XII ARAGNE Aragne. Cheminement obscur. Puits. Point. Tout mon horizon que ma chasse écartèle Est attente, vibration -guet- mais est-elle Echo cette science où se lève et point Une aube, musique ou néant, atteinte extrême Où s'abolissent confins, centre, cime, Piège où je prends l'univers et moi-même? Ou cette nuit qui dort au creux de mon poing? Aragne qui me tisse et me pense, Soeur du gouffre où tourne mon être, cri Devenu tour où ma limite s'inscrit, Je rejoins par delà calcul et transe Mon centre sûr, mon orage de silence. Michel Galiana (c) 1990

XII SPIDER Spider. A recondite pursuit. A spot. A pit. All my horizon, for my hunting tightly tied, Is made up of waiting, vibration and of hide. But is echo this craft in which arose and lit Up a dawn, either song or void, and the farthest Point where are abolished border, centre, summit, A trap where I do catch the whole world and myself? Or else is it the night which slumbers in my fist? Spider who has woven and thought out my fate. Akin to the abyss in which flutters my mind, Cry turned into the keep wherein I am confined. I shall, free of cunning, get back, dispassionate, To my safe centre where my calm storm lies in wait.

Transl. Christian Souchon 01.01.2005 (c) (r) All rights reserved

Note :

Une métaphore bien inhabituelle: le poète qui vit reclus tout en restant conscient de l'agitation du monde qu'il consigne dans ses écrits ressemble à l'araignée qui guette au centre de sa toile.

Pas si inhabituelle, à y regarder de plus près.
Voici ce qu'écrivait le poète américain Walt Whitman (1819-1892):

SILENCIEUSE et patiente aragne!
Elle occupe, à l'écart, son petit promontoire.
J'ai vu que pour sonder le vide qui l'entoure
Ellle lançait un fil , puis d'autres, sortant d'elle,
Obstinée, inlassable, toujours plus et plus vite.

De même toi, mon âme, aux lieux où tu te tiens,
Cernée de toutes parts d'immenses mers d'espace,
Tu ne cesses point de songer, tenter, lancer --
Scruter les sphères pour les relier entre elles
Jusqu'à ce que s'érige un pont à cet effet--
Que le ductile ancrage tienne ;
Qu'en quelqu'endroit s'accroche le Fil de la Vierge
Que tu lances, O mon âme!


A very unconventional metaphor : the poet who lives in seclusion but remains there aware of all that agitates the mundane world, converting it to words is like a spider lying in wait in the center of its web.

Not so unconventional after all. Here is a poem by the American author Walt Whitman:

A NOISELESS, patient spider,
I mark'd, where, on a little promontory, it stood, isolated;
Mark'd how, to explore the vacant, vast surrounding,
It launch'd forth filament, filament, filament, out of itself;
Ever unreeling them--ever tirelessly speeding them.

And you, O my Soul, where you stand,
Surrounded, surrounded, in measureless oceans of space,
Ceaselessly musing, venturing, throwing,--seeking the spheres, to connect them;
Till the bridge you will need, be form'd--till the ductile anchor hold;
Till the gossamer thread you fling, catch somewhere, O my Soul.

Le nautonier Index Royaume périlleux