Son ar mezvier

La chanson de l'ivrogne

The drunkard's song

Chant collecté par Théodore Hersart de La Villemarqué
dans le 1er Carnet de Keransquer (p. 193).


Mélodie 1 * Mélodie 2

Arrangt Christian Souchon (c) 2015


BREZHONEK

Son ar mezvier [1]


p. 193

1. Al labousik a zo er c'hoad
Hag a zo hañvet ar c'hoailh,
Mont da vale lec'h ma garan,
Tre m'on deuet va heulia.

2. Eñ em galva "frip e zrouin!",
E-touez an ed, "foet e voutik!"
"Foet e voutik", "foet e drantell"
Hag ivez "fouet e werbilhen!" [2]

3. Marv pa vin, da zeniñ ar c'hlaz
'Balamour d'am gouzoug zo bras!
Am-bo meur a pint ha gwerenn
Hag an ostaliri a-grenn!

4. Pa vez-me en ostaliri,
Me ne vez ket un den fall:
Deu ennañ neb a garo,
'ma ganin an daol royal,

5. Keit ha bado ar fourchadenn
Hag alies an termen
Ha goude ar nec'hamant
Alies dastum an arc'hant.

6. Fachet eo va dousik bremañ
Abalamour ma vutunan
Pa moned a ran d'an davarn
Ha va madoù a zispignan.

7. Pa ne garan chom ganti
Da labourad sul, gouel, noz-deiz:

Na vez drouk da nep a garo,
P'am-bo butun, me a fumo!

8. Petra a dalv ur vuoc'h vat
Ma skuillh holl he goroadennad.
Ha me a ran memez-tra
Pa gomañsan-me en evañ... [3]

KLT gant Christian Souchon.
TRADUCTION FRANCAISE

Chant de l'ivrogne


p. 193

1. Parmi la forêt, où que j'aille,
Il est un oiselet, la caille,
Quel que soit le chemin choisi,
Partout où je vais il me suit.

2. J'entends qu'il crie "sac percé",
"Mange-boutique", dans les blés,
"Mange-boutique", "Mange-tout"
"Mange-tout jusqu'au dernier sou"!

3. Pas de glas quand je serai mort!
Mon grand gosier s'en porte fort:
Pintes et verres sonneront,
Toute l'auberge, à l'unisson!

4. Quand je trône à l'hostellerie,
En grand seigneur je fais la vie.
Et vienne me voir qui voudra,
Je l'accueillerai comme un roi.

5. Du moment qu'on me fait crédit
Quand le loyer tombe au jour dit.
Après les soucis, bien souvent,
Surviennent les rentrées d'argent.

6. Ma belle est fâchée contre moi
Car j'aime fumer le tabac
A la taverne, et me houspille:
Ce sont mes biens que je gaspille.

7. Je devrais, près d'elle, est-ce bête!
Trimer, même les jours de fêtes.
On dira ce que l'on voudra:
Je fume quand j'ai du tabac!

8. La meilleure vache ne vaut
Rien, quand elle répand son seau.
Et c'est pourtant ma propre histoire
Dès lors que je me mets à boire...

Traduction: Christian Souchon (c) 2015
ENGLISH TRANSLATION

The drunkard's song


p. 193

1. In the wood, on each path and lane,
There is a bird, "quail" is its name,
Which, try to lose it as I may,
I will find always on my way.

2. And it calls me "bottomless pouch"
"Spendthrift", "squanderer" and all such
Names, as I walk along a field,
Against its attempts is no shield.

3. When I die, do not toll the knell!
My engulfing throat cast a spell
On pints and jugs of glass or tin.
All of them will ring in the inn!

4. In the inn enthroned when I sit
I'm not a bad man: I lord it.
Whoever joins my drinking bout
Has nothing to complain about.

5. As long easy terms are granted
Whenever rent is collected,
Is the pool of money shallow,
After a while the tide will flow.

6. My girl is cross with me, I know,
'Cause I'm so fond of tobacco.
When I go to the inn to reek,
She says I cause my goods to leak.

7. She says, with her I ought to stay
And work all the week, night and day.
Here's a rule I'll never revoke:
If I have tobacco, I smoke.

8. The best cow is nothing much worth
That throws the milk jar on the earth.
Yet it's exactly what I do
When I set to drinking anew!

Translation: Christian Souchon (c) 2015


NOTES:
Bibliographie:
Un chant semblable a été publié par Luzel dans "Sonioù" II, "Ar Mezvier", recueilli à Plouaret, en 1840..

Remarques
[1] Bien que les "Sonioù" de Luzel renferment 3 chants d'ivrogne ("Son ar Mezwier", "Ar mezvier" (Plouaret 1840) et "Ar Mezvier" (Plouaret, 1885), seul le second fait du héros, -comme dans le cas présent-, outre un dévot de Bacchus, un adepte du tabagisme. C'est une pièce un peu plus longue (9 quatrains de vers de 16 pieds) qui commence ainsi:

Bravañ micher ’zo war an douar eo kanañ ha c’hwitellat,
Bezañ o tebriñ hag oc’h evañ ’n un ostaliri vad bennak;
Bezañ o tebriñ hag oc’h evañ ’n un ostaliri royal,
Ur plac’hik koant euz ho servijiñ ha sonerien o zon ar bal.

Le plus joli métier sur terre, n'est-il pas chanter et siffler,
S’attabler pour manger et boire, dans quelque bonne auberge;
S’attabler pour manger et boire, dans une auberge royale,
Où une fille gentille vous sert et des sonneurs mènent le bal.


On y retrouve le couplet sur l'oiseau accusateur, celui sur la maîtresse qui voudrait maintenir le personnage en esclavage et celui sur les verres qui sonnent le glas.
D'autres couplets expliquent l'origine de sa soif inextinguible (tout petit, il avala une braise), insistent sur sa magnitude (la grande mer et ses poissons n'éteindraient pas cet incendie) et détaillent les dernières volontés du héros qui rappellent un chant bachique français ("si je meure je veux qu'on m'enterre dans une cave où il y a du bon vin").

Les deux autres chants, bien plus courts, insistent, l'un sur la déchéance de l'ivrogne qui avait cinq cents écus de rente et un cheptel conséquent, mais que son vice a ruiné et qui n'a plus de quoi nourrir ses cinq enfants; l'autre reprend les dispositions testamentaires de l'assoiffé qui demande à être enterré, soit dans une cave, la tête sous le robinet , soit dans l'église la tête sous le bénitier, celui-ci ayant été préalablement empli de cidre et de vin, deux barriques de vin blanc étant destinées aux prêtres qui diront des messes pour le repos de son âme et deux barriques de vin rouge pour ceux qui voudront bien porter son deuil.

[2] Le chant de la caille, en breton, est suggéré par le choix des mots riches en chuintantes et sifflantes.

[3] Si La Villemarqué n'a pas retenu ce "son" pour figurer dans le Barzhaz, le fléau endémique qu'était l'alcoolisme pouvait difficilement en être absent. On le trouve travesti en citation de Grégoire de Tours dans Le vin des Gaulois et sous forme de fait divers dans Une bonne leçon.
Bibliography:
A similar song was published by Luzel in Sonioù II, "Ar Mezvier", collected in Plouaret, in 1840.

Remarks
[1] Though Luzel's "Sonioù" include 3 drunkard's songs ("Son ar Mezwier", "Ar mezvier" (Plouaret 1840) and "Ar Mezvier" (Plouaret, 1885), only in the second is the protagonist, - as in the song at hand -, addicted not only to wine, but also to tobacco. It is a slightly longer piece (9 quatrains of 16 foot verses) beginning thus:

Bravañ micher ’zo war an douar eo kanañ ha c’hwitellat,
Bezañ o tebriñ hag oc’h evañ ’n un ostaliri vad bennak;
Bezañ o tebriñ hag oc’h evañ ’n un ostaliri royal,
Ur plac’hik koant euz ho servijiñ ha sonerien o zon ar bal.

The loveliest calling on earth? It is to whistle and to sing,
To eat and drink at a table; of good renown must be the inn;
To eat and drink at a table, both hospitable and royal,
With winsome and comely waitress and pipers opening the ball.


It has the stanza with the reproachful bird, that with the mistress anxious to keep in thrall the hero, and that with the glasses tolling the knell.
Other stanzas explain the genesis of the hero's unquenchable thirst (as a baby, he swallowed glowing embers ), highlight its magnitude (the large sea with its fish could not put out this fire) and detail the drunkard's last will and testament akin to a French Bacchanalian song ("If I die I will be buried in a cellar full of good wine").

The other two songs, much shorter, emphasize either the drunkard's decay (he had an annuity of 500 crowns and important livestock, but was ruined by his vice and can no more cater for his five children's needs); or goes into his last will and testament (he requires to be buried in a cellar with his mouth under the tap of a barrel, or alternatively in a church, underneath a stoup which will have been filled with cider and wine, two casks of white wine being in store for the priests who will say Masses for the rest of his soul and two casks of red wine for those who will go into mourning for him).

[2] The quail's song is, in the Breton original, suggested by words containing many hushing and hissing sounds.

[3] If La Villemarqué did not dignify this "son" by including it into his "Barzhaz", the typically Breton endemic bane, alcoholism, could hardly be ignored in this all-encompassing collection. It appears, under the disguise of an evocation of Gregory of Tours' records in The Wine of the Gaul and as an essential factor in a trivial event in A lesson to all of us.




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