Marv Jean Jan

La mort de Jean Jan

Jean Jan's Death

Texte recueilli par l'Abbé François Cadic

Publié dans "La Paroisse Bretonne" en juin 1915



Mélodie
"Marv Jean Jan"
chanté par M. Dréanic de Bieuzy et par Melle Marie Le Clainche de Melrand,
Notée par Louis Lorcy
Source: "La Paroisse Bretonne", juin 1915

Arrangement Christian Souchon (c) 2012

BREZHONEG (Stumm KLT)

MARV JEAN JAN [1]

1. Da ouel Zant-Yann, deiz evit deiz, (div wech)
Ha jandarmed Baod da vale
Direitou, lan la ha dira la
Direitou, lan la, lan de ri de.

2. Ha jandarmed Baod da vale
Ha re Pondi ha re Ploue.

3. Ha re Pondi ha re Ploue
Ha da velrand a zont a're

4. Ha da Velrand a zont a're
E di Saoz bras a Gerle [2]

5. Barzh e Kerle pa erruent
Boñjour ha demat a larent:

6. - Boñjour d'eoc'h, tudoù er ger-mañ!
Men ma ho Chouaned dre-mañ?"

7. Gwragez Kerle ha re Talhoet,
Men ema aet ho Chouaned?

8. Men ema dre-mañ ar Chouan
Glaod Talhoet, peotramant Jean Jan?.

9. - Tri miz hanter a zo paseet
N'eus ket gwelet chouan ebed.

10. - Gwragez Kerle, gaou a larit:
Jean Jan zo ganeoc'h ha Glaod Talhouet. -

11. Fañchon Ar Saoz, ha pa glevas
An hent d'an-diaz a zevalas.

12. Loj ar Chouanted p'erruas [3]
D'ec'h ami Jean hi a laras:

13. - M'ami Jean Jan 'n em saveteit:
Erru eo ar Sañkuloted.

14. Emaon o paouez komz ganto
Emaint er penn-c'her e Kerle.

15. - Fañchon Ar Saoz, kerzhit endro
P'am-bo hoar, m'ho rekompañso. -

16. Diouzhtu oa bet rekompañset
Gant pemp pe c'hwec'h a jañdarmed

17. N'he-doa ket graet tregont pas
P'he-doa resevet irin glas:

18. Jean Jan a gouezhas war e hed
E gorf treuzet gant ur boled.

19. - M'ami Jean Jan a zo lazhet
Dre ur vandenn Sañkuloted.

20. - Fañchon Ar Saoz na chifit ket,
Evidoc'h-c'hwi vo remeded. - [4]

21. Ha Fañchon Ar Saoz da Bondi
N ami Jean Jan er c'harr ganti

22. Da ouel Zant Yann, deiz evit deiz
Jean Jan a gollas a vuhez.

23. Jean Jan a gaos ma oa ur brav
Zo interet e Zant Telio.

24. Gwardet o-deus e relegoù
Vit froteiñ o chapeledoù. [5]
.
Transcrit par Christian Souchon
FRANCAIS

LA MORT DE JEAN JAN [1]

1. Est-ce la Saint Jean que l'on fête? (bis)
Tous les gendarmes sont ici!
Direitou, lan la ha dira la
Direitou, lan la, lan de ri de.

2. Ceux de Baud viennent en tête
Suivis de ceux de Pontivy.

3. Voilà ceux de Plouay qui passent:
Tous ils retournent à Melrand.

4. Ils sont, pour commencer leur chasse,
Entrés chez Le Saux à présent. [2]

5. A Kerlay, franchissant la porte
Ils ont dit bonjour, poliment:

6. Puis ont crié d'une voix forte:
- Nous direz-vous où sont vos Chouans!"

7. Femmes de Talhouët et vous, femmes
De Kerlay: où sont vos Chouans?

8. Où sont cachés vos Chouans, Mesdames,
Claude Talhouët et Jean Jan?.

9. - Il y a trois mois et trois semaines
Qu'on ne les a plus vus ici.

10. - De mentir est-ce bien la peine?
Ils sont là tous deux, je vous dis. -

11. Les entendant, Fanchon Le Sausse
Prend le chemin en contrebas.

12. Les Chouans se gitaient dans une fosse. [3]
A son cher Jean elle cria:

13. - O Jean, sauvez-vous au plus vite:
Les Sans-culottes sont tout près.

14. Je leur ai parlé. Ils visitent
La grande maison de Kerlé.

15. - Rentre vite, Fanchon que j'aime,
Je te revaudrai ça, crois-moi! -

16. La récompense à l'instant même
Arriva: cinq ou six soldats.

17. De trente pas elle dévale,
Mais un "pruneau" l'atteint encor.

18. Jean Jan de tout son long s'affale
Une balle à travers le corps.

19. - Mon ami Jean Jan, j'en suis sûre
Les Sans-culottes l'ont tué.

20. - Fanchon, du calme, ta blessure
Est de celles qu'on peut soigner. - [4]

21. A Pontivy, la brave femme
Transporte le corps de Jean Jan.

22. De son cher Jean qui rendit l'âme
A la Saint-Jean précisément.

23. Jean Jan, cet homme magnifique,
A Saint-Thuriau fut enterré.

24. On y conserve ses reliques
Pour y frotter les chapelets. [5]
.
Traduction Christian Souchon (c) 2013
ENGLISH

JEAN JAN'S DEATH [1]

1. T 'was on Saint John's day right precisely (twice);
From Baud the gendarmes went their way
Direitou, lan la ha dira la
Direitou, lan la, lan de ri de.

2. From Baud the gendarmes marched briskly
From Pontivy and from Plouay.

3. From Baud, Pontivy, Plouay: three packs
That are converging on Melrand.

4. They had left Melrand, now they come back
Round Kerlay house they take their stand. [2]

5. On entering Le Saux' farmhouse, they said
"Hello" in Breton and in French:

6. - A good day to you in this farmstead!
Do your Chouans hide here in some trench?"

7. Women of Kerlay and of Talhouët,
Tell us where do your Chouans all hide,

8. Hide in a trench or in a thicket,
Talhouët and Jean Jan side by side?.

9. - Three months and three weeks at least passed by
Since we last saw Chouans around here.

10. - Women of Kerlay, we know you lie:
Jean Jan and Claude Talhouët are near. -

11. Fanny Le Saux, as soon as she heard
It, she rushed down the way below.

12. When the Chouans' hut she entered
She urged her dear friend Jean to go: [3]

13. - Quick, off with you, Jean Jan, my darling:
The Sansculottes are drawing near!

14. Right now with them I have been speaking
They're at Kerlay, soon they'll be here!

15. - Fanny Le Saux, go back home quickly
Without delay I'll reward you. -

16. Alas, the reward came instantly:
Five or six gendarmes were in view!

17. To flee thirty steps she had the strength:
A blue prune was the gift she got!

18. Jean Jan was hit and he went full length,
In the heart by a bullet shot.

19. - My darling Jean Jan has been killed
By Sansculottes in yonder field.

20. - Fanny, be quiet, surgeons are skilled,
Your injury will soon be healed. - [4]

21. Fanny Le Saux brought to Pontivy
Upon a cart her dear Jean's corpse.

22. On Saint John's day, this year precisely,
Jean Jan had given up the ghost.

23. Jean Jan in Saint Thuriau was buried
In the church, since he was so fine

24. There his bones in great pomp were carried.
They rub rosaries on his shrine. [5]
.
Translated by Christian Souchon (c) 2013

NOTES:
[1] Jean Jan (1772 - 1798) avait été séminariste (kloarek) à Vannes avant la Révolution et voulait devenir prêtre. Devenu, dans l'armée chouanne, l'un des lieutenants de Georges Cadoudal, avec lequel il avait participé au débarquement de Quiberon en 1795, il s'était fiancé à une héritière (minourez), Françoise Le Saux (Le Sausse, 1770 - 1858), dont le père, laboureur au hameau de Kerlay en Melrand était, lui aussi, un chouan convaincu et l'oncle, Guillaume, un prêtre réfractaire qui célébrait la messe en cachette.

[2] Le hameau de Kerlay était à une centaine de mètres du Blavet sur la colline de Saint Rivalain, le long de la route de Melrand à Quistinic. Le village natal de Jean Jan, Jugon dans la commune de Baud, où vivait sa mère, n'était pas loin, non plus que celui où demeurait son héroïque compagnon, et qui servait à le désigner: Claude Lorcy, dit Talhouët.

[3] La cabane (loge) des chouans était dissimulée en pleins champs sous une petite chênaie derrière un fossé d'où l'on pouvait observer le Blavet. Jean Jan y séjournait avec Claude Lorcy, surnommé aussi l"'Invincible", et trois autres compagnons, ce jour de la St-Jean, 24 juin 1798. Il s'apprêtait à rejoindre Georges Cadoudal en Angleterre quand il fut surpris par l'arrivée d'une colonne Républicaine de Pontivy composée de 23 hommes, que l'on n'attendait pas un jour de fête.

[4] Les deux hommes furent tués en défendant âprement leur vie. Françoise Le Saux fut grièvement blessée à la cuisse. Un soldat avait bandé sa blessure et arrêté l'hémorragie. Elle resta boiteuse le reste de sa (longue) vie

[5] En réalité, si la dépouille de Jean Jan a bien été conduite à Pontivy, c'est pour y être exposée par les Républicains au titre de la guerre psychologique. On ignore où il est enterré. C'est le corps de Claude Lorcy qui est inhumé dans la chapelle de Saint Thuriau à Saint-Barthélemy. Mais, comme l'indiquent les deux couplets qui furent ajoutés à la complainte, les bonnes gens avaient fini par se convaincre que ces ossements étaient ceux de Jan Jean auxquels on prêtait une vertu miraculeuse.
Un calvaire fut édifié là où les deux hommes sont tombés (cf. illustration).

(Source: "La Paroisse Bretonne" et Wikipédia")
Calvaire de Jean Jan

Calvaire de Jean Jean à Kerlay
[1] Jean Jan (1772 - 1798) had been a seminarist (kloarek) in Vannes before the Revolution and intended to be ordained. But he enlisted in the Chouan Army, where Georges Cadoudal appointed him as one of his lieutenants. He took part in particular in the Quiberon landing in 1795. He was betrothed to a heiress (minourez), Françoise Le Saux or Le Sausse, (1770 - 1858), whose father, a farmer at he hamlet of Kerlay near Melrand was a staunch Chouan as well. So was her uncle Guillaume, a non-juror priest who would read mass at hiding places.

[2] The hamlet of Kerlay was but a few hundred meters away from the Blavet river, on the Saint Rivalain hill, by the side of the Melrand to Quistinic road. The village where Jean Jan was born, Jugon in the parish Baud, where his mother lived, was not far, nor was that where lived his heroic companion who was dubbed with the name of his native hamlet: Claude Lorcy, also known as "Talhouët".

[3] The hut (lodge) of the Chouans was concealed amidst the fields in a small oak grove, behind a ditch that was a convenient look-out post over the Blavet plain. Jean Jan dwelt there with Claude Lorcy, also named the "Invincible one", and three other companions. On that Saint-John's day (24 June 1798) they prepared to sail to England where Georges Cadoudal awaited them, when he was surprised by an oncoming party of Republican "Bluecoats" from Pontivy, 23 men who were unexpected on that important holiday.

[4] The two men were killed while they sold their lives dearly. Françoise Le Saux' thigh was seriously injured. A soldier had bandaged the wound and stopped the bleeding. She walked with a limp for the rest of her (long) life.

[5] In fact, if the remains of Jean Jan were forwarded to Pontivy it was by the Republicans who exhibited them as a psychological deterrent. Where his body is buried is unknown. It is Claude Lorcy's body that is interred in Saint Thuriau's chapel at Saint-Barthélémy. But, as stated in the two final verses appended to the lament, people had become persuaded that these bones were those of Jan Jean to which magic powers were ascribed.
A crucifix was erected at the very place where the two men fell (see illustration).




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