La demande en mariage

Wooing ceremonial

Dialecte de Haute Cornouaille



  • Première publication dans la première édition du Barzhaz de 1839.
  • Peut-être chanté par Anaïc (Anne-Marie) Olivier, épouse Delliou (n°3, 1768-1845) de Kerigasul en Nizon, selon l'indication de Mme de La Villemarqué dans la "Table A": "Les chants de noces et du printemps sont presque tous d'Anaïk Olivier de Kerigasul-Nizon". Mais elle cite ensuite "le courtil, le jardin, la pomme, la ceinture" et aucun de ces titres ne convient au présent chant.
  • Pas d'équivalent dans les manuscrits de Keransquer.
  • D'autres chants de demande en mariage sont cités par La Villemarqué dans l'"argument" du chant (qui ne comporte pas de "notes"):
    - "Un manuscrit du 16ème siècle, possédé par un riche paysan de Trégourez";
    - une version française du précédent par Brizeux, publiée par Cambry (1799) dans son "Voyage dans le Finistère" et reproduite par Souvestre. On y voit les deux poètes rivaux se prétendre des réincarnations de grands personnages: Samson, Moïse, Théocrite, Virgile. La Villemarqué, citant les "Myvyrian archaeologiae", y voit une réminiscence de l'antique poète gallois, Taliesin qui croyait à la métempsychose. Il lui empreinte sa conclusion "Le savoir vaut mieux que la force" (Comprenez "Théocrite vaut mieux que Samson").
    - Un chant attribué par l'Abbé Guillerm à l'Abbé Henry traite du même sujet: 'Diviz evit goulenn...'.
  • First published in the 1839 first edition of the Barzhaz.
  • Maybe sung by Anaïc (Anne-Marie) Olivier, wife of Delliou (n°3, 1768-1845) from Kerigasul near Nizon, as stated by Mme de La Villemarqué in "Table A": "Nearly all songs about wedding and spring time were sung by Anaïk Olivier from Kerigasul-Nizon". But then she lists "the yard, the garden, the apple, the girth" and none of these titles matches the present song.
  • No equivalent in the Keransquer copybooks.
  • Other wooing songs are mentioned by La Villemarqué in the "argument" to the song (which is not followed by "notes"):
    - "A manuscrit from the 16th century, owned by a rich Trégourez farmer";
    - a French translation of the same song by Brizeux, published by Jacques Cambry in his "Voyage dans le Finistère" (1799), as well as by Souvestre. In this piece the two rivaling poets pretend to be reincarnations of great figures: Samson, Moses, Theocritus, Virgil. La Villemarqué, who quotes the "Myvyrian archaeologiae", considers it a reminiscence of the Welsh poet, Taliesin who believed in metempsychosis. He borrows from this author his conclusion "Knowledge takes precedence over strength" (i.e. "Theocritus is preferable to Samson").
    A song ascribed by the Abbé Guillerm to Abbé Henry deals with the same subject: 'Diviz evit goulenn...'.


  • Mélodie -Tune
    (Mode hypodorien, noté en si mineur dans le Barzhaz)

    Français English
    Le "Bazvalan"

    1. Au nom du Père tout-puissant,
    Et du Fils et de l'Esprit Saint,
    Qu'en ce logis, le bonheur soit
    Présent, plus qu'il ne l'est chez moi!

    Le "Breutaer"

    2. Mais qu'y a-t-il, mon bon ami?
    Et pourquoi cet air si contrit?

    Le "Bazvalan"

    Dans mon colombier nous gardions,
    Une colombe et un pigeon;

    3. Voilà que l'épervier descend,
    Aussi rapide que le vent,
    Il effraye ma tourterelle,
    Laquelle s'enfuit. Où est-elle?.

    Le "Breutaer"

    4. Je te trouve bien attifé
    Pour un homme tant accablé:
    Et tes cheveux blonds sont peignés
    Comme pour un bal, on dirait.

    Le "Bazvalan"

    5. Mon ami, ne vous gaussez point.
    Ma colombe est-elle encor loin?
    Et je n'aurai l'âme apaisée
    Tant que je ne l'aurai trouvée.

    Le "Breutaer"

    6. Ton doux oiseau, nul ne l'a vu,
    Ni ton beau pigeon blanc non plus.

    Le "Bazvalan"

    7. C'est un mensonge que tu dis:
    Des passants l'ont vue par ici.
    Elle volait vers ton jardin
    Elle est dans ta cour, je crois bien.

    Le "Breutaer"

    8. Ton bel oiseau, nul ne l'a vu
    Ni ton beau pigeon blanc non plus.

    Le "Bazvalan"

    9. Mon pigeon est près du trépas
    Si son amie ne revient pas.
    Il mourra mon pauvre pigeon...
    Ouvre-moi la porte, voyons!

    Le "Breutaer"

    10. Halte! L'on n'entre pas, l'ami.
    Je vais aller voir, reste ici...

    Dans le courtil je suis allé.
    De colombe n'ai point trouvé,

    11. Mais des fleurs, et en quantité:
    Des lilas et des églantines
    Et surtout une rose fine
    Dans un recoin de l'espalier.

    12. Si tu veux, je vais la quérir.
    Elle saura te divertir.
    Il revient en tenant une petite fille par la main.

    Le "Bazvalan"

    13. Ah qu'elle est jolie! Certes telle
    Qu'il convient à ce coeur blessé!
    Si mon pigeon était rosée
    Il s'en viendrait tomber sur elle.

    14. Et si je grimpais au grenier,
    Pour voir si elle y est entrée?

    Le "Breutaer"

    15. Ah, tu me mets au désespoir!
    Bien, je vais moi-même aller voir.

    Il revient avec la maîtresse de maison.
    Je reviens de dessous les combles
    Et n'ai point trouvé de colombe.

    16. Mais j'ai trouvé cet épi d'or
    Abandonné, seul à son sort:
    A ton chapeau suspends-le donc,
    En guise de consolation.

    Le "Bazvalan"

    17. Autant de grains à cet épi,
    Qu'à ma colombe de petits
    Qu'elle cachera sous son aile,
    Pelotonnés tout autour d'elle...

    18. Il faut que j'aille voir au champ.

    Le "Breutaer"

    - Halte, l'ami, pas maintenant!
    Tu salirais tes beaux souliers.
    Non, laisse-moi donc y aller...

    Il revient avec la grand'mère
    Pas de colombe, là non plus.

    19. Sauf cette pomme qui t'attend.
    - Elle est ridée depuis longtemps -
    Sous son arbre et parmi les feuilles
    Nul besoin n'était qu'on la cueille.

    20. Que le pigeon puisse y goûter.
    Il ne gémira plus après.

    Le "Bazvalan"

    21. Mon ami, merci de tout coeur.
    Même ridé, je suis sincère,
    Ce fruit garde sa bonne odeur.
    Mais de pomme je n'ai que faire,

    22. Ni d'églantine, ni d'épi.
    Ce qu'il me faut, je vous l'ai dit
    Je m'en vais le chercher moi même.

    Le "Breutaer"

    23. Mon Dieu! Que cet homme est têtu!
    Viens avec moi! Viens donc l'ami
    Ton oiseau blanc n'est pas perdu
    Et c'est moi-même qui l'ai mis

    24. Dans ma chambre, dans une cage
    D'ivoire, grillagée d'argent
    C'est là toute gaie qu'elle attend
    Toute parée et toute sage.

    Traduction Christian Souchon (c) 2007
    The "Broom staff"

    1. Hail to our Father in heaven,
    The Son, the Holy Ghost, Amen!
    May peace and luck upon you be
    More than was awarded to me!

    The "Litigant"

    2. My friend, you look so dull and stern.
    What gives you this mien of concern?

    The "Broom staff"

    In my dovecote I had a dove
    And a pigeon. Both did I love.

    3. The hawk to them has taken wing
    Swift as a gush of wind in spring.
    My little dove was so afraid.
    Nobody knows wither she fled.

    The "Litigant"

    4. You're dressed in the latest fashion,
    Yet overwhelmed by affliction?
    Your fair hair is trimmed so neatly
    As if for a dancing party!

    The "Broom staff"

    5. Friend, don't laugh when I want to whine!
    Say, did you see this dove of mine?
    On me nothing could joy confer,
    As long as I am missing her.

    The "Litigant"

    6. Your little dove I have not seen.
    No more than the pigeon you mean.

    The "Broom staff"

    7. No, my young boy, no use to lie!
    The dove was seen by passers-by:
    She was flying towards your birch
    And in your yard she came to perch.

    The "Litigant"

    8. I have not seen your little dove
    Nor the pigeon you told me of.

    The "Broom staff"

    9. My pigeon, I'm sure, is done for
    If he lost her for evermore.
    O yes, my pigeon is done for...
    Let us have a look through the door!

    The "Litigant"

    10. Stop! There's for you no trespassing.
    You stay here, while I am looking...

    Well! To the yard I have just been.
    But there was no dove to be seen,

    11. It just flows over with posies
    With briar roses and daisies.
    And there's a sweet rose above all,
    Down in the corner of a wall.

    12. If you want, I'll pick her for you.
    To cure you she will nicely do...
    He comes back leading the bride's little sister by the hand.

    The "Broom staff"

    13. How pretty! Very apt indeed
    To fill with joy a heart in need!
    If my pigeon were morning dew
    He would drop on it, that's too true!

    14. But I'll climb up to the corn loft:
    Flies there many a time and oft.

    The "Litigant"

    15. Oh no, you are driving me mad!
    I'm climbing, if you rather had.

    He comes back with the housewife
    Now I have been to the attic:
    There's no dove there, you, lunatic!

    16. But I have found this ear of wheat
    That's fallen off a sheaf: a treat!
    You might pin it onto your hat
    A thing to rejoice a young brat!

    The "Broom staff"

    17. May it have as many offspring
    As will my dear dove have fledgelings
    Under her wings, within her nest
    Snuggling up to her, at their best...

    18. Now I want to inspect the field.

    The "Litigant"

    My friend I advise you to yield.
    Your pretty shoes would just be spoiled.
    Allow mine, not yours, to be soiled.

    He comes back with the grandmother
    I have found no dove there either.

    19. But all I found was this apple
    Covered with wrinkles and dappled,
    Under the tree, among dry leaves.
    You may pocket it, I believe.

    20. Give your pigeon a bit to peck
    That's the best way his grief to check!

    The "Broom staff"

    21. This is easily understood:
    Though wrinkled, apples remain good
    And for a long time fragrant. Still
    Eat apples is not what I will.

    22. Nor briar roses, nor wheat ears.
    I must find again my dear dove.
    She must be here. I'm sure thereof.

    The "Litigant"

    23. O my God, is this chap clever!
    Come with me, come, I surrender.
    Your white wee dove is found again.
    I must admit that I retain

    24. Her in my room within a cage
    Of ivory in sweet bondage.
    There she awaits you, fair and frail:
    Let's the marriage bonds now prevail!

    Transl. Christian Souchon (c) 2007


    brezhoneg

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    La demande en mariage se faisait par l'intermédiaire d'un messager porteur d'une branche de genêt fleuri et qu'on appelait le "bazvalan" (bâton de genêt). La jeune fille est "défendue" par un "breutaer" (avocat) et ,entre les deux hommes se déroule une joute chantée qui est le thème de cette chanson. Le breutaer propose au bazvalan d'emmener avec lui une petite soeur, puis la mère, puis la grand-mère de la future épousée. Devant l'insistance du bazvalan, il va enfin chercher la vraie "petite colombe, toute gentille, toute belle et magnifiquement parée"
    Un chant attribué par l'Abbé Guillerm à l'Abbé Henry traite du même sujet: 'Diviz evit goulenn...'.
    Wooing was performed by a go-between, whose insignia were a branch of broom and who was called therefore the "bazh valan" (broom staff). The girl was "defended" by a "breutaer" (advocate, litigant). Between the two a sung battle of wits took place which is embodied in the present song. The "breutaer" suggests to the "bazhvalan" he would take home a little sister, then the mother, then the grandmother of the bride. Yielding to the bazvalan's stubbornness, he consents at last to go and fetch the true" little dove, fair and frail and richly trimmed ..."
    A song ascribed by the Abbé Guillerm to Abbé Henry deals with the same subject: 'Diviz evit goulenn...'.




    An amzer dremenet Ar Gouriz