XXXII CHANSON Je t'ai croisé à la naissance de l'aurore, Ami. Ma main glacée en ta main tiède dort. Tu chantais à mi voix ce chant qui me dévore. Les mots n'avaient figé le fleuve, ni l'essor Impitoyable des étés. La pierre dore An après an le cénotaphe. Un cercle clair D'abeilles tourne. Le buisson creux garde la nuit. Cet enfant prisonnier qui rêvait de lumière, Qui rêvait de rosée et de neuve lumière Et pleure dans son coin pleurera-t-il toujours? La rosée se glace aux flancs des vignes. La fleur crisse Et l'herbe sous tes pas que tu broyais est soeur Du vin. Les nuits en nectars s'accomplissent Quand le gel mène sa noce et les ardeurs Du soleil englouti régnant aux profondeurs Des ceps. Sous les dents crèvent les pulpes lourdes. Un cortège en chantant escorte les époux. Mais non, seul le froid règne et mes rêves de jours Anciens, et mes obsessions, et sourdes, Les promesses qui n'ont plus cours. Ami, rien n'enchaîne le matin, ni l'haleine Qui se glace sur les joncs lisses, ni le blanc Crissement des marches de bois. Elles sommeillent Au creux du vent les hirondelles, un instant, Puis leur fuite s'éparpille. Rien, ni le chant Que tu fredonnes, ni la paume qui referme Sur mon poing sa prison n'enchaîneront mon songe Où les ferments des nuits n'ont qu'eux mêmes pour terme, Où sur des vols enfuis se lève une chanson. Michel Galiana (c) 1991

XXXII SONG I passed you on my way, my friend, early at dawn, And now my frozen hand lies in your hand so warm. The song that in a low voice you crooned wears me down. Whose words neither rivers could halt, nor the return Of merciless summers. Year after year tinges With gold the empty grave. A bright circle of bees Turns around a hollow copse which night encloses. Shall the imprisoned child that was dreaming of light, Dreaming of morning dew and dreaming of new light And snivels left alone, for ever shed its tears ? Morning dew freezes in the womb of grapes. Flowers Crunch and the grass which you have trampled underfoot Is akin to the wine. Nights result in nectars Whereas the frost triumphs and, buried in the root Of the vine stocks, blazing sun as a monarch reigns. Under your teeth heavy pulps burst. A procession With solemn bridal hymns escorts the bride and groom... But no, only the cold reigns and my obsession And dreams of bygone days and indistinctly loom Promises out of fashion. My friend, nothing ever could chain up the morning; Neither the freezing breath on the sleek stems of rush Nor, on the wooden stairs, your step's hollow creaking. For a while swallows have filled the wind with a dash, Until they spread away. Nothing, neither the tune Which you're humming away, nor the palm that's closing Up its jail on my fist shall imprison my dream Where the fermenting nights have, but themselves, no aim, Where on birds flown away has arisen a song.

Transl. Christian Souchon 01.01.2004 (c) (r) All rights reserved

Note :

Où il est question, une fois de plus d'un jumeau nocturne...

Again a dispute with the nocturnal twin…

Lumière noire Index Hermès parle