Gwerz Leskildri pe Fantig Pikard

Complainte de Lesquildry ou de Françoise Picard

et rapprochement avec "Notre-Dame du Folgoat" du "Barzhaz Breizh"

Texte recueilli par le Colonel Alfred Bourgeois:

auprès de Mme Jean Le Braz, le 6 août 1889, à Pontrieux
Publié dans "Kanaouennoù Pobl" en 1959, à Paris

Mélodie
Notée par le Colonel Bourgeois, communiquée par F. Vallée
tirées de "Musiques bretonnes" de Maurice Duhamel:

Arrangement par Christian Souchon (c) 2008


VERSION "KANAOUENNOU POBL"

An itron Leskildri a lavare
En he mereuri pa'n arrue
En he mereuri pa'n arrue

Devezh mat deoc'h holl barzh en ti-mañ
Ar merc'hed ac'han pelec'h emaint ?

Pe 'maint e-tal an tan o tommañ
Pe 'hend-all uzañ 'n daol o leinañ ?

N'eo ket e-tal an tan o tommañ
Vo paet d'hoc'h Itron 'r vereuri-mañ

Vo paet d'hoc'h Itron ho vereuri
Ha kant skoed avañs a zo warni

Div deus oute a zo o kannañ
Ha div all a zo o tiwaskañ

Div all a zo 'lakaat da sec'hañ
Fantig ho filhorez a zo klañv

Gant an droug stomog hag an droug penn
Seblant a ra din he deus terzhienn

Fantig ar Picard va filhorez
Taolet evezh na vec'h pec'herez

Al levrenn wenn a zo bet er c'hoad
Hag ur bugel bihan he deus ka'et

Ur bugel ken kaer evel an deiz
Ouzh Fantig ar Pikard heñvel eo

Er bloaz-mañ koulz evel warlene
Oc'h o kanañ kaozioù adarre

Fantig ar Pikard ma filhorez
Vil e komzez ouzh da vaeronez

Hag e koustfe din ma Leskidri
Ar wirionez sur a c'houvein

'N Itron Leskidri a lavare
D'he fajic bihan hag a neuze

Ma fajig dib din ma inkane
Ma 'c'h in buan da Raon feteiz

'N Itron Leskildri a lavare
War bave Raon ha pa gerzhe :

Bonjour ha joa holl er gêr-mañ
Pelec'h 'mañ tud ar justiz amañ ?

Itron Leskidri hon eskuzet
Emaoc'h ouzh toull an nor ; antreet !

Na petra ho peus c'hwi a nevez
Pa oc'h deuet fenoz d'hon bete ?

Deut eta ganin d'am mereuri
Da gerc'hat merc'h henañ deus an ti

Da gerc'hat 'r verc'h henañ deus an ti
Peogwir ur filhorez ec'he din

Na tud ar justiz a lavare
Ti ar Pikard kozh pa 'n arrue

Devezh mat deoc'h holl barzh en ti-mañ
Fantig ar Pikard pelec'h emañ ?

Emañ en he c'hambr e penn an ti
En anv Doue, diboaniet hi !

Fant ar Pikard savet alese
Evit ma teufet ganomp feteiz

Aotrou Doue pera em eus graet
Pa eus bet an urzh d'am c'hemeret

Fantig, ne ouzon ket ho sujet
Ho maeronez ro urzh d'ho kemeret

O tud a justiz mar am c'haret
'Biou Leskidri ne yefet ket

Droug ha mad gant an neb a gomzo
'Biou Leskidri ni a yelo

Etre Leskildri ha ti ma zad
Zo ur puñs don, me hen goar avat

Unnek a vugale am eus bet
Dek an'he am eus e-barzh taolet

An unneget 'm eus taolet er c'hoad
Hennezh a ra din kalz galonad

Me welo 'n Noblañs e Leskidri
Me garje an tan ouzh he deviñ

Me garje an tan ouzh he deviñ
Ma maeronez e-kreiz o leskiñ

Fantig ar Pikard a lavare
War ar chafod e-pad ma pigne

Mar zo tud aze a Santez Kroaz
Savet ho daouarn 'welin an'he

Mar roin d'he ur mouchoar godell
Evit kas d'am dous ar miliner

Evit kas d'am dous ar miliner
Ma en nevo soñj eus e amzer

TRADUCTION FRANCAISE

Madame de Lesquildry demandait
Lors d'une visite chez ses fermiers,
Lors d'une visite chez ses fermiers:

Bien le bonjour à tous en ce logis!
Dites, vos filles sont-elles ici?

Peut-être, au coin de l'âtre, à se chauffer?
Ou bien à table, en train de déjeuner?

Si nous perdions notre temps en chauffage,
Comment pourrions-nous payer le fermage?

Comment vous payer ce que l'on vous doit
Et cent écus d'avance de surcroît?

Deux d'entre elles sont en train de laver
Et deux autres préfèrent essorer.

Et deux au sêchage sont occupées,
Mais votre filleule, est indisposée.

Elle a mal au ventre et mal à la tête
Elle a même de la fièvre peut-être.

- Ma filleule Françoise Le Picard,
Méfiez-vous du péché, des écarts!

Le lévrier blanc est rentré du bois
Rapportant un nourrisson avec soi.

Françoise Le Picard, cet enfant c'est,
Le croiriez-vous, votre portait craché!

- Vous n'avez en moi confiance aucune:
Et chaque année, ce sont ces vieilles lunes!

- Françoise, vous me faites de la peine.
Est-ce ainsi que l'on parle à sa marraine?

Dût-il m'en coûter ma propriété
De Lesquildry, j'aurai la vérité! -

Or, Madame de Lesquildry disait,
Ce jour-là, s'adressant à son valet:

- Selle mon cheval! Car aujourd'hui même,
Il faut que je fasse une course à Rennes! -

Madame de Lesquildry demandait
A Rennes, en arpentant le pavé:

- Qui donc me dira, c'est urgent, j'insiste,
Où je peux m'adresser à la Justice?

- Oh, Madame de Lesquildry, pardon!
Franchissez le seuil, allez, entrez-donc!

C'est, je pense bien, quelque affaire hâtive
Qui vous amène à cette heure tardive?

- A ma ferme il faut que vous me suiviez
Pour la fille aînée qu'il faut l'arrêter.

C'est précisément, jugez de ma peine!
La plus âgée dont je suis la marraine. -

Les gendarmes ont dit, un peu plus tard,
En se présentant chez le vieux Picard:

- Bonjour à chacun: nous voulons parler
A Françoise Le Picard, s'il vous plait!

- Elle est couchée dans la chambre du fond.
Pour l'amour du Ciel, ménagez-la donc!

- Françoise Picard, allons, levez-vous,
Sans tarder il faut venir avec nous.

- Grand Dieu! Qu'ai-je donc fait qui justifie
Une telle arrestation, je vous prie?

- Croyez-nous, notre stupeur n'est pas feinte,
Mais votre marraine a déposé plainte.

- Messieurs, je vous prie, par égard pour moi,
Par Lesquildry vous ne passerez pas.

- Nous avons reçu des ordres précis,
Et nous passerons devant Lesquildry.

- Entre Lesquildry et notre maison
On passe devant un grand puits profond:

- J'ai eu onze enfants, onze malheureux
Car dans ce puits j'ai jeté dix d'entre eux.

Le onzième fut jeté dans les bois.
Et non dans le puits: je m'en mords les doigts.

Quant aux Lesquildry, ces nobles messieurs
Je voudrais qu'on les jetât tous au feu!

Je voudrais qu'on les jetât tous au feu!
Sans oublier ma marraine, au milieu. -

Françoise le Picard criait bien haut
Le jour qu'elle montait à l'échafaud:

- Y-a-t-il ici des gens de Sainte-Croix
Pour que je les voie, qu'ils lèvent les bras!

Voici mon mouchoir qu'il faudra porter
A mon cher amant, a mon cher meunier.

A mon cher meunier, à mon cher amant,
Un souvenir à conserver longtemps!

Traduction Christian Souchon (c) 2012
ENGLISH TRANSLATION

Madame de Lesquildry said
Upon entering the farmstead:
Upon entering the farmstead:

- Hello, everybody! I say
Those daughters of yours, where are they?

Warming up by the fire, I guess!
Or is dinner still in progress?

- I'm afraid that neither would do
To pay the lease that we owe you

To manage that farm that you own,
And pay the bond: a hundred crowns!

Now, two of them do the laundering,
And two others do the wringing,

And two others do the drying.
Your godchild Fanny is aching

Stomach, head, all over aching:
A malignant fever, I think.

- Fanny Le Picard, my godchild,
Should it "remorse for sin" be styled?

Back from the wood, my greyhound was
Carrying a babe in her jaws.

A fair child, and all admit it:
Of you it is the very spit!

- Every year the same suspicions.
Always those outdated notions!

- T' your godmother, these words to say
Are quite improper, aren't they?

Should I sell Lesquildry estate,
I'll know the truth and put things straight! -

Madame de Lesquildry did say
To her stable groom, the same day:

Leaving for Rennes! Before sunset,
-Saddle my horse- there I must get!

Madame de Lesquildry did say
In Rennes as she walked the alley:

- Gentlemen, ladies, be friendly:
Where is the constabulary?

- Madame de Lesquildry, pardon!
Please, step right in, said the warden!

Some urgent matter, I suppose,
That you'll care to me to disclose!

- At my tenants' something 's amiss:
Come and arrest the eldest miss!

The eldest daughter, sweet and mild,
And, besides, she is my godchild!

The constables, full of regards,
They turned up at the old Picard's.

- Good day to you! All and sundry,
We would like to speak to Fanny.

- She's over there in the bedroom!
Spare her, should a disaster loom!

- Fanny Picard, wake up and quick!
Don't force us to wield the big stick!

- My God! what's the matter with me
That under arrest I should be?

- O, I don't know. We could not dodge
The complaint your godmother lodged.

- Do me, constable, a favour!
Do avoid Lesquildry manor...

- No, we have orders, my lady
We must pass along Lesquildry.

- Between Lesquildry and my parent's, though,
There is a deep well, a well that I know:

Eleven children that were born by me:
I threw ten of them in it already.

Out in the wood th' eleventh I laid:
Sourly I regret the change I have made!

As to Lesquildries I wish I could make
Them all to be burnt, fastened to the stake!

To see them burning alive, what a treat!
To my godmother, you'll fan extra heat! -

Fanny Le Picard ascends the scaffold
Where she will be hanged: A last word she told:

- If there are here folks coming from Sainte-Croix,
Please do raise your arms, that I may see you.

Take this handkerchief and bring it over
To the white miller who was my lover.

O bring it over to the white miller,
That all our years spent he might remember!

Translated by Christian Souchon (c) 2012




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