Le temps passé

In Olden Times

Dialecte de Cornouaille

  • Première publication dans la première édition du Barzhaz de 1845.
  • Comme indiqué dans l'"Argument" de 1845 et 1867, ce chant est la création collective de paysans pèlerins, la veille de la fête de ND des Portes à Châteauneuf-du-Faou (40 km NE de Quimper) dans les Montagnes Noires.
  • Pas d'équivalent dans les manuscrits de Keransquer.
  • Jamais collecté en dehors du Barzhaz.
    Cependant, ni Luzel, ni Joseph Loth (comme le remarque Francis Gourvil dans une note, p. 402 de son "La Villemarqué") ne rangent ce chant historique dans la catégorie des chants inventés. La raison en est sans doute que les strophes 29 à 49 se retrouvent, plus ou moins, chez Luzel, Gwerzioù I, page 80, 1867: "La Pauvre veuve" et chez de Penguern, "La Veuve de Tonquédec" (B.N. t.III, f°102).
  • La mélodie semble être la même que pour "Person Bannalek zo cheñchet" du 1er carnet de Keransquer., qui commence ainsi: "Person Bannalek zo cheñchet, O ge! Person Bannalek zo cheñchet..."
  • Châteauneuf du Faou, Chapelle ND des Portes et chapelle extérieure

    Châteauneuf du Faou, Chapelle ND des Portes (1892-1893)
    et chapelle extérieure pour les pardons de ND des Portes, (avant-dernier dimanche d'août).
    La façade de l'ossuaire devenu sacristie date de 1438.
  • First published in the 1845 "second" edition of the Barzhaz.
  • As stated in the "Argument" of both 1845 and 1867 editions, this song was created in common by peasants come on a pilgrimage to Notre-Dame-des-Portes chapel at Châteauneuf-du-Faou (40 km NE of Quimper) in the "Black Mountains".
  • No equivalent in the Keransquer copybooks.
  • Published in the Barzhaz only.
    However, neither Luzel nor Joseph Loth (as stated by Francis Gourvil in a note on page 402 of his "La Villemarqué") includes this historical song on the list of the songs invented by La Villemarqué. The reason should be that stanzas 29 with 49, more or less roughly correspond with a song collected by Luzel, (Gwerzioù I, page 80, 1867), titled "The poor widow", and by de Penguern,: "The Tonquédec widow" (B.N. t.III, f°102).
  • The tune might be the same as in "Person Bannalek zo cheñchet" in the First Keransquer notebook, which begins thus: "Person Bannalek zo cheñchet, O ge! Person Bannalek zo cheñchet..."

  • Mélodie -Tune
    Mode hypodorien

    Français English
    PREMIER MEUNIER

    1. Bretons, faisons une chanson, O gué
    Bretons, faisons une chanson,
    sur les hommes de la Basse Bretagne, O!

    - Venez entendre, entendre, ô peuple ;
    venez entendre, entendre chanter. -


    2. Les hommes de la Basse-Bretagne
    ont fait un beau berceau ciselé;

    - Venez entendre, etc.

    3. Un beau berceau d'ivoire,
    orné de clous d'or et d'argent.

    4. De clous d'or et d'argent orné,
    et ils le balancent avec tristesse;

    5. Maintenant, en le balançant
    les larmes coulent de leurs yeux ;

    6. Les larmes coulent, des larmes amères:
    celui qui est dedans est mort!

    7. Il est mort, mort depuis longtemps;
    et ils le bercent toujours en chantant.

    8. Et il le bercent, le bercent toujours,
    car ils ont perdu la raison.

    9. La raison, ils l'ont perdue;
    ils ont perdu les joies du monde.

    10. Le monde n'a plus pour les Bretons
    que regrets et peines de cœur;

    11. Que regrets et peines d'esprit
    lorsqu'ils pensent au temps passé.

    SECOND MEUNIER

    12. Dans l'ancien temps on ne voyait pas
    se promener ici certains oiseaux;

    13. Certains oiseaux verts du fisc; [1]
    la tête haute, la bouche grande ouverte.

    14. Le pays ne devait d'impôt,
    ni pour le sel, ni pour le tabac.

    15. Sel et tabac coûtent bien cher,
    ils coûtaient moitié moins jadis.

    16. Jadis on ne voyait pas sur la place
    les maltôtiers accourir,

    17. Accourir, comme des mouches,
    à l'odeur du cidre aux barriques.

    18. Toute barrique paye aujourd'hui l'impôt,
    hormis celle des ménétriers. - [2]



    PREMIER PILLAOUER (chiffonnier)

    19. On n'envoyait pas autrefois
    nos jeunes dans les pays étrangers;

    20. Dans les pays étrangers -entendez-le !
    -pour mourir, hélas! loin de la Basse-Bretagne.

    PREMIER LABOUREUR

    21. En Basse-Bretagne, dans les manoirs,
    il y avait des hommes de bien, soutiens de leur pays ;

    22. Maintenant est assis au haut bout de la table
    l'ancien gardeur de vaches du manoir

    23. Au manoir, quand venait un pauvre,
    on ne le laissait pas à la porte;

    24. La bonne dame allant au grand coffre,
    lui versait de la farine d'avoine plein sa besace ;

    25. Elle donnait du pain à ceux qui avaient faim,
    et des remèdes à ceux qui étaient malades.

    26. Pain et remèdes aujourd'hui manquent;
    les pauvres s'éloignent du manoir;

    27. Tête basse, s'éloignent les pauvres,
    par la peur du chien qui est à la porte;

    28. Par la peur du chien qui s'élance
    sur les paysans comme sur leurs mères.

    SECOND LABOUREUR

    29. L'année où ma mère devint veuve,
    fut pour ma mère une mauvaise année.

    30. Elle avait neuf enfants,
    et n'avait pas de pain à leur donner.

    31. Celui qui a, celui-là donnera;
    je vais le trouver, dit-elle ;

    32. Je vais trouver l'étranger:
    que Dieu le garde en bonne santé !

    33. - Bonne santé à vous, maître du manoir,
    je suis venue ici pour savoir une chose ;

    34. Pour savoir si vous auriez la bonté
    de donner du pain à mes enfants.

    35. Du pain à mes neuf petits enfants,
    Monsieur, qui jeunent depuis trois jours.

    36. L'étranger répondit à ma pauvre mère
    quand il l'entendit:

    37. - Va-t'en du seuil de ma porte,
    ou je lâche sur toi mon chien. -

    38. Le chien lui fit peur, elle sortit
    et s'en allait pleurant sur le grand chemin.

    39. La pauvre veuve pleurait:
    - Que donnerai-je à mes enfants ?

    40. A mes enfants que donnerai-je,
    quand ils me diront: " Mère, j'ai faim ! "

    41. Elle ne voyait pas bien son chemin,
    tant elle avait de larmes dans les yeux.

    42. A mi-chemin de chez elle,
    elle rencontra le seigneur comte ;

    43. Le seigneur comte du manoir de Pratuloh,
    allant chasser la biche au bois du Loh ;

    44. Allant au bois du Loh chasser la biche,
    monté sur son cheval bai.

    45. - Ma bonne chère femme, dites-moi
    pourquoi donc, pourquoi pleurez-vous ?

    46. - Je pleure à cause de mes enfants,
    je n'ai pas de pain à leur donner

    47. - Ma petite femme, ne pleurez pas ;
    voici de l'argent, allez en acheter. -

    48. Que Dieu bénisse le seigneur comte !
    Voilà des hommes, sur ma parole !

    49. Quand je devrais aller à la mort,
    j'irai pour lui, quand il voudra.

    TROISIÈME LABOUREUR

    50. Voilà des hommes qui ont bon cœur:
    ils écoutent les gens de toute condition

    51. Ils écoutent les gens de toute condition ;
    ils sont bons pour tout le monde.

    QUATRIÈME LABOUREUR

    52. Ils sont bons pour les pauvres laboureurs:
    ce n'est pas eux qui les chasseraient

    53. Comme le font les nouveaux maîtres,
    pour accroître leur fortune;

    54. Sans penser qu'en l'accroissant de la sorte,
    ils la diminue pour l'autre monde.

    CINQUIÈME LABOUREUR

    55. Ce n'est pas ceux-là qui font vendre
    le lit d'un fermier avec ses meubles.

    SECOND PILLAOUER

    56. Ce n'est pas qui font payer
    deux écus d'amende à une mendiante;

    57. Deux écus pour ce que sa vache a mangé
    d'herbe là où sa bête a toujours pâturé.

    TROISIÈME PILLAOUER

    58. Ce n'est pas eux qui défendent de chasser;
    quand ils vont au bois, ils mandent tout le monde.

    SIXIÈME LABOUREUR

    59. Ce n'est pas eux qui nieraient ce qu'ils doivent;
    leur parole vaut un contrat.

    60. Ce n'est pas eux qui sont malades de ladrerie;
    ce sont les nouveaux gentilshommes.

    SEPTIÈME LABOUREUR

    61. Les gentilshommes nouveaux sont durs ;
    les anciens étaient meilleurs maîtres.

    62. Les anciens, s'ils ont la tête chaude,
    aiment les paysans de tout leur cœur.

    63. Mais les anciens, hélas pour le monde!
    ne sont plus aussi nombreux qu'ils l'ont été.

    64. Plus nombreux sont les mangeurs,
    que les hommes bons pour les pauvres.

    TROISIÈME PILLAOUER

    65. Les pauvres seront toujours pauvres ;
    ceux des villes les mangeront toujours.

    PREMIER MEUNIER

    66. Toujours ! pourtant on avait dit :
    « - La pire terre rapportera le meilleur blé; [3]

    67. Quand reviendront les vieux rois,
    pour gouverner le pays »

    68. Les vieux rois sont revenus,
    le vieux temps ne l'est pas.

    69. Le vieux temps ne reviendra plus;
    on nous a trompés, malheureux !

    70. Malheureux, on nous a trompés!
    Le blé est mauvais dans la terre mauvaise.

    71. Et le monde est de plus en plus dur;
    celui qui ne voit pas cela est fou.

    72. Il est fou, celui qui a cru
    que les corbeaux deviendraient colombes

    73. Qui a cru que la fleur du lis
    sortira jamais de la racine de la fougère ;

    74. Qui a cru que l'or brillant
    tombe du haut des arbres. [4]

    75. Du haut des arbres il ne tombe rien
    que des feuilles sèches ;

    76. Il ne tombe que des feuilles sèches
    qui font place à des feuilles nouvelles ;

    77. Que des feuilles jaunes comme l'or,
    pour faire le lit des pauvres gens.

    78. Chers pauvres, consolez-vous,
    vous aurez un jour des lits de plume;

    79. Vous aurez, au lieu de lits de branches,
    des lits d'ivoire dans l'autre monde.

    SECOND MEUNIER

    80. Ce chant a été composé la veille
    de la fête de la Vierge, après souper.

    81. Il a été composé par douze hommes,
    dansant sur le tertre de la chapelle:

    82. Trois cherchent des chiffons,
    sept sèment le seigle, deux le moulent menu.

    Et voilà faite, voilà faite, ô peuple ;
    et voilà faite, voilà faite la chanson. -


    [1] Les agents du fisc dont l'uniforme est vert.

    [2] Les ménétriers bretons ont pour sièges des barriques vides.

    [3] Cité dans les notes de 1845 et 1867 annexées à la Prédiction de Gwenc'hlan.

    [4] Cf. strophes 8 et 14 de la Conversion de Merlin.

    FIRST MILLER

    1. Bretons, let us all make a song, O gay!
    Bretons, let us all make a song.
    On Low Brittany, we won't be long, O!

    - O, come and listen, and listen, all of you;
    Here is a song to listen to. (twice)
    -

    2. Men of Low Brittany have made, O gay!
    A pretty cradle finely inlaid, O!

    - O, come and listen, etc.

    3. Finely with ivory inlaid,
    With gold and silver nails at its head O!

    4. That gold and silver nails adorn,
    But as they rock it, they sigh and mourn O!

    5. They are rocking it and heave sighs.
    Sour tears are pouring from their eyes O!

    6. Bitter are the tears that they shed:
    The child in it, the child is dead O!

    7. It's dead and it died long ago;
    But they rock it on and sing low O!

    8. They rock it on and rock it on.
    I fear their common sense is gone O!

    9. Reason and common sense they've lost.
    Their boat against the rocks was tossed. O!

    10. Bretons, for you there are in store
    Only regrets. At heart you're sore O!

    11. Remembering how things were before,
    Remembering the days of yore O!

    SECOND MILLER

    12. In olden times one did not hear
    Flocks of strange green birds cawing here O!;

    13. Green birds of the Tax Collection, [1]
    Gaping mouths full of presumption O!

    14. With taxes overflowed their vaults,
    Neither on tobacco, nor salt O!

    15. And salt and tobacco now cost,
    Two times as much as in years past O!

    16. We did not, all over the place,
    See the accursed excise men race O!

    17. Race as if to drink to the dregs,
    The cider that's left in our kegs O!

    18. On every barrel duties are paid
    Save those on which pipers have played O! -[2]



    FIRST PILLAOUER (ragman)

    19. Our youths were not, in former time,
    To fight afar, sent in their prime O!

    20. In alien lands, and sure to be
    Killed, far from Lower Brittany O!.

    FIRST PLOUGHMAN

    21. In Lower Brittany there were
    Men in their manors to defend her O!

    22. Now to the table's upper end
    The manor's cowherd did ascend O!

    23. When a poor to the manor came,
    To turn him off would have been a shame O!

    24. The lady would fetch from the chest
    A pouchful of meal for her guest O!

    25. If you were hungry, she gave bread.
    If you were ill, some drugs, instead O!

    26. Now the bread and the drugs are done
    And the poor the manor do shun O!;

    27. With their heads held down they go 'way.
    Dogs at the gate hold them at bay O!;

    28. They're afraid of the dogs thap leap
    Onto them while their mothers weep O!

    SECOND PLOUGHMAN

    29. The year she became a widow.
    Was to my mother a year of woe O!

    30. For the nine children she had born,
    She had no bread and had no corn O!

    31. - Those who may give, for sure will give;
    I just have to go where they live O!

    32. There's a foreign lord in the manor
    God keep him in wealth and honour O!

    33. - Good day, Master of the manor,
    Be good, I ask you a favour O!

    34. Would you be so good, as I said,
    As to give my children some bread O?

    35. To my nine children give something,
    For three days they have been fasting O!

    36. When he heard it, the newcomer
    Has said to my hapless mother O!

    37. - Don't tread my threshold with your clogs,
    Or I unleash on you my dogs O! -

    38. She was afraid and went away.
    And she was weeping on her way O!

    39. Oh, how she wept, the poor woman:
    - Now, what shall I give my children O? ?

    40. My poor children, when they humbly
    Implore: "Mother, we are hungry O!"

    41. She knew not where she was going,
    Since her eyes were overflowing O!

    42. She did not pray to God in vain:
    She met the lord of the domain O!

    43. The lord of manor Pratuloh,
    Had gone doe-hunting to Wood Loh O!

    44. Had gone doe-hunting to the Wood.
    His bay charger before them stood O!

    45. - Why do you cry, my dear, tell me
    If I could help you let me see O?

    46. - I cry on my hapless children,
    For I have no bread to give them O!

    47. - Do not cry, my dear, good woman;
    Here, for you, money to buy some O.-

    48. God's blessing be upon this lord!
    He is a man, upon my word O!

    49. Even if it should be to death
    I'd follow him, upon my faith O!

    THIRD PLOUGHMAN

    50. These are good folks who lend an ear
    And for one's standing do not care O!

    51. To all standings they lend an ear
    And comfort whoever sheds tears O!

    FOURTH PLOUGHMAN

    52. They treat their tenants decently,
    Do not dismiss them abruptly O!

    53. As new landowners often do
    Keen on making their wealth accrue, O!

    54. Disregarding, in doing so,
    That they are sure to Hell to go O!

    FIFTH PLOUGHMAN

    55. They would never make sell and clear
    Their tenants' house from bed and gear O!

    SECOND PILLAOUER

    56. They never would stoop so far down
    As to fine beggars with a crown O!

    57. A crown to make good for their cows
    Browsing there where they used to browse O!

    THIRD PILLAOUER

    58. They would not prohibit hunting;
    When they hunt they have you coming O!

    SIXTH PLOUGHMAN

    59. What they owe, they pay, every bit.
    Their word is as good as a writ O!

    60. They never behave niggardly:
    The disease of the new gentry O!

    SEVENTH PLOUGHMAN

    61. The new landlords are harsh, that's true.
    The old ones better than the new O!

    62. The old ones, though fiery-tempered,
    To the peasants were good-hearted O!

    63. The old ones, unfortunately!
    Are rare compared to formerly O!

    64. Many a man is an ill-doer,
    Rare those who are good to the poor O!

    THIRD PILLAOUER

    65. The poor will be poor forever
    Devoured by the town dweller O!

    FIRST MILLER

    66. And yet as an old saying goes
    «On worst soil soon the best wheat grows O! [3]

    67. When the old kings have come back home,
    To rule the land, each on his throne O!»

    68. The olden kings are back by now.
    Not the olden times, anyhow O!

    69. The olden times never came back.
    We are a misled, hapless pack O!

    70. A hapless pack, we've been deceived!
    In bad soil may thrive no good seed O!

    71. The world got harsher, quite a bit;
    There is no use denying it O!

    72. Only lunatics could suppose
    That ravens would turn into doves O!

    73. Who could expect lily flowers
    To spring off from roots causing scours O!

    74. Who could expect glittering gold
    From the buds on trees to unfold O! [4]

    75. Off the high trees nothing falls down
    Save withered leaves all around O!

    76. Withered leaves, off tree and shrub,
    With new leaves hidden in each bud O!

    77. Withered leaves, golden or fawn,
    For the poor to make their bed on O!

    78. Dear poor, herein is your solace:
    Your eider quilt will be flawless O!

    79. Instead of a bed of bracken,
    An ivory bed in Heaven O!

    SECOND MILLER

    80. On the eve of the Pardon day,
    This song was made and straight away O!

    81. By twelve songbirds on the same perch
    Who danced on the knoll near the church O!

    82. Three of us gather rags and shreds,
    Seven sow rye, two grind for breads O!

    O come and listen and listen, all of you!
    We've made this song, earnest and new! -


    Transl. Christian Souchon (c) 2007

    [1] The inland revenue officials wore a green uniform.

    [2] Breton pipers used to be perched on empty casks when they played.

    [3] Quoted in the notes appended in 1845 and 1867 to the Prediction of Gwenc'hlan.

    [4] See stanzas 8 and 14 of Merlin's conversion.



    Brezhoneg

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    Résumé
    "Ar roueoù goz zo distroet, an amzer goz n'he-deus ket graet".
    "Les anciens rois sont revenus, l'ancien temps, lui, ne l'est pas".
    Malgré la Restauration le sort des paysans bretons est resté pitoyable: traqués par les agents du fisc, contraints de faire leur service militaire loin de la Bretagne, ignorés de la nouvelle aristocratie qui ne remplit plus son devoir de soutien des pauvres, ils ne croient plus aux promesses d'une vie meilleure dans ce monde et m'espèrent plus qu'en l'autre monde. L'enfant mort dans le berceau ce sont leurs illusions perdues...
    Pour changer, le commentaire qui suit reproduit mot à mot, pour l'essentiel, l'argument et les notes de La Villemarqué. On verra ainsi qu'il était un prosateur de grand talent.

    La profession de foi de La Villemarqué (Argument)
    "Les regrets patriotiques que nourrissent encore les plus énergiques des Bretons modernes, principalement parmi le peuple des montagnes [foyer de Chouannerie], ne se traduisent plus guère aujourd’hui qu’en rustiques effusions ; l’esprit national qui portait les pères à la révolte ne fait plus insurger les fils, mais il les maintient dans une sorte d’opposition contre le présent. Il ne s’est pas encore allié chez les paysans, comme chez les Bretons des classes supérieures, aux idées larges et élevées qu’ont partout éveillées les progrès de la haute civilisation [Quelques années plus tard, ces idées allaient conduire à la révolution de Février 1848 qui mettait fin au règne de Louis-Philippe et inaugurait la IIème République]. Le flambeau de ces idées n’éclaire pas encore d’un jour vrai, pour les montagnards, les ruines croulantes d’un passé qu’ils apprécient moins bien que leurs compatriotes instruits, en les aimant autant : grâce aux bienfaits d’une instruction donnée avec intelligence, discernement et patriotisme, et adaptée à leur idiome, à leurs croyances et à leurs mœurs, ils pourraient bientôt allier eux-mêmes les lumières aux sentiments. En attendant cette union désirable, ils conservent une partie des idées nationales de leurs ancêtres, moins toutefois l’espoir de les réaliser.
    Les hommes qui ont assez vécu pour:
  • assister aux dernières luttes des libertés bretonnes contre l’autorité royale [1720: Pontcallec), 1764: La Chalotais, procureur général du parlement de Rennes s'oppose au représentant du roi, le gouverneur d'Aiguillon];
  • ceux qui ont défendu leurs autels et leur foyer contre la tyrannie révolutionnaire [1793: Les Chouans];
  • ceux qui ont résisté au despotisme impérial [1804: exécution de Cadoudal];
  • ceux dont les ministres de la Restauration [1815 -1830] ont payé le sacrifice par l’ingratitude, et la fidélité par la plus odieuse défiance, en arrachant de leurs mains des armes rougies d’un sang versé pour la royauté.
    Cette masse de mécontents, trompée dans ses espérances, et qu’impatiente le joug nouveau de la loi générale [en ce qu'elle est souvent la négation des franchises garanties par l'Edit d'union perpétuelle], entretient dans le cœur du paysan des montagnes, par les récits traditionnels, par les conversations journalières et par les chants nationaux, le vieil esprit patriotique.
    J’ai eu occasion de voir par moi-même, il y a peu d’années, quel enthousiasme donne au peuple, comme le remarque un ancien auteur, le souvenir de l’indépendance primitive."

    Le Pardon de Notre-Dame des Portes
    ND des Portes, ancien ossuaire réutilisé aujourd'hui comme sacristie."C'était la veille de la fête de Notre-Dame du Porzou [Notre-Dame des Portes à Châteauneuf-du-Faou], si vénérée dans les montagnes Noires. Plusieurs des pèlerins, accourus à grandes journées de toutes les parties de la Basse Bretagne, se trouvaient réunis, à table, dans une métairie, au fond de la vallée, où ils devaient passer la nuit. J’y fus conduit par un jeune paysan de mes amis, neveu de [nos] métayers. La conversation roulait sur le temps passé, la dureté des impôts, la misère présente, et était fort animée [ces sujets sont toujours d'actualité, et pas seulement en Basse-Bretagne!].
    Le souper fini, les pèlerins quittèrent la table ; douze d’entre eux sortirent, et, passant la rivière, ils gravirent la montagne opposée, au sommet de laquelle s’élève la chapelle patronale, et allèrent danser aux chansons, suivant la coutume, sur le tertre, jusqu’à la nuit. Le lieu et l’heure eussent été choisis à dessein qu’ils n’eussent pas mieux convenu aux sentiments sous l’impression desquels les avait laissés leur conversation. Derrière eux, la chapelle aux murailles blanches, avec son cimetière sombre, ses tombes au milieu des herbes, ses mille petites croix en bois noir, ses grands ormeaux pleins de mystère et d’ombre ; son reliquaire isolé, aux ogives festonnées de lierre, dont les vertes draperies, légèrement soulevées par le vent, laissent entrevoir les os vénérés des ancêtres" [La chapelle actuelle date de 1892, le reliquaire-ossuaire existe encore (cf. illustrations)]; au fond de la vallée, le pont, aux parapets duquel s’appuyaient des mendiants assis dans la poussière, étalant a l’œil des passants leurs plaies ou leurs membres difformes ; la rivière [l'Aulne], comme eux plaintive, baignant d’un côté la montagne, de l’autre des prairies bordées d’un sentier serpentant, comme un long ruban de satin blanc, au milieu du gazon ; au loin, pieds nus, le bâton à la main, dans les costumes les plus variés de couleur et de forme, des pèlerins harassés de fatigue, se découvrant le front et s’agenouillant aussitôt qu’ils voyaient les murs blancs de la sainte chapelle apparaître a travers les arbres ; pour horizon enfin, la chaîne arrondie des Montagnes Noires, dont le soleil couchant dorait le pic le plus élevé, couronné de bois sombres, en colorant au loin, de ses derniers rayons, les eaux fuyantes de la rivière."

    Les citations du premier meunier
    Le passage qui suit qui décrit la genèse collective d'une gwerz est un morceau d'anthologie souvent repris dans les textes qui traitent des ballades populaires bretonnes. Comme toujours, des esprits méfiants sont d'avis qu'il pourrait s'agir d'une affabulation au motif qu'eux-mêmes n'ont jamais été témoins d'un tel processus de création spontanée.
    On peut, effectivement, être troublé par la présence dans ce texte, dès 1839, de citations tirées,
  • l'une (cf. note 3 ci-dessus) du Barzhaz de 1839, qui l'attribue à Guiclan, et dont La Villemarqué affirme à tort qu'elle est tirée du dictionnaire de Le Pelletier (c'est en fait une citation de Kerdanet qui, chose étonnante, se retrouve réellement dans le Gwynglaff redécouvert en 1924!);
  • l'autre (cf. note 4 ci-dessus) de "La légende celtique" de La Villemarqué, publiée en 1859 et reprise dans le chant du Barzhaz, la "Conversion de Merlin", en 1867 (ce qui sera signalé dans une note ajoutée, à cette date, au présent chant).

    Comme ces deux citations sont faites par le premier meunier dont il est dit qu'il
    "était le plus célèbre chanteur de noces des montagnes", on peut admettre, avec scepticisme, il est vrai, qu'il émaille son propos de dictons de ce genre.
    Dans une lettre adressée à son cousin, Camille de La Villemarqué indique que Clémence Penquerc'h, la fille d'une des chanteuses citées dans les "Tables" se souvenait en 1907 du chant "La prédiction de Guiclan". M. Donatien Laurent en conclut
    "Je crois plus probable, pour ma part, qu'il ait existé à Nizon un chant -ou peut-être des fragments de vers enchâssés dans un récit en prose- à caractère prophétique et rattaché au nom de Guiclan ou quelque autre nom approchant...Les bribes de son histoire qui survivent dans la tradition bretonne, tant orale qu'écrite , s'accordent pour en faire un prophète d'un type bien connu dans les littératures celtiques insulaires, le correspondant de Merlin le sauvage."

    La complainte du second laboureur
    Quant aux vingt couplets chantés par le second laboureur, ils résument un autre chant, collecté par Luzel et publié dans les Gwerzioù I, page 80, en 1867: "La Pauvre veuve" ainsi que par de Penguern, "La Veuve de Tonquédec" (B.N. t.III, f°102). On remarque que dans ces deux pièces il n'est dit nulle part que le propriétaire au coeur de pierre soit un étranger au pays et que le rôle du comte de Pratuloh auquel la famille Hersart était apparentée y est tenu par un ange. Francis Gourvil dans son "La Villemarqué", page 483, en conclut:
    "Ainsi les naïfs couplets de "La pauvre veuve", convenablement traités, pouvaient servir la conception aristocratique du Barzaz-Breiz et exprimer des sentiments xénophobes dont le peuple breton et sa littérature orale, pas plus que sa littérature écrite n'ont jamais témoigné."

    Composition collective d'une gwerz
    Pardon de ND des Portes par P.Sérusier (1864-1927), peintre 'Nabi' qui vécut à Châteauneuf à partir de 1893
    "Ce soleil près de disparaître, image d’un autre soleil qui se couche aussi, lui, pour ne plus se lever ; cette terre sacrée qu’ils foulaient, ces tombes des aïeux morts le fer à la main, cette nature triste et sublime parlait-elle au cœur des montagnards, ou leur émotion venait-elle seulement de la conversation animée à laquelle ils avaient pris part ? Je ne sais, mais elle était forte ; et, comme toutes les grandes passions des races primitives, elle se traduisit instinctivement en une de ces chansons de danse improvisées, véritable ballade antique, malheureusement trop rares aujourd’hui.
    Un maître meunier, qu’on me dit être le plus célèbre chanteur de noces des montagnes, menait le branle et la chanson; pour collaborateur, il avait son garçon meunier, sept laboureurs, et trois chiffonniers ambulants.
    Sa méthode de composition me donna une idée exacte de celle des improvisateurs bretons.
  • Le premier vers de chaque distique de la ballade une fois trouvé, il le répétait à plusieurs reprises;
  • ses compagnons, le répétant de même, lui laissaient le temps de trouver le second, qu’ils reprenaient pareillement après lui.
  • Quand un distique était achevé, il commençait généralement le suivant par les derniers mots, souvent par le dernier vers de ce distique, de manière que les couplets s’engrenaient les uns dans les autres.
  • La voix ou l’inspiration venant à manquer au chanteur, son voisin de droite poursuivait ; à celui-ci succédait le troisième; puis le quatrième continuait, et tous les autres ainsi de suite, à tour de rôle, jusqu’au premier, à qui la chaîne recommençait.
    Comparant les Bretons trompés dans leurs espérances à un père devenu fou qui berce en chantant son enfant mort depuis longtemps [strophes 1 à 11], le maître meunier des montagnes débuta de la sorte:" (suit la gwerz).

    La société rurale de Basse Bretagne (Notes)

    "Ainsi chantaient les montagnards, se tenant par la main, et décrivant perpétuellement un demi-cercle de gauche à droite et de droite à gauche, en élevant et baissant a la fois leurs bras en cadence, et sautant à la ritournelle.
    J’ai déjà fait observer dans l’introduction de ce recueil que la plupart des chants populaires se composent de cette manière en collaboration, Une conversation a ému les esprits ; quelqu’un dit : « Faisons une chanson de danse ! » et l’on se met à l’œuvre. Le tissu, résultat de l’impression de tous, a naturellement de l’unité, mais il est varié : chacun y brode sa fleur, selon sa fantaisie, son humeur et sa profession. Ces nuances de caractère se distinguent facilement dans la pièce qu’on vient de lire.
  • Le pilhaouaer, qui court le monde sur sa méchante haquenée, sait combien est amer le pain de l’étranger, et il accuse la loi sans cœur d’envoyer les enfants des montagnes mourir loin du pays natal [strophes 19 et 20].
    Il fréquente les villes ; il va y vendre ses chiffons; il sait ce qu’ils lui ont coûté de peines à recueillir et ce qu’on les lui a payés ; et il accuse les bourgeois [strophe 65].
    Il a ouï dire en voyageant qu’un spéculateur étranger, Anglais ou Allemand, attiré dans les montagnes Noires par l’appât des terres en friche [strophes 52 à 54],
    a fait verbaliser sans pitié contre la vache du pauvre errant au milieu des bruyères [strophes 56 et 57],
    ou contre le chien du paysan à la poursuite d’un sanglier qui dévaste les champs des laboureurs voisins ; et il accuse encore [strophe 58].
  • Le domanier, chassé de l’héritage de ses pères, dont il se croyait propriétaire incommutable parce qu'il le possède de temps immémorial, et que les anciens chefs de clan ne songeaient pas à l’en bannir [strophes 62 à 64];
    celui qu’on va en expulser, ou qui a vu le nouveau maître venir, la loi française en main, ordonner de sortir à un de ses parents [strophe 55].
  • Le fermier ruiné, au terme du payement, par son propriétaire, auquel les traditions de la famille et du pays n’ont pas encore appris la maxime bretonne : « Qui n’est que juste est dur» [strophes 59 et 60].
  • Le fils au cœur reconnaissant de la veuve brutalisée par l’impitoyable acquéreur [strophes 29 à 41];
  • Le garçon meunier, homme positif et rieur, qui ne regrette le vieux temps que parce qu’on avait alors le sel, le tabac et le cidre à meilleur marché, qui prend toute chose par la pointe, nargue les oiseaux verts, se moque des maltôtiers [strophes 12 à 18];
    et vient, fidèle à son métier et à son caractère, terminer la pièce par un compte [strophes 80 à 82];
  • Enfin le maître meunier, ce chorégraphe rustique, si supérieur de toute manière à ses compagnons, lui aussi regrettant avec eux le passé, avec eux pleurant sur le présent, mais plein d’une résignation sublime et mettant son espoir ailleurs : — tous ces paysans victimes de la légalité qui tue, maudissent et bénissent tour-à-tour la main blanche ouverte ou fermée [strophes 21 à 28].

    Un jour viendra, sans doute, où les esprits se calmeront. Alors la loi sera moins rigoureuse, l’homme des villes moins exigeant, l’étranger naturalisé moins dur, l’habitant des campagnes lui-même plus pénétré du sentiment de ses devoirs et de ses droits. Tout cœur qui bat pour son pays doit souhaiter ce progrès moral. Le temps seul pourra le réaliser complètement, mais il est du devoir de l’homme de lui venir en aide."

    L'intervention du Comte Jégou du Laz
    Château de Pratulo Des efforts généreux, couronnés du succès, ont déjà été tentés pendant ces dernières années. Les anciens propriétaires du sol se sont crus obligés de donner l’exemple. Un d’eux, celui-là même dont la chanson qu’on vient de lire fait un si juste éloge, M. le comte Jégou du Laz de Pratuloh [strophes 42 à 51], arrêta par son influence une sédition moins légitime dans ses motifs, mais qui aurait pu devenir aussi déplorable dans ses conséquences que celle dont l’explosion ensanglanta, au quinzième siècle, la paroisse de Plouié. Cette anecdote est curieuse, même au point de vue de l’histoire; on me permettra de la citer."
    Suit une histoire embrouillée dans laquelle le comte essaye d'arrêter une émeute de paysans contre un notaire qui avait "abusé de l'autorité de son nom" pour congédier des "domaniers". Les émeutiers avaient obtenu, en molestant les gendarmes, que le notaire se rétracte par écrit. Le rôle du comte dans cette affaire fut bien modeste: il empêcha qu'on sonne le tocsin pour grossir les rangs des insurgés et expliqua à quelques manifestants que leur papier obtenu sous la menace n'avait aucune valeur. Ses interventions auprès de la justice semblent n'avoir eu que peu d'effets: quatre meneurs qui, selon le comte,
    "méritaient d’être punis", furent jetés en prison "pour l’exemple et pour faire comprendre la loi".
    Il rencontra peu après le notaire qui se perdit en remerciements:
    "sans son ingénieuse et puissante intervention, il étais ruiné ou tué par ses domaniers."
    Ce à quoi le comte répondit
    "Mon devoir...m’obligeait à défendre la propriété et les propriétaires."
    L'aristocratie bretonne se trouve, selon La Villemarqué, investie d'une mission éducative:
    "qu’ils soutiennent, en les éclairant, leurs frères des classes populaires ; qu’ils les rendent meilleurs en les rendant heureux. Si les révolutions les ont dépouillés de quelques vains titres, ils en acquerront de réels à l’estime des honnêtes gens."

    Est-il besoin de préciser que la version allemande du Barzhaz publiée en 1859 par Hartmann et Pfau et qui reprend mot pour mot l'ensemble des commentaires de La Villemarqué, n'a pas jugé bon de traduire cette édifiante défense et illustration du paternalisme aristocratique?

    Le comte Joseph-François-Bonabes Jégou du Laz (1783-1851)
    Il avait grandi, privé de ses parents, et subi comme tant de jeunes aristocrates les vicissitudes de la révolution. Après un riche mariage, le jeune officier put acquérir, en 1806, le château de Pratulo et l'immense propriété qu'il consacra sa vie à aménager et à exploiter. Cette vie industrieuse est citée en exemple par la Comtesse du Laz, auteur de la Généalogie de la maison Jégou du Laz (Vannes 1897) et le site du château de Pratulo en Cléden-Poher (a-pratulo.com/historique/) précise qu'il acheta notamment deux péniches pour remonter le sable calcaire de la rade de Brest, ce qui a permis d’introduire l’assolement triennal et faire de cette région une riche région d’élevage.
    Seule ombre à cet idyllique tableau: nommé commandant de la garde nationale de l'arrondissement de Châteaulin, il fut élu membre du conseil général du Finistère et devint maire de Cléden-Poher jusqu'en 1830. A la révolution de Juillet, son attachement aux Bourbons, lui valut d'être emprisonné pendant trois mois à Rennes. Après quoi il renonça à la politique.
    Le vieux château, avait été bâti en 1420 par un Douglas, proche parent du roi d’Ecosse de l’époque, un Stuart. Comme on l'a dit, ses descendants, les Muzillac, furent contraints de le vendre en 1806 aux Jégou du Laz qui le reconstruisirent en 1906. Ce château brûla en 1946 et sa restauration, commencée en 1992 est aujourd'hui achevée.
    On peut supposer que son jeune frère Eugène (1788-1874) est le héros du chant O kanañ war al lenn, consigné page 275 du 1er carnet de Keransquer.
  • Résumé
    "Ar roueoù goz zo distroet, an amzer goz n'he-deus ket graet".
    "The olden kings are returned, the olden times are not".
    In spite of the Restoration of the Bourbon Monarchy in France (1815) the fate of the Breton country folks remains pitiable: Hunted down by the Inland revenue officials, forced to discharge their military duties far from Brittany, despised by the new gentry who disregard their social liabilities towards the indigent, they don't hope for a better life except in the other world. The dead child in the cradle symbolizes their lost illusions ...
    To make a change, most of the comments below are the word by word copy of the "Argument" and "Notes" composed by La Villemarqué. They highlight his outstanding proficiency as a prose writer.

    La Villemarqué's political creed
    "The old national consciousness still felt by the most ardent modern Bretons, especialy the Mountain dwellers [the area where the Breton Chouan uprisings broke out] is vented nowadays only in outbursts of rustic anger, if ever. If it had prompted the sires to revolts, it does no longer make rise their sons, but keep them reluctant to accept the present social order. It did not yet assimilate, among the country folks as it did among the Bretons in the upper classes, the large and lofty ideas generated by progress and improved civilization. [A couple of years later, the same ideas were to trigger off the February 1848 Revolution, the overthrow of king Louis-Philippe's regime and the institution of the Second French Republic]. The flaming torch of these ideas has not yet thrown a true light on the rubbles of a past which the Mountaineers, unlike their educated fellow countrymen, tend to embellish, when they claim to be so fond of it. Thanks to the beneficial action of cleverly dispensed education, taking into account their national consciousness, as well as their national idiom, their beliefs and their habits, they would soon be able to merge enlightenment with their own feelings. But for the time being, they are bound and tied to part of their ancestors' national creed, though they have mostly given up hope that it would materialize.
    Those who have lived long enough to:
  • witness the last struggles of the Bretons in defence of their liberties against the king's rule [1720: Pontcallec; 1764: La Chalotais, General Attorney of the Rennes parliament opposing the king's lieutenant, Governor d'Aiguillon];
  • defend their religion and their homes against the revolutionary tyranny [1793: the Chouans];
  • resist imperial despotism [1804: execution of Cadoudal];
  • experience the most hateful ingratitude and distrust with which the Restoration ministers [1815-1830] have requited their sacrifice and loyalty, when they tore from their hands their arms still stained with blood spilt for the monarchy,
    these dissatisfied crowds whose hopes were deluded and patience harassed out by the yoke imposed on them by the state's law [which often is contrary to the franchises embodied in the Perpetual Union Act], maintain in the Mountaineers' lore, every day's talks and folk songs, the old patriotic consciousness.
    I happen to have been an eyewitness, some years ago, of such burst of enthusiasm in these people, due to the memory of their ancient independence, as an old author puts it."

    The Pardon of Our Lady of the Doors
    ND des Portes, ancien ossuaire. Sacristie  aujourd'hui
    "It was on the eve of the feast of Our Lady of Porzoù [Notre-Dame-des-Portes (Our Lady of the Doors) at Châteauneuf-du-Faou], whose statue is so revered in the Black Mountains.
    Several of the pilgrims that had gathered on long walking days from all parts of Lower Brittany, were sitting, in the valley, at the dinner table of a farm where they were to stay overnight. I had been led there by a country boy who was a friend of mine: [our] tenant farmers' nephew. The topics of the spirited talks were the good old times, the insufferable taxes, the present utter destitution [topical subject matters, even today, not only in Lower Brittany!]
    After dinner, the pilgrims left the table and twelve of them went out, crossed the river and climbed up the opposite hill to the top where the pilgrimage chapel stood and they set dancing there, as is common in such cases, until sunset.
    If the place and the time had been chosen on purpose, they would not have be more attuned to the impressions left on them by their previous conversation: As a background, the chapel with its whitewashed walls, the dark churchyard around it, the thousand graves, overgrown with weeds and topped by small black wood crosses, the tall elm trees, full of mystery and darkness; the reliquary with its lancet arches festooned with ivy that formed a green curtain gently moving in the wind and uncovering piles of hallowed relics [the reliquary still exists: see opposite picture. But the present chapel was built in 1892]; in the valley, below, the bridge, with beggars sitting on it in the dust, leaning on the parapets, so as to display their wounds and infirmities to the passers-by; the river [the Aulne], as doleful as these poor people, watering on one side the hill, on the other side green leas limited by a winding path, that looked like a long white satin ribbon uncoiled amidst the lawn; in the distance exhausted, barefooted pilgrims, in most various attires, all different in shape and colour, that came leaning on their staffs and took off their hats and knelt down, as soon as they spied behind the trees the white walls of the holy chapel; the horizon was closed by a line of rounded hills, the Black Mountains, whose highest summit, covered at the top by dark woods, was gilded by the sunset that coloured with its last light the swift waters of the river."

    The sayings quoted by the first miller
    The following passage, telling of people teaming up to compose a gwerz, is a piece of anthology often quoted in texts about Breton folk ballads. As usual, distrustful critics suggest that we might be fooled by a fable, since they themselves never could witness such spontaneous collective creation in progress.
    And really, it is confusing to find in this text, as from the 1839 edition, two excerpts:
  • from the 1839 Barzhaz on the one hand (see note 3 above), a prophecy ascribed to Guiclan and allegedly copied from Le Pelletier's dictionary (in fact it is quoted by La Villemarqué after Kerdanet, but astonishingly it also appears in the "Gwynglaff" rediscovered in 1924!);
  • from "The Celtic legend" published in 1859 by La Villemarqué on the other hand (see note 4 above), a saying that will find its way into "Merlin's conversion", a new piece included in the 1867 Barzhaz release (as hinted at by a foot note later appended, in the same edition, to the present song).
    But since both quotations are put in the mouth of the first miller who was allegedly "
    the most famous wedding singer in the Mountains", there is a (faint!) possibility that he would pepper his lyrics with like quotations.
    In a letter sent to her cousin, Camille de La Villemarqué states that Clémence Penquerc'h, daughter to one of the singers listed in the "Tables", remembered in 1907 the song "Guiclan's prophecy". M. Donatien Laurent concluded: "
    I consider it probable that a song circulated in the Nizon area, - or, maybe, fragments of poetry inserted into a prose narrative - with prophetic character and connected with the name "Guiclan" or some like name... Shreds of his history are still extant in Breton tradition, both oral and written, and they agree in making of him a special kind of prophet, well-known in Britain's Celtic literature, the counterpart of "Wild man Merlin".

    The lament sung by the second labourer
    As for the twenty stanzas, sung by the second labourer, they sum up another song, collected by Luzel who published it in his "Gwerzioù I", page 80, in 1867: "The poor widow", and by de Penguern, "The Tonquédec Widow" (B.N. t.III, f°102). It is remarkable that in neither version is there mentioned that the harsh landowner is a stranger or a foreigner, and that the role imparted to Count Pratuloh to whom La Villemarqué's family was related is played by an angel. Francis Gourvil in his "La Villemarqué", page 483, concludes:
    "Thus the naive verses of "The poor Widow", deftly worked out, were made to echo the aristocratic views of the Barzaz-Breiz and express a xenophobia you would look for in vain in the oral or written literature of the Breton people."

    How people teamed up to compose a "gwerz"
    Fête-Dieu à Châteauneuf-du- Faou par P.Sérusier
    "The sun was near to set, recording another sunset that would be followed by no sunrise: did the hallowed soil they trod, the graves of their Chouan progenitors who fell fighting, this dull but sublime nature speak to the souls of these Mountaineers; or was it the mere feeling aroused by their previous spirited conversation? I don't know, but it was a keen feeling. And as great passions in uncouth races always do, it instinctively expressed itself in one of those extempore dancing songs, one of those true antique ballads that have become so rare nowadays.
    A master miller, allegedly the most famous wedding singer in the Mountains, was the dance and song leader. His helpers were his apprentice, seven ploughmen and three wandering ragmen.
    His composing method gave true insight in that of Breton improvisers in general.
  • The first line of each distich, once found, was repeated by him several times.
  • His companions would repeat it as well, so that he could at leisure ponder on the second line that they repeated after him, too.
  • Once a distich was finished, he often would begin the next with the last words of the previous, so that the stanzas overlapped.
  • Whenever a singer was short of voice or inspiration he was relieved by his right hand side neighbour; the latter was followed by the third singer; then the fourth went on singing and so forth.

    All of them would sing until it was again the first singer's turn.


    Their song compares the Bretons deceived in their expectations with a father turned mad who rocks a cradle containing a child that's dead since long [stanzas 1 to 11].

    Rural society in Lower Brittany (Notes)
    "Thus sang the Mountaineers, holding each other by the hand and moving to and fro in a half-circle, whereby they raised and lowered their arms rhythmically and took a leap at each refrain.
    I already mentioned in the Introduction to this collection that most folk songs are composed in the same collective way: Minds were upset by a conversation; someone said: "Let us make a dancing song!" and they set to work. The fabric resulting from everybody's printing is both plain and many-coloured. Everybody embroiders it with their own flower attuned to their fancy, humour and calling. These shades of character are easily detectable in the above poem.
  • The pilhaouaer (ragman) travels the world on his nag and well he knows how hard it is to feed on transient bread and he reproaches the government with sending afar the Mountaineers' sons to death in foreign wars [stanzas 19 and 20].
    He often dwells in towns where he sells his rags. He knows the difficulty of collecting them and what they will pay for them and he accuses the middle class [stanza 65].
    He heard, on his trips, of a foreign speculator, an Englishman or a German, tempted by the many patches of fallow land in the Mountains [stanzas 52 to 54],
    who brought a suit against a poor whose cow had browsed his heath land [stanzas 56 and 57],
    or against a farmer whose dog was chasing, on his property, a boar that had devastated his own fields. And again he accuses [stanza 58].
  • The crofter who was driven off from his father's estate which he thought was his inalienable property, since it had been in his enjoyment from time immemorial and the old clan chieftains never had imagined they might dismiss him [stanzas 62 to 64],
    either because he was the one who was banned, or because he saw the new landowner brandish the French civil code and evict one of his relatives [stanza 55].
  • The farmer who was ruined after he had paid the rent to a landlord who never heard of the local saying to the effect that "If you just are just you'll be harsh" [stanzas 59 to 60],
  • The good-hearted son of the widow that was ill-used by a pitiless new owner [stanzas 29 to 41],
  • The apprentice miller, a practical man and a joker who misses the time gone-by only because salt, tobacco and cider were then less expensive. He looks at things from a critical point of view, scoffs at the green birds, i.e. the tax men [stanzas 12 to 18]
    and, pursuant to his calling and his frame of mind concludes the piece with a sort of muster-roll [stanzas 80 to 82].
  • Last, but not least, the master miller, the rustic dancing master, outclassing in every way his fellow singers. He too misses the olden times, he too deplores the present times, but in his sublime resignation, he places his hopes in Heaven: - all these folks, that are the victims of fateful lawfulness, curse and bless alternately the rich man whose white hand is now open, and now closed [stanzas 80 to 82].

    Some day, to be sure, everyone's mind will cool down. Then law will be less rigorous, the town dweller less exacting, the naturalized foreigner less greedy, the country dweller himself more conscious of the liabilities that are the counterpart of his rights. Every loyal patriot should strive for this moral progress. This is a thing that only time is able to achieve, but it is also man's duty to give a helping hand."

    Count Jégou du Laz's intervention
    Généalogie des Jégou du Laz
    "Successful endeavours were already made by generous men in the years past. Old-established landowners made a point of giving a good example. One of them, who is so justly praised in the present song, Count Jégou du Laz de Pratuloh [stanzas 42 to 51], put an end by his ascendancy over the country folk to a sedition less justified in its motives, but possibly more harmful in its consequences than the uprising that bathed in blood, in the 15th century the parish Plouié. This anecdote is piquant, even from a historical point of view, and I'd like to recount it:"
    Follows an intricate story: The count tries to stop a riot of peasants against a solicitor who had "taken advantage of his (i.e. the Count's) name and position" to dismiss "crofters". The rioters had obtained, after they had manhandled the constables, that the solicitor withdrew his summons in writing. The part played by the Count in this case was, in fact, a limited one: he prevented the insurgents from sounding the tocsin, which would have increased their number. He also explained to a few of them that a written declaration, if forcibly exacted, has no legal value. His intercession on their behalf had apparently no considerable effect: four agitators who had, in the count's opinion,
    "deserved a punishment" were imprisoned "as an example, to educate and make law understood".
    The Count encountered, after a few weeks, the solicitor who couldn't stop thanking him
    "for his ingenious and powerful intervention but for which he would have been ransacked or killed by his crofters." The Count answered: "It was my duty...to defend property and landowners." The Breton gentry was, in La Villemarqué's view, vested with an educational mission.: "Let them back up and enlighten their brethren in the lower class: let them make them better, while they make them happy. If the successive revolutions deprived them of some meaningless titles, let them be really entitled to the esteem of honest people."

    No need to say that, for instance, the German version of the Barzhaz, published in 1859 by Hartmann and Pfau, which gives a rather exhaustive account of La Villemarqué's comments, did not deem necessary to translate this edifying defence and illustration of aristocratic paternalism.


    Count Joseph-François-Bonabes Jégou du Laz (1783-1851)
    Bereft of his parents he had grown up, as so many a young aristocrat, experiencing the vicissitudes of the French revolution. After a rich marriage, this young officer could buy, in 1806, the Castle Pratulo and the enormous estate around it, of whose exploitation he made his lifetime's business. This industrious existence of his is presented as an example by Countess du Laz, the authoress of the "Genealogy of the House Jégou du Laz" (Vannes 1897), while the site dedicated to Pratulo near Cléden-Poher Castle (a-pratulo.com/historique/) informs us, among other facts, that the Count bought two barges to convey chalky sand gathered up in the Bay of Brest, for land reclamation purposes which made of his estate a rich cattle-breeding area.
    There is a fly in the ointment: appointed as commander of the National Guard of Châteaulin District, and elected as a member of the ruling council of the département Finistère, he was the Mayor of Cléden-Poher until 1830. When the July revolution broke out, his loyalty towards the Bourbons, earned him three months imprisonment in Rennes. After which he definitely gave up any political engagement.
    The old castle had been erected in 1420 by a named Douglas, a close relative to the then Stuart king of Scotland. As mentioned above, his successors, the Muzillacs, were forced to sell it away, in 1806, to the family Jégou du Laz who rebuilt it in 1906. The castle was destroyed by fire in 1946. It was restored as from 1992 and the works are completed by now.
    We may assume that his younger brother Eugène (1788-1874) is the hero of the song O kanañ war al lenn, recorded on page 275 of the 1st Keransquer copybook.




  • Bleunioù Mae Ar goulenn