An hini oa et da velet e vestrez d'an ifern

Celui qui alla voir sa maîtresse en enfer

The One who went to Hell to visit his lover


Même sujet que "Ar Plac'h dimezet gant Satan" du "Barzhaz Breizh"

Texte recueilli par le Chanoine Besco, recteur de Lanrivain (Côtes d'Armor)
Publié par le Chanoine Henri Pérennès dans "Les Annales de Bretagne", volume 45 1-2, pages 212 à 217, en 1938

Mélodie
Air publié dans "Musiques bretonnes" par Maurice Duhamel
recueilli auprès du colonel Bourgeois

Arrangement Christian Souchon (c) 2008
Source: le site de M. Quentel, "Son ha ton" (voir "Liens")

BREZHONEG [1]

1. Selaouit, e klevfet, e klevfet kanañ,
Ur zonig koant a-nevez bet savet en bloaz-mañ
Zo graet da zaou den yaouank en em gare parfet,
Pa 'n em garent ar muiañ, ema bet separet.

2. Ar marv a erruaz, ar marv ken kriz,
A lazhas ar femelen, yaouank ha dizoursi.
An den yaouank pa welas marv e vestrez fidel,
En em dennas d'ar gouent, e-mesk an dud santel,

3. En em dennas d'ar gouent evit pediñ Doue
Ma 'n ize gwelt e vestrez, 'vel ma oa n'he buhez
Un deiz e oa o pediñ en e gambr,
Hag eñ a weliz un ael e-giz un den iaouank. [3]

4. - Larit-c'hwi din va mignon, peter a rofes-te
Evit gwelet da vestrez, 'vel ma oa n'he buhe? -
- N' am euz 'met ur blatinenn c'hwezhet en aour-melenn
N hini rei din he gweled, n'do he a dra serten.

5. Hag eñ a krog n'e dorn evel e dorn ur bugel,
Eñ kas gantañ dreist ar gwez ha d'an tier uhel.
Ken oa erru 'n un ale oa hir, ledan meurbed,
War ar penn-all anezhañ dorioù houarnet.

6. Lusifer deuz an ifern en-deus he digoret,


7. Hag eñ a krog n'e dorn, eñ kas gantañ d'ur gambr,
Lec'h e wele e vestrez en ur gador ardant. [2]
- Laret-c'hwi din, ma mestrez, na zantit ket a boan?
Herve ho liv, ho feson, ez oc'h e kreiz an tan! -

8. - Oh! ia sur, ma servicher, gallout a rit krediñ,
Serpanted an ifern am devour noz-ha-deiz,
- Na petra-ta, ma mestrez, a deu deuz ho tivskouarn,
Hag a gouc'h dac'h ho pisaj, ho treid hag ho taouarn" -

9. Ma bizaj, ma daouarn, m'holl vemproù asamblez,
A zo 'vel an houarn ruz o tont deuz ar fornez ! -
- Arsa-ta, ma mestrez ker, kent evit ho kuitaat
E c'houlennan c'hoazh ur wech ambraseiñ ho pizaj. -

10. - Salokraz, va servijer, 'vit-se na refet ket,
Gant aoñ ma tan an ifern a deufe d'ho poazhat.
Ma servijer, c'hwi a ya d'ar ger, me n'an ket:
Kasit ma gourc'hemennoù d'ar ger d'am c'hoarezed!

11. Larit dezhe da vout ket ken frajil a-andred ar galanted,
Gant aoñ ma tan an ifern a deufe d'o voazhat.
Me na n'on ket bet frajil 'med a-andred unan,
Beteg an deiz a hirio am-eus bet kalz a boan.

12. - Laret d'in, ma mestrez, na ve ket a voïen
Dre forzh pedoù Doue, dont d'ho lemel a boan?
- O nann, an holl oferennoù-sakrifisoù laaket
N'int ket evit diboaniañ an hini a zo daonet! - [5]

*********************** [4]

9b. - Roit din ur bouch, ma mestrez! - Servicher, salokras,
Ur gomz re oc'h-eus laret: en ifern 'vec'h warc'hoaz.
It d'ar ger, ma servicher, na lirit ger ebed
Barzh peder eur war-nugent, c'hwi vo amañ rentet.

10b. Mont a ra an den yaouank da di e vamm, e dad
Moned a ra d'e wele hag eñ klañv miserabl.

11b. -Petra, va mab, 'c'h eus gwelet, petra oc'h eus klevet
A gement rafe chagrin , 'keit 'ma vec'h war ar bed?
- Nann, netra n'am eus gwelet, na kennebeut klevet
A-gement rafe chagrin, 'keit ma vin war ar bed...

12b. 'N añv Doue, pa vin marv, 'bedit ket evidon,
Ar gloar hag ar vanite 'bedo Doue vidon.
Ar gloar hag ar vanite , ar pec'hejoù 'm eus graet
A bedo Doue 'vidon bremañ paz on daonet. - [6]

FRANCAIS [1]

1. Ecoutez, bonnes gens, écoutez bien ce chant
Ce joli chant nouveau, fait il y a moins d'un an,
Deux tourtereaux filant l'amour parfait ont vu
Leurs destins séparés quand ils s'aimaient le plus

2. La mort, la mort cruelle est venue emporter
La jeune femme inconsciente de son péché.
Quand le jeune homme vit basculer son destin
Il courut au couvent vivre parmi les saints;

3. Il courut au couvent prier Dieu nuit et jour,
De lui permettre de revoir son cher amour.
Dans sa cellule un jour étant en oraison
Il vit un ange à l'aspect d'un jeune garçon. [3]

4. - Combien, mon cher, serais-tu prêt à me donner
Pour revoir ton amie, comme par le passé? -
- La patène soufflée en or blond que voilà,
Celui qui me montrera mon amie l'aura.

5. Comme celle d'un enfant il lui prend la main,
L'emporte par-dessus les arbres, les moulins.
Les voici dans une longue et fort large allée,
Que ferme une porte, toute de fer bardée.

6. Quand ils furent devant la porte, Lucifer
L'ouvrit: cette porte était celle de l'enfer;

7. Le prenant par la main, il le mène en un lieu
Où se tient son amie sur un siège de feu. [2]
- Dites-moi, mon amie, vous souffrez, dirait-on,
Vos gestes, votre teint de braise en disent long.

8. - Oh! dit-elle, bien sûr, je souffre jour et nuit
En proie aux serpents de l'enfer, sans nul répit. -
- Je vois ces monstres qui sortent de vos oreilles
Souillant vos traits, vos pieds et vos mains sans pareilles!

9. - Mon visage et mes mains, mes membres sont des braises
Rouges comme le fer qui sort de la fournaise.
- Dites-moi, mon amie, avant de vous quitter,
Pourrais-je une dernière fois vous embrasser,

10. Cela, mon pauvre amour, vous ne le devez point.
Vous seriez consumé par le feu, c'est certain.
Je dois rester ici. Rentrez vite, cher cœur,
Donner des nouvelles à mes parents, mes sœurs,

11. Qu'elles aient garde de ne céder aux galants
Qu'elles songent sinon que l'enfer les attend!
Je n'ai cédé qu'à vous, je suis dans la géhenne.
Jusqu'à ce jour, combien ai-je souffert de peines!

12. - Dites-moi, mon amie, n'y a-t-il pas, vraiment
Moyen, en priant Dieu, d'alléger vos tourments?
- Toutes les messes offertes en sacrifices
Ne peuvent arracher les damnés aux supplices. - [5]

***************** [4]

9b. - Donnez-moi, mon amour, un baiser! - Qu'a-t-il dit!
C'était un mot de trop! L'enfer vous tient aussi!
Rentrez donc maintenant. Ne dites rien! Sans faute,
Vingt-quatre heures encore et vous serez des nôtres! -

10b. Le jeune homme chez ses parents est retourné,
Malade et misérable, il s'en fut se coucher.

11b.- Qu'avez-vous vu qui vous tourmente à ce point-là?
Point de chagrin qui ne prenne fin ici-bas.
- Ici-bas, je n'ai rien vu, ni rien entendu.
Mon chagrin survivra quand je ne serai plus.

12b. Quand j'aurai passé, pas de prière en mon nom!
La vanité, la gloire ensemble y pourvoiront.
Mes intercesseurs sont les péchés que j'ai faits,
Ils prieront, maintenant que je suis un damné! - [6]

Trad. Christian Souchon (c) 2013
ENGLISH [1]

1. Listen, O listen all and you shall hear
A little song composed recently this year
On two young people who loved another tenderly
And were parted when they loved most dearly.

2. Death came, most cruel death
The lass died, still young and free of worries.
When the young man saw that his true love was dead
He rushed into a convent to live among holy people.

3. And there he would pray, day and night,
And hoped to see his lover, as if she were alive.
One day, when he was in prayer in his cell,
An angel appeared in the shape of a young lad. [3]

4. - How much would you give me, he said,
To see your lover, as if she were alive?
I have but a paten of gilt blown glass
Whoever sees me to her shall have it, for sure!-

5. The other seizes his hand as though he were a child
And hovers with him above the trees and highest houses.
They came to a long and very large alley
Leading to a huge gate with iron bars.

6. When they approached, the door opened.
Since it was Hell's gate, Lucifer opened it.

7. Holding him by the hand he took him to a room,
Where he saw his lover seated on a flaming chair!. [2]
- Tell me, my dear, do you suffer here pains?
The colour of your skin, your ways are caused by fire.

8. - For sure, she said, you can trust me that I do
All the serpents of Hell gnaw at me by day and night.
- What are these loathsome things writhing out of your ears,
That stain your face as well a your feet and your hands?

9. - My face and my hands and my feet and all my limbs
Are red hot iron taken out of the furnace
- Now, my love, since I must leave you,
I would like to kiss you good bye. -

10. - With your leave, my dear, don't
Lest the fire of Hell would come and consume you.
My dear, you are going home and I am not.
Give my regards at home to my sisters!

11. Tell them not to be weak-minded with suitors
Lest the fire of Hell would come and consume them.
I have been weak-minded with only one man, you,
And to the present day I have suffered such pains!

12. - Tell me, my dear, are there ways and means
Or prayers to God that would relieve you from your pains?
- O no, all expiatory masses and good prayers
Are lost on a damned soul; they won't relieve its pains. [5]

*************************** [4]

9b.- Give me a kiss, my love! - My dear, what did you say?
You said too much: Tomorrow you'll be in Hell!
Now, go home, my dear, and don't say a word!
Within twenty-four hours you shall be back here.

10b. The young man went back to his parents
And he went to bed for he felt wretched and sick.

11b. - What did you hear, my son, what did you hear
That worries you so much here in this lesser world?
I did not see or hear anything, believe me
That would worry me here in this lesser world!

12b. - No need for you to pray to God for my sake.
Vainglory, vanity they will, aye, pray for me
Vainglory, vanity, those sins I committed,
They are those who will pray for me now I am damned! [6]



Notes

[1] Cette gwerz ne diffère que par quelques détails de celle portant le même titre publiée par Luzel dans "Gwerzioù Breizh Izel", tome 1, pp.44-47 et qui fut collectée dans la même région.

[2] Dans la conception misogyne de cette théologie populaire, en cas de concubinage, seule la femme risque l'enfer!

[3] Cet ange qui fait du commerce semble être une invention de la chanteuse. Dans toutes les autres versions le guide vers l'enfer est un diable.

[4] Cette variante a été collectée par Me Le Goff, notaire à Gouézec et recueillie auprès de Marie Nézet, couturière à Pleyben (Cornouaille). Dans cette version, le guide est "an diaoul kounnaret e furm un den yaouank" (le diable enragé, sous la forme d'un jeune homme", ce qui est dans les normes.

[5] Dans d'autres versions, il est même dit que prier pour un damné aggrave même sa situation déjà peu enviable.

[6] Cette variante semble être une réminiscence de Aotrou Nann.
Elle comporte, elle aussi, des innovations doctrinales:
En voulant, par un baiser, manifester sa compassion à la pauvre damnée, le jeune homme se damne à son tour.
Désormais ses propres péchés deviennent ses intersesseurs, une idée qu'on chercherait sans doute en vain, même chez les hérésiarques les plus hardis!
[1] This gwerz only slightly differs from the homonymous ballad published by Luzel in his "Gwerzioù Breizh Izel", Book 1, pp. 44-47, which was collected in the same area.

[2] In the misogynous views of country theologians, when they live as husband and wife without being married, the woman only will go to hell!

[3] This dealer angel seems to be the product of the singer's mistake. In all other versions the guide to Hell is a devil.

[4] This variant was recorded by Master Le Goff, lawyer at Gouézec from the singing of Marie Nézet, a Pleyben dressmaker (Cornouaille). In this version, the guide is "an diaoul kounnaret e furm un den yaouank" (the accursed devil in the shape of a young lad), which is, by far, more logical.

[5] As stated in other versions, praying for a damned soul could make its hopeless situation still worse.

[6] This variant seems to be a reminiscence from Aotrou Nann.
It also includes novelties in doctrine:
By attempting to express by a kiss his commiseration with the unfortunate girl, the young man damns himself in turn.
From now on his own sins become his only intercessors, an idea one would certainly search in vain for, even in the works of the most fearless heresiarchs!




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