Les fleurs de mai

The May Flowers

Dialecte de Haute Cornouaille



  • Première publication dans la "seconde" édition du Barzhaz de 1845.
  • "On chante en Cornouaille une élégie composée sur ce doux et triste sujet par deux sœurs paysannes, auteurs d’une chanson qu’on lira plus tard, les Hirondelles". (Argument)
  • Pas d'équivalent dans les manuscrits de Keransquer.
  • Jamais collecté en dehors du Barzhaz.
  • First published in the 1845 "second" edition of the Barzhaz.
  • "A lament on this sweet and sad topic is sung, in Cornouaille by two sisters. These peasant women composed, in addition, a song we shall read further on: The swallows". (Argument)
  • No equivalent in the Keransquer copybooks.
  • Published in the Barzhaz only.


  • Mélodie -Tune
    (Cf. An eostig).


    Français English
    I

    1. Si vous aviez vue sur la grève,
    Josépha, teint rose, yeux de braise,

    2. Ou lorsqu'elle allait au pardon,
    Votre cœur aurait fait des bonds...

    3. Mais la voir ensuite alitée...
    Votre âme en serait désolée.

    4. Oui, le pauvre être est alité,
    Aussi pâle qu'un lis d'été.

    5. Or à ses amies elle a dit,
    Assises sur le banc du lit:

    6. - Mes compagnes, si vous m'aimez,
    Vous devrez cesser de pleurer.

    7. Mourir est notre sort commun
    Que Dieu sur sa croix a fait sien.

    II

    8. J'ai ouï, puisant à la fontaine
    Le rossignol et sa rengaine:

    9. - Voilà le moi de mai qui passe
    Et les fleurs des haies qui s'effacent.

    10. Heureux sont-ils les jeunes gens
    Qui meurent au cours du printemps!

    11. La rose abandonne la branche
    La jeune vie passe et s'épanche.

    12. Celles qui mourront sous huitaine
    Auront de fleurs leur couche pleine.

    13. Pour les conduire au paradis,
    Passe-vole parmi les lis. -

    III

    14. - Ne savez-vous pas, Joséphine,
    Ce que le rossignol serine?

    15. - Il s'achève, le moi de mai
    Et les fleurs des haies vont passer. -

    16. Et aussitôt la pauvre enfant
    A croisé les mains en disant:

    17. - C'est avec ferveur que je prie
    En votre honneur, Dame Marie.

    18. Afin que votre divin Fils
    Veuille m'accueillir près de lui

    19. Car à mes amies j'ai promis,
    De les attendre au paradis. -

    20. Sa prière à peine achevée
    On a vu sa tête bouclée,

    21. Sa tête bouclée s'incliner
    Et ses jolis yeux se fermer.

    22. Alors le rossignol de nuit
    Reprit son chant dans le courtil:

    23. - Heureux, heureux, les jeunes gens
    Qui peuvent mourir au printemps!

    24. Bienheureuses les demoiselles
    Que l'on couvre de fleurs nouvelles! -

    Traduction Christian Souchon (c) 2007
    I

    1. Whoever saw Jef (Josepha) on the shore,
    Sparkling eyes, rosy cheeks, before,

    2. Or when she danced at the Pardon,
    Has rejoiced at the vision.

    3. But whoe'er had seen her in bed
    Would have felt an urge tears to shed,

    4. Since the poor lass from malady
    Grew as wan as summer lily.

    5. All her girl friends she entreated
    That on the bed-bench were seated:

    6. - My darling friends, listen to me:
    That you should cry, I don't agree.

    7. As you know, all of us must die.
    With that rule Jesus did comply. -

    II

    8. As I drew water from the spring,
    I have heard the nightingale sing:

    9. - The month of May is passing by
    Therefore all hedge blooms will soon die.

    10. To a young girl it's a blessed thing
    To be allowed to die in spring.

    11. As the rose wilts on the rose shrub
    Youth withers and falls off the stub.

    12. Lasses who'll die within eight days
    Will be covered, the good old ways,

    13. With spring blossoms with which they'll rise
    Like ladybirds to paradise. -

    III

    14. Josie, Josie, do you know what
    The nightingale said? She said that:

    15. - The month of May is passing by
    And now blossoms on hedges die."

    16. The poor girl, with resigned air
    Crossed her hands to say a prayer:

    17. - I'm going to say "Hail Mary"
    To honour you, Holy Lady;

    18. So that your Son-God, might be pleased
    To pity me if I deceased,

    19. So that, my friends, without delay
    To Heaven I might smooth your way. -

    20. No sooner was her prayer said
    Than they saw her lower her head.

    21. Than they saw her lower her head
    And close her eyes. And she was dead.

    22. This moment was the nightingale
    Heard in the yard, who the moon hailed:

    23. - Happy the young girls and the youth
    Who died in spring, I tell the truth!

    24. It is a blessing and a boon
    That their beds with blossoms were strewn!"

    Transl. Christian Souchon (c) 2007


    Brezhoneg

    Cliquer ici pour lire les textes bretons.
    For Breton texts, click here.


    Résumé
    Une jeune fille malade prie pour mourir en mai: selon l'usage commun à la Cornouaille et au Pays de Galles, selon La Villemarqué, sa couche sera semée de fleurs. (Gwerz composée par les 2 sœurs auteurs des "Hirondelles").

    A propos du "passe-volant"
    A propos de ce poème La Villemarqué ne craint pas de citer Shakespeare et sa tragi-comédie "Cymbéline" qui porte le nom d'un chef breton insulaire, Cunobelinus, lequel régna avant l'invasion romaine. Mais c'est pour expliquer que l'usage de fleurir les tombes ne peut être qu'une antique pratique des Celtes, et non pour comparer les qualités stylistiques des deux textes.
    Le modeste texte breton contient cependant une image inhabituelle:

    "Hag int deus-a-greiz d'ar baroz
    Vel bivig-Doue, deus ar roz."

    "Et [les jeunes mortes] parmi [ces fleurs] vont au paradis
    Comme la bête à bon Dieu [qui sort de] la rose.)

    Ce que La Villemarqué traduit par:

    "Et au milieu des fleurs, elles s'élèveront vers le ciel,
    Comme le passe-vole du calice des roses."

    Le mot "passe-vole" figure dans le grand Larousse sous la forme "passe-volant". Cette expression évoque certains problèmes contemporains, le trou de la Sécu, ou les vaches et moutons subventionnés par la CE. En effet les "passe-volants" étaient des effectifs fantômes qui permettaient, avant que Colbert n'y mette bon ordre, de gonfler les subsides alloués à un régiment. Dans cette expression, il est bien question de voler, mais pas dans le sens où l'entend La Villemarqué!
    Résumé
    In this lament composed by the two sisters who also wrote "The Swallows", a sick young girl prays to God that He might allow her to die in May. It was common practice in the Quimper district and - according to La Villemarqué - in Wales, that young people's dying beds should be strewn with flowers.

    The "passe-volant" issue
    In connection with this poem La Villemarqué does not refrain from evoking Shakespeare and his comedy "Cymbeline" titled after the old British chieftain Cunobelinus who reigned before the Roman invasion. He does so to explain that the wont of putting flowers on graves must be a Celtic custom, not to parallel the literary merits of both texts!
    The Breton poem includes however an unusual image:

    "Hag int deus-a-greiz d'ar baroz
    Vel bivig-Doue, deus ar roz."

    "And [the dead girls] among [these blossoms] rise to paradise
    Like the ladybird [that flies off] the rose.)

    Which La Villemarqué renders as:

    "And from among the flowers, they will rise to heaven,
    Like the "passe-vole" flying away from the calyx of the rose."

    The rare word "passe-vole" is to be found as "passe-volant" in usual dictionaries. It refers to such modern issues, as the deficit of our welfare systems or taking a census of the cattle and sheep entitling to EC subventions. To wit, "passe-vole", referred to pretended strength in a regiment with a view to increasing the stipends granted! In French "vole" means both "flies" and "steals". La Villemarqué means something like "stowaway": the concealed soul accompanies the rose fragrance rising to paradise.




    Ur gentel vad Bleunioù Miz Mae