PENIUN - E BENN E UNAN

Qu'à sa tête

His own sweet way

Chant collecté par Théodore Hersart de La Villemarqué
dans le 1er Carnet de Keransquer (pp. 143-145).

Mélodie
Arrangt Christian Souchon (c) 2015


Pas de mélodie connue. Remplacée par une gavote "Ton doubl" à 6 temps qui suit à peu près la prosodie des strophes de 8 vers.
No tune known. Replaced here with a 3/4 "ton doubl" gavotte whose melodic pattern roughly tallies with the 8 line stanzas.

BREZHONEK

E benn e-unan


p. 143

I: e Vodre

1. An den yaouank a lare,
Pa ez ae 'maez d'ar ger, O
- Mont ran 'tammig da Vodre,
Da dremen va amzer, O.

Ha me a ya a-hed va hent
Da weled va mestrez koant.
Rann a ra va c'halon gant
He sellioù arc'hant! O (div w.)

2. - Eurvat, eurvat, mestrezig
Eurvat deoc'h a laran, O;
Pa welan ho torojoù,
Gant joa ho saludan, O.

- Karget oc'h-c'hwi, den yaouank,
Toud a gomplimañchoù!
Karget oc'h-c'hwi, den yaouank,
Toud a gomplimañchoù! (div w.)

3. - 'n amzer e oan-me em ger-me
Ho kwele bemde, O
Me oa ken fidel d'eoc'h
Ha c'hwi 'n em godise, O

Me oa fidel d'eoc'h-c'hwi
E'el ma vez an eostik
War ar bokedik
Spern gwenn o kana e zonik. (div w.)

4. - An eostik hag ar pintig
A zo al laboused, O
Hag a zo d'ar peurvuiañ
Peurvuiañ 'barzh ar gwéz, O,

Neus nemed teuler ur sell
War al lapoused all
Ha n'int ket ken fidel
Nag ema an durzhunell. (div w.)

5. Ha n'int ket ken fidel nag
Ema an turzhunell, O:
Hennezh pa goll e farez
En em daol da vervel, O.

- Ha me a refe ivez
vel ma trofe 'n em fenn,
Mar zeufe va mestrezig
D'am zilezel a-grenn. (div w.)

p. 144

6. - N'eo ket possupl, den yaouank
E vec'h kement fachet, O
Ha na teufec'h da Velan,
Da Velon d'am gweled, O.

- Me ez aio da Velan,
Med non-pas d'ho kweled,
Rag birviken, plac'h yaouank,
Em gwele na gouskot. (div w.)

7. - Hep abeg a enep rezon
E vec'h ken direzon, O
Ha n'e teufec'h da Velan
Da Velon d'am gweled O.

- Me ez aio da Velan,
Hag a zistro d'am ger
Na birviken merc'h yaouank
Ne ven ho servicher. - (div w.)

II: E Kerahez

8. Da gouel Maria Gwengolo,
D'an amser tremenet, O
Me a yae d'ar Pardon, O
Ya vit he gweled, O,

Me 'n em lakae n'he kichen
Evit he saludiñ,
Rag vije bet mare aet
He antreteniñ. (div w.)

9. - Eurvad deoc'h-ta, den yaouank
Paz oc'h deuet d'am gweled, O,
Nec'h braz em-eus em spered
D'ar boan a gemerit, O:

Me n'am-eus ket a gonje
Ar bloaz-mañ da zimeziñ,
Dizabuzit ho spered
Demeus me daremprediñ. (div w.)

p. 145

10. - Kuit en em zizabuziñ,
Pa ne dizabuzit, O;
Ar chadenn ar garantez
Trenomp-ni so torret, O

Rag-se emaon deuet ur wech c'hoazh
Barzh hoc'h aparchañs.
C'hwi zo ar fleurdelisenn
Demeus ar zemeurañs. -(div w.)

11. Kentañ 'laris "kenavo"
Voa da foar Kerahez, O!
He zivjod oa gleb't gant daeroù,
He galon ' c'huanadiñ, O.

Gant an nec'h a voa dezhi
Pa zeuis d'he guitaat.
Gant an nec'h a voa dezhi
Pa zeuis d'he guitaat.

KLT gand Christian Souchon.
TRADUCTION FRANCAISE

Qu'à sa tête


p. 143

I: A Motreff

1. Un jeune garçon disait,
Sortant de chez son père:
- Je vais aller à Motreff
Afin de me distraire.

Et j'aimerais bien, en passant,
Rencontrer la belle enfant
Dont le doux regard d'argent
Ma douleur fait taire. (bis)

2. - Ma charmante amie, bonjour,
Bonjour et mes hommages.
A faire un petit détour
Votre porte m'engage.

- Ah, vous n'êtes jamais, vraiment,
A court de beaux compliments!
Que me vaut donc à présent
Ce charmant langage? (bis)

3. - Lorsque j'habitais chez moi,
Je vous rendais visite
Chaque jour, et vous vous a-
musiez de ma conduite.

J'étais comme le rossignol
Fidèle, bombant le col,
Sur l'aubépine où s'envol-
e sa chansonnette. (bis)

4. - Le rossignol, le pinson
Ne quittent point leur arbre.
Ces deux-là font la leçon
A tous leurs camarades,

Mais il n'est qu'à considérer
Tous les hôtes des forêts:
En fait de fidélité
D'autres les surpassent. (bis)

5. Bien plus fidèle est, dit-on,
La tendre tourterelle:
Lorsque meurt son compagnon,
Pourquoi, sinon, meurt-elle? (bis)

- C'est bien là ce que je ferais,
Comme vous le suggérez,
Si venait à me quitter
A jamais ma belle. (bis)

p. 144

6. - Est-il possible, vraiment,
Qu'à ce point l'on se fâche,
Que vous évitiez Melan,
Votre ancien port d'attache.

- Il se peut que j'aille à Melan,
Mais sans vous voir pour autant,
Jamais n'auront, chère enfant,
Lieu nos épousailles. (bis)

7. - En voilà des arguments
Pour dire des sottises
Et pour fuir loin de Melan
Où vit votre promise!

- J'irai donc à Melan, si fait,
Puis chez moi je rentrerai;
S'il vous faut un cavalier,
Cherchez-en un autre. - (bis)

II: à Caraix

8. Au mois de septembre a lieu,
La fête de Marie.
Je vais au Pardon et veux
Revoir l'ancienne amie,

Je me faufile à son côté
Afin de la saluer,
C'était le moment rêvé
Pour que l'on s'explique. (bis)

9. - Voilà donc un revenant,
Je vous salue jeune homme.
Je regrette vivement
La peine qu'on se donne:

Je ne suis pas autorisée
A me marier cette année:
Abandonnez vos visées.
Elles seraient vaines. (bis)

p. 145

10. - Quelles visées, quand c'est vous
Qui me la baillez belle?
L'amour a fui loin de nous,
Il vole à tire d'aile,

J'en visite encore une fois
Les dépendances ma foi.
La fleur de lis que j'y vois
C'est vous, demoiselle. -(bis)

11. A la foire de Carhaix
J'ai donc pris congé d'elle:
Sur ses joues roses coulaient,
Deux rivières jumelles.

De pauvres larmes de chagrin:
Je crois qu'elle m'aimait bien...
Mais voici venue la fin
De ma ritournelle.

Traduction: Christian Souchon (c) 2015
ENGLISH TRANSLATION

His own sweet way


p. 143

I: in Motreff

1. The young man declared one day
As his house he was leaving
- I will go round to Motreff,
It will be entertaining:

For I am going on my way
To pass where Sweetheart should stay.
My heart pounds and my thoughts stray
At her silver glances! (twice)

2. - Good day, good day, my sweetheart
Good day to you I'm saying
I have seen your door afar,
That I cannot help cheering.

- Sir, you carry along with you,
Loads of compliments, you do!
Pretty speech is a thing to
Which I never object! (twice)

3. - When I was staying at home
I did visit you daily.
More faithful than I was none
But you would make fun of me.

I was as faithful to you as
Is the nightingale that has
Its perch on the branch of haw-
Thorn and sings its ditty. (twice)

4. - Chaffinch, and nightingale
Are birds that stay most freely
Amongst the leaves of mount and dale,
Each of them a homebody,

But if you care to have a look
At all the birds in a book,
No one as seriously took,
As the dove, loyalty. (twice)

5. For no one is half as faith-
ful, as the turtledove is
Who, when of its mate bereft,
At short notice deceases.

- O, this is the way I would fare
Most certainly in despair,
Should once my sweetheart so fair
Break my heart to pieces (twice)

p. 144

6. - How could it be, say, young man
That with me you were angry?
Would you not come to Melan,
To Melan to be with me?

- To Melan, for sure, I would go,
But not to tell you "hello!"
Since, my lass, so far I know,
We shall never marry. (twice)

7. - What grounds, tell me, have you got
For such foolish assumption?
No reason why you should not
Come and see me in Melan.

- I'll go to Melan, certainly
But I shall return quickly
You may choose anybody
To be your companion. - (twice)

II: in Caraix

8. 'T was on Nativity day
Of the Virgin Saint Mary;
To the Pardon on my way
I saw her quite abruptly,

I edged my way to her side
I had no reason to hide,
And whatever might betide,
We were to speak frankly. (twice)

9. - What a surprise, our young man
Made up his mind to see me!
That you did bother to come
About that I'm uneasy:

Because I am not allowed to
Marry this year, so that you,
In case you had come to woo
Should give up the idea. (twice)

p. 145

10. - Why should I give up an i-
dea that's but your own notion;
Chains of love that used to tie
My heart to yours are broken.

That's why I have come back again
For a walk in your domain:
Just a lily shall remain
There, and it's you, maiden! -(twice)

11. First time when I said "adieu"
To a lass, was in Carhaix.
Down her cheeks tiny tears flew,
Lost joy in darkest array,

The time for parting had come now,
For regret did not allow.
Which the lass refused to know
Before I flew away.

Translation: Christian Souchon (c) 2015


NOTES:
Bibliographie:
Encore un chant que La Villemarqué semble être le seul à avoir noté.

Remarques
  • Les passages en italiques dans le texte breton sont illisibles ou peu compréhensibles. Il convient d'y ajouter le titre "Peniun" ou "Penium" qui fait penser à l'expression "ober e benn e-unan", "n'en faire qu'à sa tête", qui décrit bien la conduite des deux protagonistes de ce marivaudage:
    A Motreff le garçon rencontre sa belle qui répond à ses compliments par des remarques ironiques sur son assiduité défaillante, ces derniers temps. Le garçon qui a dû s'absenter de chez lui, prétend être aussi fidèle que le rossignol, cet oiseau sédentaire qui est aussi un modèle de fidélité. La jeune fille boudeuse rétorque qu'il aurait refusé de partir au loin s'il avait été aussi fidèle que la tourterelle qui meurt dès qu'on la sépare de son conjoint. "Voilà un exemple que je suivrai si l'on me repousse". La jeune fille se laisse attendrir et lui propose de venir la voir chez elle à Melan. Mais c'est au tour du garçon de bouder et d'affirmer qu'à coup sûr, ils ne se marieront jamais. Plus elle insiste, plus il boude: "Vous n'avez qu'à en épouser un autre!"
    Les deux amoureux se rencontrent, en août, à Carhaix, où a lieu un "pardon" doublé d'une foire aux bestiaux. Bien qu'elle soit ravie de cette rencontre, la jeune fille, ne peut s'empêcher de faire la coquette. Lui faire la cour serait hors de saison, car on ne veut pas qu'elle se marie cette année. Le garçon devient blessant. Il feint de ne plus l'aimer et, il en est sûr, elle finira vieille fille (le seul lis de son jardin). Après ces propos malheureux, les deux imbéciles, qui viennent de saccager leur bonheur, se séparent en essuyant leurs larmes...
  • Le nom de lieu "Modre" est restitué en "Motreff", une localité proche de Caraix, dont le nom est cité strophe 11. Motreff est le point de jonction des trois départements Finistère, Côtes d'Armor et Morbihan. Quant à "Melan", c'est peut-être le lieu-dit "Moulin-Neuf" qui appartient à la commune de Motreff.
  • La fête "Gouel Maria Gwengolo", Sainte Marie de Septembre (str. 8), est aussi appelée "Gouel Ginivelezh ar Werc'hez Vari" (Fête de la nativité de la Vierge). En dépit de son nom, elle est célébrée le 8 août. En revanche l'Assomption, célébrée le 15 août, s'appelle logiquement "Gouel Maria Hanter-Eost" (Fête de la Vierge de la mi-août).
  • Peut-être La Villemarqué s'est-il inspiré de ce chant pour An Drougrañs (La rupture), qui lui est apparenté.

  • Eglise de Motreff
    Bibliography:
    Again a song which, apparently only La Villemarqué came across and recorded.

    Remarks
  • The passages in italics in the Breton text are either illegible or difficult to construe. The title "Peniun" or "Penium" should be added. It reminds of the phrase "ober e benn e-unan", "doing it one's own sweet way", which really applies to both protagonists' stubborn conduct in this banter in the style of Marivaux:
    In Motreff the boy meets the girl, who requites his compliments with ironic remarks, because his visits have become less regular of late. The boy who was absent from home for a certain time, claims to be as faithful as the nightingale, a sedentary bird known as a paragon of loyalty. The sulking girl objects that he would have refused to travel away, if he had been as faithful as the dove who dies, when kept apart from his mate. "This example I shall follow, should you turn me down". The mollified girl offers him to visit her at her parents' house in Melan, but now it is the boy who sulks and says that he knows for sure they never will marry. The more the girl insists, the more the boy sulks: "you may marry another boy!"
    The two lovers happen to encounter in Carhaix, where a "pardon" and a livestock fair take place in August. The girl is delighted to meet her suitor; but cannot refrain from playing the coquette. She tells him that his wooing would be untimely, because her family objects to her marrying this year. The young boy becomes offensive. He pretends not to love the girl any more. She is sure to remain an old maid (the only lily in her yard). After this unfortunate argument, the two foolish young people, who have wrecked their love, now part and wipe off their tears...
  • The place name "Modre" is rendered as "Motreff", a village in the vicinity of Carhaix, the larger town mentioned in stanza 11. Motreff is the junction point of three département borders: Finistère, Côtes d'Armor and Morbihan. As to "Melan", it could be the hamlet "Moulin Neuf" which is part of the parish Motreff.
  • The feast "Gouel Maria Gwengolo", Saint Mary's feast in September (str. 8), is also known as "Gouel Ginivelezh ar Werc'hez Vari" (Feast of the Holy Virgin's nativity). In spite of its name, it is celebrated on the eighth of August. But Assumption, which is celebrated on the fifteenth of August is logically called "Gouel Maria Hanter-Eost" (Mid-August Feast of the Holy Virgin )
  • La Villemarqué might have used this song to "compose" the closely related song An Drougrañs (Breaking off).




  • précédent suite