Morisetta Tefetaou

Mauricette Téfétaou

Texte recueilli par François-Marie Luzel

auprès de Marguerite Philippe.
Publié dans "Gwerzioù Breizh-Izel, tome II", page 288, en 1874

Calvaire de Mlle Jaffrezo à Melrand

Calvaire de Mlle Jaffrezo à Melrand

Mélodie
"Le marié enragé"
Collecté Par l'Abbé Cradoux, recteur de Croixanvec en juillet - août 1926.
Mélodie publiée par l'Abbé François Cadic,
dans la "Paroisse bretonne de Paris", en juillet août 1925.
Utilisée ici à titre d'illustration sonore.

Arrangement par Christian Souchon (c) 2012

MORISETTA TEFETAOU

I
1. Spered-Santel, roït ar c’hraz din,
Ha c’hwi iwez, Gwerc’hez Vari,
Da zisklaeriñ ur waleur erruet,
Horror am-eus ouzh hen lâred:

2. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
’Zo graet da Vorised Tefetaoù;
Euz-a Lokmaria oant o daou.

3. An den-mañ ’n-devoa ’vit micher
Marc’hadour-neud, kontreporter;
’Vit bezañ e vicher chañjet,
E oberoù-fall ’n chañje ket;

4. E oberoù-fall, e fallentezh,
Displije meurbed d’ar plac’h-se.
— 'Balamour ma ’z on kemener,
Az-peus dispriset va micher.

5. — Oh ! salv-ho-kraz, ’mezi, n’ ran ket,
Me n’ disprisan micher ebed,
Peb den honest ’zo oblijet
Da zougenn d’e vicher respet.

II
6. Un deiz, o vesañ deñved he zad,
Na devoa soñj nemet en-mad,
’C’h erruas ar maleüruz-mañ,
E grok-pouezer a oa gantañ:

7. — Bremañ-sonn te a gousañto,
Peotramañt me da lazho!
Morised a lâras dezhañ,
P’eñ klevas o komz er giz-mañ;

8. — Gwell’ eo ganin bezañ lazhet,
’Vit m’eo kousantiñ d’ar pec’hed:
Barzh-etre diouvrec’h ma Doue
’Lakaan ma virjinite!

9. Un tol-krok dezhi ’n-eus roët,
Hag en he gwad ’n-eus he beuzet;
D’he estomak ha d’he bisaj,
En ur poullad-gwad hi beuzas!

III
10. An Tetetaoù a lavare
Er gêr d’he vugale, p’errue:
— Petra ganeoc’h ’zo c’hoarvezhet?
Terrupl ho kavan kontristet.

11. — Allas! abred a-walc’h klevfet,
Kerkoulz ha ni oc’h glac’haret!
— Ma bugaligoù, d'in larit,
Ma merc’h Morised pelec’h eo aet?

12. — Ema duhont war an hent-braz,
En ur poullad-gwad he bisaj,
Lazhet gant ar fripon Gweganig,
An den libertin ha lubrik!

13. An Tefetaoù, p’hen eûs klevet,
War an hent-braz ’eo em rentet:
— Petra devoa graet ma merc’h dite,
'Met diwall’ euz da fallentezh?

14. Kriz ’r galon neb na ouelje,
War an hent-braz neb a vijé,
’Welet ’r gwad ’kouezhañ euz ar c’harr,
’Kas ar c’horf fidel d’ann douar!

15. War ar plas-se ma eo marvet,
Ur groaz nevez a so savet.
Teir flourdelis a zo ivez,
Da ziskouez he virjinite.

16. Pa ’c’h efet da zant Korpon benniget,
War vord an hent braz o gwelfet.

Kanet gant Marc’harit Fulup
MAURICETTE TEFETAOU

I
1. Esprit-Saint, donnez-moi la grâce,
Et vous aussi, Sainte Vierge,
De (pouvoir) publier un malheur qui est arrivé;
Je n’en parle qu’avec horreur!

2. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
(Un gwerz) fait à Mauricette Tefetaou;
Ils étaient tous les deux de Locmaria.

3. Cet homme était, de son métier
Marchand de fil, colporteur;
Pour avoir changé de métier,
Ses mauvaises actions il ne changeait point;

4. Ses mauvaises actions et sa méchanceté
Déplaisaient beaucoup à cette jeune fille.
— Parce que je suis tailleur,
Tu as du mépris pour mon métier.

5. — Excusez- moi, dit-elle, cela n’est pas,
Car je ne méprise aucun métier;
Chaque honnête homme doit
Porter respect à son métier.

II
6. Un jour qu’elle était à garder les moutons de son père,
Elle ne songeait qu’à bien,
Quand arriva ce misérable,
Tenant son croc à peser (le fil).

7. — Tu consentiras, à l’instant,
Ou je te tuerai !
Mauricette lui répondit
Quand elle l’entendit parler de la sorte:

8. — J’aime mieux être tuée
Que consentir au péché:
Entre les bras de mon Dieu
Je mets ma virginité!

9. Il lui donna un coup de son croc
Et la noya dans son sang;
(Il la frappa) à l’estomac et au visage,
Et la noya dans une mare de sang!

III
10. Le Téfétaou disait
A ses enfants, en arrivant à la maison:
— Que vous est-il arrivé?
Je vous trouve terriblement tristes!

11. — Hélas ! vous le saurez assez tôt,
Le malheur vous touche autant que nous!
— Mes petits enfants, dites-moi,
Ma fille Mauricette où est-elle allée?

12. — Elle est là-bas, sur le grand chemin,
Le visage dans une mare de sang,
Assassinée par le fripon Guéganic,
L’homme libertin et lubrique!

13. Quand Le Téfétaou entendit (cela),
Il se rendit sur le grand chemin:
— Que t’avait fait ma fille,
Si ce n’est se défendre contre ta méchanceté ?

14. Dur eût été de cœur celui qui n’eût pleuré.
S’il eût été sur le grand chemin.
En voyant le sang dégoutter de la charrette
Qui portait en terre le corps fidèle!

15. Sur le lieu où elle mourut
Une croix neuve a été érigée,
Trois fleurs de lys y sont aussi,
Comme emblème de sa virginité.

16. Quand vous irez à Saint-Corpon (1) le béni,
Vous les verrez sur le bord du grand chemin.

Chanté par Marguerite Philippe.

(1) Saint Corpon doit être une corruption. Je ne connais aucun saint de ce nom. — Cette pièce a quelque analogie avec celle qui se trouve dans le Barzas-Breiz, page 341 sons le titre de : « Le Crime ». M. De la Villemarqné l’a rattachée à la ballade de Iannig Skolan, à laquelle je la crois complètement étrangère.
MAURICETTE TEFETAOU

I
1. Holy Ghost, grant me the grace
And you, too, Virgin Mary,
To tell to the end a dreadful tale of woes,
However horrible it is to report!

2. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Committed againt Mauricette Tefetaoù;
Both her and her murderer lived in Locmaria.

3. This man was now, by trade,
A thread salesman, a hawker;
He might have changed his calling,
He did not change his vicious behaviour;

4. His vicious behaviour and his malice,
The girl disliked very much.
— It is because I am a tailor
That you despise me, because of my trade!

5. — With your leave, said she, by no means,
I despise no trade whatever,
Every honest man is obliged
To respect the calling he's engaged in. -

II
6. Once she was guarding her father's sheep,
And she didn't think ill of anyone,
When the villain turned up,
Holding a hook weight scale:

7. — You will consent to it now,
Or else I shall kill you! -
Mauricette told him,
When she heard him speak in that tone;

8. — I prefer to be killed,
Rather than consent to sin:
Into the hands of my God I entrust my life
And my untouched honour! -

9. He gave her a blow with his hook,
And she was drowned in the blood
Pouring down her stomach and face,
She was drowned in a pool of blood!

III
10. Father Tetetaoù said
To his children when he came home:
— What is the matter with you?
Why this air of dismay?

11. — Alas! You will hear of it soon enough,
And be filled with the same consternation!
— Children, tell me first,
Where has gone Mauricette? -

12. — Down there by the highway,
With her face in a pool of blood;
Killed by the rogue Guéganic,
The lecherous libertine! -

13. Father Tefetaoù, on hearing it,
Repaired to the highway:
— What had my daughter done you
Except foil your ugly attempts? -

14. Hard were the heart that had not cried,
Passing on the high-way, that day,
At the sight of the blood dripping from the cart
That carried the noble body to churchyard!

15. At the very place where she died,
A new crucifix was erected.
Adorned with three fleur-de-lys,
A symbol of maidenhood.

16. On your way to Saint Corpon sanctuary,
You won't fail to see it by the wayside.

Sung by Margaret Philip




François-Marie Luzel (1821 -1895)




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