DUGE

DUGUAY-TROUIN

Chant collecté par Théodore Hersart de La Villemarqué
dans le 1er Carnet de Keransquer (pp. 187-188).



Chant de marins
Pas de mélodie connue. Remplacée ici par un chant de marins traditionnel.
No tune known. Replaced here by a traditional Breton song.


DUGUE

DUGUAY - TROUIN

Collecté par La Villemarqué, 1er Carnet de Keransquer pp. 187 et 188

BREZHONEK

DUGUE

p. 187

A. Duge a Vrest pa partias
Da Baris gant dezir vras
Evit saludiñ roue hag ar rouanez,
Mab ar roue kerkoulz vel d'ar priñsez.

B. E Pariz emaint kontristet
Kleved raent oa Duge marv.
Kourajuz oa vit sikour ar vro:
Barzh ar Kamalet en amzer gozh
Eno oa diskennet ar Saoz,

C. Gant holl listri emaint fardet
Ha karget holl a zoudarded.
Douaret int da Zant Malou
Ne 'z int ket aet holl d'o bro.

D. Bragal a raet diwar ar mor
Gant o gouelioù digor,
Gant o listri emaint fardet,
Ha karget holl a zoudarded.

E. Gant tennoù a gouezh ar Zaozon
Kerkent ha ma gouezh ar gudon.

p. 188

F. Mez deus ar Vro-Saoz ar rouanez [*]
Honnezh defe bet c'hoant aliez,
C'hoant da wel Duge,
Klevet lar voa den vailhant
Komz anezhañ rae dezhi kalz a gontantamant.

G. Klevet ne a oa an den kaezh
Evit dont n'he rouantelezh.

H. - Marv, c'hwi a zo dreist ar bord
C'hwi 'peus attaket va support. -

I. Sentoud a rae kleñved kreskiñ
Dont rae an eur. Red vo differiñ
Gand keloù en-doa kollet e vuhez?
Nag a lakas Breizh e tristidigezh!

J. - Adieu, Port-Louis ha c'hwi Sant-Malo,
Paz ean d'ho kuitaat 'z ean da skuilhañ daeroù.
Adieu, adieu, tremen a ra va joa,
Adieu deoc'h, traonienn Jozafat! -

[*] Rouanez Ana
TRADUCTION FRANCAISE

DUGUAY-TROUIN

p. 187

A. Quand Duguay de Brest est parti
Il voulait se rendre à Paris
Saluer le roi et la reine
Et les enfants royaux de même.

B. A Paris, l'on est attristé
D'apprendre la mort de Duguay.
Hardi défenseur du pays:
A Camaret, il l'a montré
Quand l'Anglais avait débarqué,

C. Avec ses vaisseaux bien gréés
Et pleins à craquer de soldats.
Ainsi qu'à Saint-Malo, je crois:
Plus d'un n'est pas rentré chez soi.

D. Eux qui paradaient sur la mer
Avec toutes voiles en l'air,
Et leurs impeccables gréements,
Des soldats pleins leurs bâtiments.

E. Sous ses coups tombaient les Saxons
Comme tomberaient des pigeons.

p. 188

F. Aussi la reine d'Angleterre [*]
Disait-elle souvent vouloir,
Ce valeureux Duguay, le voir,
Lui que l'on disait si vaillant
Et elle en parlait constamment.

G. On lui disait que le pauvre homme
Devait visiter son royaume.

H. - Mort, tu viens de passer les bornes
Tu t'en prends à ce j'ordonne. -

I. Il sentit la mort sur le seuil,
L'heure venait, pourquoi biaiser?
La nouvelle de son décès
Plongea les Bretons dans le deuil!

J. - Adieu, Port-Louis et Saint-Malo,
Vous quitter m'arrache des larmes.
Ma joie, je dépose les armes
Jusqu'au jugement du Très-Haut! -

[*] La reine Anne

Traduction: Christian Souchon (c) 2014
ENGLISH TRANSLATION

DUGUAY-TROUIN

p. 187

A. When Duguay, leaving Brest behind,
Went to Paris, he had in mind
The King and the Queen to greet,
The King's son and daughter to meet.

B. Parisians are grieved at the news
Of the death of Duguay-Trouin whose
Merits at sea were so great:
He proved his worth at Camaret
Where the English had tried to land

C. With their ships well-rigged and in trim
And with soldiers full to the brim.
Saint-Malo, too, they did attack:
Many of them did not sail back.

D. Boasting on the sea all the way
With their snow white sails on display,
Their ships were well-rigged and in trim
And with soldiers full to the brim...

E. However they shot the Saxons
As they would have as many pigeons!

p. 188

F. Therefore the Queen of England [*]
Expressed the wish that was instant,
The valorous Duguay to meet,
Since all said he was so gallant
That was a wish she would repeat.

G. She had been told that the great man
Would come and visit her kingdom.

H. - Death, this time you overdid it:
Queen's order should be a limit! -

I. But now death was on the threshold,
Time was up. No ground to withhold
The news of the great man's decease
That caused many Bretons to grieve!

J. - Farewell, Port-Louis and Saint-Malo,
With overflowing eyes I go
My joy is gone till the harvest
Falls in the Vale of Josaphat! -

[*] Queen Anne

Translation: Christian Souchon (c) 2014


NOTES:
Bibliographie:
Manuscrits:
- Coll. Penguern,
t.95: Dugé (= Mélanges d'Arbois de Jubainville);
t.112: Chanson Ducgaitrouin ( = Mélanges d'Arbois de Jubainville);
Dugay-Trouin (Taulé, 1850) ( = Mélanges d'Arbois de Jubainville);

René Duguay-Trouin
"Né à Saint-Malo en 1673, il se distingua sous Louis XIV dans la marine marchande, puis dans la marine royale; il eut ensuite la faveur du régent et du cardinal Dubois; en 1728 Louis XV le nomme commandeur de Saint- Louis et lieutenant général des armées navales . En 1731 il commande une escadre dans le Levant : en 1733, les armements des Anglais inspirant quelque inquiétude, il reçoit le commandement d'une escadre qu'il est chargé d'équiper à Brest; il s'en occupe activement, mais ces préparatifs sont inutiles : il tombe malade dans cette ville, se fait transporter mourant à Paris ; il reçoit peu avant sa mort une lettre du cardinal Fleury lui promet- tant que le roi n'oubliera pas sa famille. Il meurt en 1736, assez isolé, semble-t-il." (Extrait de "Une chanson bretonne: la mort de Duguay-Trouin" par P. Le Roux, in "Mélanges d'Arbois de Jubainville" (1905).

Autres chants sur Duguay-Trouin
Ce chant et celui qui suit, tiré des manuscrits de Penguern, sont deux versions de la même élégie: les hypothétiques adieux de Duguay-Trouin à la famille royale. une note de Penguern indique cependant qu'il a dû en exister d'autres. P. Le Roux, l'auteur de l'article des "Mélanges" la cite comme suit:
"Penguern cite un passage intéressant des Mémoires de Duguay-Trouin. En 1693, par suite d'une erreur de signal de son chef d'escadre, le marquis de Nesmond, Duguay-Trouin n'avait pas attaqué un vaisseau anglais: « Cependant les équipages des autres vaisseaux, qui avaient tous les yeux sur moi comme étant le plus près des ennemis et qui me virent carguer ma grand-voile...furent assez injustes pour interpréter à mon désavantage la manœuvre que j'avais faite par obéissance. Ils me taxèrent de peu de zèle dans leurs chansons matelotes, mais ils en ont fait tant d'autres depuis à mon honneur, qu'ils ont bien authentiquement réparé cette injustice (Vie de M. Duguay-Trouin écrite de sa main. Paris, Furne, 1884, p. 46).»

La "chanson de Taulé"
P. Le Roux remarque: "Il y eut donc de nombreuses chansons françaises en l'honneur de Duguay-Trouin. Comme il était marin et breton il eut sans doute bien des matelots bretons sous ses ordres ; rien d'étonnant qu'il ait été célébré dans des chansons bretonnes, originales ou d'imitation. La chanson toute de circonstance que nous avons ici fut probablement composée peu de temps après sa mort, et on peut rappeler qu'il séjourna assez longtemps à Brest avant d'aller mourir à Paris."
Il ajoute:
"Il y eut aussi sans doute d'autres chansons bretonnes célébrant plus particulièrement ses exploits. Quelques vers recueillis par Penguern le laissent supposer; voici une note de lui, collée sur la feuille même de la chanson qui nous occupe:

« 18 juillet 1847. Marie Kerné, de Taulé, avait souvent entendu sa mère chanter la complainte de Duguay-Trouin. Mais elle ne se rappelait que le 1er couplet:
a-1. Dugué a re d'ar Saozon spontañ
Hag o lakae holl er brezel da grenañ
a-2. Komz a Zugué a re dezho orror
Dre ma voa ajil war ar mor.

b. A taolioù bomb hag a taolioù kanol
O c'hemere ha goneze ar viktor.»
a-1. Duguay faisait trembler l'Anglais,
Et ceux qui lui faisaient la guerre
a-2. Par son talent à manœuvrer.
De semblable on n'en trouvait guère!

b. Mais c'étaient bombes et canons
Qui assureraient sa victoire.»


Ces mêmes vers sont reproduits dans la même collection au vol.95, p. 228 2 , avec deux autres vers à la suite:

c. Da souten gant joa kurunenn ar Roue
Gant ur feiz kreñv hag ur gwir garantez.

(Soutenons avec joie la couronne du roi:
Mettons-y notre amour et toute notre foi!)

Il semble bien que dans ce vol. 95 une chanson sur Duguay-Trouin ait disparu. A-t-elle été publiée ? Il m'a été impossible de faire à ce sujet toutes les recherches nécessaires.
Je ne serais pas loin de croire que certains passages insérés dans notre chanson aient primitivement appartenu à une autre chanson, p. ex. le 7 e couplet, qui semble bien isolé ici, et faisait sans doute partie d'un récit de combat."

Le "Combat de Saint-Cast" du "Barzhaz Breizh"
Bien que M. Donatien Laurent ne le fasse pas dans la notice bibliographique qu'il consacre à ce chant, page 254 de son ouvrage (chant XCII), on peut se demander s'il ne convient pas de rapprocher le "Duguay-Trouin", noté par La Villemarqué, des 6 couplets du "Combat de Saint Cast" dont un exemplaire de la main de Joseph de Calan (1804 - 1899) existe parmi les manuscrits de Keransquer; et si le premier texte n'a pas, concurremment au second, inspiré certains passages su "Combat de Saint-Cast" du "Barzhaz". En effet on note les correspondances suivantes:
"MS J. de Calan"
Strophe 4: vers 1 et 2

Strophe 4: vers 5 et 6
"Duguay" de LV
Strophe B: vers 4 et 5
Strophe D: vers 1 et 2
Strophe E: vers 1 et 2
"Barzhaz"
Strophe 11: vers 1 et 2
Strophe 11: vers 3 et 4
Strophe 12: vers 1 et 2


René Duguay-Trouin par Antoine Graincourt (18ème s.)
Bibliography:
Manuscripts:
- Coll. Penguern,
t.95: Dugé (= Mélanges d'Arbois de Jubainville);
t.112: Chanson Ducgaitrouin ( = Mélanges d'Arbois de Jubainville);
Dugay-Trouin (Taulé, 1850) ( = Mélanges d'Arbois de Jubainville);

Duguay-Trouin
"Born in Saint-Malo in 1673, he distinguished himself during the reign of XIV in the merchant fleet, then in the royal navy; he then became a favourite of the Regent and cardinal Dubois; in 1728 Louis XV made him commander of the Order of Saint- Louis and Lieutenant general of the navy. In 1731 he commanded a squadron in the Levant. In 1733, since the English expenditures on arms gave cause for concern, he was entrusted with fitting out a squadron based in Brest; when he was busy carrying out this task, he became ill in this town. He gave orders to be forwarded to Paris; A short time before his death he received a message from Cardinal Fleury assuring him that the king would take care of his family. He died in 1736, rather in isolation apparently." (Excerpt from "A Breton song on the death of Duguay-Trouin" by P. Le Roux, in "Miscellany to honour d'Arbois de Jubainville's memory" (1905)

Other songs on Duguay-Trouin
This song and the following drawn from the de Penguern MSs, are two versions of the same elegy: the supposed farewell of Duguay-Trouin to the royal family. There is a note in de Penguern's handwriting to the effect that there must have been other similar songs. P. Le Roux, who wrote the below article in "Miscellany" quotes it as follows:
"Penguern quotes an interesting passage in Duguay-Trouin's Memories. In 1693, following a misconstrued signal given by his squadron leader, Marquis de Nesmond, Duguay-Trouin failed to engage an English vessel: «Yet the crews of the other ships who all stared at me as being nearest to the enemy and saw that I was furling my main sail...were unjust enough to interpret in a disparaging way the manœuvre I had carried out by sheer obedience. They scoffed at my lacking zeal in their sailors' ditties, but they have made since then so many others in my honour, that they have really made good for this rash judgment (Life of M. Duguay-Trouin written by himself. Paris, Furne, 1884, p. 46).»

The "song from Taulé"
P. Le Roux remarks: "The inference is that there were several French songs to honour Duguay-Trouin. Since he was a sailor and a Breton sailor, he had, to be sure, Breton sailors under his command; what wonder if he was celebrated in Breton ditties, genuine songs or pastiches. The very occasional present song probably was composed soon after his death, and it should be reminded that he stayed for a rather long time in Brest, before he left for Paris where he died."
P. Le Roux adds:
"There were possibly other Breton songs extolling more specifically his exploits. A few verses gathered by de Penguern hint at them, as does this note in his handwriting, stuck onto the leaf where the song at hand was jotted down:

« 18 July 1847. Marie Kerné, from Taulé, often had heard her mother sing the ballad of Duguay-Trouin. But she could remember only the first stanza:
a-1. Dugué a re d'ar Saozon spontañ
Hag o lakae holl er brezel da grenañ
a-2. Komz a Zugué a re dezho orror
Dre ma voa ajil war ar mor.

b. A taolioù bomb hag a taolioù kanol
O c'hemere ha goneze ar viktor.»
a-1. Duguay made the Saxons tremble
And he made them all in war quake
a-2. They spoke of Duguay so nimble
At sea, full of awe, no mistake!

b. It was with bombs and gunnery
That he did ensure victory.»


The same lines are copied in the same MS collection in Book N°95, p. 228 2, with two additional lines:

c. Da souten gant joa kurunenn ar Roue
Gant ur feiz kreñv hag ur gwir garantez.

(To support with ardour the crown of our King
With steadfast faith and true loving)

It looks like in the said Book 95 a song on Duguay-Trouin is missing. Was it published? I was not in a position to investigate this question sufficiently.
But I tend to suppose that some passages now inserted in our song formerly belonged into another ballad, e. g. stanza 7, which appears to be out of its context, that was presumably the story of some fight."

The "Combat of Saint-Cast" in "Barzhaz Breizh"
We also may wonder if we should not parallel the "Duguay-Trouin" song recorded by La Villemarqué, with the 6 stanzas of the "Combat of Saint Cast" in Joseph de Calan's (1804 - 1899) handwriting found among the Keransquer MSs; and if the former text, together with the second has not inspired La Villemarqué with some passages in his "Combat of Saint-Cast" as published in the "Barzhaz". Here are correspondences in support of this assumption:
"MS by Calan"
Strophe 4: verse 1 & 2

Strophe 4: verse 5 & 6
"Duguay" by LV
Strophe B: verse 4 & 5
Strophe D: verse 1 & 2
Strophe E: verse 1 & 2
"Barzhaz"
Strophe 11: verse 1 & 2
Strophe 11: verse 3 & 4
Strophe 12: verse 1 & 2


2° CHANSON DUCGAITROUIN

La Chanson de Duguay-Trouin

MS de Penguern: t. 112 - Mélanges d'Arbois de Jubainville



BREZHONEK

CHANSON DUCGAITROUIN

1. Me ho supli offisourien,
Holl dud ar vor, navigerien,
Soudarded ha martoloded,
Jeneral Duge zo desedet. [*]

2. Gant justis kaout reas kommandamant an arme,
(=c.) Souten vras da gurunenn ar roue.
An holl er vro kredit en assurañs
Lakaat a rae poan da zouten ar Frañs!

3-1. Duge, daeloù 'n e zaoulagad,
A lare adieu a galon vat
Da roue a da rouanez gant glac'har bras,
Gant ar fin dezhe: da Duk de Louis.

3-2. Da Duk de Louis, kerkoulz ha da briñsed.
Dre ar marv en-deus o surprenet:
Ha dre gleved en-deus kollet e vuhez
A lak er Frañs tristidigezh.

4-1. O pebezh kañv ha tristidigezh
Da varv Duge barzh er palez!
Ha partout dre ker oa glac'haret
Kleved prezheg anezhañ ma oa desedet.

4-2. Hag int da grial o kleved e oa eñ marv
Ha lakaat rae e boan da zouten ar vro.

5-1. Marv, te zo kriz dreist ar bord
Da vezañ surprenet pasport.
Na respetas na bihan, na bras,
N'eus pasportaj, toud faot dit o c'has!

5-2. Na priñs, na duk, na manac'h, na belek:
Rak se pretand toud d'ar memez andret!
A daolioù kriz, pa deues da gouezhañ,
A graez nerzh deus o lazhañ!

6-1. (=F) Deus ar Vro-Saoz ar rouanez
He-deus bet c'hoant vras alies,
Da weled Duge, ' klevoud e oa vailhant:
Biskoazh he-deus-bet ar seurt kontantamañt.

6-2.(=a-2.) O klev'd prezh'g anezhañ mar rae dezhe oror
Dre ma oa e armoù ajil diwar ar mor.

7-1. Pa e rejimañt aon a voe bet.
An holl soudarded en em konfortet
Añtreal a reas gant e holl ekipaj
En e zorn e sabrenn, ennañ leun a kouraj.


7-2. (=b) A daolioù bomb pe a dennoù kanol,
O gemere ha gouneze ar viktor.

8-1. - Adieu ta, perzhier ar mor hag al listri!
M'am-eus graet anezhe meur d'a-walc'h hag ar mis!
E Brest, en Oriant hag e Porzh-Louis,
E Rochefort, e Tours kerkoulz hag e Pariz.

8-2. (=J) Paz 'ean d'ho kuitaat, da skuilhañ daeroù,
Va pasportaj adieu, lavaromp kenavo,
Lavaromp kenavo e traon Jozafat!

9-1. Adieu eta, komandanted,
Holl dud a vor, jeneraled,
E-barzh moned da guitaad ar bed-mañ,
Un dra c'hoazh a lavaran:

9-2. Soutenit gan joa kurunenn ar roue,
Soutenit gant gwir feiz ha gwir umilitez!
Ha pedit evidon Jezuz peurravissant
Vit resev va ene ebarzh ar firmamant! -

Bolloré François
FRANCAIS

LA CHANSON DE DUGUAY-TROUIN

1. Officiers et vous, gens de cœur,
Gens de mer et navigateurs,
Soldats, matelots, apprenez
La mort du général Duguay [*].

2. S'il fut commandant d'une armée, c'est à bon droit,
Le plus grand soutien de la couronne et du roi.
Vous tous en ce pays, ayez-en l'assurance
Il fut un dévoué défenseur de la France!

3-1. Duguay qui, les larmes aux yeux,
De bon cœur avait dit adieu
Au monarque, à la reine, avec grande affliction,
Quand sa fin approchait, au Duc Louis de Bourbon,

3-2. Au duc Louis de Bourbon, d'autres princes aussi.
Mais quand sa mort fut là, il les a tous surpris:
D'entendre qu'il était vaincu par la traitresse
Plongea notre pays entier dans la tristesse.

4-1. O, que de deuil emplit, de profonde affliction
Pour la mort de Duguay, la royale maison!
Toute la grande ville en était désolée
Quand la nouvelle dans les rues s'est propagée.

4-2. Plus d'un s'écria, quand il sut qu'il était mort,
Que le pays perdait son plus noble support.

5-1. Car la mort est dans sa nuisance
Peu soucieuse des préséances.
Petits ou grands, que croyez-vous?
Nul passe-droit: il lui faut tout!

5-2. Qu'on soit prince ou duc, moine ou prêtre
Au même endroit vont tous les êtres
Quand ses coups cruels elle assène,
Que de force elle les emmène!

6-1. Même la reine d'Angleterre,
Elle n'en faisait point mystère,
Voulait voir Duguay le vaillant
Mais n'eut pas ce contentement.

6-2. Quand on parlait de lui, c'était de la terreur
Que ses armes faisaient régner de par les mers;

7-1. Un jour son régiment était pris de panique.
Il sut le rassurer par son exemple unique:
Il s'avança, flanqué de tout son équipage,
Lui-même, armé d'un sabre et de son seul courage.


7-2. Coups de canon, bouches à feu,
Le rendaient toujours victorieux.

8-1. - Adieu donc, portes de la mer et bâtiments
Où j'embarquais chaque mois, sinon plus souvent
A Brest, à Lorient, aussi bien qu'à Port-Louis,
A Rochefort, à Tours, aussi bien qu'à Paris.

8-2. Je viens à vous quitter, j'ai les larmes aux yeux,
Privilèges adieu! Amis ne pleurez pas:
Nous nous reverrons tous au val de Josaphat!

9-1. Adieu, gabiers et matelots,
Soldats, commandants, généraux,
Avant de quitter cette vie,
Souffrez encor que je vous prie:

9-2. Soutenez avec joie la couronne du roi,
Avec humilité et véritable foi!
Priez pour moi Jésus au cœur compatissant
Qu'il reçoive mon âme au sein du firmament! -

Bolloré François

(*) 'Le titre de "général" que Duguay a ici vient sans doute de ce qu'il avait été "lieutenant général des armées navales". C'est aussi ce qui explique "commandamant an arme" de la strophe suivante. (Note de P. Le Roux)

Traduction: Christian Souchon (c) 2014
ENGLISH

SONG OF DUGUAY-TROUIN

1. I beg you, officers, listen
Sailors all and sea-faring men,
Soldiers, topmen, to what I say:
General Duguay passed away! [*]

2. It was with good reason that he led an army,
A support to the crown he served the King truly.
Ye all in this country take it for ascertained
That no better champion the cause of France maintained!

3-1. Duguay, with eyes over-brimming
Had said farewell to the King
And Queen and was distressed sore,
Knowing he would see them no more.

3-2. Nor would he Duke Louis de Bourbon
And other princes: his burden
Would by death soon be taken up...
France, wine of sadness fills your cup!

4-1. O, how mournful and prostrate
Made Duguay's death the King's estate!
Both palace and city were grieved
When they all heard he was deceased.

4-2. Many a stoic eye at the sad news shed tears:
He'd been the best support of the country in years.

5-1. Death, this time you overdid it
You have trespassed a limit!
Whether great or small, you don't care,
The fate you impose, all must share!

5-2. Prince, or duke, or monk, or priest, all
Are on their way to the same goal!
The lethal blows you deliver,
Will spare no one whomsoever!

6-1. Now, the queen of England herself
Who often had the wish expressed
To meet Duguay, who was so brave,
Never did and lay in her grave!

6-2. Saxons who heard of him, they were horror-stricken
His skills at manœuvring did their terror quicken.

7-1. Once his own people were afraid.
To comfort them he took their head
He cried "Away boarders!" at best:
Cutlass and spirit did the rest.


7-2. But it was with bombs and gunnery,
That he would ensure victory.

8-1. - Fare ye well, sea gates all and stately vessels!
No more shall I venture on the shaky trestles
As I did every month in Brest, Lorient, Port-Louis,
In Rochefort, in Tours and even in Paris.

8-2. On the brink of leaving these places I shed tears,
'T was a privilege when your names came to my ears:
We shall meet again in the Vale of Josaphat!

9-1. Farewell, generals, commanders,
Farewell, brave topmen and sailors,
Before I leave this lesser world,
The royal banner be unfurled!

9-2. Be enthusiastic in supporting our King's crown,
With humbleness and all the faith you call your own!
And pray for me to God and His Son Jesus-Christ
They may admit my soul in Their blessed paradise! -

Boloré François

(*) If Duguay is styled here "General" it likely refers to his being appointed as "Lieutenant general of the navy", which also accounts for the "commandamant an arme" in the following stanza. (Note by P. Le Roux)

Translation: Christian Souchon (c) 2014




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