Bal ar venec'h ruz

Le bal des Moines rouges

The Red Friars' Ball

Chant collecté par Théodore Hersart de La Villemarqué
dans le 1er Carnet de Keransquer (p. 202).


Mélodie

Arrangt Christian Souchon (c) 2015

A propos de la mélodie
Mélodie inconnue, remplacée ici par un celle qui accompagne le chant de mal-mariée, "Dimet d'ur bouloumik koz", publié par l'Abbé F. Cadic dans "La paroisse bretonne de Paris" de juin-juillet 1928.
About the tune
Melody unknown, replaced here with the tune set to the "unhappy wife's song", "Dimet d'ur bouloumik koz", published by Rev. F. Cadic in "La paroisse bretonne de Paris", June-July 1928 issue.

BREZHONEK

p.202

1° Bal ar venec'h ru [1][Texte à l'encre]

1. Disul, dilun, dimeurzh, dimeurzh ha dimerc'her
Un devezh 'tre daou, ha sadorn ha gwener. [2]
Dañsomp 'tre daou,
Debromp avaloù,
C'hoarzhomp ganti,
Greomp goap anezhi! [3]

2. Er c'hornik an aot, an aot va muiañ-karet.
Disul abardaez ez-ean d'he gwelet
[Entouré d'un grand trait circulaire:](Melin)
Hag a gasin ganin
Ur prof hervez he c'hoant,
Tri aval aour goant
En ur plad arc'hant. [4]

2° Kouent [Variante au crayon]

3. Me 'm-eus un dousik manac'h barzh ar kouent
Disul, pa vin di[ga]bestr, me yelo d'hen gwelet
Hag a gaso dezhañ
Ur [prof]ik koant
Un avalik ruz oranj
Barzh ur plad arc'hant.

4. Mar am reüzo, me vo war e lerc'h,
Me a lakao an tan e kambr ar menec'h
Me a lakao an tan
E korn an abati
Me a [lakao an tan
En] iliz hag en ti. [5]

p. 203

5. Neb a wele 'r manac'h o redek araok
An tan en e loeroù o trousañ e frok
[...]
[...]c'hwezek
Lec'h e grog ar gwenan
Ema gwiridik! [6]

KLT gant Christian Souchon.
TRADUCTION FRANCAISE

p.202

1° Bal des moines rouges [1] [Texte à l'encre]

1. Dimanche, puis lundi, mardi, puis mercredi
Sautons un jour, puis vendredi, puis samedi, [2]
Le jour sauté, dansons,
Mangeons, oui mangeons des pommes!
Le jour sauté, rions,
Rire est le propre de l'homme! [3]

2. Au détour du rivage vit mon bien-aimé
Et j'irai le voir, dimanche le soir tombé
[Entouré d'un grand trait circulaire:](Merlin)
Et je lui porterai,
Digne de lui, ce présent:
Trois pommes d'or jolies
Sur un plateau d'argent. [4]

2° Le couvent [Variante au crayon]

3. Mon ami s'est fait moine. Il est dans un couvent.
J'irai le voir dimanche, si j'en ai le temps
Et je lui porterai
Digne de lui, ce présent:
Une pommette rouge
Sur un plateau d'argent.

4. S'il me repousse, je suivrai le malheureux.
A la chambre des moines je mettrai le feu,
Ainsi qu'aux quatre coins
De la maudite abbaye,
Sans oublier l'église
Et le bâtiment aussi. [5]

p. 203

5. Il faisait beau voir le moine fuir le premier
- Ses bas avaient pris feu - et le froc retroussé -
[Ouïr ses cris stridents
Lorsque le brûlait le feu:
]
L'endroit où pique l'abeille
Est le plus douloureux! [6]

Traduction: Christian Souchon (c) 2015
ENGLISH TRANSLATION

p.202

1° The Red Friars' Ball [1][Written with ink]

1. Sunday, Monday, Tuesday, Tuesday and Wednesday
With a day in between, Saturday and Friday. [2]
Let us dance in between,
Let us eat apples, my dear,
And let us banish spleen,
Make fun of it and cheer! [3]

2. There's a cove in the shore: that's where my true love dwells.
I'll visit him on Sunday night and test my spells
[Enclosed in a large circular line:](Merlin)
I shall bring him a gift
He's yearning for, I daresay:
Three golden apples fair
Upon a silver tray. [4]

2° Convent [Variant written with a pencil]

3. My true love is a monk. A convent is his home
Sunday, I will be free, around there I will roam
With a most precious gift
I'll present my dear lover:
An apple, crimson red,
Upon a silver salver.

4. But should he turn me down, the insult I would sweep.
For I would set on fire the cells where the monks sleep;
And I would set on fire
Every nook of the abbey;
And I would set on fire
The church and every cranny. [5]

p. 203

5. Whoever saw the monk, who first fled, had a shock:
His socks began to burn and he hitched up his frock!
[He was screaming with pain
In this fire ordeal.
]
It is where the bee stings
That the pain is most cruel! [6]

Translated by Christian Souchon (c) 2015



[1] Moines rouges: "Bal ar menec'h ru", bal des moines rouges, est le titre donné par le manuscrit à la première partie du texte (notée à l'encre) où il n'est pas question de moine. Celui-ci est utilisé dans la "variante" (notée au crayon) mais sans qu'il soit précisé qu'il s'agit d'un "moine rouge". Comme il est dit à propos du chant du Barzhaz de 1839, Les trois moines rouges, l'expression "menec'h ruz" apparaît dans une version de ladite gwerz collectée par Mme de Saint-Prix (Ms de Landévennec N°2 folios 34-38): "...zo savet ur c'houent nevez / a zo menec'h ruz o chom", "...on a construit un couvent neuf / où demeurent des moines rouges". Selon La Villemarqué, on appelle ainsi en Bretagne les Templiers, cet ordre de moines-soldats brutalement dissous par Philippe Le Bel en octobre 1307. Même Francis Gourvil, en dépit de son scepticisme, admet qu'"il n'eût pas été extraordinaire d'entendre parler de "moines rouges" dans d'authentiques gwerzioù recueillies en plein 19ème siècle, car le souvenir de cet ordre semble être resté dans la mémoire du peuple..." Et il cite le cas de diverses ruines dans lesquelles les gens du cru s'obstinent à voir des commanderies de Templiers, contre l'avis des historiens.
En revanche, dans la première strophe, il est bien question de danse, ce qui justifie le mot "bal" du titre.

[2] La première strophe fait irrésistiblement penser aux Nains du Barzhaz où les jours de la semaines composent une formule magique. C'est sans doute le cas ici aussi, mais la formule a ses particularités propres:
  • elle commence le dimanche pour se terminer le samedi (l'inversion de ce dernier jour avec le vendredi semble commandée par la recherche d'une rime: "dimerc'her-gwener")
  • elle évite de prononcer, pour quelque raison mystérieuse, le mot "diryaou" (jeudi) qui devient "un jour entre deux".

    [3] Il ne semble pas certain que les prépositions au féminin "ganti", "anezhi" dans les phrases que l'on traduit spontanément par "rions avec elle, moquons-nous d'elle", se rapportent vraiment à une femme, pas plus que dans l'expression courante "deomp dezhi!", "allons-y!" Toute cette première strophe fait penser à une incantation magique et la "variante" qui lui fait suite suggère qu'elle est prononcée par une femme.

    [4] De même on peut se demander si, dans la deuxième strophe, il ne conviendrait pas de remplacer les pronoms féminins (hi, dezhi) par leurs équivalent masculins (hen, dezhan) et à la traduction de "va muiañ-karet" proposée par M. Donatien Laurent, "ma bien-aimée", substituer l'expression "mon bien-aimé".
    La "variante" notée au crayon deviendrait la suite logique des 2 premières strophes. Une femme a recours à la magie pour "récupérer" son amant qui est entré au couvent.
    C'est en tout cas dans ce sens que le jeune La Villemarqué interprétait ces "trois petites pommes d'or dans un plat d'argent". En effet, Donatien Laurent indique que les vers "Hag a gasin...plad arc'hant" ("J'emporterai ...plat d'argent") de la strophe 2, sont entourés d'un grand trait circulaire précédé (à première ligne de la strophe) du mot "Melin", une variante de "Merlin".
    Il est effectivement question dans Merlin Barde, à la strophe 81 (version Barzhaz) de trois pommes rouges qu'une magicienne donne à manger à Merlin, ce qui le met en son pouvoir et l'oblige à la suivre.
    Le "plateau d'argent" dont il est question dans la présente pièce souligne le caractère surnaturel de ce cadeau.
    Quant au mot "orange" à la strophe 3 est écrit sous la ligne, comme s'il n'appartenait pas au texte. Il n'est peut-être pas nécessaire de le traduire.

    [5] Dans la logique de ce qui précède, on comprend que, si la magie échoue, la jeune femme, qui doit être de condition modeste puisqu'elle n'est libre d'aller où elle veut que le dimanche, aura recours à un moyen plus énergique: elle n'hésitera pas à mettre le feu au couvent. Ce faisant, elle provoque une catastrophe, source d'hilarité pour le barde.

    [6] Il semble que La Villemarqué ait été le seul à collecter cette curieuse chanson. A moins qu'il ne s'agisse, comme dans le cas de L'invitation, d'un des "fragments" procurés par Madame de Saint-Prix dont il disait qu'ils "l'avaient mis sur la trace du poème de Merlin".
  • [1] Red Friars: "Bal ar menec'h ru", Red Friars' Ball, is the title given on the MS to the first part of these lyrics. It is written with ink and does not mention any friar. A monk is featured in the "variant" (written with a pencil) which however does nowhere stipulates that he is a "red friar". As stated in connection with the 1839 Barzhaz song The three red Friars, the words "menec'h ruz" are mentioned in a version of the same gwerz collected by Mme de Saint-Prix (Landévennec MS N°2 folios 34-38): "... zo savet ur c'houant nevez/ a zo menec'h ruz o chom", "...they built a new convent / to accommodate red friars". La Villemarqué asserts that this is the name given, in Brittany to the Knights Templar, the religious and military order forcibly abolished by Philip the Fair in October 1307. Even the very critical Francis Gourvil, in spite of his scepticism, admits that "it would not have been so very surprising, if "red friars" had been mentioned in genuine gwerzioù collected in the middle of the 19th century, since country people seem to have kept vivid remembrance of this military order..." And he quotes several instances of dilapidated buildings which nearby living people persist in considering former Knights Templar headquarters, against the opinion of historians.
    On the other hand, the first stanza really is an invitation to dance, which justifies the word "ball" in the title.

    [2] The first stanza cannot fail to remind the reader of the Gnomes in the Barzhaz, where the days of the week are used as a sort of magic formula. Without doubt this applies to the present song, but the formula has two particularities:
  • it starts with Sunday and ends with Saturday (that this latter day should be inverted with Friday seems to have its origin in the wish to get a rhyme for "dimerc'her": "gwener")
  • it leaves out, for some mysterious reason, the word "diryaou" (Thursday), which becomes "a day in between".

    [3] It is far from sure that the feminine forms of the prepositions "ganti", "anezhi" in phrases that normally translate as "let us laugh with her" or "let us make fun of her", really apply to a woman, no less, at any rate, than in the usual phrase "deomp dezhi!", "let's go!" The whole of this first stanza sounds like a magic incantation which is pronounced by a woman, as hinted at by the ensuing "variant".

    [4] In the same manner, we may wonder if, in the second stanza, the feminine pronouns (hi, dezhi) should not be replaced with their masculine counterparts (hen, dezhan) and if the translation of "va muiañ-karet" suggested by M. Donatien Laurent, "my beloved girl", should not be turned into "my beloved man".
    The "variant" written with a pencil would then be linked logically with the first two stanzas. A woman resorts to magic to recover her lover who has become a monk.
    This is, anyway, the interpretation made by young La Villemarqué of those "three little gold apples on a silver salver", since Donatien Laurent states that the lines "Hag a gasin...plad arc'hant" ("I shall take ... silver tray") of stanza 2, are enclosed in a large circular line and preceded (on the first line of the stanza) by the word "Melin", a variant to "Merlin".
    Now, in the poem Merlin the Bard, in stanza 81 (of the Barzhaz version), an essential part is assigned to the three red apples a wizardess entices Merlin to eat, which brings him into her control and forces him to follow her.
    The "silver tray" mentioned in the present piece emphasizes the supernatural character of this gift.
    As to the word "orange" in stanza 3, it is written underneath the line, as if it did not belong to the text. Therefore it may be left out in translation.

    [5] Consistently with the foregoing considerations, we understand that, if her magic fails, the girl, who should be of modest origin, since she is off duty only on Sundays, will resort to a more effective course of action: unhesitatingly she sets the convent on fire, causing a catastrophe, which is a source of great hilarity for the bard.

    [6] Apparently La Villemarqué was the only collector of this interesting song. Unless it was one of the "fragments" contributed to him by Madame de Saint-Prix, like the Wedding Invitation, which, so he wrote, "had put him on the scent of the Merlin poem".


  • Merlin Barde



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