Kannen Spontailh er Men Feutet

Le fantôme de la Pierre-fendue

The Lament of the Splitrock Wraith

Texte recueilli par l'Abbé François Cadic

Publié dans "La Paroisse Bretonne"
en janvier 1924

Tiré de 'La Paroisse Bretonne'

Mélodie
"Ketañ biskoah boé greit el lez"
Chanté par M. Le Bourlout de Guern et Meliau Le Cam de Pluméliau
Mode Hypolydien. Rythme 6/8

Arrangement Christian Souchon (c) 2012
Source: "La Paroisse Bretonne", janvier 1924
BREZHONEG (Stumm KLT)

KANAOUENN SPONTAILH AR MAEN FAOUTET [1]

1. Kentañ biskoazh 'm boe graet al lez
A oe da verc'h un intañvez; [2]
Trajeri traderi tralanlir,
Trajeri traderi tralanla.


2. Ar plac'h yaouank-hon e doste din
Mez he imor ne blije din.

3. Hi a lare e me c'hare
Me oe ur sod hag he c'hrede.

4. Sod neb a gar heb bout karet.
Evidon-me, me zo traiset.

5. Kant noz marse am-eus kousket
E toull he dor, ne ouie ket.

6. Glav hag avel doc'h-me o pilat
Ken e bilhote va dilhat.

7. Deveradur a-zoc'h an doenn
Deus toullet va zok war va fenn.

8. Ne oa netra va c'honforte
Med an alan (dir)ag he gwele.

9. Med an alan ag he gwele
A zeue din dre toull an alc'hwez.

10. - Tri re boutoù am-eus uzet,
Plac'hig, evit ho tarempred.

11. Me uzefe, sur-mat, ur re
Pa ouifen ho tigarez.

12. - Mard 'eo digarez e red deoc'h,
Kent ma vo pell m'her laro deoc'h.

13. Tri hent a zo e penn va zi:
Kemer't an hent na derot mui!

14. Kemer't-c'hwi gant an izelañ:
Hennezh ho kaso ar pellañ. -

15. Gant 'n hent d'an traoñ e tevalas
Er Maen-Faoutet e erruas.

16. Er Maen-Faoutet p'oa erruet
En dour oa aet triwec'h troatad. [3]

17. Aet eo en dour triwec'h troatad
Triwech aral e ledander.

18. Aet eo en dour beteg e c'houriz.
Tamm ne re 'med soñj ennezhi.

19. Hag eñ lakaet n'e fantazi
Da voned c'hoazh beteg he zi.

20. Pa oe erruet e Pont Kerdisson
Devoe klevet 'r soner e son.

21. Deuet eo unan evit lared
E oar o seniñ d'he eured.

22. Hag eñ retorn d'ar Maen-Faoutet;
D'eus 'n em veuzhet, Doue sikourit!

23. Deuit holl amañ da selaoued
Kannen Spontailh ar Maen-Faoutet!

Transcrit par Christian Souchon
FRANCAIS

LE FANTÔME DE LA PIERRE FENDUE [1]

1. O fille de veuve, avant toi [2]
Je n'avais fait la cour, crois-moi!
Trajeri traderi tralanlir,
Trajeri traderi tralanla.


2. Les avances c'est elle qui
Les fit et m'a ravi l'esprit.

3. Elle disait qu'elle m'aimait...
Sot que j'étais, je la croyais.

4. C'est folie qu'aimer sans retour.
Et elle a trahi mon amour.

5. Cent nuits peut-être j'ai dormi
A son insu, devant son huis.

6. Fouetté par la pluie et le vent,
J'avais bientôt l'air d'un mendiant.

7. Et en s'égouttant du toit l'eau
A fait un trou dans mon chapeau.

8. Mon réconfort: le souffle qui
Me parvenait depuis son lit.

9. Depuis son lit me parvenait,
Passant par le trou de la clé.

10. - De chaussures j'ai bien usé
Trois paires, pour vous courtiser.

11. J'en userais bien volontiers
D'autres si vous vous décidiez.

12. - C'est ma décision qu'il te faut?
Je vais te la donner tantôt:

13. Trois chemins partent de chez moi:
Prends-en un et ne reviens pas!

14. Prends le plus bas des trois chemins
Il te conduira le plus loin. -

15. La côte qu'il a descendue
Menait à la Pierre-Fendue.

16. Entrant dans l'eau s'est avancé
Vers le mitan de dix-huit pieds. [3]

17. De dix-huit pieds vers le mitan,
Puis, au fil de l'eau, tout autant.

18. De l'eau jusqu'aux hanches avait,
Mais sa pensée le poursuivait.

19. Voici qu'il lui vint à l'esprit,
D'aller la voir en son logis.

20. Passant le pont de Kerdisson,
Il entend sonner le bourdon.

21. On sonnait à toute volée
Les noces de sa bien-aimée.

22. A la Pierre-Fendue, pauvre homme,
Il s'est noyé. Dieu lui pardonne!

23. Pierre Fendue, c'est là ton chant,
Et celui de ton revenant.

Traduction Christian Souchon (c) 2012
ENGLISH

THE WRAITH OF SPLITROCK POND [1]

1. For loving I was in no mood,
A widow's daughter till I wooed. [2]
Trajeri traderi tralanlir,
Trajeri traderi tralanla.


2. She first made advances to me.
She was as whims'cal as can be

3. She loved me, or so she said.
I trusted her like a blockhead.

4. Love is requited as a rule
Or it makes you a damned fool!

5. I spent a hundred nights, that's true,
Before her door. She never knew.

6. By rain and wind my skin was flayed.
My clothes were torn to rag and shred.

7. The water pouring from the roof
Has punched my hat: here is the proof!

8. But balsam on my wounds was shed:
Her soft breath that came from her bed,

9. Her breath I heard through the keyhole
Was speaking comfort to my soul.

10. - I have worn out three pairs of shoes
Since I became the fool who woos.

11. I'm sure, I could afford a fourth
If I knew your last word henceforth.

12. - If my last word you want to know,
You'll hear it soon and you may go.

13. Three paths do converge on my door:
Choose one and then come back no more!

14. Choose the lowest and farthest one:
'T will prove the best in the long run. -

15. He went the lowest way, beyond.
Soon he had come to Splitrock Pond.

16. He left the bank covered with moss,
And waded eighteen feet across. [3]

17. He waded across eighteen feet
And eighteen along to complete.

18. Though waist-deep in water he stood,
Could not forget, try as he would.

19. At last he put into his head,
To visit her in her homestead.

20. Now, when he crossed Kerdisson Bridge
He heard the bells of a marriage.

21. Someone came and told him that her
Marriage was the cause of that stir.

22. So he returned to Splitrock ford.
And drowned himself. Pity him, Lord!

23. I sang to you in all good faith
The lament of the Splitrock Wraith.
.
Translation: Christian Souchon (c) 2012

NOTES
[1] "Quand on suit la route qui va de Pontivy au sanctuaire de Quelven, on rencontre à quelque distance du bourg du Sourn, au fond d'un vallon, une petite mare qui dort au soleil, ceinte d'une bordure d'arbres qui lui font une gracieuse couronne de feuillage. A côté se dresse une grosse pierre coupée par une large crevasse, d'où lui est venu son nom de Pierre-fendue.
Naguère les voyageurs ne passaient qu'avec crainte par là, durant les nuits sombres; Ils entendaient une voix qui semblait sortir de l'eau et qui se lamentait, avec des accents à faire pleurer. Comme on ne voyait personne, on finit par croire qu'il s'agissait d'un revenant… En prêtant bien l'oreille, on reconnaissait parmi les gémissements des mots de malédiction : « Maudites les femmes ! Maudite fille qui m'a trahi ! Maudit moi-même ! »
Ce revenant n'était autre qu'un malheureux jeune homme qui avait voué son cœur à une coquette et qui, délaissé par elle, s'en était allé se noyer de désespoir au fond de cette eau tranquille. On n'a pas gardé le souvenir de son nom, pas plus que celui de la belle qui faisait l'objet de ses soupirs…"
Note de F. Cadic

[2] Selon les "Récits et contes populaires du pays de Pontivy" publiés par Donatien Laurent (Gallimard, 1978), la coquette en question était la fille du châtelain de Kerdisson. C'est ce que confirme la strophe 20.
Le château de Kerdisson (commune du Sourn), édifié au XVIIIème siècle, appartenait à la famille Bahuno du Liscouet qui avait droit de sépulture et d'enfeu dans l'église de Stival (autre écart du Sourn). Le domaine passa ensuite aux Dodun d'Herbaut dont est issu un fameux controleur général des finances de Louis XV.
La "fille d'une veuve" dont parle la présente chanson pourrait être une interpolation provenant d'un autre chant (cf. Ar c'hentañ gwech).

[3] Il semble que l'étang de la Pierre-fendue ait été un élargissement du Ruisseau de la Pierre-fendue, un cours d'eau de 2 à 3 m de large qui se jette dans le Blavet à Tréhornin (commune du Sourn).
La Pierre-fendue

Er Men Feutet

Le château de Kerdisson

Maner Kerdison

[1] "When travelling along the road from Pontivy to the pilgrimage church Quelven, you will pass, not far from the town Le Sourn, a little pond in a small valley. It glitters in the sun and is surrounded by a row of trees, that beautifully adorn it with a foliage garland. Next to it stands a huge rock intersected by broad cracks, that gave it its name "Splitrock".
Until recently travellers were afraid of approaching this site in moonless nights, lest they would hear a voice that seemed to come from the depths of the pond, a lamenting, heart-breaking voice, but, since no one was seen, evrybody thought it was a ghost... When listening intently, among the wailing sounds, curses emerged: "Accursed women! Accursed lass who betrayed me! Accursed day when I was born!"
This ghost was an unfortunate lad who had engaged his heart to a flirtatious girl and, after she had quitted him, had drowned himself in despair in this still waters. His name fell in oblivion. So did the name of the pretty girl for whom he yearned..."
Note by F. Cadic

[2] According to the "Narratives and folk tales of the Pontivy district" published by Donatien Laurent (Gallimard 1978), the coquette of the story was the daughter to the Lord of Kerdisson. This assumption is confirmed by stanza 20.
Kerdisson manor (near Le Sourn) was erected in the 18th century, by the Bahuno du Liscouet family, whose members were entitled to be buried in the church of Stival (a hamlet belonging to Le Sourn). The estate was then acquired by the Dodun d'Herbaut family, the most prominent member of which was Finance minister to King Louis XV.
As to the "Daughter of a widow" addressed in the present lament it seems to be an interpolation from another song (see Ar c'hentañ gwech).

[3] Apparently the "Splitrock pond" was a place where the Splitrock brook widened, a rivulet whose width does not exceed 2 or 3 meters that meets the river Blavet at Tréhornin (a hamlet which is part of Le Sourn parish).



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