La rupture

Breaking Off

Dialecte de Léon (*)

  • Première publication dans l'édition du Barzhaz de 1839.
  • La Villemarqué a noté page 253 de son cahier, à propos d'un autre chant "Ar Yaouankiz" (la Jeunesse), qu'il le tient de "Marianne Ollier[ou Olivier], femme Delliou (1768-1845), qui a déjà chanté 'ND du Folgoat' publié, 'Erru an hañv hag ar miz Mae', 'An drougrans'..." Il doit s'agir, soit du chant "Me wel erru ma mestrezig", noté page 251, qui lui a fourni 7 des 11 strophes du présent chant dont le titre breton est "An drougrañs", soit de sa variante "Devat d'eoc'h-hu va mestrezik", notée page 263.
    Cette indication est peut-être confirmée par Mme de La Villemarqué, dans la "Table A, lorsqu'elle écrit "Le courtil, le jardin, la pomme, la ceinture : la même Anaïc Olivier". Les trois dernier éléments de cet inventaire se rapportent certainement aux chants Hollaïka et La ceinture, et le premier, "le courtil", s'il ne fait pas double emploi avec "le jardin", pourrait désigner le présent chant, portant à 6, le nombre de pièces, toutes publiées dans le Barzhaz, dont elle a fourni les éléments initiaux: La fiancée de Satan, La fête de juin, La ceinture, La rupture, La chanson de table, L'hollaïka. A celà il faut ajouter la chanson non publiée (à la mélodie sublime!) "Adieu à la jeunesse" qui me semble avoir inspiré le 10ème couplet présent chant:
    "Ar yaouankiz zo ur bouket, n'eo ket da badout pell / Pa soñjer an nebeutañ, a ya gant an avel!"
    (La jeunesse est une rose/ Qui ne dure pas très longtemps / Quand on pense à la chose!/ Elle s'envole avec le vent!)
    Comme l'a noté la Dame de Nizon, page 4 de la Table A: "les chants de noces et de printemps, sont presque tous d'Anaïc Olivier de Kerigasul-Nizon",
  • Le jeune barde (La Villemarqué avait 24 ans en 1839) a utilisé:
    - "Me wel erru ma mestrezik", page 251, comme indiqué plus haut, dont il a tiré des éléments des couplets 2 à 7;
    - ainsi qu'une variante de ce chant, qui comprend elle-même une sous-variante. Elle se trouve page 263 (la formule de salutation par laquelle elle commence "Devat d'eoch-c'hwi va mestrezik...", sert à introduire un autre chant, la Fête de juin). Ce deuxième chant et sa variante sont mis à contribution dans les couplets 2 à 9.
    - "Disul vintin ha pa zavan", qui fut déjà utilisé pour le chant "Hollaïka" et qui a fourni au présent chant d'autres éléments des couplets 5, 6 et 8.
    - le chant "Mar ouifen-me skriv ha lenn" (Si je savais écrire et lire) dont le reste de l'intrigue justifie le titre que lui donne Luzel dans les "Sonioù Breiz-Izel", tome I, page 166, 1890: "Enezenn Sant Malo", l'Île de Saint-Malo. Ce chant est noté pages 32 et 33 du cahier de Keransquer: il a fourni la première strophe.
    - enfin le chant "Ar yaouankiz" (La jeunesse), p.253 qui a inspiré la 10ème strophe, comme on l'a dit plus haut.
    - En outre, une rupture lors d'un pardon est mise en scène dans le chant Peniun
  • Comme on vient de le voir, "Mar ouifen-me skriv ha lenn", a été collecté par Luzel, sous le titre "Enezenn Sant-Malo", à Plouaret.

    (*) Il serait étonnant que le chant résultant de tant d'hybridations soit du léonais pur jus. Marianne Olivier, la principale informatrice est Cornouaillaise, même si, dans l'argument de 1867, il est question d'un "jeune paysan léonard qui chante ses illusions trompées [avec la] gravité [et la] philosophie..." propres paraît-il à cette région.
  • First published in the 1839 edition of the Barzhaz.
  • La Villemarqué noted on page 253 of his copybook, concerning another song "Ar Yaouankiz" (Farewell to youth), that he learnt it from the singing of "Marianne Ollier (or Olivier), wife of Selliou (1786-1845) who has also sung the already published ditties: 'Our Lady of Folgoët', 'Erru an hañv hag ar miz Mae', 'An drougrañs'..." The last-named song should be either "Me wel erru ma mestrezig", noted on page 251, that provided him with 7 of the 11 couplets making up the present piece whose Breton title is "An drougrañs", or "Devat d'eoc'h-hu va mestrezik", a variant thereof noted on page 263.
    This is possibly confirmed by Mme de La Villemarqué's statement in "Table A, to the effect that "The yard, the garden, the apple, the belt [were sung by] the same Anaïc Olivier". The last three elements in this stocktaking list certainly refer to the songs Hollaïka/Hallooing and The girth, whereas the first, so far it is not redundant with "The garden", would hint at the present song, thus raising to 6 the number of pieces published in the Barzhaz, for which Anaïc/Marianne was the initial informer: Satan's bride, The June festival, the Girth, Breaking-off, the Table song, the Hallooing. A seventh piece should be added: the unpublished song "Farewell to youth" (a sublime melody!), that could be the origin of the 10th stanza of the present poem:
    "Ar yaouankiz zo ur bouket, n'eo ket da badout pell / Pa soñjer an nebeutañ, a ya gant an avel!"
    (Youth, akin to a rose/ will never last for long! / Hardly will it disclose/ That with the wind it's gone along!)
    As stated by the Lady of Nizon, on page 4 of Table A: "Nearly all wedding and springtime songs were sung by Anaïc Olivier from Kerigasul near Nizon".
  • The young bard used for his composition:
    - "Me wel erru ma mestrezik", page 251, as mentioned above, from which he took elements for the stanzas 2 to 7;
    - as well as a variant to this song, and, again, a variant of this variant. They will be found on page 263 of the copybook. The greeting phrase with which they start "Devat d'eoch-c'hwi va mestrezik..." was to be placed at the beginning of the June festival song. This second song and its variants are made use of in stanzas 2 with 9.
    - "Disul vintin pa zavan", already used for the song "Hallooing", which provided elements for stanzas 5, 6 and 8 of the present piece.
    - the song "Mar ouifen-me skriv ha lenn" (If I could write and read], the bulk of which justifies the title given to it by Luzel in his "Sonioù Breiz-Izel", part I, page 166, 1890: "Enezenn Sant Malo" (The Saint Malo Island). It is recorded on pages 32 and 33 in the Keransquer MS. It provided the first couplet of the present song.
    - the song "Ar yaouankiz" (Youth) , on page 253 which inspired the 10th and last stanza as already mentioned.
    - Besides, a breaking off scene on the occasion of a "pardon" is staged in the song Peniun
  • As stated above, "Mar ouifen-me skriv ha lenn" was collected by Luzel, at Plouaret, under the title "Enezenn Sant-Malo".

    (*) It would be astonishing if a poem that is a patchwork of different elements could be a sample of pure Léon dialect. Marianne Olivier, who provided most of the material was a Cornouaille woman, notwithstanding the fact that the 1867 "argument" tells us of a young Léon peasant who "sings of his deceived delusions [with] seriousness [and] philosophy", as are allegedly wont people in this area.

  • Mélodie - Tune
    (Hypodorien ou Sol majeur)

    Français English
    1. Si je savais lire et écrire,
    Comme je rime, Gageons,(bis)
    Que j'écrirais une chanson, O!
    Tra la la la, tra la, la la
    Que j'écrirais une chanson,
    Nouvelle, sans être long!

    2. Mais, que vois-je? C'est mon amie
    Qui vient vers ma maisonnette.
    Si les circonstances s'y prêtent
    Nous aurons un tête à tête.

    3. - Je vous trouve pâle et changée,
    Et vous n'aviez pas ce teint,
    Quand nous nous vîmes, je crois bien,
    Au dernier Pardon, en juin.

    4. - Et quand même cela serait?
    Je sais ce qui me changea:
    Une forte fièvre, voilà,
    Depuis le Pardon du Folgoat.

    5. - Entrez avec moi, mon amie,
    Au courtil. Parmi mille choses
    Je veux vous montrer une rose
    Parmi les herbes écloses.

    6. Qu'elle était gaie, qu'elle était belle!
    Et, sur sa tige dressée!
    Jeudi matin, je l'ai trouvée,
    Comme vos joues, empourprée.

    7. Je vous avais dit de fermer
    Bien votre coeur et son huis,
    Afin que personne ne puis-
    se y gâter les fleurs, les fruits.

    8. Mais vous n'avez pas écouté:
    Oubliant de le fermer.
    La fleur finit par se faner;
    Et s'est flétrie votre beauté.

    9. L'amour ainsi que la jeunesse
    Rien ne les vaut ici-bas.
    L'un, puis l'autre, croît et s'en va,
    Et nous ne le voyons pas.

    10. Le temps où nous nous sommes aimés
    N'a pas duré bien longtemps.
    Jeune fille, il passa, vraiment,
    Plus vite qu'un coup de vent.

    Traduction Christian Souchon (c) 2008
    1. If I could read, if I could write
    Just as well as I can rhyme, (twice)
    I would compose a brand new song, O!
    Tra la la la, tra la la la
    I would compose a brand new song
    A song. I wouldn't be long.

    2. Do I not see my sweetheart come?
    Does she not approach my home?
    If I can find any reason,
    I shall give her a lesson.

    3. - You look so pallid, my darling!
    Yes, I find you ill-looking.
    You were not when I saw you last
    At the Pardon in times past...

    4. - How could I have not changed, young man?
    High fever has made me wan.
    Of high fever a sudden bout
    After the fair in Folgoat.

    5. - Would you come with me, my sweetheart,
    Would you come into the yard?
    I want to show you there a rose
    That was with fine herbs enclosed.

    6. Gay like a bird, fair like a gem,
    It stood upright on its stem.
    I found it on Thursday early
    As fresh as your cheeks, truly!

    7. I told you to shut well the door
    Of your heart, for evermore,
    To prevent people from spoiling
    The fruit and flowers within.

    8. But you did not listen to me,
    Left it open carelessly
    And now the flower did wither,
    Your beauty fled forever.

    9. Love is, as well as youthfulness,
    Of things in this world, the best.
    They are to bloom and to wither
    As quick one as the other.

    10. The time when we have been lovers
    Was not to last for ever:
    It came and it went, my darling
    As would do a gust of wind.

    Translated by Christian Souchon (c) 2008

    .

    Sources principales et rédactions successives (extraits)

    Excerpts from main sources and successive writings

    "Me wel erru" "Devat dorch" Variante "Devat" Barzhaz 1839 Barzhaz 1867
    (2) Me uel erru ma mestresik,
    Dont a ra tresek an ti;
    Ha mar hallan kahouet an tu,
    Me a barlanto ganthi.

    (3) - Heurvat [deoc'h, ma mestrezik,
    E drouklivet bras ho kavan

    Boa emeus ho kuet divéan.

    (4) - Nag e vin-me, ma servicher,
    Nag e vin-me drouglivet?
    Pellik a so amser aboa
    Neum ket ni wélet.
    Hag ouspen ze, ma zervicher,
    An dersien bras emeus et.

    (5) Deut hu ghenime, ma mestrez
    Da ........ jardin
    Ma ziskoei dor rozenik
    ma kavet diriao vintin.

    (6) Ema eno ma mestrezik
    Ema eno kos ar bout,
    Diriao vintin a pe c'haven
    E voa riou vel do tiou chot.

    (7) - Mam beus laret, ma ...
    ... dor ho chardin.
    chui ne pezo ket.....
    ......

    (8) Hui ne peus ket sentet ouzin
    lui pezo leset digor:
    Ema gouent ar rozenik
    Kollet ghenoc'h ho enor.






    (3) Gant drouklevet ho kavan

    diboa meus hou kuelt diwéan.

    (4) Ha pe vin-me ta den iaouank
    Ha pe ven drouklivet?
    Ha pellik zo an amzer
    Diboa nem ket ni welet.



    (5) Deut-hu ghenin ma mestrezik
    Deut-hu ghenin dam jardin.
    Me ziskoie doc'h eur rozonniou
    Hag a beb sort louzou fin.

    (6) ........
    ema kaet diriou vintin
    Pe a ve unan goenvet
    Ha, siouaz, n'em gafon ket.

    (7) - Me ma laret d'orchu ma mestrez,
    charro mat nor ho jardin.
    Na vije ket oet an dut
    E-barz e-touesk al louzoù fin.

    (8) Ha-peus ket hu sentet Bous-in
    Ha-peus hi lezet digor.
    Chetu kollet ar rozoniou
    Kollet ghenoc'h ho enor
    (2) Me wel erru me mestrezik
    Dont a ra trezek ... ti,
    Ha ma challon kahout an tu
    Me a brezegho gant hi.

    (3) - Drouk livet-bras, va mestresik,
    C'hoas, drouglivet ho kavan,
    Aboe 'm-eus ho kuelet dan pardon
    Ia, 'bo 'meus ho kuelet diwéan.

    (4)



    - Hag ouspenn-ze, ma servicher,
    An derien-bras emeus bet.

    (5)

    ... ur rozenik
    Eno touez al louzou fin,

    (6) Ken ghe ha ken moan em liorzh
    Savet eno war ar bod
    Ha dirio beure pa he c'haven
    A voa ru 'el ho tiouchot.











    (9) Ar iaouankis a zo eur boket
    Ar braoa zo er bet-men
    koevi a rant, siouas d'honhi,
    Kenkouls ann eil hag eben.
    2. Me wel erru, va mestrezig,
    dont a ra 'tresek hon ti;
    Mar c'hallan-me kaout ann tu,
    me a brezego out-hi.

    3. -Droukliwet, va mestrezik koant,
    droukliwet-braz ho kavann,
    Aboe m'euz ho kwelt enn pardon,
    e viz nevez diwezan.

    4. Ha pa'z vinn-me ta, den iaouank,
    ha pa'z vinn-me droukliwet!


    An derzien braz zo bet gan-in,
    abaoe Pardon Folgoet.

    5. Deuit-c'houi gan-in, va mestrez,
    deuit tre el liorz gan-in,
    Me ziskei d'hoc'h ur rozen-gwez
    eno touez al louzou fin;

    6. Ken ge ha ken brao oe eno
    hag hen savet war ann bod!
    Diriao beure pa he c'haviz
    oe ker ru vel ho tiouchod.

    7. 'M boa lavaret d'hoc'h serra mad
    tor ho kaloun, ma mestrez,
    Na vize eed ann dud e-barz,
    'touez all louzou hag ar frez.

    8. Ha né-c'heuz ket sentet ouz-in,
    ha c'heuz hi laosket digor,
    Setu gwenvet ar rozen-gwez,
    kollet ho kened gan e-hoc'h.

    9. Ar garantez hag ar rozen,
    braoa bleuniou er bed-men;
    Bleunvi a rint, koeñvi a rint
    kerkoulz an eil hag e-benn.

    2. Me wel erru, va mestrezig,
    dont a ra 'trezek hon ti;
    Mar gellan-me kaout ann tu,
    me a brezego out-hi.

    3. -Drouklivet, va mestrezik koant,
    drouklivet-braz ho kavann,
    Aboe m'ho kweliz er pardon,
    e miz even divezan.

    4. Ha pa venn-me 'ta, den iaouang,
    ha pa venn-me drouklivet!


    An derzien vraz zo bet gan-in,
    abaoe Pardon Folgoet.

    5. Deuit-c'houi gan-in, va dousik,
    deuit tre el liors gan-in,
    Me ziskouezo d'e-hoc'h eur rozen
    eno touez all louzou fin;

    6. Ker gae ha ker brao oa eno
    hag hi savet war ar bod!
    Diziou beure pa he c'haviz
    oe ker ruz hag ho tiouchod.

    7. D'e-hoc'h e liviriz serra mad
    tor ho kaloun, va mestrez,
    Na vize eat ann dud e-barz,
    'touez al louzou hag ar frez.

    8. Ha n'hoc'h euz ket sentet ouz-in,
    hag hoc'h euz hen digoret,
    Ha setu gwenvet ar vleuzven,
    kollet gan-e-hoc'h ho kened.

    9. Ar garantez, ar yaouankiz,
    kaera traoù zo er bed-man;
    Bleuzvi a reont ha koenvi
    ann eil hag eben buhan.


    Brezhoneg

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    Résumé
    On ne peut que se féliciter que l'auteur de ce petit joyau n'ait su ni lire, ni écrire, ni connu le solfège. Ce morceau n'aurait certainement pas autant d'originalité et de fraîcheur!
    Cette remarque paraphrase l'"argument" de La Villemarqué.

    S'agit-il d'une idylle paysanne?
    Une amie américaine porte un autre jugement sur le texte:
    "L'auteur de ce chant est un idiot. Il raconte à la jeune fille qu'elle est tombée malade parce qu'elle a refusé ses avances. C'est ce qu'on appelle "s'en prendre à la victime".
    Elle pourrait bien avoir raison et ce charmant chant amébée pourrait cacher une réalité sociale bien moins réjouissante qu'il n'y paraît. Le tableau ci-dessus compare le poème du Barzhaz avec les deux principales sources "Me wel erru ma mestrezik" et "Devat d'eoch-c'hwi va mestrezik" (ainsi que la variante à ce dernier).
    Une des modifications importantes apportées par La Villemarqué concerne la 8ème strophe où il a remplacé la phrase "Kollet ganeoc'h hoc'h enor", "vous avez perdu votre honneur" par "kollet ganeoc'h ho kened", "vous avez perdu votre beauté". La pâleur de la jeune femme aurait-elle une autre origine que la "grosse fièvre" (terzhienn vras) dont il est question à la strophe 4? Ce ne serait pas la première chanson où la rose sert de nom de code à la virginité. On trouvera à la page La fiancée de Satan quelques remarques sur ces conceptions d'un autre âge.

    S'agit-il d'un chant du Léon?
    On se souvient (cf. Le pauvre clerc) que ce chant et les trois précédents doivent constituer, selon les indications données par La Villemarqué, page 277 de l'édition de 1839, tome II, mais non reprises dans les éditions suivantes, un florilège de chants de clercs, chacun dans un dialecte différent. Voici donc le chant du Léon. Comme exposé ci-dessus, dans le descriptif bibliographique, il est peu probable que la présente pièce, que le Barde tient d'une femme de Nizon, en Basse-Cornouaille, soit, d'origine, dans le dialecte léonnais. Le tableau comparatif qui reprend scrupuleusement les graphies données dans "Les sources du Barzaz Breiz" de Donatien Laurent, et dans deux éditions du Bazhaz, permettra aux personnes compétentes de se faire une idée sur la question.
    Un autre chant attribué par la table A à Marianne Olivier est censé être en dialecte léonais: "La fiancée de Satan", dont l'une des deux versions manuscrites contient le vers "nautrou person an izelvet" (Monsieur le recteur d'Izelvet) qui renvoie à la localité léonarde de Plounévez-Lochrist. Dans le texte publié, ces mots deviennent "Ann aotrou Piar Izel-vet" (traduit par "Le seigneur Pierre qui est à Izel-vet") ce qui permet de dater la pièce du 13ème siècle!

    Dans le cas présent, on remarquera, en tout état de cause, que le Pardon du Folgoat, qui situe le dialogue en Léon, s'il est mentionné dans le Barzhaz (strophe 4), n'apparaît cependant dans aucune des sources.

    S'agit-il d'un chant de clerc?
    On est étonné qu'un clerc, qui est censé être instruit, puisse déclarer qu'il ne sait ni lire, ni écrire. La Villemarqué, qui ne veut pas renier ce qu'il a écrit 22 ans plus tôt, s'en tire en expliquant, dans l'argument de 1867, qu'il
    "ne tardera pas à s'instruire en devant kloarek ou clerc d'école comme on disait autrefois en France et plus tard clerc d'église".
    On se demande d'ailleurs si cette justification embarrassée est bien nécessaire? La première strophe, où figure cet aveu d'ignorance est reprise du chant "Mar ouifen-me skriv ha lenn" (Si je savais écrire et lire), qu'on trouve page 32 du cahier de Keransquer. Voici ce qu'il dit:

    " Si je savais écrire et lire, comme je sais composer, j'écrirais une belle chanson, et je ne serais pas long à le faire, sur deux jeunes gens qui s'aimaient et furent fidèles. Ces deux-là s'aimaient et étaient joyeux comme le rossignol qui chante en mai... - Adieu, mon aimée, je vais vous quitter, puisque votre famille est mécontente, tant votre père que votre mère. - Ma famille s'oppose toujours à mes désirs. Notre amour durera bien deux ou trois ans de plus. - Trois ans, c'est beaucoup, et c'est peu: L'un ne voit pas le temps passer, l'autre se morfond à attendre. Je m'en vais à l'île que l'on appelle Saint-Malo. A Saint-Malo, ma bien-aimée, il est une île bâtie sur la mer profonde et exposée à la froidure. - Si je savais une chanson... A défaut je prierais Dieu, soir et matin, agenouillée."

    Or, la même chanson a été collectée en Trégor par Luzel (cf. plus haut), sous le titre "L'île de Saint-Malo" et elle, se termine par:

    "Az zôn-man a zo zavet gant eur c’hloarec iaouanc;
    Me ho ped, hen excuset, na eo ket c’hoaz savant;
    Doue na ro ket d’an holl peb-hini he c’houlen;
    Kement hec’h â d’ar studi na vent ket bêleïen.
    Hema zo ’r c’hloarec iaouanc o retorn d’he ganton,
    Hac a gav bezr an amzer nac o canan eur zon."

    Cette chanson a été levée par un jeune clerc;
    Je vous prie, soyez indulgents pour lui, il n’est pas encore habile;
    Dieu n’accorde pas toujours à chacun sa demande;
    Tous ceux qui vont aux études ne deviennent pas prêtres.
    Celui-ci est un jeune clerc, qui s’en retourne en son canton,
    Et qui trouve le temps (plus) court en chantant une chanson.

    Nous voilà renseignés: la première strophe a bien été "levée" par un clerc débutant. Les autres, peut-être pas...
  • voici un chant publié par Loeiz Ar Floc'h dans son "Brasier des ancêtres" Kalz a amzer, dont on ne peut douter qu'il soit un chant de clerc: il est en breton, français et latin!

  • Résumé
    One can only be glad that the author of this fine song could neither read nor write words and music. The result would certainly not have been so original and so full of freshness.
    This remark paraphrases La Villemarqué's "argument".

    Is this "kailyard literature"?
    An American lady comments this song as follows:
    "The author of this song is an idiot. He's telling the young woman she became ill because she refused to commit her love to him. The common phrase for this is "blame the victim."
    She might be right and this charming specimen of "kailyard literature, could be but pretence and raise in fact a stern social issue. The table above displays, in an array, the Barzhaz poem and its two main sources "Me wel erru ma mestrezik" and "Devat d'eoch-c'hwi va mestrezik" (as well as a variant to the latter).
    The most momentous change made by La Villemarqué is found in the 8th couplet: he changed the sentence "Kollet ganeoc'h hoc'h enor", "you have lost your honour" for "kollet ganeoc'h ho kened", "you have lost your beauty. Is the inference that the young woman's paleness, addressed in stanza 4, might have another cause than the "strong fever" (terzhienn vras) mentioned in stanza 4? It wouldn't be the only song where "rose" is synonymous with "virginity". A few remarks on these obsolete conceptions will be found on the page Satan's bride.

    Is this a song in Léon dialect?
    We remember (see The poor clerk) that this song and the previous three are meant to compose, as announced by La Villemarqué on page 277 in the 1839 edition, part II, but not in the ensuing editions, a short anthology of clerk songs, each in a different dialect. Here is, consequently, the song in Léon dialect. As already mentioned in the bibliographical abstract above, it is improbable that the present song, provided by a woman who dwells in Nizon, in Lower Cornouaille, should be, from the outset, in Léon dialect. In the array above, the original spellings, as transcribed by Donatien Laurent in his "Sources of the Barzaz Breiz", and as printed in the two Barzhaz editions referred to, are accurately preserved, so as to allow anyone proficient in Breton dialectology to form an opinion on the matter at hand.
    Another song ascribed by Table A to Marianne Olivier is allegedly in Léon dialect: "Satan's bride", which contains the line "nautrou person an izelvet" (the reverend vicar of Izelvet) pointing to the Léon town Plounévez-Lochrist. In the published text, these words are turned into "Ann aotrou Piar (an) Izel-vet", translated as "The Lord Peter who is at Izel-vet", which allows the Bard to date the song back to the 13th century!
    Anyway, in the present case, it is remarkable that the Pardon of Folgoët which, in the Barzhaz poem, locates this dialogue in Léon, should be mentioned in none of the sources!

    Is this a clerk's song?
    One may wonder how a clerk, who is expected to be educated, may proclaim that he cannot read or write. La Villemarqué who does not want to withdraw what he wrote 22 years earlier, gets out of the contradiction in stating in the 1867 "argument" that the young man "will soon learn it, when he becomes a kloarek or school clerk as they used to say in former times in France and, later on, a church clerk".
    Is this awkward justification really necessary? The first stanza embodying this admission of ignorance is borrowed from the handwritten song "Mar oufen-me skriv ha lenn" (If I could write and read), found on page 32 of the Keransquer copybook. Here is this song:

    "If I could write and read, as I can compose, I would write a pretty song, it wouldn't last long, on a lad and a lass who were true lovers. The two of them, they were in love and they were as happy as a nightingale singing in May... - Farewell, my dear, I must leave, since your relatives are discontented and so are your parents. - My parents and relatives always oppose my wishes. But our love is sure to last for another three years. - Three years is both a long and a short time: I won't see time going by, while you fret as you wait for me to return. I am going on the island called Saint Malo. At Saint-Malo, my dear, there is an island with walls rising above the deep sea and exposed to the chilling wind. - If I knew a song...For want of it, I would pray to God on my knees."

    Now, the same song was collected in the Tréguier area by Luzel (see above) under the title "Island Saint Malo". The last stanza reads as follows:


    "Az zôn-man a zo zavet gant eur c’hloarec iaouanc;
    Me ho ped, hen excuset, na eo ket c’hoaz savant;
    Doue na ro ket d’an holl peb-hini he c’houlen;
    Kement hec’h â d’ar studi na vent ket bêleïen.
    Hema zo ’r c’hloarec iaouanc o retorn d’he ganton,
    Hac a gav bezr an amzer nac o canan eur zon."

    This song was composed by a young clerk.
    I beg you to excuse him. He is not yet a scholar
    God may not always allow for what you want.
    All students are not called upon to become priests.
    I am a young clerk and I'm returning home
    As a pastime, I have been composing a song.

    We have it! The first stanza of the Barzhaz song was really composed by an apprentice clerk. But what about the other stanzas?
  • Here is a song published by Loeiz Ar Floc'h in his "Bonfire of our Ancestors", Kalz a amzer. There is no doubt, whatsoever, that it is a genuine clerk's song: it is in Breton, French and Latin!





  • La croix du chemin Les hirondelles