AN TOUR PLOM

La Tour de Plomb

The Leaden steeple


ton

A propos de la mélodie
La présente mélodie n'est donnée qu'à titre de fond sonore illustratif.
Il n'existe pas, pour le moment, de mélodie connue: ni François Vallée, ni Maurice Duhamel lorsqu'ils recherchent les mélodies des "Gwerzioù" de F-M. Luzel n'ont songé à ce chant qui n'y figure pas. Il était pourtant connu de l'informatrice de dernier, Marguerite Philippe, ainsi qu'il ressort d'un cahier où un prêtre de Pluzunet avait consigné les titres des chants qu'elle disait avoir à son répertoire.

On aurait pu songer aussi à un chant publié en 1933 dans les "20 chansons bretonnes", harmonisées par G. Arnoux, consacré au clocher de Saint-Pol de Léon, "An Tour dantelezet" (Le clocher ajouré).


Kleier Kemper (Cloches de Quimper)
tiré de"Yaouankiz a gan", 15 chants bretons harmonisés par Polig Monjarret,
collection "Kendalc'h" publiée dans les années 30.
(Source: le site de M. P. Quentel - voir liens).
About the tune
The present tune is an arbitrary sound background to this page.
No tune set to this lament is known, so far: neither François Vallée, nor Maurice Duhamel, when they investigated the tunes set to the "Gwerzioù" gathered by F-M. Luzel, thought of this song that is not included in the latter's collection. Yet it was known to his informer, Marc'harid Fulup, as evidenced by a copybook where a Pluzunet priest had recorded the titles of songs she claimed to be able to sing.

We also could have chosen a tune published in 1933, in "20 chansons bretonnes", arranged by G. Arnoux, dedicated to the steeple of Saint-Pol de Léon church, "An Tour dantelezet" (The lace-worked tower).


1° AN TOUR PLOM

Collecté par T. de La Villemarqué
Premier carnet de Keransquer p. 58


BRETON KLT


p. 58
1. Da gouel Sant Gregor, mintin mat, [1]
Edo tour Kemper en e stad,

2. Panevet un paour-kaezh inosant
A oa lojet a-dreñv kein ar Sant.

3. Pe oa re Kemper en o repoz
Int a zone ar c'hleier glas

4. Kriz oa ar galon na ouelje
E bourc'h Kemper, neb a vije,

5. O weled gwazed Kemper daou ha daou
O tiskenn toud an imajoù,

6. O weled gwazed tri ha tri
O tiskenn ar sakrifis
En añv Jezuz ha Mari

7. Toud oa savetet traoñ an ilis
Nemed ornamanchoù ar sakrifis.

8. Merc'hed Kemper a ouele.
Gave den ebet 'n em konforte
Nemet an eskop, eñ a re:

9. - Tevet merc'hed! Na ouelit ket!
Ho kwazed n'o-do droug ebet. -

10. Tan didani, tan a-c'horre:
Ne grede den tostaat d’an ti
Gant an tour plom o tivérañ.

p. 59
11. Ur vagerez a triwec'h bloaz
Eo, gant al laezh deus he c'halon
'n eus lazhet an tan eus an tour.

12. Kriz vije kalon na ouelje…
E bourc'h Kemper, neb a vije,

13. O weled an Autroù Sant Kaourantin
'Tont maez e ti war e zaoulin.

[1] D.l.e. d'an 3 a viz Gwengolo. E gwir.: d'an deiz kentañ a viz C'hwevrer!
Transcription KLT: Christian Souchon
FRANCAIS


p. 58
1. A la Saint-Grégoire, au matin, [1]
Ta flèche à Quimper n'avait rien,

2. Si ce n'est qu'un pauvre idiot,
Corentin, nichait dans ton dos.

3. En plein sommeil, les Quimpérois
Ont entendu sonner le glas!

4. Cruel le cœur qui dans Quimper
N'eût point versé de pleurs amers,

5. A voir les hommes deux par deux
Eloigner les statues du feu,

6. Ou déménager, trois par trois,
Autel et tabernacle, en bas,
Jésus, Marie, comme il se doit.

7. Le chœur est sauvé, grâce au Ciel,
Sauf les ornements de l'autel.

8. Les femmes de Quimper pleuraient.
Personne pour les consoler,
Sauf l'évêque, ce qu'il a fait:

9. - Oh, mes filles, ne pleurez point!
Non, vos hommes ne risquent rien. -

10. Le feu gagne de haut en bas:
Longer les murs? N'y songez pas:
Le plomb fond comme de la poix...

p. 59
11. A dix-huit ans une nourrice,
A donné son lait pour qu'on puisse
A cet incendie mettre fin.

12. Comment vouliez-vous que je visse
Sans pleurer ces hommes qui hissent

13. A genoux, hors de sa bâtisse,
Notre seigneur Saint Corentin?

[1] C.à.d. le 3 septembre. En réalité le 1 février!
Traduction: Christian Souchon (c) 2014
ENGLISH


p. 58
1. Early that Saint Gregory's day, [1]
Quimper's steeple was in no way

2. Impaired, but for a fool induced
Behind the great Saint's back to roost.

3. People were asleep when the bell
Suddenly was tolling the knell!

4. Cruel-hearted had been whoever
Was not moved to tears in Quimper,

5. Seeing men come to the rescue
Carrying each pair a statue,

6. Or, to get them clear from the fire,
Three by three, treasures off the choir,
As Jesus and Mary require.

7. In the low parts they did all save
But gold vessels kept in the nave.

8. The Quimper women loudly cried
And no one soothed them, far and wide.
But the Bishop was by their side:

9. - There's no reason to be concerned!
Your husbands shall remain unharmed! -

10. Fire underneath, fire overhead:
The precinct was no place to tread
Due to the lead the steeple shed.

p. 59
11. For the nurse aged eighteen years
Who gave her milk, let's give three cheers!
The fire was put out by these tears.

12. Heartless were whoever, indeed,
From Quimper, dry-eyed, could proceed,

13. After he had seen the town's pride,
Saint Corentin, kneeling outside!

[1] I.e. on 3rd September. In fact on 1st February!
Translation: Christian Souchon (c) 2014


2° AN TOUR PLOMB

Manuscrit Milin: Kanaouennoù
(G. Milin, MS.2 Chant 47.81, Gwerin HY 1961)


Skrivadur dornskrid


1. Kenta welaz ann tan e tour ploum
Oa eur bugel bihan var breac'h he vamm

2. A lavaraz da Gemperiz
Ema 'n tan enn hoc'h iliz

3. Ema ann tan en daou goste
Siouaz e kreiz ema ive

4. Kriz vije r galoun na welje
En iliz Kemper neb vije

5. O welet ar zent ar zentezed
Deut tout en dro d'ar vered

6. Nen deuz, manet hini enni
Nemet imach ar grucifî
Ann tan violant en dro dezhi

7. Kriz vije ar galoun na welje
En porched Kemper neb a vije

8. O welet.ar werc'hez vari
O renkout kuitaat er meaz e zi

9. Ar groaz hag ar banier endro dezhi
Ann tan violant endro d'ezhi

10. Kriz vije ar galoun na velje
E porched Kemper neb a vije

11. O welet eur beleg ha tregont
Hag hi tout oc'h en em respount

12. Da c'hout pini. oa ar savanta
A bignfe en tour da genta

13. Persoun Kemper eo ann hardisa
Ennhez a bign en tour da genta

14. Persoun Kemper a lavare
Hag en tour na dre ma pigne

15. Ann tour n'euz den evit, mont ennhan
Gant ar ploum bervet o tivera
E leac'h ma kouez leski a ra,

16. Persoun Kemper a c'houlenne
Dioc'h ann aerouant p'he conjure

17. Petra glaskez var dro va zi
Me ne dann ket war dro da hini

18. Da iliz a zo interdizet.
Gant eur plac'h fall ha daou gloarek
E kramp an tour enn noz nedelek

19. Ema ann aerouant war bek ann tour
Ema eno evel eux skour

20. Ema hen ru evel ar goad
Teuler a ra 'n tan euz he zaoulagad

21. Persoun Kemper a lavare
Dioc'h.ann aerouant pa gonjure

22. Aerouant din leveret
Petra lavar ar brofeded

23. Miret oc'h ar zonerien da zon
Ha digas e Kemper au mission

24. Kenta lazo ann tan enn tour ploum
Bara zegal ha leaz bronn

25. Leaz a zivron eur wrec'h triouac'h vloaz
Ne oufet ket biken kouet gwell tra

Kanet gant Perrine Poder, klaskerez a Bontou/ Montroulez.

Stummoù all kavet e Dornskridoù Penwern, kanet gant:

a: MS 89/48: Jannet Puil a Henvik, 1851
1-1,1-2(ur c'hloarek o tistreiñ deus Rom);2-1,2-2;3-1;3-2(Na vo ket lazhet evit dour);24-2,24-1;14-1(sakrist,person),14-2;19-1,19-2;14-1(person,kure);16-1(Siboeroù hag ar sakramant),16-2(da chaseal an aerouant);14-1,14-2; 15-1,15-2,15-3;17-1,17-2;18-1,18-2(1 kloarek!),18-3.

b: MS 90/80: Moris Follezour 1851
1-1,1-2;2-1,2-2;3-1,3-2;19-1,19-2;11-1(36 beleg),11-2;12-1,12-2;14-1,14-2;17-1,17-2;18-1,18-2;18-3

c: MS 89/ 203-204: Jannet Kergiduff 1851
1-1,1-2;2-1(Plouberiz),2-2;3-2,4-1,4-2(e bered);5-1(33 person),5-2;12-1(hardisañ),12_2;14-1,14-2;15-1,15-2,15-3;19-1,19-2;17-1,17-2,18-1,18-2(1 kloarek),18-3;24-1,24-2;25-1(peultrin),25-2(o vagañ he bugel kentañ);4-1,4-2;5-1,5-2;8-1,8-2.

d: MS 112 - Dastumad Ollivier
1-1,1-2(ur belek yaouank o tistreiñ deus Rom)2-1(Kemperiliz),2-2;4-1,4-2;5-1(37 prosesion),5-2;12-1(hep hini anezhe na yeo a prezant),12-2(da zisput ouzh an aerouant);16-1,16-2;17-1,17-2;18-1,18-2(hag ur beleg);,18-3;14-1,14-2(person koz,kure);Na laka ar stolenn en da gerc'henn/ Ha da boned korniek war da benn:/ Ke da gerc'hat ostioù an oferenn;24-1,24-2;Un tamm bara segal konsakret/ Ha laez a fetrin ur c'hwreg;Ned eo chomet netra da zeviñ/Nemed imaj ar C'hrusifi/Hag imaj ar Werc'hez Vari.

FRANCAIS


1. Le premier qui vit le feu dans la tour de plomb
Etait un enfant au sein

2. Il dit aux Quimpérois
Le feu est dans votre église

3. Le feu est des deux côtés
Hélas, il est aussi au milieu

4. Dur aurait été le cœur qui n'aurait pleuré
Dans l'église de Quimper qui aurait été

5. Voyant les saints et les saintes
Venir tous autour du cimetière

6. Il n'en est resté aucun dedans
Sauf l'image du crucifix
Un feu violent autour de lui

7. Dur aurait été le cœur qui n'aurait pleuré
Dans le porche de Quimper qui aurait été

8. Voyant la Vierge Marie
Obligée de sortir de chez elle

9. Entourée par la croix et la bannière
Un feu violent autour d'elle

10. Dur aurait été le cœur qui n'aurait pleuré
Dans le porche de Quimper qui aurait été

11. Voyant 31 prêtres
Se répondant tous les uns aux autres

12. Pour savoir qui était le plus savant
Pour monter dans la tour le premier

13. Le curé de Quimper était le plus courageux
Celui là est monté dans la tour le premier

14. Le curé de Quimper disait
Dans la tour en montant

15. La tour, il n'y a personne pour y monter
Avec le plomb fondu qui coule
Où il tombe, il brûle

16. Le curé de Quimper demandait
Au démon qu'il conjurait

17. Que cherches-tu autour de ma maison
Je ne vais pas autour de la tienne

18. Ton église est profanée
Par une mauvaise fille et deux clercs
Dans la chambre de la tour, la nuit de Noël

19. Le démon est en haut de la tour
Il y est comme un milan

20. Il est rouge comme le sang
Le feu jaillit de ses yeux

21. Le curé de Quimper disait
Au démon qu'il conjurait

22. Démon, dites-moi
Que disent les prophètes

23. Empêcher les sonneurs de sonner
et envoyer à Quimper une mission

24. Ce qui éteindra en premier le feu dans la tour de plomb
(Ce sera) du pain de seigle et du lait de femme

25. Du lait des deux seins d'une fille de 18 ans
On ne saurait trouver meilleure chose

Chanté par Perrine Poder, mendiante de Ponthou/ Morlaix.

Variantes tirées des MS De Penguern, chantées par:

a: MS 89/48: Jeannette Puil de Henvic, 1851
1-1,1-2(un clerc revenant de Rome);2-1,2-2;3-1;3-2(ne peut être éteint par l'eau);24-2,24-1;14-1(sacristain,recteur),14-2;19-1,19-2;14-1(recteur,vicaire);16-1(ciboires et le sacrement),16-2(pour chasser le démon);14-1,14-2; 15-1,15-2,15-3;17-1,17-2;18-1,18-2(1 clerc!),18-3.

b: MS 90/80: Maurice Follezour 1851
1-1,1-2;2-1,2-2;3-1,3-2;19-1,19-2;11-1(36 prêtres),11-2;12-1,12-2;14-1,14-2;17-1,17-2;18-1,18-2;18-3

c: MS 89/ 203-204: Jeannette Kergiduff 1851
1-1,1-2;2-1(gens de Ploubezre),2-2;3-2,4-1,4-2(au cimetière);5-1(33 recteurs),5-2;12-1(le plus hardi),12_2;14-1,14-2;15-1,15-2,15-3;19-1,19-2;17-1,17-2,18-1,18-2(1 clerc),18-3;24-1,24-2;25-1(poitrine),25-2(qui nourrit son premier enfant);4-1,4-2;5-1,5-2;8-1,8-2.

d: MS 112 - Collection Ollivier
1-1,1-2(un jeune prêtre de retour de Rome)2-1(Gens de Quimperlé),2-2;4-1,4-2;5-1(37 procession),5-2;12-1(sns qu'aucun d'eux ne se propose),12-2(pour aller parler au démon);16-1,16-2;17-1,17-2;18-1,18-2(et un prêtre);,18-3;14-1,14-2(le vieux recteur,vicaire);Passe l'étole autour de ton cou/ et mets ton bonnet carré:/ Va chercher les hosties pour la messe;24-1,24-2;Un morceau de pain de seigle consacré/ Et du lait de la poitrine d'une femme;Rien n'est demeuré à brûler/Sauf une Crucifixion/Et un portait de la Vierge.

ENGLISH


1. The first who saw the leaden steeple on fire
Was a baby sucking mother's breast

2. Who said to Quimper people:
- Your church is on fire!

3. It is on fire on both sides,
Alas, in the middle as well! -

4. Cruel-hearted were whoever had
Been in Quimper church and not cried

5. On seeing the statues of the saints
Strewn all about the cemetery.

6. None was left inside the church
Except a crucifix image
Surrounded with violent blaze of fire.

7. Cruel-hearted were whoever had
Been under the church porch and not cried.

8. On seeing the statue of Mary
Forced to get out of her home

9. Along with the cross and the banner,
Surrounded with violent blaze.

10. Cruel-hearted were whoever had
Been under the church porch and not cried.

11. On seeing 31 priests
Arguing passionately

12. About who was the best-learned person
To ascend first the steeple.

13. The vicar of Quimper proved the most courageous:
He climbed up the steeple first.

14. The vicar of Quimper said
As he climbed up the steeple stairs:

15. - No wonder if they shun ascending the steeple
With all this molten lead dripping around
Setting fire to wherever it falls. -

16. The vicar of Quimper asked
The fiend he was about to ward off:

17. - Why do you haunt my house?
I do not haunt yours!

18. - Your church was forfeited to me
By a bad girl and two clerks
In the steeple recess on Christmas eve. -

19. The fiend was mounted atop the steeple
Up there he had perched like a kite.

20. As red as blood he was
And his eyes flamed his flaring fire

21. The vicar of Quimper asked
The fiend he was about to ward off:

22. - Demon, tell me, do you know
What the prophets say?

23. "Forbid the pipers to play
And have a mission sent to Quimper!

24. To put out the fire in the steeple
You need rye bread soaked in woman's milk,

25. Milk from both breasts of a eighteen year girl!
You couldn't think of anything better!"

Sung by Perrine Poder, beggar-woman at Ponthou/ Morlaix.

Variants found in the De Penguern MSs, sung by:

a: MS 89/48: Jannet Puil from Henvic, 1851
1-1,1-2(a clerk returning from Rome);2-1,2-2;3-1;3-2(Can't be put out with water);24-2,24-1;14-1(sexton,parson),14-2;19-1,19-2;14-1(parson,curate);16-1(ciborium and Holy Sacrament),16-2(to ward off the demon);14-1,14-2; 15-1,15-2,15-3;17-1,17-2;18-1,18-2(1 clerk!),18-3.

b: MS 90/80: Moris Follezour 1851
1-1,1-2;2-1,2-2;3-1,3-2;19-1,19-2;11-1(36 priests),11-2;12-1,12-2;14-1,14-2;17-1,17-2;18-1,18-2;18-3

c: MS 89/ 203-204: Jannet Kergiduff 1851
1-1,1-2;2-1(People of Ploubezre),2-2;3-2,4-1,4-2(in the churchyard);5-1(33 parsons),5-2;12-1(boldest),12_2;14-1,14-2;15-1,15-2,15-3;19-1,19-2;17-1,17-2,18-1,18-2(1 clerk),18-3;24-1,24-2;25-1(breast),25-2(breast-feeding her first baby);4-1,4-2;5-1,5-2;8-1,8-2.

d: MS 112 - Dastumad Ollivier
1-1,1-2(a young priest returning from Rome)2-1(Quemper folks),2-2;4-1,4-2;5-1(37 a prossession),5-2;12-1(and none of them offered),12-2(to go and argue with the demon);16-1,16-2;17-1,17-2;18-1,18-2(and a parson);,18-3;14-1,14-2(the old parson,curate);Put your stole round your neck/ And your square bonnet on your head:/ Go and fetch hosts for the mass;24-1,24-2;A piece of rye bread once consecrated/ and milk from a woman's breasts;There was nothing left to be burnt/Exept a picture of the Crucifixion/And a picture of the Holy Virgin Mary.



NOTES:
La "Tour de plomb"
Comme l'indique F-M. Luzel dans "Veillées bretonnes" (1881): "Ce n'est pas la grande tour de la cathédrale de Quimper, comme on pourrait le croire d'après le gwerz breton, qui fut frappée par le feu du ciel, mais bien une simple pyramide ou flèche en bois, recouverte de plomb, et qui s'élevait au-dessus de la toiture de l'église, dans la partie qui correspond à la croisée du transept."
L'archiviste du Finistère Le Menn précise dans sa "Monographie de la Cathédrale de Quimper" (p. 221):
"Peu de personnes se doutent qu'une flèche en charpente recouverte de plomb, s'élevait autrefois au centre de l'église. Cependant si l'on prend la peine de visiter les combles de la cathédrale, on remarque, dans la partie qui correspond à la croisée du transept, les poutres qui servaient de base à cette flèche, et qui portent encore les traces de l'incendie qui la détruisit au XVIIE siècle. Elle fut construite [...] en 1468, et si l'on en juge par les détails du compte qui mentionne sa construction, elle devait richement ornée d'arcatures et de pinacles. Ce fut le 1er février 1620 qu'elle fut frappée par la foudre, et entièrement détruite."
Il cite ensuite la délibération du 7 février 1620 du chapitre de la cathédrale où il n'est pas question de diable attiré par la profanation du sanctuaire, mais uniquement des mesures de sauvegarde à prendre dans l'immédiat.
La flèche ne fut pas rétablie et le plomb sans doute réutilisé ailleurs.
Le Menn expose en outre que la gwerz publiée par G. Milin (version N° 2 ci-après) "est un pastiche des plus grossiers" en invoquant des erreurs:
  • pas de curé de Quimper, à cette époque, cette fonction étant remplie par le chapitre;
  • pas de chambre de la tour: la flèche de bois n'avait ni chambre ni escalier.
    Dans l'ouvrage précité, Luzel défend Milin: "il suffit d'avoir un peu étudié la poésie populaire et surtout d'en avoir recueilli aux sources, pour savoir que les inexactitudes et les fautes matérielles les plus choquantes pour le savant, loin d'être des preuves probantes contre l'authenticité d'une pièce, témoignent souvent, an contraire, en faveur de son caractère vraiment populaire."
    Ce sont ces mêmes caractéristiques de la gwerz, en particulier le besoin éprouvé par le chanteur d'adapter son texte aux données locales, qui expliquent les divergences entre les diverses versions (action située à Quimper, Quimperlé, Ploubezre - prononcé "Plouber"...).
    On remarque aussi l'usage, maitrisé dans la version 1, immodéré dans les autres versions, de la formule rituelle de lamentation "Cruel le cœur qui n'eût pleuré..." (cf. La peste d'Elliant).

    La gwerz et le canard
    La gwerz que La Villemarqué fut le premier à collecter a donc trait à la destruction par la foudre de la flèche qui surmontait la croisée du transept de la cathédrale de Quimper, le 1er février 1620. Cette gwerz met en relief le rôle joué par l'évêque qui intervint pour calmer les esprits alors qu'on mettait à l'abri les objets précieux du sanctuaire. En même temps, elle met l'accent sur une pratique magique, la libation de lait de femme, à quoi l'on impute l'extinction spontanée de l'incendie. Cette gwerz fut découverte dans le 1er cahier de Keransquer par Donatien Laurent qui la publia en 1989 dans ses "Sources du Barzaz Breiz".

    En 1864, le folkloriste Gabriel Milin avait publié une autre version de cette gwerz, collectée en 1857 dans la région de Morlaix, dans le "Bulletin de la Société Académique de Bretagne". L'authenticité de cette pièce est garantie par les manuscrits de de Penguern qui collecta dans la même région (Trégor) 4 autres versions concordantes qui ne furent accessibles à Milin que 3 ans plus tard.
    Celui-ci rapprochait la gwerz d'un récit en français publié à Rennes en 1620 sous forme de journal occasionnel appelé "canard", par Pierre-Jean Durand, l'imprimeur officiel du diocèse de Rennes.
    Ces deux sources parallèles interprètent les faits de la même façon: le diable est à l'origine de l'incendie qui est maîtrisé par le recours à la magie teintée de religion (pain de seigle consacré; prières d'exorcisme; eau bénite).

    Les différences résident dans la théâtralité du récit de la gwerz (la désignation du curé de Quimper pour négocier avec le Démon), opposée à l'aspect factuel du récit français et dans la censure d'éléments contraires au prestige du clergé:
  • la profanation de la cathédrale par deux religieux (et une prostituée) la nuit de Noël qui, dans la gwerz uniquement, justifie que le diable ait pu prendre possession des lieux. La version de La Villemarqué parle d'une profanation moins grave: un simple d'esprit qui avait élu domicile dans une montée d'escalier derrière la statue du maître des lieux, Saint Corentin, patron de la Cornouaille;
  • le recours à un remède de bonne femme (c'est le cas de le dire): le lait de nourrice dont est imbibé le pain consacré.
    Nous avons déjà rencontré ces vertus surnaturelles attribuées au lait de femme à propos de la Gwerz de Sainte Henori, patronne des nourrices, commentée à la page Sainte Azénor et à celui de la Sainte Vierge, à la strophe 12 de La complainte des trépassés, où les âmes du purgatoire implorent la Sainte mère de verser son lait sur leurs plaies.
    Ceci illustre comment la gwerz vient utilement compléter, pour l'historien des mentalités et des comportements, les non-dits des sources écrites.
    A fin octobre 2014, éclatera à Quimper une nouvelle querelle de clochers: une marche de protestation contre un projet de mosquée avec minaret porté par la communauté locale turque!

    Sources:
    L'essentiel des présentes informations est tiré de l'article de T. Rouaud paru dans Musique Bretonne n° 156 (novembre-décembre 2000) (http://follenn.chez.com/tourplomb.html).
    Melle Eva Guillorel a également consacré à la "Tour de Plomb" un chapitre entier extrêmement détaillé (18 pages, 4 annexes, 71 notes) de sa thèse de doctorat consultable en ligne, "La complainte et la plainte : chansons de tradition orale et archives criminelles" - 2008.
  • The leaden Steeple
    As stated by F-M. Luzel in "Veillées bretonnes" (1881): "It was not the higher bell tower of Quimper Cathedral, as we are tempted to infer from the Breton lament, that was thunder-stricken, but a mere wooden pyramid or steeple covered up with lead, built on top of the church's roofs, above the transept."
    Departmental Archivist Le Menn goes into the matter in his "Monographie de la Cathédrale de Quimper" (p. 221) as follows:
    "It is not generally known, that Quimper cathedral formerly was surmounted in its middle by a tall timbered steeple covered with lead plates. Yet whoever cares to climb up and have a look at the roof trussing will notice, just above the transept crossing, timberworks used as a basis for this steeple, still displaying places charred by the destructive 17th century fire. The steeple was put up [...] in 1468, and judging from the detailed accounts mentioning its construction, it must have been richly adorned with arcatures and pinnacles. On 1st February 1620 it was struck by lightning and utterly dilapidated."
    He then quotes the minutes of the meeting, on 7th February 1620, of the cathedral's chapter, which mention no devil and no sinful desecration of the sanctuary, but only urgent measures to be taken to safeguard the impaired building.
    The steeple never was re-built and the lead was, very likely, salvaged to be used at other places.
    Le Menn maintains furthermore that the gwerz published by G. Milin (version N° 2 below) "is a very coarse forgery", as it contains at least two misrepresentations:
  • Back then, there was no vicar assigned to the cathedral of Quimper, this function was ensured by the cathedral's chapter;
  • Nor was there any room or recess in the steeple or staircase inside it.
    In the aforementioned book, Luzel defends Milin: "Whoever has the slightest insight in traditional lore and, above all, happened to collect it from the singing of country folks, knows perfectly well that the most shocking inconsistencies and material mistakes, far from hinting at fraud or abuse, are on the contrary trustworthy witnesses for genuine rusticity."
    Other idiosyncrasies of authentic gwerzioù, especially the urge felt by the singer to adapt his lyrics to local history and geography, account for the discrepancies between the individual versions (the place is now Quimper, now Quimperlé, now Ploubezre - pronounced "Plouber"...).
    Very noticeable is also the recourse, controlled in version 1, immoderate in the other versions, of the standard lamenting phrase "Cruel-hearted was whoever did not cry..." (see The Plague of Elliant).

    The gwerz and the broadside newsletter
    The gwerz which La Villemarqué was the first to commit to writing refers consequently to the destruction by a flash of lightning of the steeple surmounting the transept crossing of the Quimper cathedral, on 1st February 1620. It is devised to extol the part played by the Bishop who endeavoured to pacify people during the salvage of the precious things kept in the sanctuary. At the same time it points out a strange magic practice, "woman's milk libations" supposed to bring about self-extinction of fires. This gwerz was discovered in the 1st Keransquer copybook by Donatien Laurent published it in his "Sources du Barzaz Breiz" in 1989.

    Previously, in 1864, folklorist Gabriel Milin had contributed another version of that lament, collected in 1857 in the Morlaix area, to the "Bulletin de la Société Académique de Bretagne". The genuineness of this piece is corroborated by J-M. De Penguern's collection of handwritten songs who gathered in the same area (Trégor) 4 other versions tallying with Milin's song, to which the latter had access only three years later.
    Milin paralleled the gwerz with an account in French language printed in 1620, as an ephemeral broadside newsletter, a so-called "canard", by Pierre-Jean Durand, with a heading that read "by appointment to the Bishop of Rennes".
    These two sources account for these events much in the same way: the devil is responsible for the fire which is brought under control by magic mixed with religious proceedings (consecrated rye loaf; exorcism; aspersion with holy water).

    The differences chiefly consist in the theatrical narrative of the events in the gwerz (e.g. the forcible appointment of the vicar of Quimper as the volunteer who was to negotiate with the demon), as opposed to the matter-of-fact tone pitched in the French language record and in the suppression of particulars that might harm the prestige of the clergy:
  • desecration of the cathedral by two clerics (and a prostitute) on Christmas eve, only mentioned in the gwerz, allowing the devil to enter into possession of the premises. La Villemarqué's version refers to a much lesser profanation: a simpleton had taken up residence in a spiral staircase behind the statue of the master of the house, Saint Corentin, the first bishop of Quimper;
  • Resorting to old folk remedy: consecrated bread soaked in wet-nurse's milk.
    We already came across those supernatural merits ascribed to woman's milk: in the Gwerz of Saint Henori, the patron saint of wet nurses, discussed on page Saint Azenor; still more astonishing, to the milk of the Holy Virgin, in stanza 12 of All Souls' Hymn, featuring souls in purgatory imploring her to spill her milk on their woeful wounds .
    This highlights how a gwerz may conveniently complement written records and restore elements left out, for historians engaged in the study of mentality and behaviour.
    By the end of October 2014, a new page of the history of Quimper steeples will be written: a protest march against the construction of a mosque with minaret by the local Turkish community!

    Sources:
    Most of the data in the present notes are derived from an on-line essay by T. Rouaud published in "Musique Bretonne" n° 156 (November-December 2000) (http://follenn.chez.com/tourplomb.html).
    Melle Eva Guillorel also dedicated to the "Leaden Tower" a whole, exhaustive chapter (18 pages, 4 annexes, 71 notes) of her downloadable doctoral thesis, "La complainte et la plainte : chansons de tradition orale et archives criminelles" - 2008.


  • 3° Le Texte du "canard" de 1620 (modernisé)

    Modernized text of the 1620 broadside


    FRANCAIS


    Le Grand Feu, tonnerre et foudre du Ciel, advenus sur l'Eglise Cathédrale de Quimper-Corentin en Basse-Bretagne
    Ainsi que la vision publique d'un horrible et très épouvantable démon sur ladite église dans ledit feu, le premier jour de février 1620

    Samedi, premier jour de février 1620 advint un grand malheur et désastre en la ville de Quimper-Corentin: une belle et haute pyramide couverte de plomb fixée sur la nef de la grande église, à la croisée de ladite nef, fut entièrement brûlée par la foudre et le feu du ciel, depuis le haut jusqu'à ladite nef, sans qu'on pût y apporter aucun remède. Voici ce qui s'est passé, depuis le commencement jusqu'à la fin:

    Ce jour-là, entre sept et huit heures du matin, il y eut un coup de tonnerre et des éclairs terribles (entre autres). Et, pendant un instant, on a distinctement vu un démon horrible et épouvantable qui, profitant d'une grande ondée de grêle, se saisit de ladite pyramide par le haut et au-dessous de la croix. Ce démon était de couleur verte et avait une longue queue de la même couleur.

    Aucun feu, ni fumée n'apparut sur la pyramide avant une heure de l'après-midi environ. C'est alors que de la fumée commença à sortir du haut de la flèche pendant un quart d'heure : et c'est au même endroit que le feu commença à prendre peu à peu, en augmentant toujours, tandis qu'il se propageait de haut en bas. A tel point que l'on craignait que toute la cathédrale ne fût incendiée, et non seulement elle, mais aussi toute la ville.

    Tous les trésors de la cathédrale furent transportés au-dehors. Les voisins de celle-ci faisaient transporter leurs biens le plus loin qu'ils pouvaient, de peur de l'incendie. Il y avait plus de quatre cents hommes s'efforçant d'éteindre le feu sans y parvenir.

    Des processions furent organisées autour de la cathédrale et des autres églises, chacune disant des prières. Mais l'incendie allait croissant, au fur et à mesure qu'il trouvait plus de bois pour le nourrir.
    Finalement, la solution à laquelle on eut recours fut de faire disposer des reliques saintes sur la nef de la cathédrale, à proximité et au devant du feu.
    Ces Messieurs du Chapitre commencèrent à conjurer ce méchant démon, que chacun voyait distinctement dans le feu, tantôt vert, tantôt jaune, tantôt bleu, jetant des Agnus Dei sur celui-ci, et plus de cent cinquante barriques d'eau, quarante ou cinquante charretées de fumier, et néanmoins le feu continuait.

    En désespoir de cause, l'on fit jeter un pain de seigle de quatre sous, dans lequel on mit une hostie consacrée, puis on prit de l'eau bénite et à peine l'eut-on jetée dans le feu, qu'aussitôt le démon fut contraint de quitter le feu. Et avant de sortir, il fit un si grand remue-ménage, qu'il semblait que tout allait brûler et qu'il allait emporter la cathédrale et tout ce qu'elle contient avec lui: Et en sifflant, il sortit a six heures et demie du soir du même jour, sans faire autre mal (Dieu merci) que la totale ruine de ladite pyramide, un sinistre qui se monte à douze mille écus au moins Ce méchant esprit étant hors les murs, on eut raison du feu.
    Et peu de temps après, ledit pain de seigle fut retrouvé encore dans le même état qu'à l'origine, sans qu'il ne soit aucunement endommagé, si ce n'est que la croute était un peu noire.

    Et sur les sept ou huit heures et demie après que l'incendie fût complètement éteint, la cloche sonna pour rassembler le peuple, afin de rendre grâces à Dieu.
    Ces Messieurs du Chapitre avec les choristes et les musiciens chantèrent le Te Deum et un Stabat mater dans la Chapelle de la Trinité, à neuf heures du soir. Grâce à Dieu il n'y eut pas de mort, seulement trois ou quatre blessés.
    Il n'est pas possible de voir chose plus horrible et plus épouvantable que l'incendie en question.


    La Cathédrale de Quimper vers 1830
    "La Bretagne ancienne et moderne" de Pitre-Chevalier
    Les deux flèches de pierres ajourées actuelles furent érigées sur les tours à
    l'initiative de l'évêque Mr Graveran, par Joseph Bigot, en 1855-1856.





    Première page du "canard" de 1620





    Foll-mik a oa hon tadoù-koz?
    Sommes-nous moins crédules que nos ancêtres?
    Are we less gullible than our forefathers?





    Flèche de ND de Paris
    ENGLISH


    The Big Fire, Thunder and Lightning strike, on the Cathedral of Quimper-Corentin in Lower-Brittany
    As well as the public vision of a horrific and very dreadful devil in the flames on top the said church, on the first of February 1620

    On Saturday, the first of February 1620, there was a cruel mishap and disaster in the town Quimper-Corentin: a stately, high pyramid with a leaden cover topping the nave of the cathedral, over the transept crossing, was burnt to ashes by a flash of lightning, from the very top of it down to the said nave, which nobody could prevent. Here is a record of what happened from beginning to end:

    On that day, between seven and eight o' clock in the morning, loud thunder and terrible lightning (among others) struck the steeple. And, for a moment, a horrible and fearful demon was distinctly seen who availed himself of a violent shower of hail to get hold of the said pyramid, underneath the steeple cross. This demon was green and had a long tail in the same colour.

    No fire or smoke was perceived before about one o'clock in the afternoon. Then a plume of smoke slowly emerged from the upper part of the steeple during a quarter of an hour: at the same place the steeple caught fire, first slowly, then all the more quickly as it reached further down. So that all people present feared lest the whole cathedral would be burnt down, and the surrounding houses with it.

    All treasures harboured within the cathedral were salvaged by carrying them outside. The residents near the church also had their property carried away as far as possible, so as to make sure that it would not be harmed by the fire. There were over four hundred men busy trying to put out the fire without success.

    Processions were held around the cathedral and other churches each invoking their individual patrons saints. Nevertheless the fire was now spreading quickly, as it found wood fuel on its way.
    Eventually, it was decided to place holy relics upon the roof of the nave close in front of the fire.
    The canons of the cathedral chapter set to warding off this malignant demon whom everybody did distinctly perceive in the fire, now green, now yellow, now blue, by throwing at him Agnus Dei imprecations, along with fifty barrelfuls of water and forty or fifty cartfuls of manure, which however did not stop the fire.

    In desperation, they ordered that a four shilling rye loaf, wherein a consecrated host was stuck be thrown into the fire, which was then sprinkled with holy water: immediately the demon was forced to get out of it. But before he did, he made such a big commotion, that they feared everything would burn and the cathedral and its treasures were done for: Giving a shrill hiss, he left at half past six in the evening, the same day, without causing any further harm (Thanks God!) than the total ruin of the said pyramid, a damage amounting to twelve thousand crowns at least. Since the malignant spirit had left the premises, they now could have the better of the fire.
    Soon afterwards, the said rye loaf was found intact, as it was originally, but for the crust that was a bit charred.

    At half past seven or eight, once the fire was completely put out, they rang the bells to gather the people to a thanks giving mass. The canons of the chapter joined in the songs of the cantors and musicians, a Te Deum and a Stabat mater in the Trinity chapel at nine o'clock in the night. Thanks God, no one was killed and only three or four people were injured.
    It is impossible to think of anything more horrific and dreadful than this fire.





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