Place de la République

XVIII FETE FORAINE Un soir que je cherchais la sainte de l'abîme Le dieu me conduisit sur la place de la République; la sainte était là, comme un crime Belle, et le soir s'illuminait de son éclat. La fête rayonnait et les autos en chaînes Qui se heurtaient sous les guirlandes de lampions M'emportait, dans l'ardeur de l'ivresse foraine, Abasourdi par les clameurs et les cris longs. La sainte, dont coulait la nuit sur les épaules, Des mains de diamant écartait tout impur Intrus, et je songeais aux hermines du pôle Dont les fanges jamais ne ternissent l'azur. Des garçons s'engouffraient dans de louches boutiques, Roulant des hanches, mains aux poches, l'air de fiers A bras. L'orchestre au loin jouait des airs bachiques Et la place brillait d'une clarté d'enfer. Les démones erraient, dans leurs regards des flammes. Le cuivre rugissait près de fers nickelés Sur une estrade verte, équivoque, une femme Se mouvait, impudente, à un sale couplet Que scandaient les bras nus et rouges de bougresses Qui fixaient d'un oeil mort des yeux lourds de désirs - Mais leurs jupes s'ouvraient pour d'obscures caresses Et les regards glissaient, têtus, entre les plis. Là-bas, fauve Achéron, coulait dans la lumière Et les klaxons la rue, et s'ébranlait au choc L'estrade en bois. C'était l'enfer - c'était Sodome Que parcouraient les bacchanales du dieu Goc, Les tigresses tachées, les louves à l'échine Creuse, la taure blanche éprise du buccin Et les prêtresses au front nu qui tambourinent Quand le dieu tout puissant se réveille en leur sein. Mais là-haut, spectre saint, plus sainte que le crime, Plus lourde de plaisirs que l'hiver et la nuit, La sainte inviolée éblouissait l'abîme. De la place montait un chant rêveur d'ennui. Michel Galiana (c) 1991

XVIII FUN FAIR Once I was looking for the Saint of the Abyss, The god had led my steps to the Republic Square. The holy girl was there, fair as crime. It was bliss! A blaze of light irradiated the evening air. The fun fair and its lights and all the bumper cars That under the Chinese lanterns banged each other Dazed me and the rapture of these fairground pleasures, Deafened me with their cries and their endless clamour. And the Saint whose shoulders were covered with dark hair With her diamond hands repelled any impure Intruder and thus was like an ermine whose fur Never will be allowed to be stained with ordure. Young braggarts rushed into suspicious fairground stalls, They wiggled, with their hands in their pockets, their hips. A band in the distance played tunes for bacchanals And with infernal glare the crowded square was lit. She-demons roamed about exchanging fire glances. Brass instruments roared in a nickel plate saloon. On a green platform moved, in dubious dances, A shameless, saucy girl to a dubious tune That scanned the red, bare arms of a pack of women Who looked with dead glances at lustful spectators - And whose skirts had a slit obscurely inviting The stubborn peeps to stay or glide along the folds. And over there, the street, a red light Acheron Full of car horn hooting, flowed and the wooden stage Rattled to the loud beat - It was Hell or Sodom Run all over by some bacchanalian cortege: The speckled tigresses, the hollow-backed she-wolves The white heifers marching to the sound of the horns, The priestesses who pass along beating their drums When an almighty god rises in their bosoms. But as a lofty ghost, loftier still than crime, Heavier with pleasure than winter and than night, The inviolate Saint filled this hell with her shine. From the square rose a song full of drowsy delight.

Transl. Christian Souchon 01.01.2005 (c) (r) All rights reserved

Note

Ci-après, le poème de Gérard de Nerval qui inspira la présente oeuvre ainsi que le poème "Six Dames" ARTÉMIS La Treizième revient ... C'est encor la Première, Et c'est toujours la seule, - ou c'est le seul moment: Car es-tu reine, ô toi! la première ou dernière? Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant? ... Aimez qui vous aima du berceau dans la bière; Celle que j'aimai seul m'aime encor tendrement: C'est la mort - ou la morte ... Ô délice! ô tourment! La rose qu'elle tient, c'est la Rose trémière Sainte napolitaine aux mains pleines de feux, Rose au coeur violet, fleur de sainte Gudule: As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux? Roses blanches, tombez! vous insultez nos dieux: Tombez fantômes blancs de votre ciel qui brûle: - La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux!

Hereafter, the poem by Gérard de Nerval which inspired the present work as well as the poem "Six Ladies" ARTEMIS The Thirteenth that returns is still the first again: Always the only one - or the only moment: For are you then a queen, oh you! the first or last? You, the only or last lover, are you a king?… Love him who has loved you from cradle to bier; She whom I alone loved, loves me still tenderly: She's Death - or the dead one ... O rapture! Woe is me! Lo! The rose that she holds is the hollyhock Rose. Neapolitan saint with your hands full of fire, Violet-hearted rose, St Gudula's flower: Have you found your cross in the desert of heaven? You, white roses, fall down! You're defaming our gods: Fall, O fall, you white wraiths, from your fiery skies: - The saint of the abyss is holier in my eyes!

Le Pont Mirabeau Index Le Bois Rose