Ar Marc'heger hag ar verjelenn

(Le cavalier et la bergère - The horseman and the shepherdess)

Texte recueilli par François-Marie Luzel:

auprès de Jeanne Le Gall à Keramborgne, en le 1849,
Publié dans "Gwerziou Breiz-Izel, tome I", page 194, en 1867

Mélodie
Chantée par Menguy et Léon, de Carhaix
recueillie par Maurice Duhamel:
Arrangement par Christian Souchon (c) 2008


Source: site de M. Pierre Quentel (voir liens)
TEXTE des "GWERZIOU"

Ar marc'heger hag ar verjelenn

I

- Lâret-c'hwi din, berjerenn, petra ret hoc'h-unan ? -
- Ma eo ober ur boked dimeus a vleuñ balan. -

- Lâret-c'hwi din , berjerenn , na da biou eo hen graet ? -
- M'eo d'Ervoan an Henan, ha d'am muiañ-karet. -

- Mar eo Ervoan an Henan lareur eus ho pried,
Seizh bloaz 'zo ez eo maro, en douar-kerc'h interet. -

- Mar eo maro ma fried, Doue d'hen pardono.
Ha mar 'mañ en buhez, Doue d'hen konsolo !

Ha mar 'mañ en buhez, Doue d'hen konsolo,
Rak me eo sur he bried , Doue d'am konforto ! -

- Deut-c'hwi ganin, berjerenn, edan ur bodig-glas,
Me choazo deoc'h un habit dimeus a ekarlaz. -

- Ho ! salv-ho-kras, marc'heger, salv-ho-kras na 'z in ket,
Un habit lienn-leoïenn zo mat din da gavet :

Un habit lienn-leoïenn na pa ve kannet-gwenn,
A zo mat d'ur verjerenn 'vit mont d'an oferenn. -

- Deut-c'hwi ganin, berjerenn, edan ur bodig-glas,
Rak an amzer a zo kriz, an avel a zo bras. -

- Ho ! salv-ho-kras, marc'heger, salv-ho-kras na 'z in ket,
Rak ofañsiñ ma enor, koll respet ma fried.

- Lâret-c'hwi din, berjerenn, piou 'lareur anezhañ ? -
- Ho trugarekaat da c'houl, m'eo Ervoan an Henan. -

- Mar eo Ervoan an Henan 'lareur eus ho pried,
Seizh bloaz 'zo ez eo maro, 'n douar kerc'h interet ! -

- Mar eo maro ma fried, Doue d'hen pardono,
Ha mar emañ en buhez, Doue d'hen konforto ! -

Ker skuizh a oa he galon o tevisañ diouti,
Ken lemas e vanegoù evit parlant ganti.

- Mar eo maro ma fried, evel ma lavaret,
Emañ sur ma diamant war darn ho pizied. -

- Lâret-c'hwi din berjerenn, ha me a ve lojet
En ostaliri m'oc'h-c'hwi o vesañ an deñved ? -

- Oh ! ya, 'mezi, marc'heger, lojet mat a vefet ,
Bezañ zo marchosioù 'vit lakaat ho roñsed ;

Bezañ zo marchosioù 'vit lakaat ho roñsed,
Ha gweleoù mat a bluñv, d'ho lakaat da gousket.

II

Mont a ra ar marc'heger, da c'houlenn da goaniañ,
Goulenn 'ra ar verjerenn 'vit dont d'hen servijañ.

- Salv-ho-kras, 'me 'n hostisez, salv-ho-kras n'yelo ket,
Seizh bloaz zo 'mañ en ti-mañ, den na deus servijet.

Dont a ra ar marc'heger d'ofr dezhi da evañ,
Hag o tont ar verjerenn da gomer digantañ.

O tonet ar verjerenn da gomer digantañ,
Dont a ra an hostisez 'n despet hi fasatañ.

- Terrupl, 'mezhañ, hostisez, ho kavan iffrontet.
Dont dirak ma daoulagad d' fasatañ ma fried !

Lâret-c'hwi din berjerenn, pelec'h 'mañ ho tilhad,
Rak pa oan aet deus ar gêr, c'hwi a oa gwisket mat ?

- Leal, 'mezi, marc'heger, aet int d' wiskañ ma mab,
A zo seizh bloaz 'zo er skol, ur bugel desket-mat ;

A zo seizh bloaz 'zo er skol, ur bugel desket-mat,
Met mar eo gwir a lâret, na welo ken e dad ! . . . . .

TRADUCTION par LUZEL

Le cavalier et la bergère

I

- Dites-moi , bergère, que faites-vous là, seule ?
- Je fais un bouquet de fleurs de genêt.

- Dites-moi, bergère, pour qui le faites-vous ?
- Pour Yves Le Henan, mon plus aimé.

- Si c'est Yves Le Henan qu'on appelle votre mari,
Il est mort depuis sept ans, et enterré en terre d'avoine (1) -

- Si mon mari est mort, que Dieu lui pardonne !
Et s'il est en vie, que Dieu le console !

Et s'il est en vie, que Dieu le console,
Car je suis bien sa femme, que Dieu me soutienne !

- Venez avec moi, bergère, sous un buisson vert,
Je vous choisirai un cotillon d'écarlate.

- Sauf votre grâce, cavalier, sauf votre grâce, je n'irai pas,
Un cotillon de grosse toile c'est ce qu'il me convient d'avoir

Un cotillon de grosse toile, quand il est lavé bien blanc,
Sied à une bergère, pour aller à la messe.

- Venez avec moi, bergère, sous un buisson vert,
Car le temps est dur, et le vent est fort. -

- Sauf votre grâce, cavalier, sauf votre grâce, je n'irai pas,
De crainte d'offenser mon honneur ou la mémoire de mon mari

- Dites-moi, bergère, comment le nomme-t-on ?
- Merci de la demande, c'est Yves le Henan.

- Si c'est Yves Le Henan que se nomme votre mari,
Voilà sept ans qu'il est mort, et enterré en terre d'avoine !

- Si mon mari est mort, que Dieu lui pardonne !
Et s'il est encore en vie, que Dieu le soutienne !

Son cœur était si las de deviser avec elle,
Qu'il ôta ses gants, pour lui parler.

- Si mon mari est mort, comme vous le dites,
Certes mon diamant est à un de vos doigts. -

- Dites-moi, bergère, si je serai logé
A l'auberge où vous êtes gardeuse de moutons ? -

- Oh ! oui, dit-elle, cavalier, vous serez bien logé,
Il y a des écuries pour mettre vos chevaux ;

Il y a des écuries pour mettre vos chevaux,
Et de bons lits de plume, pour vous coucher.

II

Le cavalier va demander à loger,
Et il demande aussi la bergère, pour le servir.

- Sauf votre grâce, dit l'hôtesse, sauf votre grâce, elle n'ira pas ;
Voilà sept ans qu'elle est ici et elle n'a jamais servi personne.

Le cavalier lui offre à boire,
Et la bergère accepte.

La bergère vient à accepter,
Et l'hôtesse vient pour la souffleter.

- Hôtesse, dit-il, je vous trouve terriblement effrontée
De vouloir souffleter ma femme sous mes yeux !

Dites-moi, bergère, où sont vos habits,
Car, quand je partis de la maison, vous étiez bien habillée ? -

- En vérité, dit-elle, cavalier, j'en ai habillé mon fils,
Qui est depuis sept ans à l'école, un enfant bien appris ;

Il est depuis sept ans à l'école, un enfant bien appris,
Mais si ce que vous dites est vrai, il ne reverra pas son père !.....

Note (1): terre d'avoine = terre cultivable



English Translation
The Horseman and the Shepherdess

I
- Tell me, shepherdess, what do you do, here alone?
- I am making a bouquet of broom blossoms. -

- Tell me, shepherdess, whom for do you make it?
- For Yves Le Henaff, my most beloved one. -.

- If it is Yves Le Henaff, they say about your husband
That seven years ago he was buried in "oats earth". - (1)

- If my husband is dead, God may pardon him!
If he is still alive, God may console him -

If he is still alive, God may console him!
And since I am his wife, God may comfort me!

- Come with me, shepherdess, under the leafy grove.
I'll choose for you a dress of scarlet cloth. -

- With your leave, horseman, with your leave, I shan't -
A dress of coarse canvas is good enough for me.

A dress of coarse canvas once it is cleaned and bleached
Is enough for the like of me to go to mass.

- Come with me, shepherdess, under the leafy grove,
The weather is so cold, and the wind is so fierce.

- O, with your leave, horseman, with your leave I shall not.
Lest I'd harm my honour and show disrespect to my husband.

- What did you say, shepherdess, that his name was?
-Thank you for asking. Now it is "Yves Le Henaff". -

- If it is Yves Le Henaff, they say about your husband
That seven years ago he was buried in "oats earth". -

- If my husband is dead, God may pardon him!
If he is still alive, God may comfort him! -

As he got disheartened, thus discussing with her
He took off his gloves to palaver with her.

- If my husband is dead, as you say,
I'm sure that my diamond in on one of your fingers.

- Tell me, shepherdess, if I would be well lodged
In the inn where you are appointed to guard the sheep? -

- O yes, said she, horseman, lodged you will be well
And there are stables, too, to put your horses in.

And there are stables, too, to put your horses in.
And soft feather beds for you sleep in. -

II
The horseman goes and asks for a dinner
To be served to him by the shepherdess.

- With your leave, the landlady said, this can't be
Never in the seven years she was here did she serve to anyone.

The horseman came and offered her a drink
Which the shepherdess happened to accept.

The shepherdess happened to accept it.
The landlady rushed to slap her in the face.

- The shame of it! he said, insolent landlady,
To slap my wife's face, in my presence!

Tell me, shepherdess, where are your clothes
Because, when I left from home, you were well dressed?

- In fact, she said, horseman, they were used to clothe my son.
He's been going to school for seven years. A well-educated child.

He's been going to school for seven years. A well-educated child.
But if you told the truth, he'll never see his father!...

Note (1): cultivable soil


François-Marie Luzel (1821 -1895)



La Dame du Faou de J-M de Penguern

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