Prisonerien en Angleter

Les Prisons d'Angleterre

England's Jails

A propos de la mélodie
Publiée dans "La Paroisse Bretonne" de novembre 1928 par l'abbé François Cadic.

A propos du texte
- Texte recueilli par l'Abbé François Cadic. Publié dans "La Paroisse Bretonne", novembre 1928 (Dastum 2010, p. 583)
- Puis dans "Chants de Chouans" d'Yves Le Diberder et Donatien Laurent (1981)
- Egalement recueilli par J-L. Labourdette, cahier 1, folio 108-109, chant n° 58 et publié dans Chants traditionnels vannetais 1902-1905, 2005,p. 128-129.
- Classification Malrieu: M-0052 "E-barzh toulloù-bac’h bro-Saoz", "Dans les prisons d'Angleterre".
Le secret de la Licorne de Hergé

Mélodie
Prizonerien e Bro-saoz

Arrangement Christian Souchon (c) 2008
Source: "Chants de Chouans", page 46
About the melody
Published in "La Paroisse Bretonne" of November 1928 by Father François Cadic.

About the text
- Text collected by Father François Cadic. Published in "La Paroisse Bretonne", November 1928 (Dastum 2010, p. 583)
- Then in "Chants de Chouans" by Yves Le Diberder and Donatien Laurent (1981).
- Also collected by J-L. Labourdette, cahier 1, folio 108-109, song n ° 58 and published in Chants traditionales vannetais 1902-1905, 2005, p. 128-129.
- Malrieu classification: M-0052 "E-barzh toulloù-bac’h bro-Saoz", "In the prisons of England".


BRETON (Version KLT)

PRIZONERIEN EN ANGLETER

1. Selaouit, tudigoù yaouank, hag ar re goz ivez,
C'hwi a glevo ur sonennik kompozet a nevez.

2. C'hwi a glevo ur sonennik kompozet a nevez.
Savet dioc'h daou zen yaouank, fidel en em gare. [1]

3. Savet dioc'h daou zen yaouank, fidel en em gare
Ha koutant e oent da vervel an eil e'it egile.

4. Ha koutant e oent da vervel an eil e'it egile.
Ha setu i zo aet o daou da servijañ ar roue. [2]

5. An uhellañ fregat oe er rad, hi a oe o hini
Int o-deus hi añvet Barlot en divizion lestri.

6. Ema ar fregat barzh ar rad ha prest ma partiañ:
Ne ra med gortoz an avel, an amord da largañ.

7. Ne ra med gortoz an avel, an amord da largañ.
Gortoz ra c'hoazh ar c'hapiten da baseiñ ar revou.

8. Benn ma 'deus paset ar revou, graet ivez an apel,
Eñ e-deus kavet pemzek mank eus ar vartoloded,

9. Ken a lare an akipaj: "Re-se zo fin ased,
Ar re-se a chomo er ger, deomp ket sur a zoned."

10. Ar bemzekved deiz hag ar miz hag ar fregat er-maez,
Ha d'ar c'hwezeg deiz ar mem miz, kombat doc'h an Anglez.

11. Kriz vije'r galon na ouelje, daoulagad na zaere,
'Weled ar c'hadroù chaviret 'n eil tu hag egile.

12. 'Weled ar c'hadroù chaviret 'n eil tu hag egile.
Gweled ar gaez vartoloded riskl a goll o buhez.

13. An Anglez a lar d'an Nasion: "Amen da bavilhon!"
"Gwell e ganin moned d'an don, pe boud lazhet gantañ!"

14. Kannit "Ave Maris Stella", ar "Veni Creator", [2]
Kalmet a oe an avel, ha kaeret a oe ar mor.

15. Etrezomp-ni, prizonerien, e prizon 'n Angleter
Ez eo pemp bloaz zo, e pep mod, pemp bloaz zo, er mizer. [3]

16. Daouzek livr kig bevin salet ha bara brein pouezet
A gement en-eus ar skorbut, debriñ biskuit kalet.

17. A-benn ma hor-bo ni lazhet hor punez hag hor c'hwenn,
E vo unneg eur mad sonnet, mall voned d'ar verenn. [4]

Transcrit par Christian Souchon
FRANCAIS

LES PRISONS D'ANGLETERRE

1. Ecoutez tous, braves jeunes gens, et vous les vieux aussi,
Et vous m'entendrez chanter un chant écrit ces temps-ci.

2. Prêtez l'oreille à ce nouveau chant. Qu'on le chante alentour!
On y parle de deux jeunes gens, amis de toujours. [1]

3. De deux jeunes amis de toujours: est-il plus beau sujet?
Deux jeunes qui seraient morts l'un pour l'autre, satisfaits.

4. L'un pour l'autre ils auraient bien péri, ils auraient bien péri.
Et voilà que pour servir le roi tous deux sont partis. [2]

5. La plus haute frégate dans la rade les attendait.
Un bâtiment que ces messieurs "La Parlotte" ont nommé.

6. Prête à prendre la mer, au milieu de la rade elle attend,
Pour larguer les amarres, il faut attendre le vent .

7. Pour lever l'ancre on attend le vent, le capitaine aussi
Qui doit venir passer la revue, comme il est prescrit.

8. Il est venu passer la revue, procéder à l'appel.
Quinze manquaient bien qu'ils soient inscrits au rôle officiel.

9. Les gens de l'équipage disaient: "Ceux-là sont des malins,
Eux, ils sont sûrs de rentrer chez eux. Nous, c'est moins certain!"

10. La frégate, le quinze du mois, vers le large partait
Et le seize nous étions aux prises avec l'Anglais!

11. Cruel le coeur qui n'eût point pleuré les larmes de son corps,
Voyant l'escadre bousculée d'un bord à l'autre bord.

12. D'un bout à l'autre tout chavirait. Les malheureux marins
Qui risquaient fort d'être noyés, dont approchait la fin.

13. L'Anglais dit aux Républicains: - Amenez le pavillon!
- Nous aimons mieux être tués ou coulés par le fond.

14. - Chantez tous "Ave Maris Stella" ou "Veni Creator"! - [2]
Le vent s'est calmé, la mer aussi. On aborde au port.

15. Nous voilà donc aux mains des Anglais, au fond d'une prison.
Cela fait cinq ans déjà de misère et d'abandon; [3]

12. Douze livres de viande de bœuf salé, de pain pourri
Et, pour ceux malades du scorbut, d'infâmes biscuits.

13. Quand nous aurons traqué la punaise et la puce à loisir,
Onze heures sonneront, nous courrons aller nous nourrir. [4]

Traduction Christian Souchon (c) 2012
ENGLISH

ENGLAND'S JAILS

1. Come nearer, all, young and old alike, come nearer, all of you,
And you shall hear a little song edifying and new!

2. Listen to this little song of mine, composed recently
On two young sailors who did swear friends forever to be. [1]

3. Forever and ever friends to be and would have gladly died
For one another they would have died and been satisfied.

4. These two would have been so glad to die for one another and
They had enlisted to serve the King at sea, to that end. [2]

5. The tallest frigate within the harbour they had to board quickly,
Christened "La Parlotte" by the men of the Admiralty.

6. Amidst the harbour the frigate lies and she is clear to go,
To lift the anchors she's waiting still for the wind to blow.

7. To lift the anchors she's waiting still for the right wind to blow.
And for the Captain to pass them in review, as you know.

8. He passed them in review when he came, he mustered all the crew,
And he found that there were of them fifteen less than was due.

9. Absent from roll call: fifteen. He said "Those are a clever lot
For they are sure that they come back home. The others are not."

10. On the fifteenth of that month the ship has put to sea, all right!
And on the sixteenth against the English there was a fight.

11. Hard-hearted were whoever had seen, and had not shed a tear,
The squadron scattered from end to end, and wrecks everywhere.

12. The capsized craft and wrecks everywhere, an awful thing to see,
And the poor sailors on the brink of drowning in the sea.

13. The English said to the Nation's ship: "Your colours you should strike!"
"To be sent to the bottom or killed I would rather like."

14. - Now boys, sing "Ave Maris Stella" and "Veni Creator"! [2]
The gale has ceased suddenly to hiss, and the sea to roar.

15. Now we are all prisoners of war in the same English jail,
For five years at least, that have been five years of woe and wail. [3]

16. 12 pounds of salted beef for us all, stale bread thriftily weighed.
And for those men who were scurvy-sick tough biscuit was made.

17. Once we have finished chasing the bug and flushing out the flea,
'Twill be eleven o'clock and we'll rush for morning tea! [4]

Translation: Christian Souchon (c) 2012

NOTES:
[1] En fait, il n'en est pas clairement question dans la suite de la chanson telle qu'elle est notée par l'Abbé Cadic (pas plus que des "trois jeunes matelots" dans la chanson éponyme).

[2] Ces Bretons s'embarquent "pour servir le roi" et c'est aux chants de l'"Ave Maris Stella" et du "Veni Creator" comme s'ils n'étaient pas sur une frégate de la "Nation" Jacobine, qu'ils bravent les boulets.
De même dans le chant "Le 31 du mois d'août", dont on assure qu'il glorifie une victoire de Surcouf au service de Napoléon, les matelots portent un toast "à la santé du roi de France".
C'est sans doute cette loyauté entêtée envers un monde révolu, qui fait qu'encore aujourd'hui, la marine de guerre française, où les Bretons sont légion, s'appelle "la Royale".
Les chants Jacobites en langue gaélique (ex: An gille don) fournissent de nombreux exemples de ce genre de loyauté protéiforme.
On remarque toutefois que 15 recrues manquent à l'appel. L'abbé Cadic suggère: "Sans doute sont-ils chouans à cette heure".

[3] La fraternisation britannico-bretonne chantée dans la ballade du pilote fut vite oubliée avec la Révolution et les guerres napoléoniennes. En dépit de leur attachement à la royauté, les Bretons sont embarqués pour combattre l'Anglais et ils ne boudent pas à la tâche.

[4] Le sort des prisonniers n'a rien d'enviable: douze livres de bœuf salé pour tout un équipage de frégate, du pain pourri chichement pesé. Un semblant de préoccupation humanitaire: du biscuit dur pour ceux qui souffrent du scorbut. La tâche principale à laquelle s'adonnent ces malheureux durant la journée est la chasse aux puces et aux punaises. Si bien que le sentiment qui a longtemps prévalu chez les Bretons à l'égard de leurs voisins d'outre-manche fut une prudente prévention.

[5] Le monde est redevable au génie britannique d'avancées remarquables en matière d'incarcération: la prison "panoptique" que l'on doit à l'imagination fertile de Jeremy Bentham (1780) et qui servit de modèle à au moins 6 maisons d'arrêt françaises, le camp de concentration utilisé pendant la seconde guerre des Boers (1899-1902) dont on sait la brillante postérité et le "ponton" qui connut ses heures de "gloire" pendant les guerres napoléoniennes (1799-1815). Il s'agissait de prisons établies dans de vieux vaisseaux au rebut démâtés appelés "prison hulks", dont ce n'était par ailleurs pas le seul usage. Cette pratique est née pendant la Guerre de sept ans (1756-1763) et reprendra une trentaine d'année plus tard avec le révolution française. En 1814, il y avait dix-huit centres de détention en activité à Portsmouth, seize à Plymouth et dix à Chatham. La présente gwerz dresse un tableau plutôt idyllique des conditions inhumaines de détention qui étaient infligées à des prisonniers de guerre. L'écrivain Edouard Gouin consacra en 1841 un saisissant opuscule aux "Pontons d'Angleterre et la censure de France" (qui interdisait d'attaquer ouvertement la barbarie d'un pays devenu officiellement un ami sûr). L'usage obligatoire de la langue anglaise qui restreint et canalise la créativité de l'esprit humain jusque sur la lune et sur mars, prolongerait-il cette tradition britannique en matière d'enfermement?
[1] In fact these two lovers play no part whatsoever in the rest of the song as it is recorded by the Reverend Cadic (nor do the 'Three young sailor men' in the eponymous Breton ballad).

[2] Those Bretons embark to "serve the king" and sing the church hymns "Ave Maris Stella" and "Veni Creator", as if they were not on board a frigate of the Jacobin Nation, in front of the enemy's cannon.
In the same way, in the chantey (in French language) "On the Thirsty-first of August", which allegedly reminds of a victory of Surcouf fighting in Napoleon's navy, the sailors drink the "health of the king of France".
This fierce loyalty belonging to a bygone era could explain why, to the present day, the French navy, where the Bretons are so many, is still affectionately known as "La Royale".
In the Gaelic Jacobite songs (e.g. An gille don) there are several instances of this kind of all-encompassing loyalty.
We note, however, that 15 recruits are missing. Father Cadic suggests: "No doubt they are Chouans from now on".

[3] The surge of British-Breton brotherly feelings, sung in the Ballad of the Steersman, was soon forgotten when the French Revolution broke out and during the Napoleonic wars. In spite of their loyalty to the king, the Bretons embarked to fight the Saxon foe and they didn't balk at the job.

[4] The fate of the prisoners of war was by no means enviable: scarce twelve pounds of salted beef for the whole crew of a frigate, stale bread meanly measured or, due to a pretence of humaneness, hard biscuit for the scurvy-sick. The main occupation of the unfortunate prisoners during the day was chasing the flea and the bug. So that the overall attitude of the Bretons towards their neighbours across the sea has long been determined by cautious prejudice.

[5] The world is indebted to the British genius for remarkable advances in the field of imprisonment: the "panoptic" prison which we owe to the fertile imagination of Jeremy Bentham (1780) and which served as a model for at least 6 French correctional centers; the "concentration camp", used during the Second Boer War (1899-1902), of which we know the brilliant posterity; and the "prison hulks" which experienced their hours of "glory" during the Napoleonic wars (1799-1815) . These were prisons set up in old scrapped, dismasted vessels, though keeping prisoners was not the only use of them. This practice arose during the Seven Years' War (1756-1763) and was resumed thirty years later with the French Revolution. By 1814 eighteen detention centers were operated in Portsmouth, sixteen in Plymouth and ten in Chatham. The gwerz at hands paints a rather idyllic picture of the inhumane conditions of detention back then inflicted on prisoners of war. The writer Edouard Gouin devoted in 1841 a striking pamphlet to the "Prison hulks of England hushed up by French censorship" (which forbade openly attacking the barbaric practices of an officially allied country). Does the compulsory use of the English language, which drastically narrows the scope of creativity of human mind - on the moon and on Mars inclusively! - prolong this British tradition of excellence in the field of incarceration?




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