XIII ROYAUME PERILLEUX Gaste forêt. Landes. Voyages Ou suprêmes appareillages Quand les rites et les raisons S'abolissent en oraisons! L'étoile éclipsée et la corne Abattue, où la nuit les borne, Les dragons gravèrent les cieux De repères fallacieux. La foudre éclaira la naissance D'une étrange magnificence Car le vent, la pluie et les voix Claquaient à perte de pavois. Et bien que fut la nuit parfaite, Une clarté baignait la fête Qui montait, nocturnes faisceaux, Des prés des herbes et des eaux. Forêt qui ne sait de Latude, J'ai chevauché ma solitude N'ayant trouvé brèche ni huis Que les cavernes de mes nuits. Dépossédé de mon usage, J'ai su que celait mon visage La face de l'hôte qui seul Est le maître de mon linceul. Les sentences que je profère, Je suis leur bouche, non leur père, Et ma science est l'élément De ce solécisme dément. Que s'effondrent mes avenues! J'atteins le lieu des âmes nues Et j'ai la muraille abattu Où butte le cerveau têtu. La musique a pris le domaine. Poursuis, chevaucheur, et ramène D'outre rêve, simple ou poison, L'obsession de la Toison. Michel Galiana (c) 1991

XIII A PERILOUS REALM Waste wood, waste land, moors, adventures Or last, returnless departures When our old rites and our reasons Are supplanted by orisons! Once the vanished sun and the moon Into their night fold were cast down, Dragons have engraved on the dark Heavens their deceptive landmarks. And lightning lit up the progress Of unusual lavishness: For wind, rain, warbling of the birds Sounded like voices of heralds. Though in the middle of the night, The feast was bathed in a soft light Arising, as nocturnal beams, From the stones, the meads and the streams. In woods that thole no escapist, I rode alone through the coppice, But, to flee, no breach or door, save Those opening on my nights' cave. Robbed of the use of my free will, I knew that my face, like a veil, Hid the face of the guest who would Once, alone dispose of my shroud. Of the sentences I utter Being the speaker, not the father, I display my craft as a fake To conceal this insane mistake. Collapse, ye my broad thoroughfares! On arriving where souls are bare, I have broken down the strong wall That keeps a stubborn brain in thrall: Music has taken the domain. Cheer up, horseman, bring back again From overdreams, herb or poison, The Fleece, the Fleece, my obsession!

Transl. Christian Souchon 01.01.2004 (c) (r) All rights reserved

Notes :

Il est à nouveau question de l'hôte mystérieux qui inspire le poête.

Dans le roman homonyme du poête anglais, Edmond Spenser, Arthur est en quête permanente de la "Reine des Fées" qu'il a aperçue dans un rêve mystérieux et qui séjourne dans le "Royaume Périlleux". La Reine est l'expression mystique de la beauté et de la gloire; son royaume celui des dangers qui menacent l'homme qui cherche la signification de son existence.
Des expressions similaires à celles utilisées dans le présent poème, apparaîssent dans divers romans du cycle arthurien:
-le "siège périlleux" dans le "Didot Perceval",
-la "gaste chapelle" dans "Mériadeuc".
Dans le "Chevalier au Lion" de Chrétien de Troyes, le fait de verser de l'eau sur le perron d'une fontaine dans la forêt déclenche un orage épouvantable suivi du chant des oiseaux.
Les dragons font penser aux prophéties de Merlin chez Geoffroy de Monmouth.
Le poème s'achève sur le thème de la musique salvatrice.

Jean-Henri Latude (1725-1805) avait envoyé à la Marquise de Pompadour un coffret empoisonné poison, puis l'avait informé qu'on complotait contre elle, dans l'espoir d'une récompense. La ruse fut découverte. Il fut emprisonné mais s'échappa de sa prison puis fut arrêté de nouveau à trois reprises. Il écrivit un récit de ses emprisonnements intitulé "Le despotisme dévoilé" qui le rendit célèbre et une rente lui fut attribuée par la Convention.

Again the mysterious guest who inspires the poet.

In the Renaissance English poet Edmund Spenser's homonymous story, Arthur is ever-searching the "Faerie Queene" (Fairy Queen) whom he has seen once in a mysterious dream and who dwells in the "Perilous Realm". The Queen is the mystic expression of beauty and glory; her realm that of the dangers menacing the human being in search of his own meaning.
Several expressions in the present poem remind of stories of the Arthurian Cycle:
-there is a "Perilous Seat" in "Didot-Perceval";
-a "Waste Chapel" in "Meriadeuc".
-In the "Knight of the Lion" by Chrétien de Troyes, spilling water on a fountain sill in a forest causes an awful storm to rise, followed by marvelous warbling of birds.
-The dragons remind of Merlin's prophecies in Geoffrey of Monmouth's books.
The poem concludes with a favourite theme: salvation through music.

The famous escapist Jean-Henri Latude (1725-1805) had sent a box of poison to the Marquise de Pompadour and then informed her of the supposed plot against her life, hoping to be recompensed. The ruse was discovered. He was emprisoned but escaped from jail and was retaken three times. He wrote an account of his emprisonments entitled "Le despotisme dévoilé" (Unveiling Despotism) that made him famous and he was pensioned during the Revolution.

L'araignée Index Argonaute