Le Pardon de Saint-Fiacre

The Pardon of Saint-Fiacre

Dialecte de Cornouaille

  • Première publication dans le Barzhaz de 1839 (1ère édition).
  • La Villemarqué n'indique pas d'où il tient ce chant.
    La Table A, mentionne en page 4: "Pardon de Saint Fiacre": "inconnue".
  • Noté dans le 1er carnet de Keransquer, pp.69-73 sous le titre "Loisik Rawallek" et 2 lignes p.179 sous le même titre, "Loizik Rawalek". Le récit diffère sensiblement de celui du Barzhaz.
  • Autres versions:
    - La Villemarqué dans les "notes" du chant signale:
    . une "tradition" qui montre Maurice Ravallec à la recherche de son fils, à cheval suivi de son chien.
    . une "version différente de celle du poète" dans laquelle le corps est attaché par les assassins sur le dos d'une mule de saunier égarée. Celle-ci se débarrassa de son fardeau à la rivière puis revint chez son maître. Quand il apprit l'histoire de l'enfant assassiné, le maître vendit la mule à la foire, mais le soir elle était de retour. Il la vendit une seconde fois et elle revint encore... Bientôt il fut très riche. Chaque fois qu'il concluait une nouvelle vente, il murmurait entre ses dents: "Soyez en repos mon hôte , avant que la nuit soit close, ma mule sera devant ma porte."

    - Versions publiées dans des périodiques:
    . Héno, "Dihunamb" avril 1911, p. 237, "Loeizig er Rohalleg", beaucoup plus courte.

    - Versions manuscrites
    Donatien Laurent, dans la revue "Arts et traditions populaires", 1er trim. 1967, indique qu'il connaît 19 versions différentes de la gwerz, dont 14 recueillies par lui-même. Il cite en traduction française, outre celle publiée dans le Barzhaz de 1839:
    . Un manuscrit datant de 1835, qui n'est autre, à l'évidence et malgré le silence de l'auteur sur ce point, la version du manuscrit de Keransquer notée pp. 69 à 72.
    . Il cite des extraits de deux versions manuscrites recueillies par Y. Le Diberder avant la grande guerre;

    - Tradition orale recueillie récemment:
    . Ainsi que 4 versions collectées dans les années 1960, dont 2 en cornouaillais et 2 en vannetais, pour lesquelles il indique 4 mélodies apparentées entre elles:
    - "Loeizig er Rawalleg" (chantée par L.E. à Liéven en Priziac, novembre 1966);
    - "Loeizig ar Ravalleg" (chantée par M.H. à Langonnet, août 1963);
    - "Loeizig er Rawalleg" (chantée par J.M.B. à Kerhas en Priziac, juin 1965);
    - "Loeizig er Rawalleg" (chantée par M.G. à Saint Caradec en Kernascléden, 1965).
    . Un court poème sans mélodie est cité dans le même article, récité par J.P. né à Barlégant en Langonnet en 1890: 10 strophes. Incipit (vers. française): "J'ai reçu le nom de Loeizik Le Ravallec".
  • carte Langonnet -Le Faouët

    Secteur Langonnet -Le Faouët (tiré, ainsi que les photos noir-et-blanc ci-dessous, de l'article de Donatien Laurent dans "Arts et Traditions populaires". Les photos couleurs proviennent du site "Info-Bretagne").
  • First published in the first edition of the Barzhaz , in 1839
  • La Villemarqué does not mention his informer.
    On Table A, page 5, we read: "Pardon of Saint Fiacre": "an unknown woman".
  • Two records in the 1st Keransquer MS, pp. 69-73, under the title "Loisik Rawallek" and 2 lines on p. 179 also titled "Loizik Rawalek". The narrative is clearly different from the Barzhaz one.
  • Other versions:
    - La Villemarqué in his "Notes" to the song hints at:
    . a "Tradition" showing Maurice Ravallec in search of his son, on horseback, followed by his hound.
    . a "different version from our poet's" in which the murderers fasten the corpse on the back of the stray mule of a salt merchant. The mule rids herself of her burden in the river, then returns to her master's. When the latter heard of of the murdered boy he sold his mule at the next fair, but the same evening she was back. He sold her off once again and again she came back... Soon he was very rich. Whenever he did a deal, he would grumble to himself: "Don't worry, partner, before the close of the day, my mule will be on my threshold."

    - Versions published in periodicals:
    . Héno, "Dihunamb" April 1911, p.237, "Loeizig er Rohalleg", much shorter.

    - Manuscripts:
    Donatien Laurent, in a contribution to the journal "Arts et traditions populaires", first quarter 1967, claims to know 19 different versions of the gwerz, 14 of them collected by himself. He quotes in French translation (beside the Barzhaz version first printed in 1839):
    . A MS dating from 1835, which is, evidently (though not acknowledged by the author), the Keransquer MS version, as noted by La Villemarqué on pp.69 to 72.
    . He also quotes excerpts from two MS collected by Y. Le Diberder before WWI;

    - Recently collected oral tradition:
    . As well as four versions recently collected by himself, two in Cornouaille and two in Vannes dialect, for which four loosely related tunes are provided:
    - "Loeizig er Rawalleg" (sung by L.E. at Liéven near Priziac, November 1966); -
    "Loeizig ar Ravalleg" (sung by M.H. at Langonnet, August 1963);
    - "Loeizig er Rawalleg" (sung by J.M.B. at Kerhas near Priziac, June 1965);
    - "Loeizig er Rawalleg" (sung by M.G. at Saint-Caradec near Kernascléden, October 1965).
    . A short poem without a tune is recorded in the same article, sung by J.P. born at Barlégant near Langonnet in 1890: 10 stanzas. French incipit: "J'ai reçu le nom de Loeizik le Ravallec".


  • Mélodie - Tune N°1
    (Barzhaz: Mode dorien ou hypodorien)
    4 Mélodies apparentées - 3 Related Tunes
    (Mélodie du Barzhaz; mélodie M.B, Porzenhaie du Faouët; Mélodie Maurice Duhamel, Pont-Scorff; Mélodie J.-M. J. , Priziac;

    Mélodie - Tune N°2
    (Mélodie J.M., St-Tugdual)
    Arrangement moderne
    (Chanté et joué à l'accordéon par Régis Huiban)
    4 Mélodies apparentées
    (Les 4 mélodies collectées par D. Laurent en tant que "tradition orale récente" Cf. ci-dessus)

    Français English
    1. Approchez tous, jeunes gens,
    Vous aussi leurs aînés,
    Et vous entendrez un chant
    Qu'on vient de composer
    Sur un pauvre jeune homme,
    Paroissien de Langonnet,
    Qui de la main de ses propres
    Amis fut tué.

    2.- Venez avec nous, venez donc,
    Petit Louis Rozaoulet,
    Car nous allons au pardon
    De Saint-Fiacre, au Faouët.
    - Poursuivez votre route,
    Amis, je n'y puis aller:
    Je fais mes Pâques avec le
    Recteur de Langonnet.

    3.- Bonjour à vous, père Maurice,
    Marie Fraoé, bonjour.
    Autorisez votre fils
    A venir avec nous!
    Qu'au pardon il nous suive,
    Permettez-lui, s'il vous plaît,
    Voir l'offrande du bouquet
    Au recteur du Faouët.

    4.- Allez, allez, jeunes gens,
    Prenez-le avec vous.
    Oui, mais qu'avant le couchant
    Il soit rentré chez nous.
    Bien sûr, père Maurice,
    Faites-nous confiance pour.
    Qu'avant qu'il ne fasse nuit,
    Nous soyons de retour. -

    5. Quand fut achevé le prêche,
    La grand messe finie
    - Viens avec nous, Rozaoulet
    Nous allons à Kerly,
    Souper chez ma marraine,
    Qui nous a conviés, lundi.
    - Allez-y seuls, allez-y!
    Mais moi je reste ici.

    6. Allez-y seuls, allez-y!
    Mais moi je vais rester.
    Car si je rentrais trop tard,
    Je me ferais gronder. -
    Tant et tant ils insistent
    Que par céder il finit.
    Le petit Louis Rozaoulet
    Les suivit à Kerly.

    II

    7. Un coin de table, à Kerly,
    Où pleurait petit Louis:
    - Seigneur Dieu, viens à mon aide!
    Qu'ai-je donc fait, maudit?
    Seigneur, viens à mon aide!
    Qu'ai-je fait, maudit traînard?
    J'espérais rentrer à temps,
    Voilà qu'il se fait tard!

    8.- Taisez-vous, taisez-vous, Louis,
    Cessez de pleurnicher!
    Trois hommes pour compagnie
    Vous gardent du danger. -
    Mais au coin de la table,
    Tout triste, Louis pleurait:
    - Seigneur Dieu, doux Jésus!
    Qu'ai-je fait, Qu'ai-je fait? -

    9. En revenant ils trouvèrent,
    Courant sur le chemin,
    Marianne, près du calvaire,
    Qui recherchait les siens.
    Elle était restée seule.
    Ils lui dirent: - Cher trésor,
    Arrêtez, chère petite,
    Ne courez pas si fort. -

    10. Près de la croix de Penfel,
    Marianne de Langonnet
    Qui aimait Louis comme un frère
    Et en était aimée.
    Lorsqu'ils étaient en langes
    Ils eurent même berceau,
    Souvent à la même table
    Ils furent commensaux.

    11. Et Marianne qui les voit,
    Est saisie de frayeur.
    Vite, elle court vers la croix,
    En criant, tout en pleurs.
    Et la croix elle embrasse
    De ses pauvres petits bras.
    - Petit Louis, à mon secours!
    Je suis perdue, hélas!

    12. - Oh, quelle horreur, mes amis,
    Ce serait un péché.
    De commettre une infamie
    Je dois vous empêcher.
    Sans subir vos outrages,
    Qu'elle passe son chemin.
    Sinon vous serez châtiés
    Par Dieu, sachez-le bien!

    13. - Quelle mouche t'a piqué,
    Champion de la vertu? -
    Eux de saisir son gilet,
    Tandis qu'elle s'en fut,.
    Mais eux de le poursuivre
    Comme trois loups affamés:
    - C'est ici, mon cher ami,
    Que tu vas expirer.

    14. - Conduisez-moi jusqu'à Skeul,
    Jusque chez mes parents,
    Je vous pardonnerai tout
    De bon cœur, franchement..
    - Dis adieu à ta mère
    Et à ceux que tu voudras,
    Car à Skeul tu ne prendras.
    Jamais plus un repas.

    15.- Puisqu'il faut donc que je meure,
    Mes amis, enlevez,
    La tresse de Sainte-Barbe,
    Dans mes habits cachée.
    Ôtez cette couronne
    Qui devait me protéger.
    Et sii Dieu l'a décidé,
    Ensuite je mourrai. -

    16. Et quand ils l'eurent tué,
    Le traînant par les pieds,
    Ils vont jusqu'au bord de la
    Rivière du Faouët.
    A la grande rivière
    Qui traverse le Faouët
    Puis, quand ils sont arrivés
    A l'eau, ils l'ont jeté.

    III

    17.Le vieux Maurice et sa femme
    Pleuraient amèrement.
    Cherchant en proie aux alarmes
    Petit Louis, leur enfant.
    - Taisez-vous donc, Maurice,
    Et ne pleurez donc point tant,
    Sous peu sera retrouvé
    Louis certainement. -

    18. Et quiconque eût été là
    Eût le cœur bien navré,
    En voyant Louis Rozaoulet
    Etendu sur le pré:
    Cette pauvre victime
    Qui gisait dans la prairie,
    Avec ses longs cheveux blonds
    Epars autour de lui;

    19. Quiconque aurait été là
    Aurait été navré,
    En voyant ce pauvre enfant
    Etendu sur le pré;
    Il n'y avait ni père,
    Mère, parent, ni ami
    Pour le relever, hormis
    Le recteur de son pays.

    20.Le recteur de Langonnet
    Versait des pleurs amers.
    - Adieu, cher Louis Rozaoulet;
    Tu vas aller en terre.
    Toi que dans mon église
    De Langonnet j'attendais,
    Te voilà donc enterré
    Avec ceux du Faouët.

    21. Habitants de Langonnet,
    Quand vous viendrez ici,
    Allez donc dire un Pater
    Sur la tombe de Louis;
    Un Pater sur la tombe
    Du pauvre Louis Rozaoulet,
    Qui de la main de ses propres
    Amis fut tué.

    Traduction Christian Souchon (c) 2007
    1. Come nearer, all, young and old,
    Come nearer, all of you
    And you shall hear a ballad
    Edifying and new,
    Which was made on a young man
    From the town Langonnet.
    Who was doomed to loose his life
    By the hand of his friends.

    2. - Come, come with us, O come on,
    My friend, Louis Rozaoulet!
    We're going to the pardon
    Of Saint Fiacre in Faouet.
    - Go you there if you like
    But, as for me, I will stay.
    To do my Easter duties
    In my town Langonnet.

    3. - Good day to you, father Maurice,
    To you, Mary Fraoé!
    Allow your son to come with us
    He won't be long away.
    Allow him to come with us
    To the pardon, to see
    The bunch of flowers offered to
    The parson of Faouet.

    4. - All right, all right, young people,
    With you he may well go
    . But, mind, before the night falls
    He must needs be back home.
    - Rely on us for that.
    Nothing to worry about!
    Before the night has fallen
    We'll be back and no doubt.

    5. And when the preaching, the mass
    Were over, they have told:
    - Now, come to Kerly with us
    To supper at my god-
    Mother's who has invited
    Us last Sunday, for dinner.
    - Go, you alone, if you want
    But I'll go no farther.

    6. If you want, go you alone, .
    I stay here, as for me,
    Or I shall be late back home
    And scolded I shall be.
    But they were so insistent
    That at last he's given in
    And little Louis Rozaoulet
    Followed them to Kerly.

    II

    7. Sitting at table alone
    Louis Raoualet, at Kerly,
    Cried: -My God, what have I done?
    Only You can save me.
    O my God, what have I done?
    No one but You can help me
    I'd sworn to be back in time
    Now I will with delay.

    8. - Be quiet, be quiet, little Louis,
    Be quiet, and don't worry.
    There are three men coming with you.
    So, don't feel uneasy! -
    Louis Raoualet sadly cried:
    In a corner all alone
    - O my Lord, o my Jesus,
    My God, what have I done? -

    9. But as they are returning,
    Near the cross by the way,
    The have encountered Marianne
    Running as fast as she may.
    She has strayed from her parents
    And now she is all alone:
    - Stop, my dear little woman!
    So quickly do not run! -

    10. Marianne from Langonnet,
    Near the Cross of Penfel,
    Whom Louis did love so much
    And she loved him as well.
    In the same cradle they had
    Laid as they were small babies.
    And facing each other sat
    At table frequently.

    11. The lass who was all in tears
    And quivering with fear
    Suddenly rushed to the cross
    With loud screams of despair.
    And with her two arms she grasped
    And hugged the cross with candour:
    - Dear Louis, come and help me
    Or else I am done for.

    12. - What ignominious, my friends,
    A sin, it seems to me!
    What you intend is big sin,
    Therefore it shall not be!
    So, please, let her go her way,
    And do not her any harm,
    Or else you shall be chastised
    By our Lord for this crime.

    13. What has the deuce pegged on you
    Knight of the girls at bay?
    Now they catch him by his coat
    And let her sneak away.
    Now they are hot on his heels
    As if they were furious wolves:
    - Here is the place, my poor friend,
    Where from life you must leave.

    14. - If you care to carry me
    To our Skeul house in a cart
    I shall pardon you all from
    The bottom of my heart.
    - Say good bye to your mother,
    Or to whoever you choose,
    Never shall you eat a crumb
    At Skeul: it is no use.

    15. - My friends, if I am to die
    And if my fate is sealed,
    Remove the crown of Saint Barb
    That 's in my garb concealed.
    Remove the crown of Saint Barb
    That is in my garb concealed.
    And then I accept to die
    If such is my God's will.

    16. And after they had killed him,
    They have dragged him away.
    They have dragged him by the feet
    To the brook of Faouet.
    They've dragged him by the feet,
    To the river of Faouet.
    And when they reached the river,
    They threw him into it.

    III

    17. Old Maurice and all his kin
    Were crying in despair,
    Wondering where on earth
    Louis had disappeared:
    - Be quiet, Maurice Raoualet,
    Don't you cry and keep quiet!
    It will not be long until
    Your son home will come back!

    18. Whoever would have been near
    Would have felt deep heartbreak,
    Seeing Louis Raoualet
    In the mead on his back
    Seeing the poor lad dead
    In the meadow on his back,
    With his long fair hair spread
    Over his closed eyes.

    19. Whoever would have been near
    Would have felt deep heartbreak,
    On seeing the poor lad dead
    In the mead on his back.
    Neither father, nor mother
    Neither parent, nor friend
    Came to collect him but the
    Parson of Langonnet.

    20. The Langonnet parson said
    And he cried bitterly:
    - You're on your way to the dead.
    Farewell, dear little Louis.
    I awaited you today
    In the church of Langonnet.
    And now you will be buried
    Near the church of Faouet.

    21. I beg you, folks of Langonnet,
    If you go to Faouet
    Don't fail to pray on his grave.
    For Louis Raoualet
    Say a Pater for him,
    For poor Louis Raoualet
    Who was doomed to loose his life
    By the hand of his friends.

    Transl. Christian Souchon (c) 2007




    brezhoneg
    Vers les textes bretons - To Breton texts


    Résumé
    Statue de Saint-Fiacre au Faouet Une lamentable histoire: Le jeune Louis Rozaoulet (ou Raoualet ou Le Ravallec) accompagne d'autres jeunes gens au Pardon de Saint-Fiacre, patron des jardiniers, au Faouet. Cette fête est célèbre dans tout le pays pour la bénédiction de l'énorme bouquet de fleurs qu'on offre au saint en présence de nombreux pèlerins. Il se laisse entraîner par eux à un souper fin, à Kerly, qui se prolonge tard dans la soirée.
    Au retour ses trois compagnons agressent Marianne, la promise de Louis que le hasard met sur leur chemin, près de la croix de Penfel. Celle-ci avait été fiancée à Louis, le jour de leurs naissances et placés par leurs mères dans le même berceau, selon une ancienne tradition bretonne.
    Ils tuent le pauvre Louis qui essayait de la défendre.

    Louis ne mourut pas sur le champ, protégé qu'il était par une
    couronne de Saint Barbe, une amulette qui avait cette vertu, d'autant que Sainte Barbe faisait l'objet d'un culte local.

    Ce chant est désigné dans le texte breton de La Villemarqué (non dans son manuscrit où il est question de "gwerz"[enn]) comme étant une "kentel", une "leçon". On peut se demander quelle morale on doit en tirer!

    Le manuscrit de Keransquer
    Il apparaît que La Villemarqué a eu au moins une autre source que celle qu'on retrouve dans le cahier de Keransquer d'où sont absentes les strophes 9 à 13 qui relatent l'attaque de Marianne par les amis de Louis.
    Ces faits sont mentionnés, entre autres, dans la version vannetaise de la gwerz publiée en 1910 dans la revue "Dihunamb!":
    9. En or zont ga' kroéz Penfel betag kroézig an hent.
    Héoñ 'vèlè Mariannig a rédé kénañ-kén.
    Kollet ganti sud ha lésket hi heunan:
    - Arrêtet, Mariannig, ha ni ket ré vuhan! -

    10. En or zont ga' kroéz Penfèl, Marian Langonnet,
    Ha hi a garé Loeizig, Loeiz gare 'nei kernet.
    E-barz er mêmes kèvell p'oant bihan oant laket
    Tal ha tal doh'r mêmes tol alies é oant bet.

    11. Ha pe oa erro 'tal kroéz Penfel, nezen,
    Pe nés gwélet er re-ze, hi nés gouiet wah!
    Ha hi 'zavè hi daouarn dirèg ar groaz:
    - Otrou Doue d'em zikouret, mé 'zo kollet henoaz!...
    9. En arrivant à la croix de Penfel
    Ils ont vu Marianne qui courait éperdument.
    Elle avait perdu ses parents et était toute seule:
    - Arrêtez-vous, nous ne sommes pas aussi rapides.

    10. Ils virent Marianne de Langonnet.
    Elle aimait Louis et en était aimée de retour.
    Dans le même berceau on les avait mis tout petits.
    Souvent ils étaient face à face à table.

    11. Puis quand elle fut près de la croix
    Et qu'elle vit ces gens-là, elle devina son malheur!
    Elle éleva les bras devant la croix:
    - Seigneur Dieu, aidez-moi, ou je serai perdue ce soir...

    Le poète qu'était La Villemarqué ne s'est pas soucié de déterminer avec précision les faits réels qui ont inspiré l'auteur de cette gwerz.
    Il a préféré consacrer l'"Argument" à deux coutumes, celle des "fiançailles au berceau" que, dit-il, la Bretagne et la Hongrie ont en commun; et celle du "bouquet de Saint-Fiacre" qui "cultiva les fleurs de la terre et les vertus du ciel", que l'on remet au curé pour qu'il le bénisse, lors du pardon organisé dans la paroisse du même nom (à quelques km au sud du Faouët).
    Quant aux "Notes" elles ont trait au récit traditionnel de la recherche du corps et à une autre version de la gwerz relatant le "miracle de la mule" lié à cette histoire (cf. ci-dessus "autres versions").

    La gwerz, mémoire d'un peuple
    Or, il se trouve que, même si les recherches effectuées par l'archiviste du Morbihan à la demande de Francis Gourvil étaient restées vaines, on a finalement retrouvé les pièces clés de l'enquête criminelle ordonnée pour arrêter les meurtriers du jeune garçon: procès-verbal de la levée du corps et récit des divers interrogatoires.
    Il revient à Donatien Laurent d'avoir publié dans le numéro du 1er trimestre 1967 de la Revue "Arts et traditions populaires" des Presses Universitaires de France un article de 60 pages consacré à "La Gwerz de Louis Le Ravallec".
    Il y explore la tradition orale telle qu'elle existait encore dans les années 1960 et divers fonds d'archives qui lui ont donné accès au volumineux dossier de procédure criminelle qui se déroula entre 1732 et 1736, sans parvenir à élucider cette affaire qui se termina par un non-lieu.
    Il interrogea sur les lieux mêmes une cinquantaine de personnes capables de chanter différentes versions de la gwerz ou de fournir des informations sur les faits qui y ont donné naissance. Il a pu mettre en lumière le rôle étonnant du texte chanté dans la conservation de données transmises oralement. Celles-ci l'emportent en précision sur les documents écrits du 18ème siècle. On doit ce "miracle" aux spécificités de la "gwerz":
  • Ce sont de longues chansons tragiques inspirées de faits réels ou considérés comme tels.
  • Elles mettent en scène des personnages clairement identifiés dans un cadre connu des auditeurs, tout au moins à l'époque où elles sont composées: Louis Le Ravallec du hameau de Port-Skeul, Marianne de Langonnet, le 13 avril 1732, le dimanche de Pâques, la ferme de Kerly du Faouët, la croix de Penfel. Tous ces détails concrets sont à mettre en regard des chants populaires de langue française où les héros sont anonymes -"une tant belle fille, un petit cordonnier..."-, et la situation universelle, - "aux marches du palais, à la claire fontaine...".
  • La forme versifiée permet la transmission de ces informations sur plusieurs siècles en limitant les fantaisies personnelles des interprètes successifs, bien que les changements qui affectent les rimes ne soient pas rares.
  • De ce fait, comme l'écrit La Villemarqué, p. XLV de l'Introduction au Barzhaz de 1867, "les chants populaires de Bretagne [renseignent sur les] époques où vécurent les personnages qu'ils mentionnent et où eurent cours les sentiments, les mœurs et les idées qu'ils nous font connaître", plus qu'ils témoignent de l'époque où les transcripteurs les ont relevés.

    L'enquête de Donatien Laurent
    Les faits mis en lumière par l'étude de cet important procès criminel (44 témoins entendus) par Donatien Laurent ainsi que par son enquête de terrain, dans les années 1960, sont essentiellement les suivants:
  • On découvrit le 26 avril 1732, un corps dans l'Ellé au moulin de Barrégan, celui de Louis Le Ravallec disparu depuis douze jours. Son père pour éviter des frais de procédure ne vint pas reconnaître le corps, bien qu'il ait été convoqué trois fois.
  • Le chirurgien légiste prétendit n'avoir relevé aucune plaie, au contraire d'une filandière, Anne Le Piouff qui l'aida à nettoyer le corps et déclara 3 ans plus tard avoir vu les blessures provenant de deux coups de couteaux.
    D'autres faits sont invoqués par le père de la victime, Maurice Le Ravallec: Yves Broustal avait invité son fils à dîner chez lui à Kerly, au retour du pardon de Saint-Fiacre du Faouët. Un témoin, Laurent Rousseau, avait entendu son fils crier près de la croix de Penfel et demander la protection de Sainte Barbe, puis appeler "Thomas!", tandis qu'un homme s'enfuyait sur le grand chemin.
    Les juges du Faouët placés sous la juridiction du procureur fiscal de Gourin, René Gabriel Borré, entendirent Yves Broustal et Noël Le Houarner de Langonnet, avec qui Louis avait quitté Kerly, une demi-heure avant le coucher du soleil. Noël déclara qu'ils étaient également passés boire du cidre chez Charles Troboul à Kerly, mais "n'avoir pas connaissance que le défunt eût eu querelle avec qui que ce soit."
    Dans une requête adressée au Parlement de Rennes, le 23 juillet 1733, Maurice accuse les juges du Faouët d'être "dévoués et prévenus en faveur des assassins". Le crime aurait été commis près de la croix de Sainte Barbe, le corps aurait été caché dans un tas de fumier, puis jeté dix jour plus tard dans la rivière de Barrégan. Un frère de Noël accompagné d'un certain Michel Guillemot était venu offrir à Maurice de l'argent contre son silence.
    La mauvaise volonté des juges du Faouet pour instruire cette affaire conduisit Maurice à faire dessaisir la juridiction de Gourin au profit de celle d'Hennebont, en janvier 1734: Noël Le Houarner, d'abord inculpé, est acquitté mais condamné aux dépens, tout comme le sont, le 29 août 1736, les autres accusés Laurent Rousseau, Michel Guillemot, Yves et Jean Le Houarner. Au total, la longue procédure n'apporte pas la moindre lumière sur cette affaire.
  • La tradition orale de la région autour de Langonnet et du Faouët offre une interprétation des faits cohérente:
    Invité par des amis à venir au pardon de Saint-Fiacre au Faouët, assister à la remise du bouquet par le recteur, Louis accepte, avec réticence, à aller ensuite chez sa marraine à Kerly où l'attend son amie Marianne, dont les pièces du procès ne parlent pas. A la croix de Penfel, ils croisent Marianne que les trois compagnons de Louis se mettent à poursuivre. Ce dernier voulut la défendre et ils l'ont tué puis caché dans un tas de feuilles pourries...
    D'autres informateurs savent que la jeune fille s'appelait en réalité Louise Troboul, comme il était dit dans une chanson:

    "Deuit ganeomp-ni d'ar pardon da Zant Fiakr er Faouet.
    C'hwi a weley Loeiza Troboul hag ho muia karet."
    (venez avec nous au pardon de Saint-Fiacre au Faouët
    Vous y verrez Louise Troboul, votre bien-aimée.)

    M. Donatien Laurent vérifia l'existence dans les registres de l'Etat civil d'un Charles Troboul dont le sœur Louise âgée de 20 ans en 1732, mourut en 1736. Charles avait aussi un frère prénommé Thomas habitant Kerroch entre Penfel et Langonnet: le nom appelé par Louis à Penfel.
  • Le rôle de la "fille Troboul" (merc'h an Troboul) semble bien trouble. Quelqu'un avait entendu les anciens raconter que "c'était la fille qui avait monté le coup pour se débarrasser de Louis le Ravallec ... qu'elle trouvait trop catholique". Elle aurait monté ce guet-apens "avec son nouvel amoureux", ou "ses trois nouveaux amoureux", selon une autre informatrice née au Faouët en 1906.
    Pourquoi les documents de procédure n'en parlent-ils pas?
    Les riches Troboul de Kerly avaient l'habitude, depuis des générations, de rechercher pour leurs enfants de puissants parrains: Marguerite Troboul, née en 1730, avait pour parrain Jacques Borré, le fils et substitut du Procureur fiscal chargé d'instruire le procès. C'est à ce dernier que Maurice le Ravallec impute les lenteurs du procès et c'est lui qu'il accuse d'être incapable de faire la lumière.

    Les quatre types de gwerzioù
    Statue de Saint Barbe, près de l'ancienne Croix de Penfel Les éléments surnaturels de cette histoire, la couronne de Sainte-Barbe, la préscience qu'a Louis de sa mort, son bras qui surgit du tas de feuilles pourries, le couteau qui saigne pour désigner les coupables ont contribué à entretenir le souvenir de ces événements dans 4 catégories de gwerzioù mettant chacune l'accent sur un aspect particulier du récit: la jalousie mobile du meurtre et le complot des camarades vexés; l'esprit chevaleresque du héros lors de la rencontre à Penfel; la dispute à Kerly dont le motif apparaît quand Louis rend responsable de sa mort "une jeune fille de basse condition"; la trahison des camarades qui tout au long du chant répètent "nous sommes trois camarades fidèles".
    Dans ce dernier type, et comme dans la chanson française "La Pernette", Louis fait part à son père de ses dernières volontés:

    "Je veux être enterré au milieu du cimetière de Langonnet
    Et qu'on me mette dans une belle tombe face au porche
    Pour que tous les gens disent: La tombe de Louis le Ravallec
    Qui fut tué dimanche au soir par ses camarades
    A cause d'une jeune fille de 18 ans qu'ils aimaient tous les trois
    Et les jeunes soldats allant à l'armée viendront prier sur sa tombe."

    M. Laurent impute la diversification en 4 branches d'une œuvre unique probable à des "réfecteurs":
  • Ils sont intervenus à une époque ancienne puisque leur œuvre est visible dans le Barzhaz de 1839 (un recteur ou un lettré qui voulait "moraliser" l'histoire en faisant de Louis un dévôt obéissant à ses parents, en gommant la tentative de viol...): version 1
  • Les détails des versions 2 témoignent de l'intérêt et de la curiosité pour cette mystérieuse affaire
  • les versions de type 3 résultent d'une réfection récente (nouvelle mélodie) qui va de pair avec la simplification ou de la typification et le raccourcissement du texte (éloignement dans le temps).
  • les versions de type 4 transmises dans un milieu exogène sont allégées de précisions superflues: éloignement dans l'espace.Ce n'est pas tant l'événement particulier qui intéresse, qu'une histoire émouvante que l'on sait "vraie".
  • Résumé
    Eglise de Saint-Fiacre au Faouet A woeful story: Young Louis Rozaoulet (or Raoualet or Le Ravallec) accompanies other youths to the Pardon of Saint Fiacre, Saint patron of the gardeners, in Faouet. This festival is famous throughout the district, as it includes a blessing ceremony of an enormous bunch of flowers offered the Saint in presence of many pilgrims. The boy is induced by his friends to carouse, until late in the evening, in Kerly.
    On their way back home these three fellows attack Marianne whom bad luck had led to the Penfel Cross. She had been betrothed to Louis, the very day of their births, when they were laid by their mothers into the same cradle in compliance with an old Breton tradition.
    They kill poor Louis as he tried to defend her.
    Louis did not die at once, since he wore
    Saint Barb (=Barbara)'s crown, an amulet against death, Saint Barbara being much honoured locally.
    In La Villemarqué's printed Breton text (but not in his manuscript that uses the singulative word "gwerz[enn]"), this ballad is called a "kentel": a lecture. But the "morale" of it is far from evident!

    The Keransquer MS
    It appears that La Villemarqué drew on at least one other source than the song recorded in the first Keransquer copybook where stanzas 9 with 13 are missing: they recount the assault on Marianne by Louis' "friends".
    These elements are to be found, for instance, in the Vannes dialect version published in 1910 by the periodical "Dihunamb!":

    9. En or zont ga' kroéz Penfel betag kroézig an hent.
    Héoñ 'vèlè Mariannig a rédé kénañ-kén.
    Kollet ganti sud ha lésket hi heunan:
    - Arrêtet, Mariannig, ha ni ket ré vuhan! -

    10. En or zont ga' kroéz Penfèl, Marian Langonnet,
    Ha hi a garé Loeizig, Loeiz gare 'nei kernet.
    E-barz er mêmes kèvell p'oant bihan oant laket
    Tal ha tal doh'r mêmes tol alies é oant bet.

    11. Ha pe oa erro 'tal kroéz Penfel, nezen,
    Pe nés gwélet er re-ze, hi nés gouiet wah!
    Ha hi 'zavè hi daouarn dirèg ar groaz:
    - Otrou Doue d'em zikouret, mé 'zo kollet henoaz!...
    9. On arriving near Penfel cross
    They spied Marianne who ran at full speed.
    She had strayed from her parents and was all alone:
    - Stop, we aren't as quick as you are.

    10. They saw Marianne from Langonnet.
    She loved Louis and he loved her.
    In the same cradle they had laid, as babies.
    And sat often at table opposite each other.

    11. When she reached the cross
    And saw these men, she guessed their intentions!
    She raised her arms before the cross:
    - O Lord my God, help me, or I am done for now...

    As a true poet, La Villemarqué did not bother to ascertain the accuracy of the facts that inspired this ballad.
    He preferred to comment in his "Argument" two traditions:
    - the so-called "cradle betrothal" which is, so he writes, customary both in Brittany and Hungary.
    - the bunch of flowers for Saint Fiacre who "tilled the land for flowers and heaven for virtues". During the (indulgence bringing) "Pardon" feast at parish Saint Fiacre (two km south of Le Faouet), the grand bouquet is presented for blessing by the vicar.
    In the "Notes", La Villemarqué discusses an oral account of how old Maurice Le Ravallec searched for his son. He also mentions another version of the "gwerz" recounting the "miracle of the mule" in connection with this story (see "other versions" above).

    The "Gwerz" as an embodiment of the people's memory
    Now it so happened that, though the investigations carried out by the Archivist in Chief of the département Morbihan upon request of Francis Gourvil had failed to succeed, the main records of the criminal proceedings with a view to arresting the murderer(s) of the young boy had been preserved, concerning, in particular, the corpse identification and the many cross-examinations.
    We are indebted to Donatien Laurent for publishing, in the 1st quarter 1967 issue of the periodical "Arts et Traditions Populaires" printed by the "Presses Universitaires de France", a 60 page article on the "Gwerz of Louis Le Ravallec" .
    In this study, he investigates what was still extant in the 1960ies of the local oral tradition, as well as various archives that gave him access to the voluminous criminal file covering the period 1732 -1736, though the affair was not solved and a non-suit was directed.
    He could interview some fifty people who were still able either to sing a version of the gwerz or to deliver relevant information on the event on which the ballad draws. He thus highlighted the astonishing part played by the ballad, as an oral vehicle, in memorizing events of the past. It may even outdo in accuracy the written records from the 18th century. Specific features of the "gwerz" account for this "miracle":
  • They are lengthy pieces, mostly tragic ballads inspired by, at least allegedly, actual events.
  • They stage precisely identified characters in well-known surroundings, at least at the time when they were composed: Louis Le Ravallec from the hamlet of Port-Skeul, Marianne from Langonnet, on 13th April 1732, an Easter Sunday, the Kerly estate near Le Faouet, the Crucifix of Penfel. A striking contrast with the French language folk songs where heroes are anonymous -"a so pretty girl, a little cobbler..."-, acting in all-purpose surroundings: "on the stairway to the palace", "By the clear fountain...".
  • Its being put into verse makes information more easily conveyed over centuries as it sets limits to the fancy of the successive singers, though changes even in the rhymes often occurred.
  • Therefore, as stated by La Villemarqué on page XLV of his "Introduction" to the 1867 edition of the Barzhaz: "Lower Brittany's folk songs give an account of the time their heroes lived in, of their feelings, their way of life, their mentality, rather than of the time when they were committed to writing.

    An enquiry by Donatien Laurent
    The enquiry made in the 1960ies by Donatien Laurent into records of the long criminal proceedings (44 witnesses were heard), as well as the local oral tradition highlighted prominently the following facts:
  • On 26 April 1732 a body was discovered at Barrégan Mill floating in the Ellé river, that of Louis Le Ravallec who had been missing for twelve days. His father, in order to spare judicial fees, did not attend the forensic identification of the corpse, though he was summoned three times to come.
  • The forensic surgeon asserted that he noticed no wound, unlike a spinner woman, Anne Le Piouff, who helped him to cleanse the body and stated, three years later, that she saw traces of injuries caused by two knife stabs.
    Other facts are alleged by the victim's father, Maurice Le Ravallec,: a named Yves Broustal had asked his son to dine with him at Kerly, on his way back from Saint-Fiacre-du-Faouët pardon feast. A nmed Laurent Rousseau witnessed that he heard his son cry near the Penfel Cross, imploring Saint Barbara's protection, then calling "Thomas", while an unknown man was running off down the highway.
    The Le Faouët judges who came within the jurisdiction of the Gourin Crown Attorney René-Gabriel Borré interrogated Yves Broustal and Noël Le Houarner of Langonnet, with whom Louis had left Kerly, half an hour before nightfall. Noël admitted that the two of them also popped in at Charles Troboul's at Kerly to drink cider, but "was not aware of a quarrel between his dead mate and anybody whomsoever."
    In a petition addressed to the Parliament of Rennes on 23rd July 1733, Maurice charges the Faouët judges with "bias and prejudice towards the murderers". He stated that the crime was committed near Saint-Barbara's Cross at Penfel, the body was hidden in a manure heap until it was thrown into the river at Barrégan Mills, ten days later. One of Noël's brothers and a named Michel Guillemot had tried to bribe Maurice to make him keep silent.
    The Faouët judges' reluctance to investigate the case prompted Maurice to have it removed from the Gourin jurisdiction and forwarded to the Hennebont judges in January 1734. Noël Le Houarner was indicted but eventually acquitted, though ordered to pay costs, as were, on 29th August 1736 the other defendants Laurent Rousseau, Michel Guillemot, Yves and Jean Le Houarner. These long proceedings did not shed any light on the case.
  • Local oral tradition in the Langonnet-Le Faouët area provides an interpretation which makes sense: After he was asked by some friends to go with them to the Saint-Fiacre pardon feast, south of Le Faouët, and see the traditional bouquet being offered by gardeners to the vicar, in the Saint's stead, Louis accepted reluctantly to follow them to Kerly where his fiancée Marianne, ignored by the judicial records, awaits him at his godmother's house. Near the Cross of Penfel they encountered Marianne whom his three companions undertook to pursue. As Louis endeavoured to defend her, they killed him and concealed his body in a heap of rotten leaves...
    Other informers knew that the girl's name was, in reality, Louise Troboul, as stated in a song:

    (Come along with us to Saint-Fiacre's feast in Le Faouët
    You'll meet Louise Troboul, your sweetheart)

    M. Donatien Laurent satisfied himself that the local registers of births, deaths and marriages included a Charles Troboul whose sister Louise, aged 20 in 1732, died in 1736. He also had a brother, Thomas, who lived at Kerroch, between Penfel and Langonnet. "Thomas" was the name called by Louis near the Penfel Cross.
  • A suspicious part, indeed, was played apparently by this "daughter of Troboul" (merc'h an Troboul). Someone reported an old rumour to the effect that "it was the girl who had stirred up it all, to get rid of Louis Le Ravallec... since he was a bit too pious for her taste." She had laid out this trap "with the help of her new lover" -or "of her three new lovers", as stated by another old lady born at Le Faouët in 1906. Why does she not show up in the judicial records?
    It had been the wont of the well-off family Troboul of Kerly for generations past, to look for prominent godfathers for their children: Marguerite Troboul, born 1730, was a godchild to Jacques Borré, the son of - and deputy prosecutor to - the King's Attorney who was first in charge of the lawsuit. It was the same attorney whom Maurice Le Ravallec considered liable for the slow proceedings and incapable of elucidating the case.

    Four kinds of gwerzioù
    Maison Troboul, An ti milliget, à Kerly The supernatural features in this story: Saint-Barbara's wreath, Louis' foreboding of his own death, his arm raised from under the foul leaves, the knife bleeding when the culprits are near, contributed to keeping alive the memory of these events in four kinds of laments, each of them emphasizing a peculiar feature: jealousy prompting disdained suitors to plot to kill off their rival; gentlemanliness of the hero on the encounter near Penfel Cross; argument at Kerly hamlet, the cause for which was proclaimed by Louis when he told his death was caused by "a girl of low birth"; betrayal by the young man's mates who keep repeating, all along the song, "we are three liable and loyal companions".
    In the versions of the fourth kind, like in the ancient French song "La Pernette", Louis gives his father the job to fulfil his last request:

    "I want to be buried in the middle of Langonnet churchyard
    In a fine grave right in front of the porch,
    So that all may see Louis le Ravallec's tomb
    Who was killed on a Sunday by his companions
    Because of the eighteen year girl they loved, the three of them,
    And young draftees when leaving for the army shall pray on this tomb."

    M. Laurent ascribes the splitting of an alleged unique work into four branches to so-called "remakers":
  • Some of them, we may infer, were at work at a remote stage, as their contribution is already apparent in the 1839 Barzhaz version, presumably parsons or scholars anxious to "moralize" the plot, by making of Louis a pi, obedient to dad and mom, and by erasing the attempted rape... ( version 1).
  • The detailed account in versions 2 highlights the keen interest aroused by this mysterious case among country folks.
  • Versions of the third kind are recent remakes -and are sung to a new series of tunes -. The narrative is simplified, typified and has got shorter, as memories have begun to fade.
  • Versions of the fourth kind were handed down among "outsiders" and therefore made lighter, superfluous details being removed due to the larger area covered. The audience is henceforth interested in a moving story which also is a "true one".
  • Line

    Yannig Skolan Kanaouenn al Levier