1° DUSTANK

Du STANG

Chant noté par La Villemarqué

Dans le 1er carnet de Keransquer (non publié)



Mélodie 1
"Eskob Penanstang - L'évêque de Penanstang N°93"

Mélodie 2
"An Otro Penanstank- Le Seigneur de Penanstank N°94"

Airs publiés en 1913 dans "Musiques bretonnes" de M. Duhamel, n° 93 et 94, page 47
Tous deux chantés par Maryvonne Bouillonnec de Tréguier.

L'évêque François de la Tour
Il n'est guère étonnant que La Villemarqué n'ait pas retenu cette gwerz pour figurer dans son "Barzhaz Breizh". Dans ses notes, pp. 37 et 38 du premier cahier de Keransquer, le mot "eskop" (évêque) ne figure nulle part. Il est seulement évoqué par la finale "p" dans la troisième strophe. C'est qu'avec la strophe 9 qui s'adresse à un ecclésiastique, il indique la qualité du triste héros de cette histoire, l'évêque interdit François de la Tour. Comme le signale François-Marie Luzel, Albert Le Grand, dans ses "Vies des Saints de Bretagne" en parle de façon énigmatique:
"Frère François de la Tour, fils de l'écuyer Guillaume de La Tour, et de Jeanne de Goësbriant, seigneur et dame de Penn-ar-Stanq, fut moine profès de l'ordre de Cîteaux, en l'abbaye du Relec, diocèse de Léon, et sacré évêque de Cornouaille, le jour des Rois, l'an 1574, sous le pape Grégoire [XIII et le roi Charles IX]... Il fut transféré à Tréguier, l'an 1585, où il mourut en 1593, au manoir épiscopal de Penn-ar-Stanq. Il git en la paroisse de Plongonvenn, sans enfeu ni épitaphe.»
Dans sa thèse de doctorat consultable en ligne, M. Le Rol indique que les manuscrits de Mme de Saint-Prix ne comportent qu'une seule histoire, celle de Koathaleg Kerviniou et de son ami Yves de l'Etang (Youenn Ar Stank) qui habitait au manoir du même nom. Ce dernier était en réalité ce fameux François de la Tour ou son frère Guy.
Pierre Barbier dans son "Trégor historique et monumental" affirme qu'une légende populaire en faisait un revenant qui tentait chaque nuit de dire sa messe dans l'église de Plougonven.
Luzel qui prend un malin plaisir à collectionner les chants qui dénoncent les turpitudes des nobles et des ecclésiastiques donne deux versions de ce chant dans ses "Gwerzioù", 1er tome, pp. 425 et 431. Elles sont - et de loin - bien moins intéressantes que les deux variantes reproduites ici. En particulier, elles souffrent d'être contaminées par des gwerzioù similaires, ce qui fait perdre le fil et conduit à des redites.

Sainte Aliette
Si la version de Mme de Saint-Prix est trois fois plus longue que celle notée par La Villemarqué (qui semble s'être arrêté à mi-chemin, choqué par la déclaration d'amour d'un prélat à une soubrette), elle ne mentionne pas la qualité d'évêque de Penarstang. Elle éclaire la version de La Villemarqué sur bien des points.
L'éloquence grâce à laquelle Jeannette/Aliette tient en respect le séducteur impénitent, y est présentée comme un miracle opéré par la Sainte Vierge elle-même. C'est pourquoi sans doute; Anatole Le Braz intitule sa version "Santez Aliedik", Sainte Aliette. On ne sait pas si elle parlait français ou breton avec son maître...
Aliette est un ancien diminutif d'Adélaïde.

Bibliographie
La bibliographie de ce chant, telle qu'elle est données dans "Aux Sources du Barzaz" par D. Laurent est la suivante:
  • Ms. - Coll. Lédan IV: Gwerz Eliedic.
    - Coll. Penguern, t. 92, 81: "Eskop Penarstang" (recueilli par Mme de Saint-Prix); t.93, 87:"Eskop Penastang"; t.94, 43:"Eskop Penastang"; t. 111, 34: "Penastang"
  • Rec. - Luzel, "Gwerzioù I: "Eskop Penanstank" recueillie à Plougonven en 1863 et "An Aotro Penanstank" recueillie à Plouaret en 1847.
  • Pér. - Milin, "Gwerin 2"; "Eliet Ar Mad" (Plounévez-Lochrist, 1866.
    - A. Le Braz "Annales de Bretagne" IX (1893): "Santez Aliedik" (Saint-Pol, 1892).
    Dans sa thèse de doctorat en breton, M. Yv. Le Rol ajoute d'autres sources:
    - J. Ollivier et I. Le Diberder: "Alledic Ar Mad" sous forme manuscrite recopiée par le second sous le titre "Janedig ar Mat".
    - M. Duhamel "Musiques bretonnes": Eskob Penanstank" et "An Otro Penanstank", N°93 et 94 tous deux chantés par Maryvonne Bouillonnec de Tréguier. C'est peut-être l'origine de la mélodie utilisée sur cette page (apparentée à celle du "Roue Gralon ha Keris" d'O. Souvestre).
  • Bishop François de la Tour
    What wonder if La Villemarqué did not dignify this gwerz by including it among his "Barzhaz Breizh" collection. In his record, on pages 37 to 39 of the first Keransquer copybook, the word "eskop" (bishop) is absent. It is only hinted at by the final "p" in the third stanza which, along with stanza 9 that evidently applies to a divine, discloses the position of the protagonist, the forbidden bishop François de la Tour. As stated by François-Marie Luzel, Albert Le Grand, in his "Lives of the Saints of Brittany" addresses him in an enigmatic way:
    "Brother François de la Tour, a son to Guillaume de La Tour Esq., and Jeanne de Goësbriant, Lord and Lady of Penn-ar-Stanq, was a professed monk of the Order of Cîteaux, at Relec Abbey, bishopric of Léon. He was sacred Bishop of Quimper, on Epiphany day of 1574, under Pope Gregory [XIII and King Charles IX]... He was transferred to Tréguier, in 1585, where he died in 1593, at Penn-ar-Stanq bishop's manor. He is buried in the parish church of Plongonvenn, without vault or epitaph.»
    In his downloadable doctoral thesis, M. Le Rol mentions that Mme de Saint-Prix' MSs include only one narrative, the story of Koathaleg Kerviniou and his friend Yves de l'Etang (Youenn Ar Stank) who lived in the manor of that ilk. He must have been the (in)famous François de la Tour or his brother Guy.
    Pierre Barbier in his "Trégor historique et monumental" maintains that a folk tale makes of him a ghost who attempts night after night to say his mass in Plougonven church.
    Luzel who takes mischievous pleasure in collecting songs exposing the base acts committed by aristocrats and clerics presents two versions of this song in his "Gwerzioù", 1st Book, pages 425 and 431. They are - by far - less interesting than the two variants at hand. They are in particular contaminated by similar laments, which causes the thread to be lost and redundant passages to appear.

    Saint Aliette
    If the version recorded by Mme de Saint-Prix is three times as long as La Villemarqué's version (the latter apparently stopped recording the song when he felt shocked by the declaration of love made by a prelate to a maidservant), it omits mentioning that Penarstank is, in fact, a bishop. But it clarifies several confusing passages in La Villemarqué's version.
    The eloquence mustered by Jenny/Aliette to keep at bay the unrepentant womanizer, is ascribed to a miraculous intervention of the Holy Virgin. This could be the reason why Anatole Le Braz titles his version "Santez Aliedik", Saint Aliette. The song does not mention if she spoke French or Breton with her master...
    Aliette is an old diminutive form of Adelaide.


    Bibliography
    In the opposite column, are the biblibiographic data for this song as listed in Donatien Laurent's "Sources du Barzaz".


    BRETON (Version KLT)

    page 37

    Dustank

    1. - Larit-c'hwi din-me, maeronezh,
    Pelec'h e gafen ur vatez,:
    Ur plac'hik koant diwar ar maes:
    M'eus ket afer d'ur vourc'hizez [1]

    2. - Ait-c'hwi d'ar ger, larit d'an aotroù
    Warc'hoazh vintin me zegoueso
    Me gaso ganin va breur belek
    Parlant d'outañ me ne rin ket.

    3. - Eurvad, d'eoc'h-c'hwi ([esko]p Ar Stang!
    Setu amañ ur femelen koant.
    Setu amañ ur femelen
    'Met oc'h pell-zo deus hi 'goulenn.

    Stumm all: Ha c'hoazh n'ema ket deuet d'ho ti,
    O, nann, n'ema gant joa enni!

    4. 'Z a ket d'ho ti gant he grad-vat
    Ha gouelañ a ra he zaoulagat.
    - Perak a ouel he zaoulagat,
    'Zeu ket d'am zi gant he grad-vat?

    5. Janedik ne [ray man] em zi
    Nemet azeañ ha komañdiñ,
    Ur vatezh vat vo dindani.

    6. - Aotroù, ned on ket deuet d'ho ti
    Evit azezañ na komandiñ;
    Ned on ket deuet d'ho tiegezh
    'Met vit gober dev ur vatezh.

    page 38

    7. - Janedik mat, femelen koant
    (Deuit, aozit din gwele va c'hambr ),
    Degasit din gouloù em c'hambr,
    Deuit d'aozañ din-me va gwelioù
    Ha me 'zalc'ho deoc'h ar gouloù.

    8. - Kalite aotroù ne permed ket
    Dalc'ho gouloù d'oc'h plac'h na d'ho merc'h:
    'Peus kandoulourioù a dalc'ho
    Ma 'm eus daouzorn hag o dougo.

    9. - Janedik mat, femelen koant!
    Deuit da skubañ din-me va c'hambr!
    Aotroù, it da lar'd hoc'h of'renn-bret,
    Pa zeufec'h en-dro 'gavfec'h graet. -

    page 39

    10. Paz ae Janedik kerc'hat dour
    Ez ae Penn-ar-Stank d'he sikour:
    - Janedik, deuit en-araok
    Me zougo an dour hag ar vazh.

    11. - Salokras, aotroù na rafec'h ket!
    C'hwi chaloustro ho poned kornet
    Ha va koeffoù a vo ferret.

    12. - Janedik, ho tent hag ho tivjod
    A zo vel d'al laez a gouez er pod.
    Chornoù ho taoulagad, blev ho penn
    Janedik zo vel d'ar c'hoarenn.

    FRANCAIS

    page 37

    Dustang

    1. - Dites-moi, marraine,
    où je trouverais une servante:
    Une fille de la campagne;
    Je n'ai que faire d'une citadine. [1]

    2. - Allez-donc à la maison, dites au seigneur
    Que demain matin j'arriverai
    J'aurai avec moi mon frère, le prêtre,
    [A votre maître] je ne parlerai pas.

    3. - Bonjour à vous é[vêque] Dustang!
    Voici une jolie fille.
    Voici une fille [telle]
    Que vous en demandez depuis longtemps.

    Variante: Cependant, elle n'est pas venue chez vous,
    Beaucoup s'en faut, la joie au cœur!

    4. Elle ne vient pas chez vous de son plein gré:
    Elle a les yeux pleins de larmes.
    - Pourquoi ses yeux pleurent-ils?,
    Ne vient-elle pas chez moi de son plein gré?

    5. Jeannette ne fera rien chez moi
    Sinon s'asseoir et commander,
    Elle aura sous ses ordres une bonne servante.

    6. - Seigneur, je ne suis pas venue chez vous
    Pour m'asseoir et commander;
    Je ne suis pas venue chez vous
    Pour faire autre chose que le métier de servante.

    page 38

    7. - Brave Jeannette, charmante enfant
    (Venez faire mon lit ),
    Apportez-moi une chandelle dans ma chambre,
    Venez me préparer mon lit
    Et je vous tiendrai la chandelle.

    8. - La qualité de sa seigneurie ne lui permet pas
    De tenir la chandelle à une servante ou à une fille:
    Vous avez des candélabres pour ce faire
    Et moi, j'ai des mains pour les porter.

    9. - Brave Jeannette, charmante enfant!
    Venez balayer ma chambre!
    Seigneur, allez dire votre grand' messe,
    Quand vous reviendrez, vous la trouverez faite. -

    page 39

    10. Quand Jeannette allait quérir de l'eau
    Penarstang allait l'aider:
    - Jeannette, passez devant!
    Je porterai l'eau et le bâton.

    11. - Je vous en prie, Seigneur, n'en faites rien!
    Vous allez abîmer votre bonnet à cornes,
    Tandis que mes coiffes, on peut les repasser.

    12. - Jeannette, vos dents et vos joues
    Ont la blancheur du lait qui coule dans le pot.
    La caresse de vos yeux et vos cheveux
    Jeannette, sont doux comme la cire.

    [1] Passage identique dans Le Clerc Le Chiffrans (strophe 7, vers 1 et 2).
    ENGLISH

    page 37

    Dustank

    1. - Tell me, godmother,
    Where would I find a maid:
    A pretty country girl:
    I don't want a city girl. [1]

    2. - Go home, tell your lord
    That I'll come tomorrow morning.
    I will be accompanied by my brother, a priest
    But [to your master] I shall not say a word.

    3. - Good day to you, B[ishop] Dustang!
    Here is a nice girl.
    Here is a girl
    Exactly what you've been looking for since long.

    Variant: But, mind, she does not come to your house
    Of her own accord, O no, she doesn't!

    4. She doesn't come to your house of her own free will
    Look, her eyes are full of tears.
    - Why are her eyes full of tears?
    Why doesn't she come of her own free will?

    5. Jenny shall have nothing to do in this house
    But remain seated and give orders,
    A maid will be at her command.

    6. - My Lord, I did not come to your house
    To be seated and order people around;
    I have come to your house
    To do the job of a maid.

    page 38

    7. - Dear Jenny, my charming girl
    (Go to my room and make my bed),
    Take this candle into my room,
    Go there to make my bed
    I shall hold the candle to light your work.

    8. - His Lordship's position does not allow
    That you might hold a candle for a maid or a girl:
    There are candlesticks to that end
    And I have two hands to hold them.

    9. - Dear Jenny, my charming girl!
    Go to my room and sweep it out!
    Lord, go and say your high mass,
    When you come back it will be done. -

    page 39

    10. Whenever Jenny fetched water
    Dustang hasted to help her:
    - Jenny, go you ahead
    I shall carry buckets and stick.

    11. - With your leave, Lord, you shall not!
    You'll only spoil your horned cap
    Whereas my headdress is easy to press.

    12. - O Jenny, your teeth and your cheeks
    They are as white as spurting milk.
    Your fondling eyes, your stroking hair,
    Dear Jenny, are as soft as wax.

    [1] The same passage exists in Clerk Le Chiffrans (stanza 7, lines 1 and 2).


    2° Aliedik Ar Mad

    Aliette Le Mat

    Version collectée par Madame de Saint-Prix

    Conservée dans la collection de Penguern, Tome 92, 81

    BRETON (Orthographe de Mme de Saint-Prix)

    1. Autrou pen ar Stanq, ac he méveillou
    a zo bemdez woar ar croaz enchou
    ho clasq ho houd ac hi ha gaffey
    merchet valiant evelt hey [1]

    2. merchet valiant ho vale
    ha d'ha matez d'ar maner ho hasse
    meur ha bloa zo, n'he gavainc mui
    un ty disputtet, gant peb ini

    3. Autrou pen ar Stanc a zo bed ed
    d'ha Compto he clem d'he moèrebed
    unan a ney woa he maeronnèz
    digant hi he c'houlas ur vatèz

    4. leret hu d'him'he ma maeronnès
    pelec'h he cavim'he ur vatès
    m'he n'hon quet pehini he vey dac'h mad
    nemeit merc'h ho merer Fanchic ar mad

    5. alliedic ar mad ur feumeulen choant
    a zo he chom hen ho commanant
    alliedic ar mad a zo ur feumeulen
    a zo pelzo hen creiz m'ha c'hourchemen

    6. alliedic ar mad, m'ha merc'hic coant
    red ha vo monnet ur bloa d'ar Stanq
    p'he he chollimp ar guir hon commanant [3]
    bed he ver ho c'houlen d'ha monnet d'ar Stanq

    7. m'ar vigé beo, nep em ganas
    evelt m'ha eo beo, nep em magas
    m'he n'ha vigen quet ed, ur bloa d'ar Stanq
    n'ha pa golzer ar guir a teïr commanant

    8. quemeret m'ha tad, ho tranc'h, ac ho pal
    m'he ho ped d'am planta en douar
    m'ha planted en beo en toul ho dor
    n'ho poe quet a hanno disénor

    9. hen pen ar Stanq a zo ur gampr'
    a zo leun a goalingnet archant
    a croazou ac a goalingnet aour
    evit ray donnéson d'ar merchet paour

    10. gannac'h he hayo, ho yontr' bellec
    ha comzo m'ha merch hen ho requet
    bonjour dac'h autrou penner ar Stanq
    chetu m'ha nizès, deus ho commanant

    11. chetu aman ar feumeulen
    he woach pelzo ous he choulen
    neKet deued d'ho ty gant he grad mad
    eman an dour hen he daoulagat

    12. perac he man an dour hen he daulagat
    èbars en ty mam, eo arru mad
    n'he rayo man, ha poannius, ébars an ty
    némeit azéa ha commandi

    13. alliédic querquent ha respontas
    d'ha penner ar Stanq p'ha er clevas
    autrou n'ha non quet, deuet d'ho ty
    évit azéa ha commandi

    14. némeit évit ober m'ha labour
    ha pidi doué d'am sicour
    azallec ar guiguin betec ar sal
    autrou pen ar Stanq commanças farsal

    15. ur bouch, he roas, dezi woa he tal
    woar digarré, ganti farsal
    alliédic betec he maeronnès zo ed
    ac he clem dezi he deus laret

    16. gant an autrou, itron m'he zo souheset
    ac eon den chentil, ha gannas, quelennet
    an autrou zo graèt evit choulen
    ac an oll merchet d'ha nom difen

    17. alliedic ar mad m'ha plac'hic coant
    ed hu d'ha scubo din, leuren m'ha cambr'
    ed autrou d'ha chasséal d'ar choat
    aben ho retorn he vo scubet mad

    18. allièdic quemeret ar c'holou
    houi d'am gampr' a ya d'am conduo
    evit ho daouarn, autrou d'ha voud quer gwen
    ar cantouler zo pured, evelt aour melen

    19. ur cantouler arc'hant ho pezo
    ac ho pag autrou ho conduo
    ac'hu he heo m'ha bloa hen ho ty
    gant hoc'h ènor, ha gant m'ha ini

    20. Meur ha bloaz so, n'he woa bed ini
    ahallé comz er guis man, ho monnet deus ho ty
    alliédic chommet hu énan
    ha me ya dus tu d'ho démésan

    21. oh! ia m'he ya d'ho dimisi erfad
    ha comz dac'h deus ur pod dilicat
    melen eo he bleo, glaz he lagad
    pinvidic, ha ganned ha dud mad

    22. alliédic, alliédic coant
    m'he rayo dac'h ur commanant
    gantan alliédic m'he quelo
    hen pen ar Stanq, p'he woar on tro

    23. alliédic, alliédic ar mad
    perac m'an an dour hen he daoulagat
    deus m'ha maèronnès feus m'ha flattad
    ha couscoudé, m'he d'ha gar erfad

    24. guel eo gann'hin, eureugi ur pod moc'h
    autrou evit chom aman, gannoc'h
    miret oc'h arc'hant, ac och aour
    m'he zo m'ha Stad d'ha vezan paour

    25. monnet he ran emaès deus ho ty
    ha teir guiscamant ha hia gan hin
    monnet ha ra unan du, ac unan guen
    ha m'ha henor a ya ouspen

    26. autrou pen ar Stanq, ac he méveillen
    aboue n'ha aing quin d'ha pourmen
    triwouac'h bloaz eo ho goall buez paded
    gant alliédic ar mad, ing gounéet

    27. biscoas n'he woa bed plac'h en ty
    n'he zeué aben a nesy
    nicun, némeit alliédic ar mad
    ha woa quelennet gant he tad

    28. neKet gant he tad he woa m'hu quellennet
    n'ha gant he mam, siouas quer neubed
    nemeit gant ar verches guir mam doue
    onnes he quelenne bemdé

    29. digorret ar prenestrou, ha digorret franc
    m'ha gwelin c'hoas alliédic coant
    emedy ho vont d'ha ty he tad
    henor dezi, ac hen oll dra, chanç mad

    30. Fanchic ar mad ha c'houlenné
    digant ar peorien p'ho guelé
    hen maner ar Stanq, m'ha noc'h u bed
    petra neve o peus clevet

    31. he woa an autrou, ous toll ho laigna
    ac he plac'h bihan, ouz hen servigean
    ha n'ha chourrée guec'h he fen
    n'ha tollé aour woar he barlen

    32. alliédic ho merc'h, zo ur plac'h coant
    ac a zo disquet d'ha parlant
    souézet woa an autrou ous he clevet
    ha choullé piou he nevoa quelennet

    33. allied ar mad zo arruet
    hen diou vrac'h he tad eo nom tollet
    quellennet hon bed, ac ezom he moa
    gant or mam, an itroun maria

    34. graët emeus m'ha bloavez gant henor
    breman n'ha quittay hin quin ho dor
    sevel he pen, ho merch allo
    dre he parous, ep cavout d'ha ruyo

    Source: Thèse en ligne de M. Le Rol
    FRANCAIS

    1. Penarstang allait tous les jours
    Avec ses laquais aux carrefours
    Guetter les filles, en espérant
    Qu'une aurait comme eux le cœur vaillant. [1]

    2. Mais les filles vaillantes qui
    Acceptaient de travailler chez lui
    Dans son manoir bien mal famé,
    Depuis plus d'un an, s'esquivaient.

    3. Et Penarstang allait contant
    Ses déboires à tous ses parents.
    Or sa marraine était de ceux-ci.
    Il lui fait donc part de ses soucis:

    4. - Bonne marraine, savez-vous
    Où trouver une bonne à mon goût?
    - J'en sais une qui vous conviendra:
    C'est la fille de François Le Mat.

    5. Aliette Le Mat est jolie.
    Elle habite votre métairie.
    - Depuis longtemps Aliette était,
    Parmi celles que je préférais.

    6. - Aliette Le Mat, mon enfant
    Tu dois servir chez Dustang un an.
    Et il en va de mon convenant [3]
    Comme nous fait savoir Penarstang.

    7. - Ah si ma mère était en vie
    Comme l'est celui qui m'a nourrie,
    Je n'y serais allée de si tôt,
    Et dût-il vous en coûter trois baux!

    8. Prenez votre pelle et la houe
    Et venez m'enterrer dans la boue
    Devant le seuil de votre maison
    Plutôt que de flétrir votre nom.

    9. On dit qu'il y a chez Penarstang
    Un réduit plein d'alliances d'argent
    Plein de croix et d'alliances en or:
    Aux pauvres filles va ce trésor.

    10. - Votre oncle prêtre se rendra
    Avec vous là-bas. Il parlera.
    - Voici donc, Monsieur de Penarstang.
    Ma nièce, de votre convenant.

    11. La jeune fille que voici
    Dès longtemps vous plaisait, m'a-t-on dit.
    Elle ne vient point de son plein gré.
    C'est pourquoi vous la voyez pleurer.

    12.- Pourquoi ces beaux yeux pleurent-ils?
    Ils sont bienvenus en ce logis.
    Rien de pénible n'est imposé:
    Seulement s'asseoir et commander. -

    13. Aliette aussitôt répondit
    A Penarstang, maître du logis:
    Seigneur, ce n'est pas pour m'asseoir
    Ni commander, que je viens vous voir

    14. Mais pour remplir mes fonctions,
    Si Dieu m'accorde sa protection. -
    Passant de la cuisine à la salle,
    Sa conduite devint peu morale:

    15. Il lui donne, le polisson,
    Tout à coup un baiser sur le front.
    Aliette alors court chez sa marraine
    Et lui confie sa plainte et sa peine.

    16. - Sa conduite a de quoi surprendre.
    D'un noble instruit que faut-il attendre?
    - Un seigneur est fait pour demander.
    Les filles doivent se protéger.

    17. - Aliette Le Mat, mon enfant,
    Vous balaierez mon appartement!
    - Seigneur, allez chasser dans le bois!
    Moi j'aurai balayé d'ici-là.

    18. - Aliette, ce chandelier-ci
    Prenez-le pour me conduire au lit!
    - Afin de protéger vos doigts blancs
    J'ai poli ce chandelier d'argent

    19. C'est ce chandelier. Prenez-le!
    Votre laquai fait cela bien mieux!
    Moi, j'ai fini mon année chez vous.
    Mon honneur est sauf. Le vôtre, itou!

    20. Cela fait des années, je crois,
    Qu'on n'avait réussi tel exploit.
    - Aliette, ma belle, restez
    Sur l'heure je veux vous marier.

    21. Oui, vous marier pour de bon,
    Je parle d'un délicat garçon
    Dont les cheveux sont blonds, les yeux bleus
    Et les parents nobles tous deux.

    22. Aliette, ma charmante enfant,
    Les époux auront un convenant
    Et je pourrai vous voir tous les jours
    A Penarstang ou bien alentour.

    23. Aliette, Aliette Le Mat
    Qu'on donc à pleurer ces beaux yeux-là?
    Tu me dénonças à ma marraine.
    Ne vois-tu pas comme je t'aime.

    24. - J'aime mieux avoir un porcher
    Pour époux, que près de vous rester.
    Gardez votre argent, gardez votre or!
    Je suis née pauvre et veux l'être encor.

    25. A présent je pars de chez vous,
    Emportant trois costumes, en tout.
    Un costume noir, costume blanc,
    Avec mon honneur en supplément! -

    26. Ni Penarstang, ni ses laquais
    Ne songent plus à se promener.
    La débauche a duré dix-huit ans
    Aliette y a mis fin à présent.

    27. Jamais femme n'entra chez lui
    Qui, son honneur sauf, en ressortit
    Aucune à part Aliette Le Mat
    Que son père si mal enseigna.

    28. En l'occurrence, ni son père
    Ne la guida, ni, hélas, sa mère.
    Mais Marie, la vraie mère de Dieu
    Qui chaque jour l'instruisait au mieux.

    29. - Ouvrez la fenêtre, ouvrez grand
    Que je voie partir la belle enfant
    Elle retourne chez ses parents
    Dans l'honneur. Bonne chance, vraiment!

    30. Or, François Le Mat demandait
    Aux pauvres qu'en chemin il voyait:
    "Je vois que vous venez du château...
    Y a-t-il là-bas du nouveau?"

    31. - Le seigneur était à dîner;
    Sa petite bonne le servait
    Baissant la tête lorsque pleuvaient
    Les pièces d'or dans son tablier

    32. Votre fille Aliette, ma foi,
    Parle, toute belle qu'elle soit,
    Si bien que le seigneur tout surpris
    Demandait qui lui avait appris. -

    33. Aliette alors est arrivée,
    Dans les bras du père s'est jetée:
    - D'instruction j'avais grand besoin.
    Notre-Dame y pourvut avec soin.

    34. J'ai gardé mon honneur un an,
    Ne vous quitterai plus à présent.
    Et votre fille peut, le front haut,
    Aller ici par monts et par vaux. -

    Traduction Ch. Souchon (c) 2014

    [1] "merc'hed vailhant evelte", "des filles vaillantes comme eux". Le mot "vaillant" est équivoque.

    [2] "Kontañ e glemm d'e moerebed" "conter ses malheurs à ses tantes" est proverbial et signifie "à tout le monde". Ce qui n'empêche pas l'auteur de signaler que sa marraine était l'une de ses tantes.

    [3] "Koumanant": François Le Mat est ce que La Villemarqué appelle un "domanier" (cf. Les Laboureurs, "Arguments et notes").

    ENGLISH

    1. Lord Penarstank, and his boys lay
    In ambush at crossways every day,
    Anxious to know if they would find
    Some robust girls of their own kind. [1]

    2. Waiting for robust girls to pass.
    Would they bring home and hire such a lass?
    For many years could find no maid
    To stay in their infamous shed.

    3. Lord Penarstank would tell his tale
    To all of his kin, female or male.
    And to his old godmother, too,
    Happened to tell his tale of woe.

    4. - Godmother dear, would you, he said,
    Tell me where I could find a good maid?
    - I don't know of any better
    Than Francis Le Mat's own daughter.

    5. Your farmer's daughter, Aliette,
    Your greatest asset, as I would bet!
    - Aliette Le Mat is a lass
    I have coveted for years past.

    6. - Aliette, Aliette, my dear,
    At Penarstank's you shall serve a year,
    For my sharecropping right's at stake. [3]
    Penarstank threatens, no mistake.

    7. - If my true mother were alive
    As is her husband who could survive,
    Not even for three leases' sake
    Would you your daughter now forsake.

    8. Father, take your spade and your hoe,
    Inter me in the earth, I beg you,
    Inter me in front of your door
    Lest your fame and mine be done for.

    9. In Penarstank House is a room
    That's full of wedding rings, I presume,
    For the maids, crosses and gold rings
    To solace them, poor little things!

    10. - Your uncle priest shall go with you
    The middleman for you he will do...
    - Good day! At your Lordship's command
    Here's my niece who lives on your lands.

    11. She is the girl, so I was told,
    Of whom since long you tried to get hold.
    Did not come of her own free will.
    That is why tears now her eyes fill.

    12. - Why should these fair eyes with tears brim?
    We'll allow for any of their whims.
    No hard work for her here is planned:
    Just to sit down and to command.-

    13. Aliette gives this quick reply
    Guessing what Penarstank's words imply:
    - Lord, I've come to your house to stand,
    Not to be seated and command.

    14. I came here just to do my job
    And do it fairly, so help me God...-
    On the way from kitchen to hall
    Penarstank to jest felt a call.

    15. And soon he did something amiss:
    On her forehead he laid a kiss...
    To his godmother she fled for aid
    And a complaint to her she made.

    16. - I have been surprised by the Lord:
    Is that what noble men can afford?
    - Gentlemen are made to request
    Girls to defend themselves do their best. -

    17. - Aliette Le Mat, my little queen,
    Go to my bedroom and sweep it clean!
    - Your Lordship, go to the wood and hunt
    It will be done when you return.

    18. - Aliette, this candle take and light
    The way to my room for me tonight!
    - To prevent that your hands be spoilt,
    This candlestick's polished like gold.

    19. This silver candlestick you take:
    Your footman will see you, for God's sake:
    I have served my year at your house.
    My honour is safe, so is yours.

    20. It's ages since last time a maid
    Went home, having said the words I've said.
    - Little Aliette, if you stay
    I shall marry you straight away!

    21. I shall marry you to a lad
    I mean a refined one, not so bad:
    Fair hair, blue eyes, proud effigy,
    Wealthy, with a high pedigree!

    22. But little Aliette, take heed!
    The couple shall have a rent deed,
    So that my Aliette be bound
    To Penarstank house and around.

    23. Aliette, Aliette, so sweet
    Why do your beautiful eyes weep?
    To my godmother you denounced me
    Though I've always loved you truly!

    24. - I'd rather marry a swineherd
    Mylord, than stay here, a caged bird.
    Keep your silver and keep your gold!
    I am to be poor, but unsold.

    25. I'm leaving your mansion today
    Three garments I'm taking away:
    There's a black dress and a white dress
    The third is my honour, stainless... -

    26. Penarstank has ceased from those days
    To roam and spy, in search of preys.
    Eighteen years lasted his bad life
    Till Aliette won her gallant strife.

    27. Never was in this house a girl
    That he did not in his dance swirl,
    No one, except Aliette Le Mat.
    Had she been lectured by her dad?

    28. Lectured by her dad? No, alas!
    By her mother perhaps? Still less!
    But by Mary, Mother of God
    Who daily warned her against fraud.

    29. - Open the window, open wide
    That I may see Aliette ride!
    To her father's she's riding back!
    Honour and luck open the track!

    30. Francis Le Mat asked that day
    The beggars he passed on his way:
    - At Penarstank manor were you?
    So did you hear anything new?

    31. - We saw the lord. He was dining
    With a little maid serving him
    Who did not raise her head in spite
    Of coins stuck in her apron white.

    32. A fine girl, Aliette, your daughter!
    When she spoke she didn't blather!
    And the lord she did flabbergast
    - Who taught you to speak so? he asked. -

    33. Aliette Le Mat was coming back.
    Threw her arms around her dad's neck:
    - Yes I was taught, I had to be,
    By my mother, Virgin Mary

    34. Now I served my year in honour.
    And never will go through your door
    With lowered head. Your girl without
    A blush may now wander about.

    Translation Ch. Souchon (c) 2014

    [1] "merc'hed vailhant evelte", "girls as valiant as themselves". The word "valiant" is a double entendre.

    [2] "Kontañ e glemm d'e moerebed" "to tell one's aunts one's tale of woe" is a saying meaning "to tell everybody...". Nevertheless the author mentions that his godmother was one of his aunts.

    [3] "Koumanant": Farmer François Le Mat is what La Villemarqué calls a "domanier" (cf. The Ploughmen, "Arguments and notes").







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