La chanson de table

The Table Song

Dialecte de Haute Cornouaille


  • Première publication dans la première édition du Barzhaz de 1839 (2ème tome).
  • Peut-être chanté par Anaïc (Anne-Marie) Olivier, épouse Delliou (n°3, 1768-1845) de Kerigasul en Nizon, selon l'indication de Mme de La Villemarqué dans la "Table A": "Les chants de noces et du printemps sont presque tous d'Anaïk Olivier de Kerigasul-Nizon". Et elle cite ensuite "le courtil, le jardin..."qui pourraient faire allusion à la strophe 9 du présent chant.
  • Deux équivalents dans les manuscrits de Keransquer:
    - Itron Varia a Blevin, pp.26-28 dont La Villemarqué s'est fidèlement inspiré.
    - Janedik An Titon, pp. 12-14: il s'agit d'une autre histoire, l'enlèvement d'une jeune fille par des hommes d'armes (ou des merciers). La Villemarqué a utilisé les vers 1-4 et 9-14.
  • Chant souvent collecté:
    - publié en recueil par:
    . Luzel dans "Sonioù", 1er tome (1890), "Fransoizic ha Pierric", (Plestin); "Er gêric wenn traon ar mene", (Huelgoat, 1872, déjà publié dans "Annales de Bretagne I", 1886, pp.203-205).
    . Laterre, dans "Kanaouennoù Breiz Vihan": "Dalc'hit ho sac'h hag an eri (Carhaix).
    - publié dans un périodique par:
    . Abbé F. Cadic, "Paroisse Bretonne", janvier 1924, "Ketan biskoah moe groet er lez (Guern, Pluméliau).
  • First published in the 1839 first edition of the Barzhaz (2nd book).
  • Possibly sung by Anaïc (Anne-Marie) Olivier, wife of Delliou (n°3, 1768-1845) from Kerigasul near Nizon, as stated by Mme de La Villemarqué in "Table A": "Nearly all songs about wedding and spring time were sung by Anaïk Olivier from Kerigasul-Nizon". And, really, she lists "the yard, the garden...", perhaps alluding to stanza 9 of the song at hand.
  • Two equivalents in the Keransquer manuscripts:
    - Itron Varia a Blevin, pp.26-28 which La Villemarqué has accurately followed.
    - Janedik An Titon, pp. 12-14: which recounts another story, the abduction of a girl by horsemen (or haberdashers). La Villemarqué used lines 1-4 and 9-14.
  • This song was collected:
    - and published in song collections by:
    . Luzel in his "Sonioù", 1st book (1890), "Fransoizic ha Pierric", (Plestin); "Ar gêric wenn traon ar mene", (Huelgoat, 1872, already published in "Annales de Bretagne I", 1886, pp.203-205).
    . Laterre, in "Kanaouennoù Breiz Vihan": "Dalc'hit ho sac'h hag an eri (Carhaix).
    - or published in a periodical by:
    . Abbé F. Cadic, "Paroisse Bretonne", January 1924, "Ketan biskoah moe groet er lez (Guern, Pluméliau).


  • Mélodie -Tune
    (Mode hypodorien)

    Français English
    1. - O Notre Dame de Plévin,
    En rêve, du soir au matin,
    Et le matin à mon lever,
    Je vois s'élever la fumée

    2. De la cheminée de la belle
    Qui me fait une peine telle.
    Qu'il faut que j'aille, où qu'elle soit,
    Lui parler encore une fois! -

    3. Loïzaïk Alan, en chantant,
    Conduisait ses vaches au champ.
    Au champ neuf elle les menait
    En chantant un air enjoué.

    4. Sa coiffe blanche relevée,
    Ses yeux bleus, ses cheveux dorés,
    Sa joue rose et ses traits charmants.
    Jetaient à ses pieds les galants.

    5. Etant juchée sur l'échalier
    Pour libérer l'entrée du pré,
    Descendant la route, elle vit
    Piarik, son amoureux transi.

    PIARIK

    6. - O ma douce, vous avez l'âge
    Qu'on vous demande en mariage;
    Répondez-moi comme, naguère,
    Fit votre mère à votre père!

    LOIZAIK

    7. - Je répondrai, certainement.
    Vous demandez si poliment!
    Aussi ne mentirai-je point:
    Je me marie jeudi prochain.

    8. Sur la place de mon village,
    Des artisans sont à l'ouvrage:
    Qui font des tables et des bancs
    Pour jeudi, quand viendront les gens.

    9. Car mes noces ont lieu jeudi:
    Et vous venez trop tard, pardi!
    Un autre a semé, l'autre jour,
    Dans mon jardin, la fleur d'amour.

    PIARIK

    10. - Mais c'est moi qui l'avais semée
    Et vous l'en avez arrachée.
    Quand même elle serait flétrie,
    Mon pauvre cœur ne l'est pas, lui.

    11. Et il vous aime autant. C'est pour-
    Quoi je pense à vous nuit et jour.
    Par la serrure votre haleine,
    Quand je dors, réveille ma peine.

    12. J'ai bien passé cinquante nuits
    A votre insu, devant votre huis,
    Battu par la pluie, par le vent.
    Mes habits en sont ruisselants.

    13. Trois paires de souliers que pour
    Vous et pour vous faire la cour,
    J'usai. Voici la quatrième!
    Et je ne sais pas si l'on m'aime!

    LOIZAIK

    14. - Mon dernier mot? Vous y tenez?
    Partez! Entre les trois sentiers
    Menant chez vous, il faut choisir
    Et ne jamais plus revenir! -

    15. Piarik reprit sa route alors,
    L'air aussi triste que la mort:
    - Du bouleau je pensais cueillir.
    C'est du coudrier pour finir!. (*)

    (*) La strophe 15 a été ajoutée à partir de l'édition de 1845.

    Traduction Christian Souchon (c) 2007
    1. - Our Holy Lady of Plevin,
    All through the night I see in dream,
    Even when I get up early,
    I still see my sweetheart's chimney.

    2. Out of her chimney I see smoke.
    She 's the fair lass that my heart broke.
    Now I must go and see her for
    I have to speak to her once more. -

    3. Little Louise Alan does sing
    As she drives her cows that morning.
    Driving her cows to the new lea,
    Little Louise Alan sings gaily.

    4. She has cocked up her white headdress.
    Blue-eyed, fair-haired, she's a princess.
    Her cheek shines like a briar rose...
    But she turns out whoever woos.

    5. Now she makes the fence-ladder low
    To open the gate for the cows
    When she perceives her suitor Pete
    Walking that way along the street.

    PETE

    6. - My sweet angel, I come to you
    With a purpose in mind: to woo.
    Will you give me the good answer,
    As did your mother your father?

    LOUISE

    7. - I'll give you my answer, laddie,
    Since you ask me so courteously.
    I think that it's no use lying:
    On next Thursday is my wedding.

    8. In my town, on the market square,
    Craftsmen work for me. They prepare
    Tables and stools for the party
    To sit on, on coming Thursday.

    9. Thursday which is my wedding day
    You see, you come with great delay.
    Another sowed, be sure thereof,
    In my garden the flower of love.

    PETE

    10. - I made the flower of love sprout.
    It's you who have taken it out.
    And if the flower was sent to wilt
    My heart is unchanged, believe it.

    11. I love you, I love you in spite
    Of all, think of you day and night.
    Your breath through the keyhole will creep
    In, to wake me up when I sleep.

    12. I spent fifty nights at your gate,
    - You did not know-, early and late,
    Was so beaten by rain and wind
    That my clothes never stopped dripping

    13. I have worn out three pairs of shoes
    Since I've set in my head to woo.
    The pair I have on is the fourth
    But I still don't know your last word.

    LOUISE

    14. - If you want to hear my last word,
    Listen well! Twice it won't be heard:
    There are three paths, lead to your home
    Choose one. Never again you come! -

    15. And Peter went back home again
    His mind possessed by woe and pain.
    - I hoped I'd get birch twigs and wed
    But I got hazel twigs instead! (*)

    (*) Stanza 15 was added as from the 1845 edition

    Tranl. Christian Souchon (c) 2007


    brezhoneg

    Cliquer ici pour lire les textes bretons.
    For Breton texts, click here.


    Chanson, coudrier et soupe au lait
    Le chant ci-dessus faisait partie de ceux que l'on chantait lors du banquet de mariage.

    Dans certains cantons de Cornouaille, si une jeune fille agréait le jeune homme qui lui faisait la cour, elle lui offrait une branche de bouleau; si elle le refusait, un rameau de coudrier (le nom du coudrier "kelvez" signifierait "koll-wez", arbre de la défaite)

    A compter de l'édition de 1845, une note décrit succinctement, puis en 1867 par le menu, la cérémonie de la soupe au lait. On trouvera des explications à ce sujet à propos du chant "La ceinture de noces et le chant lui-même en cliquant ici.

    Son et gwerz
    "Dans l’avant-propos du tome II de ses « Gwerziou », M. Luzel écrivait en 1874 :
    «J’en ai fini avec les Gwerzioù ou chants sombres, fantastiques, tragiques, racontant des apparitions surnaturelles, des infanticides, des duels à mort, des trahisons, des enlèvements et des violences de toute sorte: mœurs féodales et à demi barbares qui rappellent les onzième, douzième et treizième siècles, et qui se sont continuées en Bretagne jusqu’au dix-huitième.
    J’arrive à présent aux Sonnioù, où respire un autre ordre d’idées et de sentiments plus tendres et plus humains: chants d’amour, douces élégies, illusions et désillusions, refrains de danse, jeux et rondes enfantines etc. Ce sera, si l’on veut... les danses des pardons, aux sons des binious et des bombardes, les fleurs, printanières des champs et des prés, et les bruyères des landes bretonnes."
    (A. Le Braz: Introduction aux Chansons populaires de la Basse-Bretagne - Sonioù (Poésies lyriques)

    Une distinction parfois délicate
    Dans le cas présent, la chanson de prétendant éconduit présentée par La Villemarqué est, sans hésitation, à ranger parmi les "sonioù". Cependant l'examen du premier carnet de Keransquer montre qu'il s'est inspiré, au moins, de deux chants (cf. version bretonne):
  • de "Notre Dame de Plévin", un marivaudage où la jeune fille finit par agréer le soupirant qui menace de se noyer. Celui-ci se fait alors prier pour revenir. Il s'agit dune "son" qui a fourni à La Villemarqué les couplets 1, 2, 6 et 11 à 14.
  • d'un chant tragique, "Jeanne le Titon" qui est à l'origine des couplets 3, 5, 7 et 8. Des hommes d'armes enlèvent une jeune fille qui était sur le point de se marier. Ce chant a également fourni 2 couplets du "Baron Jaouioz". C'est, sans hésitation une gwerz.

    De la même façon, parmi les chants analogues recueillis par d'autres collecteurs, nous trouvons deux chants de badinage (cruel) chez Luzel ("Sonioù"):
  • La maisonnette blanche, dont l'intrigue est la même que chez La Villemarqué et
  • Françoisette, dans la même collection, où, cette fois, c'est l'homme qui est le prédateur. Le ton se veut comique. Il est, en fait, assez grinçant.
    Dans "La Paroisse Bretonne" (janvier 1924), on a ajouté au même canevas une note fantastique:
  • La Pierre fendue collectée par l'Abbé F. Cadic. L'histoire se termine par une tentative de suicide, suivie de la mort du jeune homme victime d'une coquette.
    L'évocation de son fantôme à la dernière strophe et la précision des indications topographiques font définitivement de ce chant une gwerz.

    On retrouve dans chacun des trois derniers chants les éléments repris par La Villemarqué dans les strophes 11 et 12 de son poème: l'"amoureux transi" au sens propre et le souffle de la belle dormeuse que l'on entend par le trou de la serrure. La "Maisonnette" et la "Pierre fendue" contiennent tous deux la matière des strophes 13 (chaussures usées) et 14 (les trois chemins).

    Seules les strophes 9-10 (le jardin et la fleur d'amour) et 15 (la baguette de coudrier, symbole de rejet du prétendant, ajoutée en 1845) sont absentes de toutes ces sources. Mais il n'y a pas de raison de supposer qu'elles sortent de l'imagination de l'auteur, en particulier la seconde notation que celui-ci commente longuement.
  • Song, hazel twig and milk soup
    Here is a typical wedding table song.

    In some parts of the Quimper district, a girl would offer a wooer a twig of birch as a token of her acceptance, and a twig of hazel-tree in case of refusal. The Breton word for hazel "kol-wez" was supposed to mean "defeat tree".

    As from the 1845 edition, a note describes roughly, then in 1867 in minute detail, the wedding milk soup ceremony. Particulars will be found in the notes concerning the song "The wedding belt and the song itself when clicking here.

    Son and gwerz
    "In the foreword to the II book of his "Gwerzioù", M. Luzel wrote in 1874:
    "With this book I have completed my survey of the Gwerzioù, i.e. the gloomy songs, fantastic or tragic, that recount supernatural apparitions, infanticides, duels to death, treasons, abductions and violence of every sort, reminding of the feudal or half-barbarous ways of the eleventh, twelfth and thirteenth centuries that continued in Brittany until the eighteenth century.
    Now I come to the Sonnioù where another class of ideas inspired by more humane and tender feelings prevail: songs of love, sweet laments, delusion and disillusionment, dancing ditties, children's games and round dances, etc. They may also be the dancing songs played on "binious" (bagpipes) and "bombardes" (oboes) on the "Pardon" feasts. They smell of spring blossoms, of fields and meadows and of the Breton heather."
    (A. Le Braz. Introduction to "Folk songs of Lower Brittany: "Sonioù", Lyric poetry").

    A sometimes tricky distinction
    The present instance of a song on a rejected suitor belongs without doubt into the "sonioù" category where it ranks third in La Villemarqué's book. However it appears that, to compose his poem, he combined, at least, two songs (cf. Breton version):

  • "Our Lady of Plevin", where the bantering girl eventually accepts the suitor who threatens to drown himself. The latter pretends to be reluctant to come back. This "son" provided La Villemarqué with stanzas 1, 2, 6 and 11 to 14 of his poem.
  • A tragic song, "Jeanne Le Titon which inspired stanzas 3, 5, 7 and 8. Troopers abduct a girl who was to marry soon. From this song two stanzas (30 and 31) of "Baron Jaouioz" are also originated. This gloomy story should undoubtedly be considered a genuine gwerz.

    Similarly, among analogous songs gathered by other collectors, we find two (cruelly) bantering songs published by Luzel in his "Sonioù":
  • The white cottage, whose plot is the same as in La Villemarqué's poem
  • Fanny, in the same collection, featuring a man as the "predator". The tone is of pretended playfulness. It is, in fact, a rather grim story.
    In the January 1924 release of the "The Breton Parish in Paris" the story is enhanced by a supernatural hint:
  • Splitrock Pond collected by the Rev. F. Cadic, ends up in an attempt of suicide, followed by the death of the young man, a victim of a coquette.
    The presence of his ghost in the last stanza and the place names accurately mentioned in the story definitely make a gwerz of this song.

    In each of these last three songs we find elements featuring in stanzas 11 and 12 of La Villemarqué's composition: the bashful (and chilled to the bone) lover and the breath of the sleeping beauty perceived through the chamber's keyhole.
    Both "The Cottage" and "The Splitrock Wraith" harbour the matter at hand in stanzas 13 (worn-out shoes) and 14 (the three paths).

    Only stanzas 9-10 (the yard and the flower of love) and 15 (the hazel twig as a token of dismissing, appended in 1845) are missing in all these sources. But there is no reason to assume that they arose from the author's imaginings, especially the later feature which he comments lengthily.




  • Ar gouriz Kan ar Beorien