La Ceinture

The Girth

Dialecte de Haute Cornouaille


  • Première publication dans la première édition du Barzhaz de 1839 (2ème tome).
  • Chanté par Anaïc (Anne-Marie) Olivier, épouse Delliou (n°3, 1768-1845) de Kerigasul en Nizon, selon l'indication de Mme de La Villemarqué dans la "Table A": "Les chants de noces et du printemps sont presque tous d'Anaïk Olivier de Kerigasul-Nizon". Et elle cite ensuite "le courtil, le jardin, la pomme, la ceinture".
  • Pas d'équivalent dans les manuscrits de Keransquer.
  • Pas d'équivalent dans les autres collections.
  • First published in the 1839 first edition of the Barzhaz (2nd book).
  • Sung by Anaïc (Anne-Marie) Olivier, wife of Delliou (n°3, 1768-1845) from Kerigasul near Nizon, as stated by Mme de La Villemarqué in "Table A": "Nearly all songs about wedding and spring time were sung by Anaïk Olivier from Kerigasul-Nizon". And, really, she lists "the yard, the garden, the apple, the girth".
  • No equivalent in the Keransquer copybooks.
  • No equivalent in other song collections.


  • Mélodie - Tune
    (Mode hypophrygien)

    Français English
    1. J'ai remarqué
    parmi le pré
    Une cavale joyeuse. O!

    - Fais ce que dois
    Pour ta maison fais un toit,
    Fais-le bien, c'est pour toi! -


    2. Et ne songeant,
    tableau charmant,
    Qu'à s'ébattre en la prairie. O!!

    - Fais ce que dois, etc.

    2. Qu'à paître l'her-
    be grasse et ver-
    te ou bien boire à la rivière. O!

    3. Par le chemin
    à passer vint
    Un cavalier, fort bel homme O!

    4. Bel et bien fait,
    à l'air enjoué
    D'or et d'argent sa casaque O!

    5. La jeune enfant,
    en le voyant,
    Demeura tout interdite O!

    6. Puis s'approchant
    tout doucement,
    Tend le col à la barrière O!

    7. Le cavalier
    a caressé,
    sa tête et tendu la sienne O!

    8. Pour lui donner,
    un doux baiser.
    Elle s'en trouva bien aise O!

    9. Voyant cela,
    il l'a brida,
    Et puis lui passa la sangle. O!

    Fais ce que dois, etc.

    Trad. Christian Souchon (c) 2007
    1. One day I saw
    in a meadow
    A little and joyful mare O!

    - Whatever you
    Are up to do, do it well,
    Be't for you or for sale! -


    2. Thought of nothing
    but frolicking
    Up and down, about the green O!

    -Whatever you, etc...

    3. Grazing the pas-
    ture's fat, green grass
    Drinking water from the brook O!

    4. On the path, yon-
    der, passed a young
    Horseman, right handsome and fair O!

    5. Handsome and fair.
    On his cloth glared
    Buckles of silver and gold O!

    6. So that the mare
    stopped to stare
    At him, was taken aback O!

    7. The little mare
    timidly dared
    Proffer her neck o'er the hedge O!

    8. The horseman came,
    fondled her mane
    And then bent his head to hers O!

    9. And after this
    gave her a kiss:
    She found she was very pleased O!

    10. Put on her neck
    the bridle yet,
    Then laid around her the girth O!

    -Whatever you, etc...

    Transl. Christian Souchon (c) 2007


    brezhoneg

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    Résumé
    La ceinture jouait un rôle dans le cérémoniel de mariage.
    Quand le "bazvalan", après sa joute avec le "breutaer", introduit le fiancé dans la maison, le père de famille remet à ce dernier une sangle de cheval qu'il passe à la ceinture de sa future tandis que le Breutaer chante ce qui précède.
    La cavale de la chanson est naturellement la jeune mariée.

    Questions de bienséance
    Dans l'édition de 1839, la chanson se terminait par cette strophe:

    Ha war he gorre 'ma pignet
    Ha gantañ en-deus he kaset.

    (Et il est monté sur son dos
    Et les voilà partis tous les deux.)

    En 1845, sans doute pour ne pas offusquer son public, La Villemarqué omet cette strophe. Dans le poème Merlin le Barde la même cause avait produit le même effet: suppression (à la strophe 116) d'une métaphore un peu leste.
    Dans le même ordre d'idées, la "note" qui fait suite au poème en 1839, décrit comme suit une cérémonie qui a lieu à la sacristie:
    "...Le prêtre prend dans le même panier une bouteille de vin, en verse quelques gouttes au mari, qui boit et passe la coupe à sa femme".
    Cette description devient beaucoup plus majestueuse:
    "...en verse dans un hanap d'argent un bon coup au mari, qui boit, et passe le hanap à sa femme".

    Une seule notation vraiment choquante demeure inchangée dans les trois éditions:
    "La fiancée paraît sur le seuil de la porte, les bras entourés d'autant de galons d'argent qu'elle reçoit de mille livres en dot."
    On peut voir dans cette pratique l'ancêtre du code-barres. Il est vrai que l'habitude d'afficher la réussite sociale des familles lors des mariages a encore de beaux jours devant elle et que ces cérémonies continuent d'être placées sous l'invocation de Saint Fauchon et Saint Hédiard (à Paris s'entend)!

    On remarquera que les onomatopées du refrain dans la langue originale ont bel et bien un sens!

    Les rituels de mariage de Basse-Bretagne
    A partir de 1867, dans ses "notes", La Villemarqué cite un missel de l'église de Léon, imprimé en 1526, qui donne les paroles prononcées par le prêtre, lors de la bénédiction des époux:
    Aotrounez, graet eo ganeomp an embannoù teir wech an tud-mañ.
    Ha c'hoazh e reomp evit, mar d'eus den a oufe ampechman na gallfe an eil kavout egile e dimezi, e lavaro!
    (Messieurs, nous avons fait trois fois les publications des personnes ici présentes. Nous les faisons encore afin que quiconque connaissant un obstacle à ce mariage le proclame!)
    Les assistants ayant répondu:
    N'ouzomp nemet mat (nous ne savons rien que de bien), le prêtre joint les mains des époux en disant:
    C'hwi... ha c'hwi ...a diougan an eil d'egile derc'hel kompagnonezh leal en sakramant a briedelezh, e yec'hed hag e c'hleñved, beteg ar marv, evel ma z'eo gant Doue gourc'hemennet ha gant an iliz ordonnet.
    (Un tel et une telle, vous promettez de vous tenir l'un à l'autre fidèle compagnie dans le sacrement de mariage, en santé comme en maladie, jusqu'à la mort, comme il a été commandé par Dieu et ordonné par l'Eglise.)
    Lorsqu'on leur remet les anneaux, les époux répètent après l'officiant:
    Gant ar bizou-mañ e zimezañ dit hag am c'horf ez enorin hag am madoù e vezo kevrann hag enebarzh, evel ma z'eo kustum ar vro.
    (Par cet anneau, je m'unis à toi. De mon corps je t'honorerai et tu auras à mes biens part et douaire, selon la coutume du pays.)
    Puis on rentre à la maison pour le festin de noces.

    Le role du barde
    Les trois éditions décrivent par le menu le banquet de noces qui a lieu dans des chambres pavoisées de draps blancs ornés de bouquets et de guirlandes, tels qu'on en voit sur un tableau de Séruzier.
    La Villemarqué insiste sur le role imparti au poète, au barde, dans la cérémonie nuptiale. Il y voit un héritage d'un lointain passé: le poète gallois Dafydd Ap Gwilym (1315-1350) ne nous apprend-il pas que son union fut bénie par son ami, le barde Madog Benfras (1320-1360; selon l'orthographe "bretonne" de La Villemarqué, "Madoc Penvraz")? Sauf que cela n'apparaît pas dans l'élégie ("marwnad") qu'Ap Gwilym consacre à son ami. Notons à ce propos que les deux poètes se sont réciproquement dédiés des éloges funèbres, si bien qu'on ne saurait dire qui est mort le premier! Peut-être que la source où La Villemarqué a puisé ce renseignement était le recueil apocryphe "Barddoniaeth (poèmes de) Daydd Ap Gwilym", 1789, où l'éditeur Edward Williams, alias Iolo Morganwg, avait instillé beaucoup de ses propres inventions, comme il le fit ensuite dans la "Myvyrian Archaeology" et dans "Y Greal" (le Graal). Plus convaincant semble-t-il, aurait été le rapprochement avec le chant Merlin le Barde où ce personnage est appelé à bénir le mariage!

    Symbole d'asservissement ou réminiscence païenne?
    Dans le recueil gallois des "Mabinogion" (dont le plus ancien manuscrit connu date de 1325 mais qui existe sans doute depuis plus longtemps), on trouve l'étrange histoire de Rhiannon, la femme de Pwyll (que la 1ère partie de l'histoire nous montre distançant tous les cavaliers). On l'accuse d'avoir donné naissance à un poulain et on lui inflige une bizarre punition: elle devra, sept années durant, se tenir près de la poterne du château et raconter son histoire à qui voudra l'entendre. Elle devra en outre proposer à tous les visiteurs se rendant à la cour de les porter sur son dos. La seule explication est de voir là la réminiscence d'une ancienne déesse -jument païenne, laquelle survit peut-être dans le rituel de mariage breton.

    Résumé
    The girth was instrumental in the wedding ritual.
    When the "bazvalan" after his sung duel with the "breutaer" leads the bridegroom into the house, the head of the family gives the latter a horse girth for him to lay round his betrothed's waist, while the "breutaer" sings the song above.
    Of course the young mare in the song is the bride.

    A matter of propriety
    In the 1839 edition the song ended with this stanza:

    Ha war he gorre 'ma pignet
    Ha gantañ en-deus he kaset.

    (And he climbed upon her back
    And off they were, the two of them.)

    Lest he should shock his audience, La Villemarqué discarded this last stanza in the 1845 edition. In the poem Merlin the Bard, the same causes had the same consequences and, in stanza 116, a risqué joke was left out.
    Similarly, in the "notes" following the poem in the 1839 edition the description of a ceremony taking place in the sacristy read thus:
    "...the priest took from the basket a bottle of wine and poured out a few drops for the husband who reached the glass to his wife".
    In the later editions the same description has become much more majestic:
    "... he pours into a silver lidded goblet a glassful of wine for the husband who drinks and reaches the goblet to his wife".

    Only one really shocking mention remains unchanged in all three editions:
    "The bride appears on the threshold. Her arms are adorned with as many silver stripes as there are thousands of pounds in her dowry."
    Barcode may, consequently, be considered as a Breton invention. But displaying one's social status on the occasion of a wedding is a practice that won't be given up so soon. For this reason, many a Parisian wedding is still celebrated under the invocation of Saint Fauchon or Saint Hédiard (two famous luxury caterers).

    The burden of the song is remarkable: it is a Breton tongue twister making sense!

    Wedding rituals in Lower Brittany
    As from 1867, in his "notes", La Villemarqué quotes, out of a missal of the Leon Church, printed in 1526, the ritual blessing words pronounced by the priest:

    Aotrounez, graet eo ganeomp an embannoù teir wech an tud-mañ.
    Ha c'hoazh e reomp evit, mar d'eus den a oufe ampechman na gallfe an eil kavout egile e dimezi, e lavaro!
    (Gentlemen, the banns for these two were published three times. We reiterate them once more so that whoever knows of any obstacle to this union may proclaim it!)
    After the congregation have answered:
    N'ouzomp nemet mat (Of them we know nothing but good), the priest puts the hands of the couple together and says:
    C'hwi... ha c'hwi ...a diougan an eil d'egile derc'hel kompagnonezh leal en sakramant a briedelezh, e yec'hed hag e c'hleñved, beteg ar marv, evel ma z'eo gant Doue gourc'hemennet ha gant an iliz ordonnet.
    (You... and you... pledge one another faithful company in the sacrament of marriage, be it in health or in malady, until your death, as it is commanded by God and ordered by the Holy Church.)
    When they are given their rings, bride and bridegroom repeat after the priest:

    Gant ar bizou-mañ e zimezañ dit hag am c'horf ez enorin hag am madoù e vezo kevrann hag enebarzh, evel ma z'eo kustum ar vro.
    (By this ring I bind myself to you. I shall honour you with my body and my goods of which you shall have part and dower, as is custom in this country.)
    Then everybody repairs to the house where the gala feast will be held.

    The role played by the bard
    All three editions describe in minute details the wedding banquet that takes place in a hall hung with white sheets whereon posies and garlands are pinned, as we see on a painting by Séruzier.
    La Villemarqué lays stress on the role imparted in these proceedings to the poet, the bard. He considers it an inheritance of the past: the Welsh poet Dafydd Ap Gwilym (1315-1350) tells us that his union was blessed by his friend, bard Madog Benfras (1320-1360; in La Villemarqué's "bretonizing" spelling, "Madoc Penvraz"). However, this is not mentioned in the elegy ("marwnad") Ap Gwilym wrote to his friend. Speaking of elegies, both poets composed elegies to each other, and it is uncertain which of the two died first. Maybe the source of La Villemarqué's quotation were the spurious "Barddoniaeth (poems of) Daydd Ap Gwilym", 1789, that the publisher Edward Williams, alias Iolo Morganwg, entwined with many of his own inventions, as he did in the "Myvyrian Archaeology" and "Y Greal". More convincing would have been the comparison with the song Merlin the Bard where the said Merlin is made to bless the wedding!

    A symbol of bondage or heathen reminiscence?
    In the Welsh "Mabinogion" (whose earliest known manuscript dates back to c. 1325 but must have existed for a long time before that), we find the strange story of Rhiannon, Pwyll's wife (who in the 1st part of the story is shown outrunning any horse). She is accused of giving birth to a foal and is imposed therefore a bizarre punishment: she has to remain for seven years near the gate of the castle, to tell her story to anyone who wants to hear it, and to offer to carry guests to the court on her back. The only explanation is that she is the reminiscence of some pagan horse goddess who, maybe, also survives in the Breton wedding ritual.




    Ar goulenn An Daol