ELEGIE D'HIVER L'hiver est le reflux vers la source des voix. Quelle lèvre altérée n'aura connu la source ? Un vol de givre épars a revêtu les bois. Les parfums de l'enfance ont renoué leur course. Promesses. L'enfant mort n'abdiquera jamais, Ni l'aurore têtue où s'agrippent ses rêves. Un appel de chasseurs habite les sommets Et l'âge est un défi, si les ans sont des trêves. Je t'ai promis l'azur et l'éclat des joyaux, Un cœur dur à briser la lame d'espérance. Je devais te bâtir, outre vents, terre et eaux, Un château si parfait qu'y demeurât l'enfance. Je reviens. Au lac blanc se flétrissent les joncs. Des traces de pas morts s'égarent dans la neige. Le vent sur mes oublis comme sur des donjons Souffle, et croulent les blocs qui m'ailent et m'allègent. Il n'est ru plus têtu qu'une larme d'enfant. Il n'est chant obstiné plus qu'une cantilène. J'ai remonté le cours, j'ai regagné mes ans. J'ai remonté la place où fleurissait ma peine. Les roses de jadis se courbent en berceau. Voici le mur croulant, le jardin, la tonnelle. Hiver, tisse la vitre où germe le rinceau. Mes chants et mes regrets sont même ritournelle. Repaires. L'œil est dur et le rire assassin. Mauvais sonne ce rire aux accords de buccin. L'ange et le diamant habitent le rebelle. Voici le temps du fauve et celui de l'errant. Ils ont brisé son mur, ils ont hanté ses vents, Mis au fond de ses yeux l'abîme qui le hèle. J'avais promis l'azur à qui tenait le feu. Lancelot démonté d'avoir quêté le lieu Et n'avoir rapporté ni coupe, ni mémoire, Ignoré de la reine et raillé du bouffon Evoque ses départs et la gloire que font Des vols de papillons au fronton de l'histoire. L'hiver est cet enfant qui n'a jamais souri Et dont le lit était de cartes, de voyages. Il n'est pas de chemin qui ramène au pays. Au filet des regrets, seuls les ans se sont pris Et cet autre pays qu'on appelle un visage. Outre chair, outre temps, j'entends monter des voix. Elles parlent de froid, de départ et de mines. Amis, brisez ce mur qui m'éloigne de moi Et puisqu'un gel unit dans un bloc mille lois, Hiver, poing qui m'étreins, sois perle et m'illumine. 14-15 février 1983 Michel Galiana (c) 1992

WINTER ELEGY In winter my mind flows to whence come the voices. For my thirsty lips still know the source where they rise. Frost, scattered by the wind, on the branches poises, Bringing back all those scents that charmed the child I was. I swore once that this child in me never should die, Nor should the stubborn dawn to which clings on his dream. I hear a hunter's call claiming high in the sky That age is a challenge from which the years redeem. Child, I had promised you blue skye and sparkling jewels, That your heart would resist the sharp blade of despair, That I would build for you, beyond wind, clay and pools, A manor so perfect that childhood could dwell there. I return there and see: On the banks of white ponds Rush withers, dead footsprints in the snow go astray. A wind of oblivion on the keeps and donjons Has blown and shattered stones that had hindered my flight. No brook is stubborn like the tear a child has shed. No song obstinate like a lullaby can be. I made the brook flow back, I redeemed my years spent And found again the place where my pain had flourished. Roses of former times bend together to bowers. Here is the crumbling wall, the garden, the arbour. Winter spins on the pane that foliation covers And my songs and my sighs melt in the same clamour. Hideouts. Cruelty flashes in his eye. His laugh may Be heard that threatening sounds like the horn on Doomsday. Rebellious is the soul where gem and angel bide. For the beast and the tramp the time to rise has come: They have broken his wall, with his wind they have blown, And have lit in his eyes the void that in him thrives. I had promised blue skies to you who had the fire. Lancelot dismounted, returning from the quest From which he brought nothing, no Cup, no memory, Was ignored by the queen and subjected to jest And had nothing to boast of but the fraud glory Of a frontispiece where flutters a butterfly. Winter is that poor child whose smile never could dawn, On whose bed were scattered maps for distant journeys. But all the routes you take, some day carry you home. All you caught in your nets of regrets are the years And that strange other land that your face has become. I hear how far beyond flesh and time voices rise. They tell of departure, of cold and of decay. My friends, destroy that wall that my better self hides And since frost may unite what had been enmity, Winter, fist clutching me, be pearl, give me your light! 14-15 February 1983

Transl. Christian Souchon 01.01.2004 (c) (r) All rights reserved



Note: L'auteur venait d'avoir 50 ans.------The author was just out of his forties.

Le lutteur Index Ex Voto