream,
    And no one would know of my pain!"

    30. Her son, although a newborn child,
    Retorted laughing to her cries:

    31. "Be quiet, mother, and stop crying;
    I shall cause you no suffering.

    32. It's a heartbreak I can't suffer
    That curse you call on my father!

    33. For between the earth and the stars
    My dear father shines near and far.

    34. My father loves everybody,
    When he can, he helps the needy.

    35. And may God save him from your spell,
    From the abyss of icy hell!

    36. But I do bless the happy morn
    When just to do good I was born.

    37. Born for the good of my country
    That God may protect from worry!"

    38. Astounded stood his mother there:
    "Such WONDER(3) is beyond compare!"

    O sleep at last, my baby, my baby,
    O sleep at last, sweet baby, sleep fast!


    (Transl. Lois Wickstrom & Ch.Souchon (c) 2003)
    1. "Duzig" signifie "esprit noir" ("du"= "noir").(retour)

    2. Une conception de l'enfer, peut-être héritée des anciens Celtes (cf. L'enfer )(retour)

    3. (PRODIGE = "Marzh", MERLIN = "Marzhin"). Cette berceuse, qui rappelle un peu le film "Rosemary's baby", raconte la façon mystérieuse dont fut engendré Merlin. Selon Geoffroy de Monmouth (Histoire des Rois de Bretagne), Merlin était le fils d'une nonne et d'un démon. (retour)
    1. "Duzig" means "black (="du") spirit" (not to be mistaken for "white spirit"!) (back)

    2. An unorthodox conception of Hell, possibly inherited from the ancient Celts(see The Song of Hell ) (back)

    3. (WONDER = "Marzh", MERLIN = "Marzhin"). This lullaby, that could be styled "Close Encounter of the Bird Kind", tells of Merlin's mysterious begetting. According to Geoffrey of Monmouth's History of the Kings of Britain, Merlin was son of a nun and a demon. (back)


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    Contexte littéraire
  • On trouve dans les "Prophéties de Merlin" (début des années 1130), reprises dans l'Histoire des Rois de Bretagne, rédigée en latin, comme les "Prophéties", entre 1135 et 1139 par le clerc puis évêque gallois Geoffroy de Monmouth, les premiers récits où apparaît le nom "Merlin". Cette chronique connut à l'époque un vif succès, bien que les faits qu'elle relate relèvent plus du mythe que de la réalité historique. Fier du peuple breton, Geoffroy plaide sa cause auprès des conquérants normands auxquels il invente une filiation, contre celle des Anglo-Saxons, les anciens envahisseurs.
    Une traduction française intitulée "Roman de Brut" (=Brutus, l'ancêtre éponyme des Britons) par le Normand Robert Wace (c. 1150) introduit la fameuse "Table ronde".
    Ainsi cette "Histoire" marque-t-elle l'apparition d'une fiction, la matière de Bretagne qui s'organise autour de quelques figures mythiques dont les deux personnages clés sont Arthur et Merlin. Ce dernier est, dans l'"Histoire", l'enfant sans père, le devin, le prophète et le magicien.
    Il combine des traits de l'Ambrosius Aurelianus, le défenseur de la Grande Bretagne contre l'envahisseur saxon au 5ème siècle de l'historien Nennius (9ème s.) et d'un personnage de la tradition galloise Myrddin dont l'existence est attestée à une date bien plus ancienne.
  • Le poème datant d'env. 930 "Armes Prydein Fawr" ("Prophétie de Grande Bretagne" tirée du MS "Livre de Taliésin datant de la 1ère moitié du 14ème s.) attribuait ladite prédiction à un nommé "Myrddin": "Dysgogan Myrddin kyueruyd hyn./Yn Aber Perydon meiryon mechteyrn." Myrddin prédit qu'ils [les Gallois] rencontreront/ A Aberperyddon les intendants des "machtierns" ["rois" des Gaels d'Irlande, de Man et d'Ecosse, ainsi que les Bretons de Cornouailles et de Strathclyde].
  • Six autres poèmes gallois médiévaux ont trait au même prophète légendaire, dont trois figurent dans le "Livre Noir de Carmarthen" (13ème s.) ( Yr Afallennau ('Les pommiers'); Yr Oianau ('Les salutations'); Ymddiddan Myrddin a Thaliesin ('Le Dialogue de Myrddin et Taliésin'); et trois dans des manuscrits plus tardifs: Cyfoesi Myrddin a Gwenddydd ei Chwaer ('La conversation entre Myrddin et sa soeur Gwenddydd'); Gwasgargerdd fyrddin yn y Bedd ('Les imprécations de Myrddin au tombeau'); et Peirian Faban ('Le jeune chef').
    Dans la plupart de ces poèmes le prophète Myrddin est un prince devenu homme sauvage (Myrddin Wyllt) qui vit dans la "Forêt de Calédonie" (Coed Celyddon) où il s'est réfugié après avoir perdu la raison à la bataille d'Arfderydd (Arthuret près de Carlisle, 573).
  • Des figures analogues se retrouvent dans la littératures d'Ecosse (un manuscrit en latin de 1147, conservé au British Museum, "Vita S. Kentigerni") et d'Irlande (manuscrits postérieurs à 1629) qui décrivent un personnage solitaire, devenu fou et poursuivant dans la foret un tête à tête avec les bêtes dont il apprend le langage. Dans cette vie semi-animale d'homme des bois, il acquiert un don de prescience et de divination: Lailoken d'Ecosse et Suibne l'Irlandais (associé à Saint Ronan).
    Cette "Vie" fait suite à deux fragments, intitulés "Vita Merlini silvestris" (1155), qui relatent la "Rencontre de Kentigern avec Lailoken" et l'histoire de "Lailoken à la cour de Meldred". Le nom "Lailoken" figure dans le poème "Cyfoesi", dans la phrase "I'm llallogan Fyrddin" (mon jumeau Myrddin) prononcée par la soeur de Merlin, phrase dans laquelle "llallogan" est un hypocoristique de "llallawg" (frère).
    Certains spécialistes suggèrent que la légende de Lailoken a été importée en Dyfed (Galles du nord) en renfort d'une étymologie populaire du toponyme Carmarthen (Caerfyrddin) (du latin "moridunum", fort de mer), faisant de Myrddin un compagnon de figures éponymes imaginaires telles que la Vieille Ahes et la Princesse Galiana.
    (Curieusement, le nom de Merlin n'apparaît qu'une seule fois sous la plume de Chrétien de Troyes (1130-ca. 1185) en dépit de l'étendue de son oeuvre: C'est dans "Erec et Enide" où il est question d'"esterlins blancs" qui avaient cours depuis le temps de Merlin. C'est aussi la première fois que cette monnaie, le "Sterling", est mentionnée).

    A ces trois Merlin (Myrddin, Lailoken, Suibne), le Barzhaz en ajoute un quatrième, auquel il donne dans les dernières éditions le nom de Marzhin.

    Héros insulaire et continental
    Les Bretons qui sous la pression des envahisseurs saxons vinrent s'implanter aux 5ème et 6ème siècles en Armorique ont maintenu des liens religieux et culturels étroits avec les chrétientés celtiques de Grande Bretagne. Les vieilles traditions littéraires et les antiques contes ont évolué de façon parallèle, en particulier la figure légendaire du roi Arthur qui concrétisait l'espoir des peuples bretons des deux cotés de la mer et celle de Marzhin-Myrddin, l'enchanteur solitaire des bois, qui devait être le Merlin de la littérature médiévale française.
    Nombre de seigneurs bretons d'Armorique accompagnèrent Guillaume le Conquérant et reçurent des fiefs en Angleterre. Les bardes, les poètes et les généalogistes qui leur étaient attachés reconnurent dans les récits gallois des traditions communes qu'ils popularisèrent en les adaptant au goût français.
    Plusieurs contes et chants bretons localisés en Armorique attestaient de l'extension dans ce pays des traditions arthuriennes. Pierre Jakez Helias cite l'un de ces chants, qui évoque la capture de Merlin, dans sa préface au recueil "Récits et poèmes celtiques" paru chez Stock Plus Moyen Age en 1981:
    Ha kanomp bremañ, drin drelin,
    Paket eo Merlig, me gav din.
    Chantons maintenant, drin drelin,
    Il est pris Merlin, je crois bien.

    Ce Merlin breton apparaît également dans les 4 pièces du Barzhaz réunies par La Villemarqué en un Cycle:
    Merlin au berceau - Marzhin ene gavell (1867)
    Merlin devin - Marzhin divinour (1839)
    Merlin barde - Marzhin barzh (1839)
    La conversion de Merlin - Distro Marzhin (1867)

    Le fils de la nonne
    Les diverses traditions littéraires s'accordent pour faire de Merlin le fils d'une vierge.
  • Les "Myvyrian Archaeologiae", citées par La Villemarqué, l'appellent "Ap-Lean", le "Fils-de-la nonne".
  • Dans l'"Historia Brittonum" de Nennius (9ème siecle), Ambrosius est l'enfant sans père dont les sorciers ont prescrit au roi Vortigern de verser le sang dans les fondations de la tour qui s'obstine à s'effondrer chaque soir. Cet épisode est repris trois siècles plus tard (1138), dans son "Histoire des rois de Bretagne", par Geoffroy de Monmouth chez qui l'enfant sans père est Merlin(us) dont il dit qu'il s'appelait aussi Ambroise.
    Geoffroy outre cette identification d'Ambroise avec le fondateur éponyme de Carmarthen, fait intervenir ce dernier dans la conception d'Arthur et dans l'édification surnaturelle des mégalithes de Stonehenge. Il lui fait proférer en outre de longues "Prophetiae Merlini", qu'on attribuait peut-être à la figure éponyme de Carmarthen.
  • Plus tard, il modifiera complètement le caractère de son personnage dans sa "Vita Merlini" (c. 1150), pour identifier le Merlin adulte au Myrddhin des poèmes gallois évoqué ci-avant: l'homme sauvage qui vit en compagnie d'animaux dans la forêt écossaise de Calidon; devenu fou après une bataille; qui s'entretient avec le poète-voyant Taliésin; et a affaire aux mêmes protagonistes, Gwenddolau, Rhydderch et Gwenddyd. Sans doute Geoffrey n'a-t-il eu connaissance de ces traditions qu'après l'achèvement d'"Historia"...
  • La mère de l'enfant, la fille du roi de Démétie (Dyfed) qui vivait au milieu de religieuses dans l'église de la ville que l'on appela Kaermerdin (Carmarthen), déclare au roi: "Quelqu'un m'apparaissait sous la forme d'un très beau jeune homme qui après s'être attardé quelque peu avec moi, disparaissait complètement à mes yeux. Plusieurs fois il s'unit à moi charnellement sous l'aspect d'un homme, m'abandonnant lorsque je fus enceinte."
    Le sage Maugantius explique au roi qu'il a lu dans les livres des philosophes que beaucoup d'hommes ont été conçus de la sorte:
    "Ainsi que l'expose Apulée dans son "De Deo Socratis", des esprits que nous appelons 'démons incubes' habitent entre le ciel et la terre; ils participent à la fois de la nature des hommes et de celles des anges et lorsqu'ils le souhaitent, ils prennent figure humaine et s'unissent avec des femmes. Peut-être est-ce l'un d'eux qui a engendré ce jeune garçon."
  • Cette référence à la doctrine platonicienne des "daimones" n'a rien à voir avec des créatures diaboliques. Les clercs de la fin du 12ème siècle, Robert de Boron, ainsi que ses innombrables successeurs, commettent un contresens lorsqu'ils font un "fils du diable" de ce bénéficiaire d'une ascendance céleste. Robert de Boron nous raconte comment un consistoire de diables décida de contre-attaquerà l'avénement du Christ qui leur faisait perdre tant d'âmes damnées en suscitant la venue d'un Antéchrist. Et voilà pourquoi une vierge se retrouva enceinte.
    L'auteur, quel qu'il soit, de "Merlin au berceau", n'a pas commis cette erreur d'appréciation.

    Prolongement de l'oeuvre de Robert De Boron
    Dans la trilogie de la légende du Graal de De Boron ("Estoire dou Grail", "Merlin", "Perceval") racontée dans son poème de 504 vers et dans la version en prose que présente dans plusieurs ms, Merlin devient le mentor du jeune roi Arthur. Une inspiration divine le conduit à encourager l'obéissance à la volonté de Dieu en instaurant la quête du saint Graal, le calice de la Cène. Aux trois exploits surnaturels ci-dessus(forteresse de Vortigern, conception d'Arthur, édification de Stonehenge) vient s'ajouter un quatrième: l'épée que Merlin a figée par magie dans une enclume. Merlin avertit Arthur de sa mort tragique, avant de retourner finir ses jours dans la forêt voisine.
    Au début du 13ème siècle, deux textes "Suite de Merlin" et "Estoire de Merlin" introduisent une fin différente: la jeune Viviane dont le vieux sorcier s'est amouraché l'emprisonne dans un tombeau enchanté en usant de sa propre magie.
    Cette "Estoire" et quatre autres volumes, "Estoire du Saint Graal", "Queste du Saint Graal", "Estoire de Lancelot" et "La Mort Artus", composent le "cycle de la Vulgate" où Merlin continue d'attirer l'attention, avant d'être réduit au rôle de simple conseiller, dépourvu de tout pouvoir magique ou prophétique, dans le traduction anglaise de la Vulgate, "La Morte d'Artur", rédigée en 1485 par Thomas Malory.

    Un autre Fils de la Vierge
    Ce fils d'une vierge qui, alors qu'il n'est encore qu'au berceau, prend la parole pour justifier ses origines, a un auguste prédécesseur: Jésus, dans l'évangile arabe de l'enfance (6ème siècle). Cet évangile apocryphe, fort méconnu de nos jours en Occident, affirme que Jésus parla, étant au berceau, et qu'il dit à sa mère : "Je suis Jésus, le fils de Dieu, le Verbe, que vous avez enfanté, comme vous l'avait annoncé l'ange Gabriel, et mon Père m'a envoyé pour sauver le monde."
    Ce passage, présenté comme une citation de (Flavius) Josèphe (37-100), est repris dans le Coran qui met cette profession de la foi musulmane dans la bouche de Jésus bébé (sourate 19, 31-34): "Je suis le serviteur de Dieu, Il m'a donné le livre et m'a constitué prophète. Il a voulu que je sois béni partout où je me trouve, Il m'a recommandé de faire la prière et l'aumône tant que je vivrais, d'être pieux envers ma mère, Il ne permettra pas que je sois rebelle et abject. La paix sera sur moi au jour où je naquis et au jour où je mourrai, et au jour où je serai ressuscité."
    Rappelons qu'on date d'environ 640 le début de la compilation du Coran.

    L'oiseau inséminateur
    Dans le présent poème, l'être céleste aborde la fille de roi sous la forme d'un oiseau. Il semble que ce soit une particularité de la légende bretonne de Merlin.
    Je l'ai trouvée évoquée dans la "Mythologie celtique" (chez Jean Picollec, 1981) de Yann Brekilien. Celui-ci cite même le nom de la nonne: Carmélis, à qui il arrive précisément la même aventure qu'à l'héroïne de "Merlin au berceau", à la maison de cristal près. (Ce nom est aussi cité dans l' opéra "Merlin" de Paul Ladmirault , 1877-1944, .composé entre 1902 et 1909, et dans les "Grandes Légendes de France" d'Edouard Schuré, 1841-1929). Elle s'en va alors trouver, au fond des bois, un saint ermite, Blaise qui lui apprend qu'elle mettra au monde le fils d'un "esprit noir" et qu'il faudra tout de suite le baptiser. Ainsi échappera-t-il au pouvoir qu'à sur lui le Malin.
    Ensuite, le récit suit, mot pour mot, celui du Barzhaz, si ce n'est qu'il est dit que l'enfant était couvert de poils. Et, ici encore, le nouveau-né a des dons d'élocution extraordinaires et il prend la défense de son père, dont il annonce qu'il sera le bon génie de la nation bretonne. Du coup la jeune mère s'écrie "Quel prodige (marzh), s'il en fut jamais!", donnant ainsi un nom à l'enfant: Marzhin.
    S'il est évident que Yann Brekilien avait en écrivant le Barzhaz sous les yeux, les détails qu'il ajoute (Blaise, le baptème, l'être poilu...) semblent tirés d'une autre source. C'est peut-être celle où puise l'écrivain politique Yves Le Febvre (1874-1959) dans son "Essai sur la pensée bretonne" (1918), lorsqu'il établit toute une filiation de tradition "pélagienne" dans le catholicisme breton (le breton Pélage, 350-420, avait en matière de péché originel une doctrine qui lui était propre).
    "Elle part de Carmélis, nonne de Cambrie et de Merlin l'Enchanteur, fils de la nonne résignée et du Prince révolté des ténèbres, pour aboutir à Lammenais." La Bretagne catholique est, selon cet auteur, une Bretagne chrétienne qui garde un souvenir ou un reflet du vieux paganisme.
    Malheureusement, ni La Villemarqué, ni Brékilien, ni Le Febvre ne citent leurs sources.

    Merlin l'homme-oiseau
    On verra à propos des autres poèmes du cycle breton que certains détails apparentent le Merlin sauvage à un oiseau. Le Perceval des manuscrits de Modène et Didot ainsi que le "Méraugis de Port-Lesguez" de Raoul de Haudenc (1170-1230) évoquent l'"esplumoir" de Merlin, dans lequel on peut voir le lieu où l’Oiseau merveilleux perd ses plumes et effectue sa mue : c’est donc un lieu de régénération, où le prophète qui se sait immortel veut attendre, tout en continuant à vaticiner, la fin des siècles, pour jouir enfin de la joie "pardurable" (celle qui n'a pas de fin). D'accord en cela avec ses éminents confrères, Antoine Thomas, Paul Meyer et Ferdinand Lot, Gaston Paris (1839-1903), dans Romania 27 (1898) 309, définissait ainsi l'"esplumoir": "mue", cage où les oiseaux sont enfermés pendant la mue. Le mot anglais "mews" (=mues) qui désigne une venelle, s'appliquait à l'origine à des écuries où l'on entreposait aussi de telles cages.
    La métamorphose de Merlin en oiseau témoigne de l’accès à un ordre de connaissance supérieur à celui que qui caractérise l’état ordinaire de notre humanité.
    Cette berceuse bretonne qui fait de Merlin en quelque sorte le fils d'un oiseau, vient corroborer et donner de la cohérence à cette interprétation. Elle s'apparente dès lors aux histoires "d'hommes sauvages", les contes de type N°502 dans la classification de Aarne et Thomson. En Basse Bretagne l'homme sauvage s'appelle Merlin, Merlik ou Murlu. Dans « Georgic et Merlin » l’être sauvage vivant dans la forêt n’est pas un homme mais un oiseau merveilleux. Capturé, ce Merlin ailé est enfermé dans une cage et le roi menace de tuer quiconque le laissera échapper. Jusqu’à ce que son fils ouvre la cage…(cf. le chant Le roitelet).
    Il n'est, dès lors, plus besoin pour justifier le nom de "Merlinus" qu'utilise Geoffroy d'imaginer, comme on le lit parfois, qu'il voulait adapter le nom du barde gallois "Myrddin" en évitant une fâcheuse assonance française. Il est d'ailleurs probable que l'oiseau que désigne ce mot ne soit pas le merle, mais l'émerillon, un faucon de petite taille dont le nom anglais actuel est précisément "Merlin". Les deux termes sont en usage en allemand: "Merlin" et "Schmerl" (d'un ancien germanique "smerlo", d'où provient notre "esmerillon": "merlin" est un hypocoristique du même mot).
    A propos des plumes de l'émerillon auxquelles l'"esplumoir" fait sans doute allusion, ainsi que les chants et contes "enfantins" bretons, il convient de citer ce passage des "Récits, contes et poèmes du Moyen Age" d'Albert Praud et Guy Raynaud de Lage (Belin, 1951):
    "L'épervier était l'objet de soins continuels et attentifs. Sans parler du dressage, il fallait choisir sa nourriture avec discernement, la baigner au moins deux fois par semaine, éviter qu'il ne prît froid aux pattes, surveiller sa mue et même lui plumer la queue au mois de mai, le placer à certaines époques dans une cage appelée "mue",..."
    On ne peut que regretter que, dans ses commentaires, La Villemarqué se soit contenté de paraphraser le texte de la berceuse et ne nous apprenne rien sur les circonstances de sa collecte. Qu'elle soit entièrement le fruit de son imagination semble peu probable, à la lumières de ce qui précède.

    La présente traduction du cycle Merlin
    Mmes Jean Lorrah et Lois Wickstrom, auteurs de littérature enfantine et de science-fiction, ont créé un site surprenant d'esprit et d'inventivité, Nessie's Grotto (la Grotte de Nessie -le monstre du Loch Ness).
    Elles ont lancé un magazine informatique sur ce thème décrit à l'adresse suivante Nessie et la Pierre Vivante
    A la page consacrée à Merlin, dont on dit qu'il combattit en Ecosse vers l'an 500, elles notent: "Dans d'autres contes, Merlin est un enchanteur autant qu'un devin. Ses aventures font partie de la mythologie celte."
    C'est ce que l'on peut vérifier ici.
    Lois Wickstrom a bien voulu participer à l'élaboration d'une traduction anglaise rimée et chantable de ces pièces par des suggestions et des remarques pertinentes dont je voudrais vivement la remercier.
  • Literary background
  • First mention of the name "Merlin" is made in the "Prophecies of Merlin" published in the early 1130ies, later incorporated into the History of the Kings of Britain, written in Latin, like the "Prophecies", between 1135 and 1139 by the Welsh clerk -later bishop - Geoffrey of Monmouth. This chronicle was then very popular in spite of its mythical rather than historical character.
    As a proud Celt, Geoffrey pleads the Britons' cause with the Norman conquerors, inventing for them a filiation distinct from the filiation claimed by the former Anglo-Saxon invaders.
    A French translation titled "Roman de Brut" (=Brutus, the eponymous ancestor of the Britons) by the Norman Robert Wace (c. 1150) introduces the "Round table".
    Thus, the "History" is the origin of a fiction, the Arthurian Legends, in which a score of mythical figures, first of all Arthur and Merlin are shrouded.
    Merlin is, in the "History", the fatherless child, the seer and prophet, the magician.
    He combines features of Ambrosius Aurelianus - the defender of Britain against the Saxons in the 5th century mentioned by the 9th century Historian Nennius- and of a Welsh bard, Myrddin who admittedly had lived long before.
  • The c.930 poem "Armes Prydein Fawr" ("Great Prediction of Britain" from the MS Book of Taliesin dating from the first half of the 14th century) ascribed the said prediction to "Myrddin": "Dysgogan Myrddin kyueruyd hyn./Yn Aber Perydon meiryon mechteyrn." Myrddin foretells that they [the Welsh] will meet/ In Aberperyddon the farmers of the machtierns [ of the Gaels of Ireland, Man and Britain and the Britons of Cornwall and Strathclyde].
  • Six other medieval Welsh poems address the same legendary prophet, three of them are found in the 13th century: "Black Book of Carmarthen" ( Yr Afallennau ('The Apple-trees'); Yr Oianau ('The Greetings'); Ymddiddan Myrddin a Thaliesin ('The Dialogue of Myrddin and Taliesin'); three others occurring in later MS: Cyfoesi Myrddin a Gwenddydd ei Chwaer ('The Conversation of Myrddin and his Sister Gwenddydd'); Gwasgargerdd fyrddin yn y Bedd ('The confused Song of Myrddin in the Grave'); and Peirian Faban ('Commanding Youth').
    In most of these poems the prophet Myrddin is a former ruler turned to a Wild Man (Myrddin Wyllt) living in the "Caledonian Forest" (Coed Celyddon) where he fled after he lost his reason in the battle of Arfderydd (Arthuret near Carlisle, 573).
  • Like figures come forth in Scottish (a 1147 Latin MS kept at the British Museum, "Vita S. Kentigerni") and Irish literature (manuscripts dating at the earliest from 1629) featuring a lonely madman, dwelling in the forest among the wild beasts whose language he knows. As a semi-animal, this man of the woods possesses a gift of prescience and foresight: Lailoken in Scotland and Suibne in Ireland (associated with Saint Ronan).
    This "Life" is preceded by two fragments known as "Vita Merlini silvestris" (1155) recounting "Kentigern's encounter with Lailoken" and the story of "Lailoken in Meldred's court". The word "Lailoken" appears in the above "Cyfoesi" poem in the phrase "I'm llallogan Fyrddin" (my twin Myrddin) pronounced by Merlin's sister, where "llallogan" is an endearing form of "llallawg" (brother).
    Some scholars suggest that the legend of Lailoken was transported to Dyfed in Wales to accommodate an alleged "etymology" of the place name Carmarthen (Caerfyrddin), Myrddin thus belonging in the same category of eponymous figures as the Hag Ahes and the Princess Galiana.
    (Astonishingly, the name Merlin appears only once in the works of Chrétien de Troyes (1130-ca. 1185) in spite of their large extent: it is in "Erec and Enide" where "white sterling" coins are mentioned as having been in use ever since the time of Merlin. This is also the first mention of the "Sterling" coin (as "esterlin").

    To these three Merlins (Myrddin, Lailoken, Suibne), the "Barzhaz" adds a fourth clone who goes in the latest editions by the name of Marzhin.

    A hero of Britain and Brittany
    The Britons who, yielding to the pressure of the Saxon invaders had settled in continental Armorica (known today as Brittany), maintained religious and cultural links with the Celtic dioceses and monasteries in Great Britain. Thus, the old literary traditions and the ancient legends evolved in rather the same way on both sides of the sea; and in particular the legend shrouded figures of King Arthur embodying the hopes of both Bretons and Britons and Marzhin-Myrddin, the lonely wizard of the woods who was to become the Merlin of the French medieval literature.
    A lot of Breton Lords of Armorica had accompanied William the Conqueror and were presented with fiefs in England. The bards, poets and genealogists who pertained to them recognized in the Welsh narratives a common tradition which they made popular in fitting it to the French taste.
    Many tales and songs circulating in Armorica attested to local encroachment of the Arthurian traditions. Pierre Jakez Helias quotes an excerpt from one of them, a song on Merlin's capture, in his preface to the collection "Récits et poèmes celtiques" published by "Stock Plus Moyen Age" in 1981:
    Ha kanomp bremañ, drin drelin,
    Paket eo Merlig, me gav din.
    O let us sing now, drin drelin,
    I am sure, we have caught Merlin.

    The Breton Merlin is also the red thread in the four songs of the "Barzhaz" published by La Villemarqué:
    Merlin in his cradle - Marzhin ene gavell (1867)
    Merlin the Seer - Marzhin divinour (1839)
    Merlin the Bard - Marzhin barzh (1839)
    Merlin's conversion - Distro Marzhin (1867)

    The son of a nun
    All literary traditions agree to consider Merlin as the son of a virgin.
  • The "Myvyrian Archaeologiae", quoted by La Villemarqué, name him "Ap-Lean", "The son of the nun". In the Latin "History of the Britons" by Nennius (9th century), Ambrosius is a fatherless child whose blood, according to the king's soothsayers should be shed into the foundations of a tower that he was trying to erect, but doggedly collapsed every evening. The same story is taken up again, three centuries later, in his "History of the Kings of Britain" by the Welshman Geoffrey of Monmouth who names "Merlin" the fatherless child, "also known as Ambrosius", so he says.
    Geoffrey not only identified Ambrose with the eponymous founder of Carmarthen; he added other elements: Merlin's involvement with the conception of Arthur and with the magic erection of the Stonehenge stones. He lets him also pronounce the long "Prophetiae Merlini", which were possibly ascribed by tradition to the Myrddin of Carmarthen.
  • But then he will present in his "Vita Merlini" (c. 1150) a completely different Merlin, an adult clearly identified with the Myrddhin of the above Welsh poems (the wylde man who live with animal companions in the Calidon forest, who became a lunatic after a battle, who converses with the poet-vaticinator Taliesin and interacts with the same protagonists, Gwenddolau, Rhydderch and Gwenddyd). Presumably Geoffrey became conversant with these traditions only after the completion of his "Historia"...
  • The boy's mother, the daughter to the King of Demetia (Dyfed), lived with other nuns in the church of the town that was to be named Kaermerdin (Carmarthen). She declares to the king: "Someone used to appear to me as a wonderful young man who would dwell with me for a while and vanished again before my eyes. Several times he fulfilled with me the carnal act in human shape, but he never returned to me once I was pregnant."
    The wise man Maugantius explains to the king that he had read in philosophy books that many a man was begotten that way:
    "As stated by Apuleus in his 'De Deo Socratis' (God of Socrates), spirits whom we name "demons incubi" dwell between earth and heaven; they partake in both human and angelic nature. When they choose, they assume human appearance and unite with women. Maybe it was one of them who sired the young boy."
  • These "daimones" pertain to the Platonician doctrine and are by no means devilish creatures. The late 12th century clerics Robert de Boron, as well as his countless literary offspring, are ill-advised when they make a "son of the devil" of a wight who is of heavenly descent. Robert de Boron tells us how a consistory of devils decided to counteract the Christ's coming and the ensuing dramatic decline of the number of damned souls by giving rise to an Antechrist and that's how an innocent virgin resulted with child.
    The author of "Merlin in his cradle", whoever he may be, evidently did not commit this error.

    Continuation of De Boron's work
    In de Boron's trilogy on the Grail legend (Estoire dou Grail, Merlin, Perceval) embodied in his 504 line verse and the prose version found in several ms, Merlin becomes the mentor of young king Arthur, divinely appointed to further mankind's obedience to God's will by initiating the quest for the holy Grail, the cup of the Last Supper. To the three supernatural elements above (Vortigern's fortress, Arthur's begetting, Stonehenge's edification) a new story is added: a magical sword firmly embedded by Merlin's sorcery in an anvil. Merlin tells Arthur of his tragic death before he returns to the nearby forest.
    In the early 13th century, two texts "Suite de Merlin" and "Estoire de Merlin" introduce a different ending: the maiden Viviane in which the old wizzard is infatuated imprisons him in an enchanted tomb, using his own magics.
    The "Estoire", along with four other volumes, "Estoire du Saint Graal", "Queste du Saint Graal", "Estoire de Lancelot" and "La Mort Artus" make up the "Vulgate cycle" in which Merlin continues to attract interest, until, in the c. 1470 English translation of the Vulgate, "La Morte d'Artur" by Thomas Malory, he becomes little more than an adviser. He is no more a seer or a sorcerer!

    Another Son of a Virgin
    This son of a virgin who, still lying in his cradle, speaks to justify his genitors and his mission, has an eminent predecessor: Jesus, in the Arabic Infancy Gospel (6th century). This apocryphal gospel, far from well known in Occident nowadays, states that Jesus spoke as a baby in the cradle, and said to his mother : "I am Jesus, the Son of God, the Logos, whom you have brought forth, as the angel Gabriel announced to you, and my Father has sent me for the salvation of the world."
    This passage, presented as a quote from (Flavius) Josephus (37-100), has a parallel in the Koran where Jesus, as a baby, gives a highly theological Muslim discourse (surah 19, 31-34): "I am indeed a servant of God: He has given me the Book and made me a prophet. And He has made me blessed wheresoever I be, and has enjoined on me Prayer and Charity as long as I live. He has made me kind to my mother, and not overbearing or miserable; So peace is on me the day I was born, the day that I die, and the day that I shall be raised up to life again!"
    As we know, the compilation of the Koran began ca 640.

    The inseminator bird
    In the present poem, the heavenly being approaches the girl in the shape of a bird. This appears to be a special feature of the Breton Merlin saga.
    I found it mentioned in "Mythologie celtique" (published by Jean Picollec, in 1981) by Yann Brekilien. This author also gives the name of the nun: Carmélis, whose adventure is in every way identical with that of the girl in the Merlin lullaby, but for the crystal house of the "duzig". (Her name also appears in the opera "Merlin" by Paul Ladmirault , 1877-1944, .composed between 1902 and 1909, as well as in the "Grandes Légendes de France" by Edouard Schuré, 1841-1929). She seeks advice from a holly hermit, Blaise. He tells her that she will give birth to the son of a "black wraith" and recommands her to christen him at once. Thus he shall escape from the Devil who has laid hold of him.
    Then the narrative is a verbatim copy of the Barzhaz, but for the child that is covered with hairs. But, in Brekilien's record too, the newborn boy has an extraordinary gift of the gab and, like an experienced lawyer, he takes the defence of his father whom he presents as a tutelary spirit of the Breton nation. The young mother ejaculates "What wonder (marzh) is this?", thus giving him his name: "Marzhin".
    It is self-evident that Yann Brekilien, when he wrote these lines, had the Barzhaz before him, but the few details in addition (Blaise, the baptism, the hairy baby...) hint at another source. From the same source did the political essayist Yves Le Febvre (1874-1959) derive his stuff when he detected in his "Essay on Breton thinking" (1918) a "Pelagian" tradition linking together the Breton Catholic intellectuals (The Briton Pelagius, 350-420, advocated a doctrine of his own concerning original sin). It ends with the revolutionary priest and philosopher Lammenais;
    "it begins with Carmélis, the Welsh nun and Merlin the Wizard, the son of the nun who resigned to her fate and of the rebellious Prince of Darkness". According to this author, Catholic Brittany is a Christian nation that remembers more or less precisely its heathen past.
    Unfortunately neither of La Villemarqué or Brékilien -or Le Febvre- quotes his sources.

    Bird-man Merlin
    We will see, in connection with the other Merlin poems that, by certain features, the wild man Merlin has similarities with a bird. The romance "Perceval" in the Modena and Didot MSS, as well as in the novel "Méraugis de Port-Lesguez" by Raoul de Haudenc (1170-1230) mention Merlin's "esplumoir" (from "plume", feather), maybe a coop where the Wondrous Fowl casts off its feathers and performs its moulting: consequently it is a regeneration place, where the Prophet who knows that he ill not die, will continue his prophesying until the end of the world, when he will enjoy "durable (=endless) joy". The French philologists Gaston Paris (1839-1903) in Romania 27 (1898) 309, Paul Meyer (1840-1917), Antoine Thomas (1857 -1935) and Ferdinand Lot (1866-1952), all agree that the only meaning assignable to the word, as it stands, is that of a "mew", a cage, or dark room, where falcons would be kept at the period of moulting (French: "muer"). "Mews", meaning a "lane", applied formerly to stables where such cages were kept.
    Merlin's metamorphosis into a bird reflects his rising to a level of consciousness to which lesser mortals are usually not allowed access.
    This Breton lullaby that makes of Merlin, as it were, the son of a bird, corroborates and makes coherent this interpretation. The song logically ranks among the tales of "wylde men", classified as N°502 in the Aarne-Thomson index system. In Lower Brittany the wild man is named Merlin, Merlig or Murlu. In the tale "Georgic and Merlin", the wild being living in the wood is not a man, but a bird. Once captured, Merlin is locked up in a cage and the king threatens to slaughter him. But the king's son opens up the cage... (see the song The wren).
    To explain the name "Merlinus" that was first used by Geoffrey, there's no need to assume, as is often asserted, that he wanted to adapt the Welsh bard Myrddin's name in a way that would not hurt French ears by shocking assonances. Furthermore, the word does not necessarily refer to a blackbird (merle), but to a small hawk known as a ... "merlin" in English and "émerillon" in French. Both words are in use in German as "Merlin" and "Schmerl", the modern form of Old German "smerlo" that evolved into Old French "esmerillon" of which "Merlin" is an endearing form.
    While referring to the feathers of the small hawk to which the « esplumoir” (mew) and the Breton “children’s” songs and tales possibly allude, we should point out this excerpt from “Narratives, tales and poems from the Middle Ages” by Albert Praud and Guy Raynaud de Lage (Belin, 1951):
    “The sparrow hawk was an object of ceaseless attention and solicitude. Besides the taming of the bird, attention had to be paid to its food, its bathing twice a week, its feet to be kept warm by a coat of feathers all the way down them, its moulting implying that its tail feathers be plucked in May and that the bird should be kept at certain times of the year in a cage known as a “mew”,…
    How unfortunate that La Villemarqué, instead of paraphrasing the text of the lullaby in his comments, did not give particulars as to the circumstances of its collecting! It is, however, highly improbable, in the light of the ideas set out above, that the song should have sprung from his head like Minerva in panoply.

    The translation of the present Merlin cycle
    Dr. Jean Lorrah and Ms. Lois Wickstrom, authors of children's and Science Fiction books have established a website full of sparkling wit and inventiveness, Nessie's Grotto.
    They are now working on a popular Ezine dealing with this topic which may be examined at Nessie and the Living Stone.
    In the page dedicated to Merlin who is said to have travelled through Scotland in ca 500 AD they state:
    "In other tales, Merlin is a wizard as well as a seer. His adventures are part of Celtic mythology."
    This assertion may be ascertained here!
    Lois Wickstrom was so kind as to contribute to the redaction of a singable English verse translation of these poems with apt suggestions and relevant remarks of which I would like to express my keen appreciation.



  • Extrait du Catholicon, dictionnaire breton-français-latin de 1464 : le mot 'Marzin' n'existe pas. Le mot 'marz' y est synonyme (tout un) de 'marvaill' (merveille)



    Bosenn Elliant  Merlin Seer - Devin