VI LE VEILLEUR Cygnes déchiquetant l'aurore, Pas des rôdeurs, cri des hiboux. Martèlement sourd ou sonore. Du vent sur ma cage les coups. Ma tour est mon âme fidèle Où la nuit délègue des voix, Où les voix revêtent une aile, Où je sens plus que je ne vois. Je sais rôder la bête aux herbes, L'ennemi ramper à son tour, Le chêne épanouir en gerbes Le nid du merle et du vautour. Je sens branler ma cage haute Et retentir au poing du vent Comme un Juif qui rythme sa faute Sur un sein creux et émouvant. Mais désormais rien ne m'attache Que la ronde immuablement Etoilée au zénith qui tache L'éternité du firmament. Craque le loup, saigne le cygne, Qu'aux portes bosselle un drapeau! Indifférent à la consigne Je ne troublerai nul repos. Et de ma lampe indifférente Connaîtront un même regard La parade stricte des tentes Comme le maraudeur hagard. Lycéus, surveille tes vignes, Le regard borné par des champs. Mon devoir orgueilleux m'assigne, Les vents, les rêves et les chants. Michel Galiana (c) 1991

VI THE LOOK-OUT White swans tearing dawn to pieces, Footsteps of prowlers, hooting owls, Muffled or loud sounding voices. Around my cage the gale that howls. This watchtower is my true soul Where night voices mingle with breeze, Where voices turn to winged fowl, Where one feels far more than one sees. I know of beasts haunting the grass, As do the creeping naughty foes, Of the oak hiding in its mass Nests of blackbirds and nests of crows. I feel how my lofty cage shakes Thumped by the storm's fist without rest, Like a Jew who repents and beats His hollow and pityful chest. But henceforth nothing may bind me But the steady spinning of stars Dotted about the canopy All around the zenith afar. The wolf may rove, the swan may bleed, The standard at the gate may stream! The given orders I shan't heed: I won't upset anyone's dream. The light of my torch shall skim With a beam that I won't alter Along lines of tents in good trim And over the distraught prowler. Lycaeus, watch over your vines, Up to the fields within your glance. Lofty duty to me assigns The winds and the dreams and the chants.

Transl. Christian Souchon 01.01.2004 (c) (r) All rights reserved

Notes :

Michel fit son service militaire dans l'aviation en Allemagne.
Il envoya une carte à son frère dans laquelle il faisait allusion à des tours de garde mais sans parler de mirador ni du manque d'esprit militaire dont, comme on le voit, il s'enorgueillit ici.

Lycéus est une montagne d'Arcadie consacrée à Zeus.
L'autel de Zeus était constitué par un grand amoncellement de cendres confiné par une murette. On disait qu'aucune ombre ne se projetait à l'intérieur de cette enceinte; et que quiconque y pénétrait mourait au cours de l'année.

Ce poème pourrait être une réminiscence de Rilke (Livre d'heures: Livre de la vie monacale):

"Autour de Dieu, cet antique bastion,
Je vais tournant depuis plus de mille ans;
Sans savoir si je suis vent ou faucon
Ou peut-être un interminable chant."

Michel did his military service with the French Air Force in Germany.
He sent his brother once a post card in which he mentioned that he sometimes acted as a lookout but said nothing of the watchtower nor of his lack of military conscientiousness of which he boasts here.

Lycaeus is a mountain in Arcadia sacred to Zeus.
The altar of Zeus consisted of a great mound of ashes with a retaining wall. It was said that no shadows fell within the precincts; and that any one who entered it died within the year.

This poem could possibly be a reminiscence of Rilke's Book of Hours -Book of the Monastic Life:

"Around God, around the ancient tower
I've been circling for thousands of years
But still don't know: am I a hawk, a storm
Or else a song, ever lasting?"

La porte Index L'épervier